‹ La chronique de MantesChapitre 35 sur 143 · MAIRE PREVOT · texte numérisé non relu

MAIRE PREVOT

le reUts de la dame de Forest (Plagne ou Secval.) Enfin, une sentence de 1316 y avait a}outé Quitranconrt; » et ne pourra ledictseigneur pour demander ses cens, contraindre ses hommes dudict Ouitrancourt ailleurs (1). »

Les maîtres de Mantes ont souvent erapruntô sur cntte Prévôté. Philippe-Auguste commença le premier. Philippcd'Kvreux en fit autant. Il permit en « prondp' ansdictz habitants

lesdictz troys cens livn's. j»our le bail drladicto pn'Vitsté, jnsques ad ce qu ilz aient receu deux mil cinquante livres trus. qu'itz avolent prestes a feue Marie, sa mère, lionne de France* i» Ce prêt se renouvela encore en 1445, avec Henri, roi d*Anglc* terre, alors maître de la Normandie.

Suivant notre Chronique, le bail de 1S65 aurait étéle résultat des désastres éprouvés en Egypte.

On sait de fiuolios conséqufncs funoste:^ furent pour la France les croisades de saint Louis. Il était parti à la pn-iniére (12-i8-i"i.V*: plein de ferveur et de foi dans le but de son expédition. Tout lui avait été contraire. Sans parler de la discorde qui régnait parmi les chevaliers qui raccompagnaient, ceux qui étaient restés en France n'avaient pas mieux agi. Ils s'étaient ligués contre Blanche de CastîUe et lui avaient tendu mille embûches. L'énergique femme avait fait /ace à tons les orages et les avait surmontés.

Les annales niantaises disent qu'au moment de la captivité de Louis I\, les habitants contribuèrent de leur boursr. au rachat «lu roi. « La même année |^12ô0(, le roi pour sa rançon vendit 1,100 arpents de bois de la forêt d'Arthies, à Guyon de la Roche, grand-maltre de ladite forêt ; 80O à Pillavoine de Mesrées, 400 à Mathurin Rubantel, 120 au sire de RoUeboise (3). •

Cepenilant, ce n'est pas tout-à-fait ainsi que les choses se passèrent. Les 4CK),(XK) bezants stipulés pour la délivrance du roi, furent payés à Daniiette. par la rein»» Mary-uerite de Provence qui gardait le tre>or royal. Cette vente de la forêt d'Arthies et ces contributions des bonnes villes, furent faites sans doute dans la suite, soit par les ordres de la reine blanche, soit au retour de saint Louis.

I Inc. de ISiS.

(2; /Md.

(3i A. Castan. P. 251.

CHRONIQUE DË MANTES

Sa délivrance cepeDdant, ne put le décider à revenir en France. Malgré les lettres de sa mère qui Tinformaient de Tétst tourmenté du royaume, saint Louis voulait voir Jérusalem qu'il ne vit pas. La mort do sa mère elle-même, ne lui fit pas quitter sur le champ la Terre-Sainte.

Ses compagnons lui conseillaient de revenir, et un dimanche qu'ils étaient assemblés, il leur demanda encore une fois leur avis : « Ils respondirent tuit que il avoient chargié monsignonr Guion Malvoisin, le (du) conseil que il vouloient donner au roy. » L'avis (]«' Tiuy de Mauvoisin (Hait dt; revenir, mais saint Louis ne le voulait i)as : <« Li roys ne se vont pas tenir à ce quf messirt's (iuis Malvoisin avoit dit; ains demanda au conte d'Anjou, au conte de Poitiers et au conte de Flandres et à plusours autres riches homes qui séoient emprès aus ; et tuit s'acordèrent à monsignour Guion lialvoisin (1). »

La reine Blanche, bien qu'âgée de soixante^sinq ans, avait conservé toute sa vigueur de corps et d'esprit lorsqu'elle tomba malade à Melun. Elle se fit aussitôt rapporter à Paris, demanda à prendro le voile de religieuse de Maubuisson, près Pontoise, et mourut vers le l" d('cenibn> 1252. Elle fut enterrée à BCaubuisson, mais on n'est pas fixé sur le lieu où reposent son cœur et ses entrailles. Une relation contemporaine, dit qu'ils sont à Notre-Dame du Lys, pr«js Melun, mais une autre tradition veut qu'ils aient d'té apportés à l'abbaye de Saint-Corentin.

'< Il y en a ({Ui prétendent quo le cœur de Blanche ne fut pas porté au Lys, mais à l'abbaye de Saint-Corentin, prés Mantes, où on dit qu'elle a donné quelque revenu, et où l'on monstre encore son cercueil, sur lequel il y a la figure d'une reine et tout autour les armes de Castille. Néanmoins, si l'autre opinion est autorisée par le nécrologe du Lys et par un acte de Tévesque de Paris, comme M. d'Auteuil semble dire, estant certain que Blanche a esté comme fondatrice du Lys, J'ay peur que ce qu'on dit de Saint-Corentin ne soit d'une autre Blanche et peut-estre de la fille de saint Louis, mariée au prince de Castille (2) . »

On vo5'ait encore, avant la Révolution, l'inscription suivante dans l'église de l'abbaye de Saint-Corentin :

(!) Joinville, ôd. S. de Wailly p. 150. Guy de Mauroisin eut un rôle considérable en Egypte. Sur la famille do Mauvoisin voyez les savants articles de M- A. de Dion, piihliés dans les Mémoires de la Société de liambouiUet.

