‹ La chronique de MantesChapitre 5 sur 143 · DH'ISION DE LA CHRONIQUE DE MA^TE · texte numérisé non relu

DH'ISION DE LA CHRONIQUE DE MA^TE

ETec les Tilles voisines et enfin les usurpations de privilèges auxquels le pouvoir municipal parait avoir été très enclin.

I. a quatrième parfis, !a plu?? importante peut-t'^tre pourTHistoii-c de \Ianti'<, se tiTiniiiora avec le n'^Mie de Charles V, Cotlo ép()(iiit', à cause (les (l('inrl<''s (les \ al()is ;ivcc lo r(»i de Navarrr, Ciiarles le Mauvais, et du séjour à Mantes des princes et princesses de la Maison de France ; à cause surtout du complet achèvement de Téglise de Notre-Dame, est pour la ville Tapogée de sa gloire. Nous comptons traiter toute cette partie avec une attention spj'^ciale.

Dans la cinqui^mo, nous nous étendrons jusqu'à la fin du rùgne de P'rançois P^ Nous la forons précAdei* d"un résumé ^'énéral de l'administration municipale, dont 1rs privilèges sont sur le point de disparaître. Les documents nombreux des archives de la ville, absolument inétlits, les registres anciens, Tinventaire do Rolland Labbé, nous fourniront, nous osons Tespèrer, un cha> pitre d'un véritable intérêt.

Nous irons ensuite dans une sixième partie, du régne de Henri II à celui de Henri IV. Nous arriverons alors à une période afiitée. où le rôle nnmicipal s'efl'ace de plus en plus. Mais la situation de Mantes aux portes de Paris, en la metlant en relations constantes avec la caïutale, où se joue une partie terrible entre la Ligue et la royauté, nous fournira encore phis d'une ;iage émouvante. Nous rentrerons dans des données purement historiques et anecdotiques et nous n'aurons que quelques lacunes à combler.

Les règnes de Louis XIII et de Louis XIV formemot la septième partie. L'autonotnio communale a disparu en droit sinon en fait ; elle est absorbée par l'absolntisuu» royal qui ne lui a laissé (pi'un semblant d'existence et nue ombre de pouvoir. L"adiiiinisiration munici|>alc est exercé»' par îles oïliciers ayant acheté des charges, créécvs sans nKîsun'par le grand roi (jui prépare la cfauto de la monarchie française. Notre Chronique nous fera entendre de ficéquentes plaintes contre cette autorité absorbante.

Enfin, dans la huitième et dernière partie, nous arriverons à une série de petits événements, d'intén&t purement local où nous comjttons peu metti'e du notre, ]\irce que l'histoire générale n'a jdus rien à y voir. Klle nous conduira jusqu'à la Révolution où nous avons l intention de jious arrêter. \

DES OiiIGL\ES DE LA \ ILLE DE MANTES

Avant d'abonlor la publication dos A)tfiquité-^y ou mieux de la Chronique de Manfct, pour n'avoir pas à rôfuter les assertions erron<''('S par lesquelles débute notre annaliste anonyme, nous allons exposer nos propres recherches sur bîs origines probables de la ville de Mantes, avant la période que nous pourrions appeler historique. Nous éviterons abisl, dans les premières pages surtout, des observations ou des notes trop nombreuses, qui seraient le plus souvent la négation absolue de la plupart des faits avancés par nos vie ux et crédules devanciers.

Lorsque, par suite de diverses rirconsfances, on se df^cido à é.Tire riiistoire d'une ville qu'on aime, si petite qu'elle soit, si in<«Uste que soit sun importance, si secondaire qu'ait été son rôle dans l'évolution nationale, il est difficile de se défendre de lui chercher une antiquité reculée. Cela n'ajoute assurément aucun intérêt aux événements auxquels elle a pu être mêlée ; mais, par une tendance naturelle d'un amour-propre tout particulier, on veut trouver plus que les devanciers ; on veut aller att-<)elà «les temps connus; on cherche, en un mot, à reculer les bonios de l'histoire. Paris, dont l'oriLTiiie est pourtant respectable, a connu d'heureux érudits qui sont allés demander ses fondateurs aux Troyens. Chartres, cette vieille cité des Carnutes, a mis sa gloire à être initiée aux mystères du christianisme, quand les Oaliléens écoutaient encore la douce parole de Jésus. Mantes, à son tour, s'est trouvée aussi dans le même temps, sur le passage de César allant de Cesaromagus (Beauvais) à Car> nu/(«m (Chartres), et des Chartrains, allant à Jérusalem, offMr leurs hommages à la Sainte Vierge.

Par des considémiions qui ii*ont rien de commun avec ramour-

propro local, nous nous sentions aussi glisser sur cette pente. Placé»' comme elle est au bord de la Seine, dans une situation topographuiue remarquable; assise à mi-chemin de deux villes considérables et d'une haute antiquité, Beauvais et Chartres; dans un pays battu sans cesse par les tribus gauloises et par les légions de César et des empereurs romains, il nous semblait impossible que Mantes n'existât pas dès cette époque. Hâtonsnous de déclarer cependant que nulle part, dans aucun texte écrit, nous n'avons trouvé trace de cotte existence. Ni dans les Commentaires de César, ni dans les Ilbièraires (les empereurs, ni dans YAnoninne dn Rai'eiinc. ni dans la Tahlc de Peutinger i^ur hï([U('\]o nous allons revtuiir, on ne trouve une Ii;,'ne ou un mot ayant trait à l'existence de Mantes. Nous somuies arrivés à quelques probabilités assez solides, mais non à une démonstration incontestable.

Pourtant, si nous en avions cru nos manuscrits des AnliquUés de Manies et les dissertations fantaisistes de Chr<'stien, si aigrement relevées par le président Lévrier, à quelle date reculée n"aurioiis-nous pas fait remonter l'existence de notre ville? Chrestien, le i»lus prolixe de nos annalistes, n'a reculé devant aucune affirmation. Kn suivant son récit, on voit défiler sw le ponl de Mantci', les légions romaines de César, aussi clairement qu'on voit flamber Tincendle allumé par les hordes danoises.

Malgré cette absence de textes certains, nous ne pouvions cependant négliger tout ce que nous a conservé la tradition, ni le rejeter sans un examen préalable. Nous accorderons qu'il faut renoncer, sans réserve aucune, au rôlt' historitiue que le bcm Chrestien fait jouer à sa ville natale. Nous attendrons des documents absolument inédits et dont rien ne fait jtrévoir la découverte, pour croire à la situation de la ville primitive sur l'emplacement de Mantes-Ia-Ville ; au temple de Cybèle remplacé par Téglise Saint-Maclou ; à la fondation de Téglise Notre-Dame, par Maurice Cappadocien et Tibère II; à la tour de Ganne construite par Gannelon ; au château de Piste placé près de Soindres et a beaucoup d'autres faits, ou aussi fabuleux ou aussi mal établis.

Géographie. — Malgré la i)ublication, déjà ancienne, d'un document important reculant de cent ans au moins l existeuco bistoriquement certaine delà ville de Mantes, on peut dire avec

LES ORIGINES

VArt de vérifier teséaUs^ M. A. Gassan, M. A. Houtié, le Cor-

tulaire de SaifU-Père de Chartres^ etc., que tous ceux qui ont «■'crit sur ce sujet, s'accordaient à ne pas la faire remonter au- <lela du xr siècle. Pour nous, apn^'s avnir (' tudif^ !»■ Poînpbjqiic d' Irminon, non seukunent nous la placions vers l an 800, ainsi que nous rétablirons, mais encore nous croyons a une date plus ancienne que celle assîgni'e par tous les documents certains. Noua nous sommes engagés à n'avancer que des allégations indéniables; cependant, si parmi des traditions locales très discutables pout-ôtre, quelques-unes ont une valeur r^^elle que nous puissions démontrer; si malyrré l'absence de textes avérés, il est d'autres témoi^jrna^'cs topiqui s de cette existence avant le XI' et même le ix* sit cle, nutir devoir n'ol-il pas d'en tenir gi*and compte, d'en rechercher les probabilités et de les étayer des meilleurs arguments? C'est ce que nous allons essayer de faire.

