COMMERCE ET ACCORDS
Et quant leurs navires sont trop charg'ez, il^^ les peuvent allégèr et (li'schargcr sur le kai, de troys tonueuulx ou de quatre, et les vendre audict lieu.
Et se par accident, leurs nefs étaient agitez à danger, sans licence, il les pourront deschargor.
Et pettTent lesdictz habitons mener leur dicte marchandise par terre et par eane durant la foire Saincte-Vandrllle, fors que les meulles et le yin, qu*Uz seront tenus les laisser là, durant ladicte foire.
Et ne peuvent oster lesdictes meullcs par nécessité et tempeste, sinon que la navire feust trop chargée ; ou pourront descharger troys tours de meulles ou quatre, par tempeste.
Et ne pourront emplir deux tonneaulx (sinon qu'ilz soient dedans leurs navires i <le sel ou de harauc, sinon que aucuns de ceulx de Rouen y aycnt porcion (1).
Et peuvent mectrepain et noix en solle (magasiu) et les vendre à leur voulunté CJ).
La deuxième (lettre) est accord et contract faict entre lesdictz citoyens de Rouen et de Hante, Tan mil deux cens quatre-vingtzdix, par lequel lesdictz marchans de Mante peuvent vendre jus* ques à quarante tonneaulx de vin, en payant deux solz tournoys ; et du plus, plus, et du rooings, moings.
Et s'ilz chargent de kai, ne payeront non plus, et s'ilz deschargent leur vin.
Ils paieront de chacun tonneau, ung denier tournoys quant Hz ne le vendront. »
Le premier traité est un peu confus : il faut être familier avec cetto lanj^ue entortillée, pour débrouiller les intentions des contractants. On voit cependant que les intérêts en présence se conirebalancent. Les restrictions des Rouennais, imposées dans certains cas, se levaient dans d'autres, surtout en ce qui facilitait l'arrivage du vin sur leur port.
Ce qui semble le plus remarquable dans ce traité, c'est qu'on ne demande aux bourgeois de Mantes aucune compensation. On traite avec eux comme avec une puissance. Sans doute, on leur concède des droits limités et étroits, mais il n'y a pas réciprocité apparente. Elle existait en fait, parce que le péage du pont était lui-même très rigoureux (3).
(1) Taitnnintértt.
(2) Ici fini le premier traité sans date mais antérienràl290, COlDine OBvaTOir.
(3) V. OJtm, àênx arrête de 1258 6td« iSîO.
Il en est de même dans un autre arrangement, conclu antérienrement avec les bourgeois de Pontoise, en 1238. Ceux de Mantes imposent leurs conditions, sans se préoccuper de ce qu'on leur donnait en échange, ou peut-être plutôt, pour dédommager la commune de Pontoise des droite excessifs que payaient ses marchandises au passage. <( II appert, lesdictz maire et pars avoir permis ausdictz habitans de Poiithoise, qu'ilz puisse mener scorce (écorce) pour leur usaige, etjusques à soixante solles en affermant par oiilx ou leurs serviteurs, que c'est pour leur usaige. Et pareilleiiR'nt. il leur est pcnni.s de mener boys ou escballatz, j)onr leur usaige, sans payer hance. Et d'autre^» cboses, ne doibvent bance, »
11 est indubit;il)b? que Mantes avait une importance commerciale que nous ne pouvons plus comprendre avec nos idc'-es de droit moderne. Ces restrictions, ces concessions bizarres ellesmêmes, sont pour nous une source d'étonnement. Cependant, quand nous vo3'ons Mantes traiter avec Rouen, résister souvent avec avantage aux exigences du Prévôt des Marchands de Paris (i), nous pensons qu*il y a là une véritable puissance dont Torigine et la raison nous échappent, mais certainement considérable.
Une autre preuve encore, c^est une condition imposée aux bourgeois de Falaise, par Philippe-Auguste, en 1304. Il parcourait en conquérant toutes les villes de laNormandle, confirmant partout les communes et les privilèges, et ne négligeant rien pour rendre sa victoire acceptable aux vaincus. Falaise confiante on sa bourgeoisie et en sa forte garnison, lui avait résisté. Au bout de sept Jours, elle ouvrait ses portes et Pbilippe II lui oflrait une capitulation avantageuse. Les bour^^eois de Falaise obtinrent le droit de voya<:er et de trafiquer librement dans tout le domaine royal, sans ac/'^uitter aucune péage; il n'yeutqu'une seule exception pour la ville du Mantes L'ordonnance n'en donne aucune raison.
Tout ce que nous venons de raconter nous a un peu éloignés du règne de saint Louis. Il n'a plus guère, d'ailleurs, d'événements intéressant la ville. Il y était revenu en 12S6, au mois d*août. La veille de l'Assomption, il fêtait avec les bourgeois de
(1 1.3. han^r i>:irt~ii'nne fut plusieurs fois foi > surlea iottattoeida maire,
ilQ contribuer ai).\ icparations du pont de Mantes. (2) V. Ordonnances royales T. VL
ODON RKiALU
Hantes, et faisait distribuer XX 1. à deux cents pauvres. Le lendemain, jour de la fôte, il ofihiit YI 1. à douze clercs qui avaient chanté devant lui, pendant les offices. II y fit enfin une dernière visito en 1259.
