‹ La chronique de MantesChapitre 36 sur 143 · LA REINE BLANCHE · texte numérisé non relu

LA REINE BLANCHE

Quant à son amour pour Blanche do Castillr, imaginé par l'anglais Mathieu Paris, cp n'est pas une vérité historique. Lévesque di' laRavalliôre a déniontré, il y a longtemps, que l'héroïne des chansons de Thibaud, pour si peu qu'il l'ait désignée, ne ressemble guère à la mère de saint Louis. La différence d'âge fait dilBdlemeBt admettre cette passion. Thibaud arait seize ans de noiasque Blanche ; en revenant de la croisade, il chantait «amie jeune « et rose souveraine de beauté », quand la reine avait déjà 58 ans.

Bans tous les cas, llionneur de sa dame parait être resté sauf» jniisqii'il dit dans sa 35* chanson :

Qui lès lui poorroit gésir Une nuit lès son oosté Grant joye aurolt recouvrée.

On ne s'explique pas davantage que cet homme sans décision, ait montré une telle constance dans ses chansons, quand historiquement, il Alt toqjo^ po^^ Blanche un ennemi dangereux et jamais un allié fidèle.

Lévesque de La Ravallière pense, et il est presque admis aujourd'hui, que cette dame, chantée dans une langue très appréciée autrefois, pas toujours respectueuse et souvent légère, était la fille de Perron ou Pierre, chambellan de saint Louis (1). C'est à elle qu'il disait:

Moult me sœust bien esprendre et allumer. En biau parler et aecointemeot rire.

Nus ne l'orroit si douccmont parler, Qui ne euidast de l'amour estre sire.

Oul^en encore :

Amour le veult et ma dame m'en prie, Que ie m'en part; et ie moult Fen mercy. Quand par le gré, ma dame m'en ehasty. Meilleur raison ny voy à ma partie.

Nous devions ces explications. Si, en effet, Thibaud VI n'a jamab poursuivi de ses soupirs la femme qu*il a si souvent combattue comme reine, il n*est plus besoin de supposer qu'il Tait suivie à Mantes, pour y composer sous ses yeux, des diansons

(1) La pire de La Brone, le flivori de Philippe m, qui Ait pendu le 30 Jota 1178.

It

CUROiNlQUE DE MANTES

d*uii très grand mérite littéraire, mai» malbeureiisemeiit étrangères à notre Chronique.

Mantes fttt, rera ce temps, témoin d'une de ces querelles entre privilégiés, qui, nées d'un motif presque Aitile, prenaient alors une si grande importance. Les corporations ou les diverses classes de la société se déclaraient volontiers solidaires d*im tort ou d'une injure faite à l'un de leurs membres, et la moindre dispute entre particuliers dégént'Tait facilement en une lutte intéressant bientôt toute une ville. Le récit suivant en est la preuve.

« Le chantre de Chartres ayant été tué, dit Tillemont, (de quoyon no srait rion davantage) les évéques de la province de Sens tinrent concile à Paris (1). »

Nous allons racontor d'après Chrestien, ce curieux épisode, auquel Mantes so trouva mêlée en donnant asile au chapitre de Chartres. Chrestien l'a placé à l'année 1210, mais c'est vers 1250 ou 1252 qu'il faut la reporter.

« L'an 1210 (1252 ?) en la de Chartres, le siège épiscopal étant vacant, le valet du doyen de la cathédrale ayant invectivé, injurié et frappé un habitant de la ville, plusieurs voisins de ce dernier se joignirent à lui, pour poursuivre le valet qui se sauva chez son maître, ou l'ayant arrêté, il arriva que dans la chaleur de la dispute, un chantro allant à Matines, prit le parti du valet et les choses furent poussées à ce point, que le chantre y fut tué et la maison du doyen pillée. Ce doyen et tout le clergé criant bien haut s'adressèrent au bailly et au prévôt de la ville pour obtenir justice de toute la communauté des habitants, qu*ils disaient avoir eu part à cet assassinat. Mais ces officiers ne ûrentpas grand cas de cette plainte si générale, et sur ce refus, le chapitre .ayant écrit au pape, le saint Père leur envoya son bref de Rome, et leur manda qu'ils usassent de leur autorité sacerdotale. Ce qu'ils lirent de cette sorte.

« Ils excommunièrent, ag<:nivèrent et réaj^gravèrimt tousles complices de la prétendue sédition, vol, et assassinat, desquels crimes ils prétendaient que la communauté avait été consentante, firent fermer aux habitants toutes les églises de la ville et banlieue, etc. ... Déclarèrent tous les habitants excommuniés, rebelles à Dieu et àrEglise, leur faisant savoir que par Pautorité

(1) T. VI p. ise.

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