Grâce au MwhfV*^ d'Irminon, nous connaissons maintenant le nom de Mantes dés les premières années du ix* siècle pt nous aurons beaucoup à puiser dans la savante édition qu'en a donnée M. («uérard. Ce livre jette un jour nouveau sur notnville et nous la révèle deux cents ans plus tôt que les cartulaires «le Juraièges et de Saint-Père de Chartres. Toutefois la situation du territoire sur lequel elle est b&tie, est déterminée par les historiens ou les géographes anciens, d'une façon aussi confùseque son existence. Cette confusion tient tout simplement à ce qu'on n'a pas assez dlstinpié le territoire circonvoisin, de l'emplacement même de la ville qui est notre seul objectif. A ce dernier point de vue, le seul que nous voulons envisa^t r, le solde Mantes fil partie du pays des Tarnutes pendant rind<'|)endance des Gaules, et se trouvait placé sur les confins de la (iuule Belgique. Plus tard, après la conquête, il fiit compris dans la province Lyonnaise ou Lugdunaise, puis dans la seconde Lugdunaise, mais seulement pour la partie de l'arrondissement située sur la rive droite delà Seine; celle de la rive gauche, où se trouve Mantes, appartenait alors à la iv* Lugdunaise, avec tout le pays des Camutes.

Zjo Madrie. — Au moyen âge, sa position tei ritoriale est tout aussi obscure. Mantes se trouva au centre de plusieurs provinces ou grandes seigneuries féodales tour-à-tour très poissantes, qu'elle gênait par son importance et qui se la dispu-

CHRONIQUE DK MANTRS

tèrent âvec acharnement. A une époque très ancienne, Mantes était située dans le Madrie. Cette division Mérovingienne et peutétre gauloise, appelée Pagus Mairicensts, Mndriacenstt ou Matrlaccnxis, après avoir eu des comtes particuliers aux

Vlir et IX* sièck's, disparut au x" si coniplètcniont. qu'cllo a fort embarrassé IfS f;('o{j:raphés et les ('"ruflits niodcnies. De ce cointr (le Madrie dont toute I histoire reste dans l'ombre, nous ne connaissons en effet, que quelques noms de lieux cités dans des actes de donation de Pépin etChariemagne. Ce sont, en général, des noms de hameaux et do fermes, et cela se comprend puisqu'ils étaient donnés à des communautés dont les biens consistaient principalement en terres de culture. Tous ne sont pas faciles à rwîonnaîtro sous leurs noms de basse-latinité, mais, tous sont intéressants pour les environs de Mantes. Ce sont, dans l'Eure : Cailly, Callincfni et la Croix-Saiiit-oucn ou Saint- ' Leufroy, appelé Mona.sleriinjt Madriuceme et aubsi Madriesur-Euro dans les anciens auteurs ; puis dans notre arrondissement : La 'Villenenve^n-Chevrie, Vlllanovat Gamachère on la Oamacherie, Oanuj^itm, Rolleboise, Rosbactunit les Gttinets(?> ViniaSt Noyon (î) NiventiSt les Sevcstres (?) Siff^mncimu, Bennecourt, Beranecurtis, Saussay, Salcidus, Hréval, Tilly, AtiUacus, Bléry, Neauphlette, NidcUfa, Civiy-la-Forèt, VUla Sibrf'nri, elc.

D'après la nature des actes qui nous font connaître le Madrie, Mantes ne pouvait y être nommée. Néanmoins, M. A. do Dion qui connait si bien toute l'histoire de notre contrée, pense que Mantes était la ville principale de ce comté. « D*un autre côté, dit-il. Mantes, chef-lieu du doyenné, me semble par sa position sur un fieuve et à la rencontre de routes importantes, une capitale si naturelle, que Je penche en sa faveur, sans toutefois oser conclure (1). »>

En somme, nous nous rallions à l'opinion de M. de Dion, qui a démontré que le Madrie comprenait u peu près tout 1 ancien doyenné de Mantes et était borné, non point comme on Ta cm longtemps, par la Maiuldre comprise dans le Pincerais proprement dit, mais plutôt par la petite rivière de Vaucouleurs (2).

(1) Jiimoire sur le Pagus Madriaeenns,

(^^ Si la Maiildre no fait pas partie da Madrie, il est dUBcile de dire d'oA vient co nom de Madrie et noua abandonnona la aoluUon de ee problème è^mologiquc. Nous ferons remarquer que le nom primitif de Madrid est UtMUM Carpetanorum.

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lie Vexin et le Pincerais. — Quoi qu'il on soit. Ir Nradrie disparut. Après le traité de Saint-Clair-sur-Epte, Mantes fut annexée au Vexin, le vieux pays des TéUocasses, devenu sous la première race, Neustrte Occtdeniale, comprenant le Pagus Velcassinuf, Vutcassinus; en fhinçais, Vetguestn, Veuxin et enOn Vexin. Par suite du traiti'', on le distingua en Vexin Normatui, dont Chaumont était la capitale, et en Vexin Français. Le territoire de la rive gauche de la Seine fit partie du Vexin français, avec Pontoiso, MagU}', Meulan. Mantes fut alors le siège, lantùt d'un vicomte du Vexin, tantôt d'une simple chateilenie. Après la réunion définitive à la couronne de France, la Tille devint une sorte d'apanage et plusieurs princes de sang royal portèrent le titre de comtes de Mantes.

Il est difficile et d^aillenrs peu important, de dire à quelle époque tout ce pays devint le Mantois, cette petite province dont le nom seul avait le crédit «l'exaspérer Lévrier. Mantes, Poiss.v, .Saint-Gormain. Dreux et Anet coinposaifnt le mantois, et bien que Lévrier ait préteml'i (jne c"»''tait une création des géographes nioderiies, on trouve cependant un Payas MedantenfiSp dans le G allia Clwisiiana (1;.

Au point de vue ecclésiastique, Mantes a toi^ours été comprise dans l'Archidiaconné de Pincerais, relevant de Poissy, à cause àuPagw Pisciacensis ovl Pinciactts dont le territoire finissait entre Bonnières et Vernon : Chùufour-en-Plnceraife, dans le canton de Bonnirn-s, était sans doute une des dernières |iaroiss( s. L'évéclié, c'était le drand Diocèse^ c'est-à-dire celui de Chartres, un des plus anciens de France.

Petnm Tlaoïim et Petramiataliim. — Le nom de Mantes ne nous est pas encore apparu. Si la ville avait une antiquité certaine, noue devrions trouver son nom dans V Itinéraire des

Empereurs romains^ surtout ceux des Antonins et pourtant il n'y est pas. Il n'est pas davantage sur la carte ancienne siconnue sous le nom de Table de Pculinger ou Table Tlicodosienne. Avant de voir (juel parti négatif nous avons à tirer de ce document, nous devons dire ce qu'il est.

La Table de Peulinger, pour lui laisser le nom le plus généralement employé, est un manuscrit composé de onze segments de parchemin, ayant ensemble Si pieds de long et 4 de haut II y

<1) V. Diocèse de ftotten. Bd. de Paliaé.

avait douze segments, mais il y en a un de perdu; ils appartiennent à la Bibliothèque Impériale de Vienne. Cette carte, si bizarre et pourtant si précieuse de» rompire romnin, a été ex<^cu<<'eau xiii" siècle par un moine de Cuiniar. Ce n'est qu'une copie d'un monument plus ancien, remontant probablement au IV* ou au v" siècle. On sait que cette copie, qui est unique, a appartenu à Conrad 'Meissel qui Tavait trouvée à Worms et la céda, en 1507, à Conrad Peutinger antiquaire d^Augsbourg. BUefût achetée en 1364, pour la Bibliothèque de Vienne, et n*a plus changé de mains. En 1867, Si. Br. Itesjardin;;, de l'Institut, l'étudia à Vienne et en fit une copie exacte publiée depuis aux frais de TKtat.

Il ne rentre pas dans le cadre do cet ouvra;:^ de d«^crire cette carte ; un seul point nous y intéresse et nous ne chercherons rien au-delà. Il est à peine besoin de dire que cette carte ne ressemble en rien à celles de nos géographes modernes. C*est une grande projection, sans points de repère, sans proportionsgardées, où les villes, les fleuves et les divers lieux géographiques do Tempire romain, se trouvent placés dans un péle-mèle^ assez confus.