(2j Le Nain df ïillem. T. VI. Blanche était la douxiômo fille de .saint Lotti»; elle épousa Fernand do la Corda, lils d'Alphonse lo Sage, roi de Castille.

[\2Si] LA REINE BLANCHE 175

m Celte tombe est de la reine Blanche de CastUle, épouse do Louis huitième, roi de France et mère de saint Louis, aussi roi

de France, dont le cœur et les entrailles sont dans ce monument. Elle a donné à cette abbaye 50 livres parisis de rente, les Titres ilo cette ('■•^lise et quantité d'autres bienfaits ; pour l'âme do laquflle r»-ine, ondit tous les mois un obiten ce nioiuiijtère il). »>

Entre Tillemont et l'épi taphe transcrite par M. Cassan, nous n osons nous prononcer ; cette inscription a une tournure un peu moderne, et il est impossible de la comparer à Toriginal qui est perdu. Quoi qu'il en soit, Tabbaye de bénédictines de Saini^rentin ayait été fondée par Philippe-Auguste (2).

« La même année (1201), Octavien b'^^at du seigneur pape étant encore en France, Marie (Ajjnès de M( ranie). cette femme qui avait été iMégitimenient épousée par le roi, raourvit et fut tnseveli»' avec lionneur dans l'église du monastère de Saint- Coreniiii, éloigné de six mille pas de Mantes-le-Chàleau, et où le roi avait fondé une abbaye de cent vingt vierges, qui servent continuellement le seigneur sous les ordres d*une abesse (3). »

La mère de saint Louis était aussi une bienfaitrice de Saint» Corentin (4). C'est ce qui semble donner raison aux prétentions des bénédictines, contre l'abbaye du Lys. « La reine lUanehe, dit Chrestien, légua aux religieuses de Saint-Corentin, dix milliers de ban ngs saurs, par chacun an, comme il se remarqtw pur une èpilap/ie de lenr èf/li\e. Il «'st à croire que celle quantité de harengs ne leur convenant point, elle a été conrertie en leur Franc sallé^ qui leur est tous les ans délivré a notre gabelle. » 'Voilà une petite différence avec la leçon de 11. Cassan, qui ne dit mot du moindre hareng saur.

Blanche parait avoir afléctionné Mantes. Ses armes se trouvaient dans des vitraux de Notre-Dame qui ont disparu. C'est certainement à elb- que Gassicuurt doit b s deux magnifiques verrières des fenêtres latérales d»- l'abside. Celb' de droite est intacte et la bordure qui l'encadre est formée des armes alternées de France et de Castille. C'est un des beaux monuments de Tart da xm* siècle.

(1) CflBMn, p. tsn.

<2 t'bi n x ft oit abbaliam eenttun et vigentt nMNMUum. Chrm, d'Albérie

de Trou FonUunes.

(S) OQil. le Breton.

A) Kn 1234 et en 1218 saint Louis étant à Hantée 11k un don an oonrent àê SeîatrCoreaUn. Grand» hittoriens.

CHRONlQLfc: UK MANTES

Suivant une tradition très accréditée à Mantes, Blanche contribua aussi à l'achèrement de l'église. Nous reviendrons plus loin sur ce point important de lliistoire de Notre-Dame.

§ 56. Donation des Vitres et Tuiles de Notre-Dame (1 ).

— Après la rtnluction (?) de Notre-Dame, les vitres en fnrfnt données par la reine Hlanche de Castille, mère de saint Louis. L'on en voit encore les armos à la ])ordure qui est autour. La couverture est de tuiles plombées, agencées en façon des armes do Champag'ne, qui sont : bandé, contre-potenc«\ Elles fuHMit donué(>s par Thibault, septième du nom, comte palatin de riiampayiiie et de Hrie. roi de Navarre, seiizneur de Mante, époux de madame isabeau, deuxième fille de saint Louis.

Thibaud VII, comte do Champagne et roi de Navarre, avait

épousé àMelun, on 1257, Isabelle, fille do saint Louis. Chrestien dit qu'cllê apporta en dot à son époux, lo comté do Mantes et Meulan; c'est encore une erreur. Suivant Le Nain de Tillciuont, auquel appartient le dernier mot pour tout ce qui concerne saint Louis, ell(> reçut seulement 10,000 livres, comme toutes ses autres lilles.

On ne sait pourquoi Thibaud VII fit à l'éj^dise de Mantes, la libéralité dont il est ici question. Il est certain que la grecque formée par les tuiles de couleur de la toiture de Notre-Dame rappelle parfaitement les vieilles armes de Champagne. Du reste, la courerture de Saint-Mammèsde Langres offre la même disposition; mais Langres faisait partie du comté de Champagne.

Thibaud VU était fils de Thibaud VI, comte de Champagne et de Brie, surnommé le Chansonnier ou le Faiseur de chansons. T'ne autre tradition veut que celui-ci ait liabité Mantes, bien qu'il n'y ait jamais rien i)ossédé. « Thibault, comte de Champagne, qui aimait Blanche t^-t la suivit jtartout, composaa .Mantes une partie de ses chansons et de ses pa.-;tourelles (2\ » Thibaud VI est peut-être venu à Mantes, mais c'est surtout à Provins et à Troyes qu'il a composé les chansons qui l'ont rendu célèbre et ont fait oublier Findignité de son caractère. ,

(1) Ce § se trouve le 36< dans Aubé.

(2) A. Cassan.

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