Si saint Louis n'a pas fait do fréquents s(''jours à Mantes, il est un autre personnage qui semble l'avoir affectionnée ; c'est Odon Rigaud, archevêque do Rouen. Il ne faisait pas une tournée pastorale dans cette contrée sans venir coucher à Mantes. Un jour du mois de septembre 1260, le jour de la féte de l'apôtre saint Mathieu, tandis qu*il chevauchait avec ses gens, entre Mantes et Juziers, il aperçut dans les champs deux paysans travaillant et labourant sans souci de la féte du Jour. Us pensaient sans doute aussi :
Le mal est que dans Tao s'entremêlent des Jours Qu'il faut ehémer, on nous ruine en fêtes.
L'une fait tort à l'autre; et monsieur le curé
De quelque nouveau saiot, eharge to^Jouro son préne.
Odon Rigaud fit prendre les chevaux et les fit mener Jusqu'à Meulan. Il appela ensuite les deux laboureurs et leur reprocha d'oser travailler lo jour de la fèto d'un si grand saint. C'étaient Jean Poilecoc de Mantes et Jean Lecointe d'Issou. qui, tout confus d'avoir étr- surpris par l archovôque, promirent d'un commun jiccorcl de se rt'inettro à sa volonté.
En i2Ci, Od<»n Rigaud était encore à Mantes, accompagné de ses suffragants. Sur le matin, il passa le pont, et s'en alla avec toute sa suite à Téglise Saint-Aubin deLimay. Il y dit une messe simple, sans diacre ni sous^iacre, puis il parla aux fidèles de Tobjet de sa mission. Il exposales progrés des Turcs en Palestine, et les périls toujours renaissants auxquels elle était exposée. Il fit connaitr* 1 1 v ! nté du pape etdu roi de la secourir, et après avoir lu d*.s !< ttres du pape, il demanda le concours de tous, c'est-à-dire des subsides 1).
Nous ne savons [tas les suites de cette prc-dicalion ; elle du! être peu efficace. La foi de la foule dans ces expéditions était bien refroidie. Ces guerres saintes avaient dépeuple la France et épuisé ses finances. Saint Louis, cependant, chez qui la foi était toi^ours aussi ardente, devait encore tenter un effort Co fut le dernier de tous, mais il lui coûta la vie (1270).
<l) V. Gr. BttL de France. T. XXI.
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CHRONIQUK DE MANTES
§ 62. Grand débordement d'Eaux. — L*aii 1276, la rivière de Seine déborda de telle sorte qu'elle ne s*est point vue pareille de mémoire d'homme. Les eaux furent épandues jusqu'à la moitié de l'Etape de Mante et partout à proportion. Et dans les rues basses les habitants furent obligés de «luitter leurs maisons et de se réfugier au haut de la ville.
Nous avons fait allusion à ce débordement. On voit combien le sol do l'Ktapo rtait bas à cotte ('•poquo. Lo sol de la gendarmerie actuelle v>t «''levé de 2 à 3 mètres au-dessus de celui de rancicn couvent des I rsulines. I.orsqu'ou creusa les fondations, on descendit de 5 à G mètres et on découvrit, à cette profondeur, des restes d'une ancienne maison, des traces de four, de carrelages en briques, et un nombre considérable de cornes de bœuf, de cerf, etc. On voit de combien ce niveau a été exhaussé.
§ 63. Du Beau portail d» Notre-Dame. — £n Fan 130O, les maire et échevins firent faire le portail de Kotre-Dame de la petite porte et sur lequel il y a une image de la Vierge, et étaient pour lors au nombre de douze, aux dépens des deniers de la ùibriquo de Notre-Dame. Ils firent apposer à leurs dépens, douze images, au bas desquelles ils firent mettre leurs noms et surnoms.
Nous renvoyons encore, pour ce paraj^^raphe, au chapitre d'ensemble (juc nous voulons consacrer à IT'^lise Notre-Dame. Nous le placerons à la fin de la quatrième partie. On y trouvera riiistorique de cette intéressante œuvre d "art et la description de sa fine ornementatiou.
§ 64. L'autel de la Châsse. — L*an 1302, le grand autel de la Châsse de Téglise Notre-Dame Ait fkit et bâti aux dépens de la fabrique et y fat fait un tronc dans lequel on met les deniers de dévotion, et s'appelle le trésor cachéf parce qu'il est difficile à forcer.
Le 23 octobre 1303, la chapelle de la châsse fut fondée en l'église Notre-Dame , à la charge d'y dire cinq messes par semaines. Pour subvenir à cette fondation, sire Denis Descauville et Jehan Ripernel, fùrent les principaux donataires. Cette chapelle possédait dans le principe 20 liv. 8 s. par. de rente.