Si nous prenons la partie qui nous intéresse, nous voyons Autn'cum, Chartres. Diirocortonim, Dreux ; puis, non piis en ligne directe, mais sur la droite ou à Test, Drica Isarœ^ Pontoise ou Chaumont et encore plus à droite, contre toute raison, Cesaromaçw Beauvais, dont la place serait en haut ou au nord.

Sur une route allant <de Rotomagus Rouen, à LtUecia Paris,, se trouve un coude ou zig-zag bnisque, et au-dessous est écrit:

PeUmm Viaco. Nous sommes près de Mantes, mais non point à Mantes. Ce Petnwi Vinco ou mieux Petrnm Viacum, porte dans V Itinéraire (VAnfonin, le nom de Petrorn't ntnlum , à 17 lieues de Cesarouiagus. Nous ne pouvons nous engager dans Texaraen de toutes les opinions émises, pour déterminer le point précis désigné par Peirum Viacum ou Petromant€Uum ; ce serait presque la matière d*un volume. Bornons-nous pour les résumer, à dire qu'Hadrien de Valois et Dom Bouquet l'avaient placé à Mantes. C'ét«iit une erreur que démontraient les distances indiquées sur la carte et sur les Ttinèraire^. D'Anville l'avait mis à Hanthelu, puis avec l abbé Helley, à Magny ; M. Le Prévost., à Artheuil ; Walkenaer, à Ktrépagny et à Saint-Clair-sur Epte Il résulte aujourd'hui des discussions nombreuses de ce point.

S/ËINE ET OISE

RDUTB A5TIÇI7BDB BEAU VAIS A MAIVTBS

LES ORIGINES

important do géognraphi<' ancienne, que Pet mm Viacuin ou Potromantalum, comme Tavaient pensf'- Le Pr(^vost (1) et de rauinont. et comme l'a démontn''. \o iin'-tre à la main, M. Graves, de Deauvais, r-n 1830, était une simple boriir milliaire, driliéc sans doute à Mercure (Viacux) et située à quelque distance de Banthelu, à peu près à l'endroit appelé La Haie des Gendarmes.

Tout c<'la nous mène, en apparence, bien loin tics orij^iiifs de Mantes. Nous y revenons. Les itinéraires indiquent une ruuie le long de chacune des rives de la Seine : une allant de Rouen à Paris, par Pelromantalum et Briva Jsatœ (Pontoise), et une autre par Rouen, Mediolanum Aulercorum (Bvreux), Durocastis (Dreux\ Diorturum (Jouare) et Paris. Voilà les deux routes parallflt's ; où est la route perpendiculaire allant de lieauvais :i Dreux « t :i Chartres ? par quels points passe-t-eile ? c'est ce que nous allons n'chcivher.

Si l'on tir<' une li;.MH' tli nitf de Heauvais à Dreux, ellf coupe la Sein<' à Mantes. Cette route devait donc absolument passer par Mantes, que la ville existât ou n'existât pas. En effet, tout autour de Mantes, il reste de nombreuses traces de chemins anciens, connus pendant le moyen âge, et qui prouvent l'importance de ce point central.

Qu*on veuille bien ne pas Toublier, la route tracée sur la carte de Peutingcr fait un crochet ou zig-zag, court mais bien marqué, dans la direction de Mantes. Si au sortir de Beauvais, on

suit une route antique connue dans le nord sous le nom de Cfitt'f^yrr Bt'KnrUaid ou Chnrissèe Brunchnut, on devine prèsque la raison d'être de ce crochet. Cette voie romaine ajiparalt aux jiorles de Beauvais, prés de l'église de Saint-Martin-le- Neuf ; elle continue dans la direction de Mantes, en passant par Saint-Léger-en-Bray, Boqueteux, toute la grande rue d'Auneuil et la Neuville d*Auneuil. Là elle prend le nom caractéristique de Chemin de Mantes, à plus de 40 kilomètres de notre ville. Elle traverse alors le bois de la Charabre-aux- Vaches, j^asse à Jouy-la-Ciran^'e, .T..uy-sous-Thelle. la Chapelle-de-l.i-Chair-.à- Loup, puis à l ouest de Harhivillers et descend vers (;any à l'ouest. A Loconville elle reprend son nom de Chaussée P,runchant, qu'elle conserve jusqu'à Lierville en passant par le> nia-

^^) item. pMr servir à VHUU du Dèp. de VBure,

rais de la Troène, Saint-Pierre et Lianeourt (1). A Lienrille,

ollc reprend sen nom de Chemin de Mantes, et passant par

Hadancourt-h'-haut-riocher, elle touche Téglise de Nucourt, après avoir traversé remplac<'nient d'un camp romain. On la suit il Arthii'ul. à lianthelu, près du lieu où lut Pct/ni/n \'ia<^uin ou Pelt OiiiaiUalum. A cet endroit on est sur le crochet iiiditiué

sur la Tobte de Peulinger, et on Ta en ligne droite sur Mantes, jusqu'à Arthies oCi le chemin antique a di8[»ru.

La voie que nous venons de suivre, a été étudiée et presque raesurèo par M Graves, de Beauvais; elle nous laisse sur le cheniin de Mantes, sans nous y conduire (2). Mais pour aller à Chartres, (»u mieux à Dreux, nous le répétons, elle ne pouvait pass<'r (jue sur remplacement de Mantes,

La Commis-ion de la Cat-fe drs (iuules, ouvrage actuellement en préparation, a laissé cette route en pointillé, c'est-à-dire incertaine. Bfais on U suit sur tout son parcourt, par les vestiges qu'elle a laissés, Jusqu'à Houdan. Du reste, parmi les voies anciennes convergeant vers Mantes, celle de Beauvais à Dreuxn*est pas la seule.

M. Aug. Le Prévost, qui a étudié cette jiartie des antiquités de Normandie, marque une route allant d'Kvreux à Mantes, et passant à Pacy. au-dessus de Bonnières, près de la tour de Kollebeise et à Hosny. MM. Dutilluux et (luègan, sur une carte des voies anciennes de Seine-et-Oise (3), marquent une amorce d*une autre voie passant par Qucrvillc, vers le cbamptier dit : le Pressoir^es-Champs.

Cette amorce se rapporte à un chemin de la forêt d'Iveline, admis par M. Ad. de Dion, et allant de Mantes àMaule et à Neaurte. C' est encore ce chemin qu'a suivi Kléonor d'Auti iclie. en 1535, pour venir de lieine à Mantes yiar le haut des MauUuits, là où aujourd hui on ne connaît plus aucune route (4).

La commission de la Carie des Gaules^ a admis, comme probable, le chemin de Beauvais à Dreux, mais non celui d'Evreux à Mantes. Pourtant la lecture des historiens du xu* et du

(1) Dans une charte de 1060, souacrite au profit de l'abbaye de Saint- Père de Chartres, cette voie, prëii de Loconville, ai appelée publiea «it UclvHcina. » Il ne reate ploa grande de route à cet endroit. CnrU de

.V. Père, p. îiOl.

(S) Voie romatnB (le Beauvai» à Paris par PetroiitanMum, Beauvais 1839. (3) Aitnmiire dr Srinf-el-OiHt 1881.

(41 T'. Chemins de I Jveîine, par Ad. de Dion, et Vne Entrée Bopale à

^^(lnles, par E. Grave.

LES ORIGINES

xm* siècle, donne pleinement raison à M. Le Prévost. Il en est de même pour la roie de Beauvais à Dreux. C'est la route si souvent suivie par h s lioinmos d'armes d'Henri 1"% Philippe P', Louis le Gros ot Phiiippe-ÂuglUite, quand ils allaient de Gisors ou de ''hauiiiont à Mantes.

Voici donc un premier point acquis : plusieurs grands clieniins anciens venant converger vers Mantes. C'est là déjà une graude présomption pour faire croire à l'existence d'une ville, à Tendroit de leur intersection. Voyons maintenant si c'est la seule.

Petrum Viacum et Pelromantahm ne paraissent être qu'nn seul et même lieu. Nous avons dit que ce ne pouvait être qu'une simple borne indiquant les distances. On ne connaît en cfict aucune substruction dans les environs de Hanthelu, mais il n cst pas rare d*y trouver des monnaies romaines ot de menus objets antiques. Ces bornes militaires étiiieut plantées sur les points importants consacrés à Mercure et on connaît des inscriptions où le nom de ce dieu est accompagné de Tépithète de Viactis, Petrum Viacum ne serait donc que la « Pierre consacrée à Mercure, i» Les voyageurs avaient l'habitude de déposer une petite pierre au pied de ce monument consacré, et il ne serait pas difficile de retrouver dans nos mœurs, quelques restes de cette coutume pa venue.

Pctronuuilaluiii, pour M. Le Prévost, est un nom plus explicite. Ce ne serait rien moiifs que la Pic/ re de Mantes. Nous n*osons, bien qu'elle prête à notre argumentation, accepter cette tentante traduction ; car il faut bien le retenir, la forme du nom de Mantes, à l'époque de la latinité est constamment : Meduntum. On trouve aussi, mais plus rarement : Medantum; cette dernière forme seule, par la contraction, admissible tant vWp est fi'équente, des lettres e d (i), pourrait peut-être se prêter à 1 interi)rétalion de M. Le Prévost.

Ainsi trois ou quatre routes anciennes rayonnaient vers l'emplacement de Mantes, et pas une n'a laissé de traces connues dans la ville même ou à ses portes. Il nous faut donc chercher ailleurs, une preuve attestant que ces voies disparues, menaient k une ville ou a un VUshU quelconque. Nous laissons un instant l'époque romai:>e.

Dans notre Chronique, le Iroisièmo paragraphe a pour titre : Ancienne grandeur de Manies et de la Paroisse Haint Pierre.

(1) Âlédèric fait Mèry, Mcdiolinmm devient etc.

Il contiont lo passage suivant : « La paroisse ùo laquollo rilh- Tîtait Saint-Piorre, qui est à présent lès Mantes, qui est une des plus anciennes églises et paroisses de révôché de Chartres, et selon Vancienne tradition, a été honorée des disciples et contemporains des disciples de Notro-Seigneur, qui y ont célébré et offert le Saint Sacrifice de la Messe. »

L'ancienne trailition n'est peut-être pas absolument dénuée de fondement; elle demande a être rétablie exactement. On doit observer qu'en la rapportant, Chrestien fait remarquer qu a Mantes on appelle la paroisse : Sainl-Père; « comme on dit communément icy »> ajoute-t-il. Ailleurs, pages -ilô et 416 (1), il dit le faubourg Saitit-Père et même Saint-Potr. L'abbé Delaporte. dans le Voyageur ft^ançaift {2), \iVéi9î\A également qu'à Mantes, on disait vulgairement : Saint-Père. Cette maniera de «lire présente un grand intérêt et renferme peut-être une preuve de l'ancienneté de la ville.

Adrien Haillet, avec les hagiographes, dans la vie de saint Paterne, évêque d'Avranches au vi* siècle, s'exprime ainsi : « Le roi Childebert qui «avait partagé avec ses frères, la monarchie fran^'aise après la mort de Clovis, et qui tenoit le siège de ses estats à Paris, ayant ouï parler des vertus et des miracles du saint, souhaita de le voir et le pria de le venir trouver à Mantes. On préten«l qu'il laissa sur sa route et dans la ville de Paris des marques du pouvoir que Dieu lui avait donné, sur les maladies et les démons. »

Fortunat,,en précisant un des miracles du saint, est encore plus formel : « Sa renommée s'étendant, après mainte prière du roi Childebert, le pieux reclus (3) se décida à venir auprès du glorieux roi, à Paris, dans un char couvert. Au bourg de M.antela. un enfant nommé Milevus, ayant été piqué par un serpent, le saint homme s'approcha pour l'examiner et empêcher que l'enfant ne mourût. Ayant fait le signe de la croix, et répandu une liqueur huileuse, le venin fut pénétré et il guérit l'enfant parce remède. Aussi dans ce lieu-là, en témoignage de ces choses, 7me basilique fut élevée au nom du saint et du Christ. »

Voici ce texte important : « Ilinc famà percurrente, prece multa Childeberti régis corapulsus est glorioso régi Childe-

(1) De la Cojiie de Mantes, (i?) T. XLI.

('J) Il n'était pas encore «ivfqiip.

LES ORIGINES

berto Parisiis, in carro cooperto reclusus oecurere. Manteia-

rico, qiiidnm pu< r. Miloro noniino, a sorponfo porciissns o«5t. quo jam fxanimaiitf sanctiis vir accessit, ne puer, morte intervcniente drciden-t. Itaqnc lacti» cruci>< sipiio, olci liquori perfuso, ponetratuin venenuin tali curavit antidote. Quo etiain in loco, ad renira testimoniom in ijus nomtne et ChrUtibasUi' cam am4ideruni(i). »

Voila donc un toxto ancien et une tradition locale qui viennent se conflrnïer l'un par l'autre. Une église fut bâtie h la fin du VI* sijVlo. en un lifu nommé Mnntela, en l'honneur du Christ et <Ii' ^aiiit Paterne. Lévrier a naturellement eoutt sto ([ue ce liou fut Mantes, sous prétexte que Mantes n était puim sur la route d'Avranches (2). Il a voulu y voir Médan, près Poi.ssy, ain.si que pour un autre lieu cité dans la vie de saint Germain d*Auxerre. Voyons s*il a raison.

Il nous semble que Lévrier a tort, puisrjue notre tradition est appuyée d'un texte certain de la vie de saint Paterne. Mais il a d'autant plus tort, que ce nom est latinisé, c'est à-dire un peu' dénaturé, « t ({W le vrai, c« liii dont se sert 1»> vul^'airc est /Vv, Paer, Pair ou Pair, or, qur dit la tradition ? Qui ditChrestien, enfant de Mantes ? Une égli:»e est fondée très anciennement a Mantes et dédiée^ à sattU Pierre suivant ceux qui écrivent correctement et se font un honneur d'a%'oir le prince des apôtres pour patron de leur basilique ; mais le peuple, le vulgaire, le Commun, lui qui ne se pique pas de correction et nous a transmis sans variante vt si sni-cment tant de bonnes choses du temp"pa«s<'. If peuj'le disons-nous, n'a cure du chef des apôtres et. naïveni'uil, par (idélit.- aux locutions répétées d'âge en àgc, dii simplerocsnt : l'Eglise Saint-Pére, le faubourg Saini-Père et même SaitU-Poir.

Toute cette argumentation tomberait d'elle-même, si Ton prouvait que Fortunat, ou Lipoman, ou Surius. ont créé leur pieuse légr-nde d'après los annalistes do Mantos; ou bi«'n encoro si c<'ux-ci av.iient construit leur histoire d»- la fomhition do Saint-l*ierre, d'après Fortunat et les autres légendaires. Mais

(1) Fortunat : Vif de saint Paterne, ln-4». Rome 1T87. Acta SanctorwiK Ed. PalmÂ, Vie de saint Paterne, \>. 425, 16 avril ; une note dit qu'on trouve 4erit : Antela et Uentetavieo, et rapporte ce nom à Mantee.

(2) Saint Patcrrii', <jiii ost < ri vénérutioii à Orli^an", comme en Normandie,, à pu suiffre, i l'aller ou au retour, les bonl^ delà Loire et st^joumer à UrU-aoa, mmi bien qa'U loi importait de viaiter en paavant, Bvreux, Usieiis. Bayeox. atOoutaiies.

alors, nous aurions TégUse Satnl-PaUme on SoMt-Per ou PaeTf ou Poir, et non plus Saint-Pierre et le faubourg Saint> Pierre des beaux disours. II n'en est rien, et constamment nous

trouvons, surtout dans les r^^cits d'origine religieuse : l'église Saim-I'it l i e, le faubourg Saint-Pierre et l'église fondée au

temps des aj)oti-es.

Si maintenant, nous rapprochons Mantela ]'inc.'i, du nom donné à la borne milliaire de l'Itinéraire d'Antonin, de Petro Mantaium^ n'y a-t-il pas là une coïncidence singrulière et qui donne un poids considérable à la t||èse que nous essayons d'établir : Texisfence de Mantes longtemps avant le xi* siècle ?

Dans la vie de saint Germain, contemporain de saint Paer,

nous retrouvons ce nom de Mantela ou Mo7itela (l i ainsi que Medon (2). L'évèque de Paris, qui se mêlait de médecine et de chirurgie comnie tous les religieux des j)reniiers sircles, avait une maison des champs, dépendant de son év< che, à Kpône (Spedoienum, Spedenotutu, Spedonla). Saint Genuain y guérit d'une maladie d'yeux, la servante d'un nommé Waldulsus : « devico Mantola. » Une autre fois, allant à sa ferme d'Inèthe, un homme de Médon, vint lui dire qu'il était le seul de cfaes lui qui ne Alt pas malade, et que tous les habitants étaient frappés de la peste. Il lui donna des euloges ou pains bénits et ils guérirent.

Dons c<'s deux Vici, Lévrier naturellement, n'a encore reconnu (jue Médan prés Poissy. Mais le voisinage d'Epône est trop j)ro bant pour que, comparé au texte de la vie de saint Paterne, et à cette tradition séculaire d'une église de Saint-Paor, à Mantes, on puisse voir dans Mantela un autre lieu que Mantes ellemême.

Cette opinion, qui est la nôtre aussi, est contestée d'une façon absolue, par un homme d'un savoir considérable, surtout en ce qui touche à la géographie de la Gaule; M. Guérard voit dans

ce Mantela, le bourg de Maule, aussi voisin d'Epône. Avant

<rexaininer cette nouvelle opinion que nous combattrons, il iraporte d'examiner le document, le nouvel élément du débat, où le nom de Mantes apparaît, plus tôt qu'on ne l'avait vu jn»qu'ici.

(1) Fortiinat : Ed. d. Rome, ut snp.

(2) iïad. de Jean Jalldry. Paris iG:23.

LES ORIGINES

Polyptygne dltailnott. — Nous nous beurtons ici à une opinion dont nous ne pouvons avoir aussi bon marcbé que de celle

de Lovrier. C'est celle que M. Gui'Tard a développée dans les Prolégomènes de son édition du Polyptyque d'imunon. Coiiimo coi ouvraj.M' nous révèle en même temps le nom do Mantes, vers l aii HOO, c'est-à-dire deux cents ans plus tôt que les chartes de Gauthier le Blanc, il est du plus haut intérêt, de nous y arrêter, de l'étudier et d'y prendre tout ce qui concerne notre ville.

Irrainon était un abbé de Saint-Gerniain-des-Prés, qui vivait encore vers l'an 812. La célèbre abbaye était fort riche, comme on sait, et possédait autour de Paris, des biens-fonds considérables dont le dénombrement, au ix* siècle, se trouve minutieusement détaillé dans un manuscrit connu sous le nom de Polyptyque (VIrminon. Plus tard, par suite de circonstances politiques ou d'échanges dont nous n'avons point à nous préoccuper, ces biens passèrent à d'autres c<tninmiiaulés religieuses : Coulombs, Saint-Kvroult, etc., eurent une grande part des biens situés autour de Mantes. Toujours est-il, qu'à l'époque où vivait l'abbé Irminon, la plupart des villages, des fermes ou des moulins des environs appartenaient à Saini-Oermain-des-Prés, en totalité ou en partie.

Nous relevons en effet dans ce Polyptyque (1) beaucoup de noms qui n'ont guère changé et qui intéressent, pour la plupart, Hiistoire de l'arrondissement de Mantes. Nous citerons entre autres :

Cavannas^ le moulin des Chavannes, Lodosa, Leuso, hameau de Yillette, Arrumi Villa, Arnouville, Scmodi Villa, Sennevilie, Fra.ciiH'llo, Fresnel, Sicca Valle, Secval, prés Plagne, Bavant Villa, Boinvillc,.

PoHo.Port-Villez, SeptoUum ou Septoçilumt Septeuil, Maœriag, Mezières, * Waniacum, Oany, etc.

[D roUjp'tjchim, livre de cent, A tAt WUieum, PuleUeum, Putetium, pullaritiiH et «nfln. Fouillé. •

CHUONlgUE DE MAMES

Le nom de Mantes est cité trois fois dans le Poltfptif9ue. La savant éditeur de ce manuscrit, M. Guénird, ne résout pas la

question de savoir s'il s'agit là de Hantes ou de Mantes-la- Ville. C'est qu'en effet, rien dans la teneur du texte, ne prête plutôt à

une interprétatiun (ju'à l'autre. Nous pensons cependant, pour des raisons qui .seront déduites un peu plus loin, que c'est bien la ville actuelle qui est désignée daa:i les citations que nous allons rapporter.

Le Folyptyque est divisé par parties ou chapitres dans lesquels les possessions de Saint-Gemiain-de»-Prés sont rangées autour d*un lieu principal appelé fisc. La première mention est contenue dans le fisc de Secval ou Forest : « XXII. Brève de Slcca Voile, stve ForesL »

Le fisc de Secval dépendait de la maison ou ferme que l'abté Irminon lui-même, avait fait construire dans la vallée de Guerville et qui a porté depuis, en tant que prieun'* au moins, le nom de Saint-Germain de Secval. La chapelle primitive, plus ancienne que celle qui subsiste encore, datait de la même époque : <« Habct in Sicca Valle, capellam benè constructam. » C'était le séjour préféré de Tabbé Irminon, et lliabitation qu'il y avait fait bfttir devait occuper, sans doute, quelque point de la Plagne que nous ne pouvons déterminer d'une façon exacte.

Quoi qu*il en soit, voici la citation :

Frolgrinus colonus et uxor eiue coUma rumine OundriUUs, IsU eunt eorum infaniee : Oambertut, Ftotcartue^ OerosmWt

Frotberlus, Sacidus, DeodildiSy Gundrada. Islc manet in

Med.vnt.v. Tend mansum I ingenuilciu , habentem de terrd arabili bunuaria XII, de cincd a/'ipennuin /, de firato, aripennion I,etc. Nous ne donnons [)as la fin de l'article qui consiste en conventions compliquées de redevances eu argent, en nature, en corvées, etc.

La deuxième citation est à peu près identique : « Fulbrandus colonus et uxor efue colona, nomine Aldenildfs, Isti ewU eorum infantes : Fulcradus, Futcrada, Solda, Isie manet in Medaota, etc. (3). »

(1) Frotgrin colon, et sa femme colono noninu'o Oondrild*. Leurs enfant* sont : Oaubert, Kititcaire, Jérôme, Frotbert, iiavide, Deoililde, Gondrado. U demeure à Mantes. Il tient une m anse ingénuOe, A XII banuaire* de tem arable, 1 arpunt de vigne, I arpent de pré, etc.

LES ORIGINES

Eviilomment, ces deux citations ne jettent pas un grand jour sur riii-stoire de Mantes ; mais n'est-ce point déjà beaucoup (jue d'avoir l'assurance de l'cxistf-nce indubitable de la ville, deux Cfuti ans plus tôt (ju'on ne l'avait écrit jusi^u'ici.

Quant aux déductions à en tirer, c'est là le point dil'iicile et nous retombouii forcément daiis des conjectures que nous voudiions éviter à tout prix. Tout ce qu'on peut dire, e*est que les deux colons de Saint-OermaiiiHles-Prés, Frotiprin et Fulbrand, étaient des serfs de condition supérieure, puisqu'ils tenaient chacun une mame ingènuile [i) \ qu'ils avaient à ferme une quantité assez considérable de terres, et payaient de fortes redevances de toute nature. C'est probablement à cause de cette condition à peu près libre, quils devaient de pouvoir habiter Mantes.

I ne autre partie du Polyptyque, nous semble jdus importante; malheureusement elle est d une interprétation diflicile. «t M. Guérard, lui-même, ne parait pas l'avoir élucidée d'une façon satisfaisante. Dans ces sortes d'ouvrages, il ne suffit pas d'avoir une érudition au-dessus de toute critique; il est encore essentiel de connaître les noms des moindres hameaux, des écarta, des champtiers portés au cadastre. Souvent une conversation d une heure, avec un garde champêtre, en apprend plus que huit jours d'étude sur la meilleure carte.

Voici sur quoi porte cette remarque : «i XXI]'. Jireve de Bisconcella (2). In )iiaxnili Jiddanrcle, /labelur (irca niolrn-

(Ji/in icna Pertinet aulon eadcm terra pcr snf/tjcsiio-

ncui, ad flscum Spicarius. De altéra ripd Medante Jluminis, quicqtUd m est de terra araJbUi et de praUs, inier duae i)ias pubticast od Septem tUQue Sortes, totum est terra Saatctf Germani.

BtgamceUa, Beconcelle ou Bonconseil se trouve dans le canton de Montfort, près d'Orgerus. M. Guérard ignore où était

situé le raénil Badanrete et nous ne le savons pas davantage. Quant au fisc de Spù'arius, il en a fait Epirds, dans le département de l'Eure; ce dût être faute de trouver un meilleur lieu à qui appliquer ce nom. Isous ne pouvons partager cette opinion.

(1' Condition la plus élevée de cotte sorle de fermage. La maBW ordinaire

ceatenaiL tsnviron 4 hectares.

(t) T. U. p. ios.

Epieds, snr la rive gauche de l*Eare, est trop loin de Beeon* celle, pour le rattacher i ce fisc. Trois autres lieux, i^ant un nom à peu près semblable et situés non loin de Béconcelle, semblent mieux convenir à ce Spicarim. En première Ii<rne, nous proposons le Bois-l'Epicier f.9peciar»s\ hamf'au do Maulette, pou (''l<>i;;nù B<''ConcL'lU* : les deux noms ont un rapport prt^sque absolu. Nous pourrions encore prendre un autre Epié, hameau de la connu une de Montchauvet, beaucoup moins éloigné qu'Epieds (Eure). Enfin, à la rigueur, il existe encore sur la VaucouleuTS, le fleuve de Mantes, le moulin des Epatllards^ commune de Mantes-Ia-Ville. Toutefois, cette dernière attribution nous parait moins plausible qu'aucune des deux autres (1).

Nous touchons à la dernière phrase du paragraphe. M. Guérard dit, dan^ \mo note, qu'elle paraît avoir été écrite moins ancieniu nii-nt que le reste du manuscrit. Dans une autre note, Je savant commentateur fait des mots : « ad .Septeia mque Sortes, »> le nom de lieu «< Septem Sortes, » et il ajoute ; Locus nobis igmhts. Nous ne sommes pas plus instruits et Septem Sortes nous est également inconnu. Mais le texte se prète4>il bien à faire de ces mots un seul nom de lieu ? Nous y vojons deux noms de lieu et nous lisons ainsi, cette phrase embarrassante : « Sur l'autre rive du fleuve de Mantes, entre les deux voies publiques, depuis - Srptc/n » juscpi'à «.Vo/'/e.v tout est la propriété df Saint-Germain. -> Tout l intérét de ce texte est là. Le fleuve de Mantes, c'est la rivière de Vaucouleurs. L'autre rive, c'est la rive gauche, puisque Béconcelle est sur la droite, assez loin ainsi que le Bois-r^icier. Mais qu*est<M que « ad Septem usque Sortes? » Là est le point difScile. Celui qui a dénombré le cens de Saint- Germain, a décrit une enclave étendue, bordée de chaque côté par une route et aux deux extrémités, par des limites auxquelles il donne les noms de Septem et de Sortes. Alors pourquoi Septe ii. ne serait-il pas Septeuil? Ce n'est pas le nom ancien de .Septeuil, mais il peut y avoir une abréviation dans le manuscrit, comme Seplem pour Seple liu m.

Quant aux mots, « usqw Sortes, » nous ne connaissons aucun nom de lieu qui leur soit applicable. Le Sors, selon Ducange,

(I) Le passago que nous analysons, se rapporte surtout à des redevance* de moulins. Sur la remarque de M. Brochet, noua propoaoot enoor» le mauUn deg PUrrei, commune de Mantes-I«- Ville.

LES ORIGINES

était, soit une portion de terrain inculte répartie par le sort pour <*tr«» raîso en culture, soit une nu sure apraire tr^'s ancienne, s«»it ••nfin r< ns(»mblo d'une possession territoriale. Dans l'espèce, c'était peut-être le nom d'un champtier situé vers l'embouchure de lit Vaucouleurs, dans la Seine (1).

La basse-latinité s'est permis tant de licences que nous pochons pour une autre traduction. Dueange a omis le sens que nous allons appliquer à ce mot Sortes, mais puisque quelques étymologistes l'ont soupçonné, nous n'hésitons pas à lui donner une autre interprétation. Softes. ici, si^niifie peut-être Sorties, et c<' pluriel se nipporterait aux deux bras, aux deux sorties de la Vaucouleurs dans la Seiiif*. Tout est C()ni|d«'t ainsi : le sens, les faits et la topographie sont confc»rnies à cette traduction, et nous avons : « De Septenil jusqu'aux Sorties (de la Vaucouleurs) tout appartient i Saint-Oermain (2). m

Enfin les deux voies publiques confirment ce que nous avons avancé sur les chemins anciens qui venaient converger vers Mantes. L'une allait vers HouUan ; l'autre est celle qui passait sur les Mauduits.

Telles sont les remarques (jue nous a suf.'K' i'*'*"^ 1*^' texte de ce Polyptyque. Il en est une autre non moins importante, qui nous ramène au View de Mantela et aux origines de Mantes :

« Le président Lévrier, dit M. Ouérard (3), dans ses attributions géographiques, s'est trompé au s^jet de Mantela et de beaah coup (Vautres localitèsAÏ en a fait le villajre de Mantes-la-Ville, tandis que c'est évidemment Maule-le-Huat. sur la Manidre. situé à priix imité d<'s villaj:es ou des hameaux de Mareil-snr-Mauidre, Auteuil. B« ule, Saint-(t< rmain de Secqueval. Flins, qui faisaient partie de ce fisc. C'est le même lieu que le Meus Mantota, et le Mantela Viens, dont il est parlé dans la vie de saint Germain, écrite par Fortunat et dans colle de saint Pair du même auteur. La contraction de Mantula en Maule, par la suppression de la syllabe intermédiaire, est tout-à-fait conforme à la règle. On connaît d'ailleurs l'ancien nom de Mantes-sur-Seine o\i de Mantes-la-Ville, qui est Medonia ou plutôt M*'danta, tel qu'il e.*<t ••crit dans le Polyptyque et non Mantula. >»

(I) n «sitte m chftmptiw des Sorts, sur le territoire de M éxièree on d'Épdne.

2 Le bras fore»'' do la Vaucoulfurfi t-st très ancien, ot not'.v intoriiri-tation e«t confirmée par l'examen de ce caual artificiel. V. LiUré, sur la tsean que WNM préMroae. Il ne Fadoptc pas, maie enfla, il en parie. (3) T. I p. 8M. On voit qrn noue ne eommei pat senla à le crHiqtter.

CHRONIQUE DE IdANTES

Nous rt ntrons dans la discussion que nous soutenons en faveur (k' Manlcln. Le Mantula à\x Polyptyque f st Maulo, à n'en pas doutfr. Mais c»' ii t'st pas une raison absolut? pour quo le Manlcln de Foriuiiai lu- soit pas égalenient Mantes. M. Guérard dit que le nom de Mantes est bien connu ; que c'e:>t Medonta et Medûnta (1). Mais le nom de Maule est bien connu aussi et Orderic Vital récrit constamment ManlUi* Il n*y a donc pas lieu de tenir un compte rigoureux de cet argument.

A la vérité, le Mantola de la vie de saint Germain, est peutêtre le Mantula du Polyptyque, bien que la preuve nous manque. Mais le Mantela de la vie de saint Paterne est bien certainement notre ville de Mantes, pour les raisons que nous avons exposi'-es. Nous avons pour nous, une tradition ancienne et des expressions locales qui concordent avec le texte précis de Fortunat. La variété de ce nom de Mantes, si grande au moyeu âge, nous autorise à ne pas nous en tenir à la simple consonnance.

Nous persistons donc, malgré l'autorité de M. Guérard, à attribuer ce nom de Mantela à notre ville de Mantes.

Ftoulllea de MÉntos. — Pour remonter Ju8qu*aux origines de Mantes, nous avons étudié tous les monuments écrits que nous connaissions. Il en est d'autres encore, de nature différente, que nous ne pouvions négli^'er. Ce sont eux renfornif^s dans le sol môme dr la ville et mis au jour par les travaux entrepris depuis le coniinencemeul du siècle sur divers points. Là encore, la récolte n'est pas des plus abondantes;, mais elle n'en est pas moins précieuse.

Nous avons à peine besoin de le dire, les environs de Mantes attestent la haute antiquité de notre contrée. Depuis l'homme primitif Jusqu^i nos jours, il n'est pas une époque des étapes de la civilisation qui n'y ait laissé une ineffaçable trace de son passage. De tous les côtés, nous sommes emironnés de plaines, de collines, de villages, où les monuments nn'-galithi(]Uès, les instnunents de pierre « t de bronze, la céramique, les médailles, les camps antiques, les sul)stni( (ioiis gallo-romaines, les monuments du moyen âge, etc., proclament hautement que de tout temps l'homme a foulé ce sol et en a fait son séjour. Epune, Méziè-

(l) Nom trourercms, % 159, le mot ancien Monta et «uii if mtef en latin.

LES OKiGlNËS

r©8 (1), Rosny, Soindres, Port-^ illez, etc., furent occupé:} par des légions romaines. M. Cassan i^oute Mantes à cette liste, sans appuyer ce dire, soit dans sa SlaUsUque, soit dans ses AnitQUiiéi, de preuves qui viendraient si utilement étayer

tout ce que nous voulons établir touchant les origines de Mantes. Il nous faut donc nous coiitontor de signaler los monumr-nts antiques do toute nature, mis au jour ])ar les fouilles ou le hasard. Les résultats, croyons-nous, sont suffisants et peuvent nous dunnor raison contre le silence do l'histoire.

Du temple de ( ybèle, sur lequel fut bâtie l'église Saint-Maclou, nous n'avons pas d'autre connaissance que l'affirmation des chroniqueurs de Bfontes. Les fouilles faites autour et sur l*emplacement de cette église, pour l'établissement du marché actuel, n'en ont pas encore révélé l'existence. Monsieur Moutié ne croit pas plus à ce temple qu'à une station de légion romaine, mais il ajoute : << Cependant nous devons dire que des >ubstructions antiques, des médailles celtiques et romaines, des vases, des urnes, des tombeaux découverts à diverses époques, sur le sol même de Hantes et de ses environs, prouvent que toute la contrée a été habitée dés les temps les plus reculés; mais rien dans ces découvertes ne doit faire présumer de la haute antiquité de notre ville actuelle (2). »

M. Moutié répond dans cette dernière phrase àChrestien et à Dom T. Duplessis. Nous sommes arrivés à un point de cette étude, où l'on peut affirmer que l'ancienneté do Mantes est fort respectable, puisque nous prouvons son «'xistence au vir siècle. Mais son rôle à cette époque et au-delà, nous échappe, parce que de ce passé lointain, il n'est rien resté que des traces.

Quant aux substnictions, M. le docteur Bonneau que nous avons consulté, croit se rappeler, en effet, qu'elles furent trouvées dans une fouille de la rue Cadette. Pourquoi n'en a-t-on tenu aucun compte ?

Les fouilles faites sur le sol de Mantes sont peu nombreuses, et surtout peu considérables. Avant d'en parler, uous uous occu-

(1) Au oommeoeemeiit de 1881, on a trouvé à Iféiières, £.500 mMaines

romaines consulaires, dont les plus anciennes remontaient à p-ine au m ou m* siècle av. J.-C, et les plus récentes, aux premières annt t s li Auguste. Des •cmpakw que nous n'avons ]>u vaincre, ont «mpéché l'inventeur de nous les lai^aer étudier. Elles 5-oiit aujourd'hui dans une collection de Paris, où ollt^s ont perdu leur valeur to^>ique. Méziéres a donc été habité vers l an 20 ou 3U, par un romain qui y a enfoui son trésor on oelol d'une légion. (S) lac. du

CHRONIQUE DK MANTES

perons d'un objet précieux, trouvé il y a bien lon^mps dans la ville et dont la provenance est encore indéterminée.

On voit à la Bibliothèque Nationale, une très belle tête en basalte vert «''nyptien ; elle fut df^couverte en 1832 ou .33. pAr M. Auf,'. Moutié, tlans la cuisina do Thotol du Ron-I.aboun-ur, a ^^ant<'s, où r'ilf si'i-vait «lo contre-poids à un tourne-broche, (-"'est un objet d'art très précieux, d'un magnili(iu(3 travail, une des plus belles œuvres de la sculpture romaine. Elle est d'une conservation et d*un poli parfaits; le nez et le menton sont un peu mutilés. Ce qui augmente encore la valeur de cet antique, c'es^t qu'il représente latétede Scipion l'Africain. On voit sur le Aront la cicatrice cruciale qui caractérise le portrait du premier vainqueur de Carthage, dont la Bibliothèque no possède que deux exemplaires.

D*où vient cette tête? M. Moutié, qui la céda on 18i0 à la Bibliothèque, n'a jamais su au juste où elle avait été trouvée et aujourd'hui même, la notice du Cabinet des Antiques dit qu'elle provient de Rambouillet, où habite en eflTct M. Moutié. C'est une erreur, et M. Lcnormant, en annonçant cette acquisition à l'Académie des Inscriptions, a déclaré que c'était à Mantes qu'elle avait été achetée par M. Moutié.

M. Erne.st Muret, du Cabinet des AntiqiiPS. au(juel nous demandions quelques explications à ce sujet, nous a appris que sous Auguste, on avait fait de nombreuses reproductions de Scipion l'Africain et que Gordien d'Afrique, le père, qui vivait vers 220, se faisait gloire de le compter parmi ses ancêtres. M. Muret pense que cette téte a pu appartenir à un buste ou à une statue destinée à orner la villa de quelque riche romain. Mais par quelle ironie du sort, cette téte de l'Africain est-ello \enue échouer dans une cuijiine et y faire tourner les morceaux de veau et les {toulets? I/eiKjuète que mnis avons voulu faire n'a pu aboutir. Personne n a gardé souvenir do la façon dont cet objet est venu à l hôtel du Don-Laboureur.

Monsieur le docteur Bonneau, dont la collection est si inté« rcssante, possède une belle petite lampe en terre cuite rouge, qui provient des fondation.s de la maison n* 0 bis, de la rue Saint- Pierre. Elle est de la belle époque îrallo-romaine, et justifie encore la tradition du cimetière de l'église Saint-Père, l ue autre pièce, d'une époque un peu plus basse, a été trouvée dans les fondations de la maison n* 15, de la place du Marché-au-131é. C'est un pot sans verni, en terre rouge, d'une assez belle forme.

LES UIUGINES

La fouille la plus considérable que nous connaissions, est celle qui a été faite à l'occasion de la construction de TégoÛt de la rue Royale, en 1875. Elle mit au jour, dans la partie de la rue situai* ontro la Seine el la place du Marché, et à une profondeur

de 4 à 5 int-tres, une certaine quantit<^ d'objets affirmant sans Conteste, rantiquité do cotte partie de la ville. A partir du Marché, au-dessus au contraire, la fouille se lit, en général, dans le sable qui runne le sol primitif.

Parmi les objets que nous arons alors recueillis et qui sont encore en notre possession (1), nous signalerons un grand nombre de vases pansus à large ouverture, munis d'une anse très grande en terre grisâtre, poreuse, mal cuite, et ayant tous subi l'action du feu. D'autres fra^cnts d'une pat»; plus fine, appartiennent certainement à une époque plus ancienne. Ce sont des débris (le vases, des anses aux belles fonin s, en terre ^M ise et rouge, mais nou recouveilc de verni. Ils appartiennent à l'époque gallo-romaine.

Nous avons encore trouvé doux (ttigments de cuillers en bronze. L'un formé de la cuiller elle-même, Tauti-e d'un manche avec une partie seulement de la cuiller. Ce manche est allongé, carré et terminé par un petit ornement très délicat. Il est reovuivert d'une belle patine vert sombre. Nous u*hésit(Hls pas à le croire ég:alenient de l'époque gallo-roinaiiie.

Un fragment de lanij>e grossière, idiaiiiètre 0.07) entièrenieul ouverte, nmnie d'un bec pour y placer la mèche, et d'un pied cassé ; des fragments de vcrro mince, oxydé, orné de filigranes de verre blanc opaque; des monnaies frustes du bas empire, complètent la série des objets que nous avons alors recueillis parmi les déblais de cet égoû t. Nous ajouterons qu'en 1820, on avait aussi trouvé une médaille d'un Antonin, dans les fonda* tions d'une maison située devant l'église Notre-Dame.

Telles .sont les preuves nouvelles que nous apportons en faveur de l'ancionneté de Mantes. Si le ijoinbre en est restreint, cela tient croyons-nous, à ce qu'a 1 époque de cette fouille, nous n'uvons pu la suivre avec Tattention qu^elle méritait et qu'il ne s'est trouvé personne pour surveiller les travaux à ce point de vue spécial. Cela tient encore, à ce qu'on ne s'est jamais préoccupé de cette question et qu'on a laissé passer d'une façon indifférente, les occasions de rassembler des preuves aussi certaines^

{l A M. Grave.

CHRONIQLK DK MANTI-:S

qne lliistoire écrite et moins destructibles qu'elle. Tout ce qne nous possédons à liantes d'objets antiquos, provenant de notre sol, nous le devons bien plus au hasard qu'à des recherches

entreprises avec m«''(hode.

Grâce à l'onsembh- de tous les documents que nous venons de faire connaître, nous avons allongé; la chaîne qui relie la ville actuelle au passé. Avec tous les historiens, nous avou» pris Mantes au xi* siècle; avec le Po^ypluqm (Firminont et la vie de saint Paterne de Fortnnat, nous remontons Jusqu'aux dernières années du yi*. Si nous Joignons à ces textes les témoignages fournis par le sol, nous pouvons affirmer que son existence est plus ancienne encore.

Du reste, ce sol ([uo nous avons vu ouvert dans une seule partie de la ville, est exhaussé vers les bords de la Seine ilo plus de six à huit inùtres. .Jamais ou n'est descendu jusqu'au sol primitif, si bas au moyen âge encore, que les eaux, dans les grandes crues venaient battre la place de l'Etape. Qui peut dire ce qu'il cache A ces profondeurs? Si nous en Jugeons par ce que le hasard ou des travaux mal surveillés ont mis au jour, il est certain que les découvertes seront pleines dUntérét, le jour où quelque grand travail obligera à descendre au niveau de ce sol ;in tique.

Mantes au XI' siècle. — Abordons maintenant un autre ordre de considérations qui n'ont pas une moindre portée.

Une des premières mentions écrites, de Mantes, apparaît dans une charte bien comue de Gauthier II le Blanc, comte du Yexin,

accordant, en l'an lf)06, un privilège à l'abbaye de Jumièges. Lévrier, dans l'article .sur le Vexin fourni aux auteurs de l'Art de vérifier les dates, a bien soin de marquer les nuances <le la rédaction : « T'n certain petit château vulgairementnommé Mante, qui nous appartient entre autres biens. » Lévrier ajoute : «Cette manière fait connaître que c'était peu de choses alors, et que confondu dans la masse de ses domaines, ce n'était rien moins quels chef-lieu d'un comté. On croit que ce fut Gauthier II, qui jeta les premiers fondements de ce château, ainsi que de celui de Crépi, pour garantir ses frontières. »

Lévrier oubliait qu'en même temps, nmithier le Blanc octroyait une charte semblable a l'aljbaye de .Juziers (Jodaci/s^, et que là, avec un autre notaire, il n'est plus question des mots « un certain » qui faisaient son triomphe. Le comte du Vexin dit

LES ORIGINES

seulement : «De navibys Sancti Pétri Jociacensis, per Sequanam transenntibus» propë nostram casteHum, quod vulgo dicitnr Medanta. Touchant les bateavx de Saint-Pierre de Juciers, passant près de notre chàteaa Tnlgairement nommé Mantes. » Bien plus, une autre charte nous prouve que tout cela était purf affairo do rc^dactour fi que les notairrs n'y rogardaiont pas d*» .si pr«>s : T"n acto de l'abbaye de Saint-l'ère de Chartres, au cartulaire de lai^uelle nous empruntons ces textes, cite parmi les témoins, en l'année 1080 : « Albericus cleriens de Medanti Castro. Albéric de Mante4e-Chàteau, » Les mots ne tirent donc point à conséquence, autant que le pensait le docte président de rsiection de Meulan; et le texte isolé d*une charte ne peut seul nous faire connaitre queUe était rimportance d'une ville au XI* siècle.

Mais cette ville, ce vicus^ cagteUum ou casirum, comme on voudra rappeler, qui apparaît subitement, en Tan 1006, suivant tous les historiens, mais en réalité en Tan 800, avec le Polyptyque d'Irminon, pour prendre en quelques années un rôle >i consid«''rable dans l'mfantrnient de la puissance royale, ne pouvait éire. à coup sûr. une bourjradi! inlinie. Tout ci^ que nous connaissons de Mantes, à cette époque, uous est garant du contraire.

Voici « un certain petit château »>; ou encore « un petit château " qui en IfMMî, n'est que - prii de chose », et tout à coiq». en quehiues anni'-es, il actiuiert une inqiorlaiict* militaire iiicituit stable. D'abord en 1027, les bourgeois gûués par le cimetière placé au milieu de la ville, le transportent à la Parte Chantereine (Porte-aux-Saints actuelle), et fondent le Orand Cime- Itère, La ville existait donc depuis longtemps, car, à cette époque, chaque église ou couvent avait son cimetière particulier, et Mantes à ce compte en avait au moins trois. Mais poursuivons.

En 1065, Henri I*' était dans ses murs, luttant déjà contre son terrible voisin le Normand. Il y apprend la défaite de ses troupes à Mortemer. et le duc de Normandie envoie nar^ruer les habitants sons leurs propres remparts. Puis ce potitchâteau, comme nous l'apprend Orderic Vital, a déjà une Monnaie : on décide dans un accord qu'on paiera en monnaie ou sous de MarUes^ ce que nous confirme d'ailleurs le Manuel de NwnienuUi^te mo-

chromqle de mantes

derfxe de M. de Barthélémy li'i. En 1067, Mantes subit une catastrophe épouTantable, que racontent de la même foçon tous les chroniqueurs contemporains. Guillaume y entre par surprise,

après avoir saccagé toutes les récoltes de la campagne, puis la défruit et la brûle de fond en comble. A son lit de mort, le souvenir df la ville en cendres, vient troubler st'sdernier> instants, et par des dons considérables, il tâche de réparerles ruines qu'il a amoncelées. Une ville infime y aurait périt : il n'en fut rien. Mantes sortit de ses cendres et vingt ans après, les fils de Philippe 1", après avoir convoité longtemps « ce petit château ». se le disputèrent Jusqu'à ce qu'enfin il resta dans les mains de Louis le Gros, et presque pour toujours sous la puissance de la couronne de France.

Nous ne tenons jias, a priori, un comi>to rigoureux de nos chroniques ; niais ce (^u'elK s nous rarontt nt d.- r<>rjjanisation municipale des habitants, est ab>olumeni conlinue par les documents historiques les plus positifs; et ce fut à la ville de Mantes que Louis le Gros accorda la seule charte de commune qu'il ait bénévolement et personnellement octroyée. Il faut avouer que pour une ville sans importance, son développement aurait été singulièrement rapide.

Tout ceci a trait à la vie politique et militaire de la cité. Mais si nous disions, dés maintenant, l'importance commerciale qu'elle eut à la même épijque ; les droits qu elle possédait sur la Seine et qu'elle soutint mainte fois, contre la Hanse Parisieuue ellemême ; l'accord commercial qu'elle conclut avec Rouen, etc. ; nous prouverions surabondamment que le petit château, bien que son existence soit signalée si tardivement, devait remonter à une époque bien antérieure aux premières années du xi' siècle, et que le Medanta du Polyptyque, ne peut s'appliquer qu'à notre ville et non au village de Mantes-la-Ville. Dans ces temps si toiirmentés et si obscurs du moyen âge, le dévelop[)eineni d une cité ne pouvait être rapide ; tout dans les conditions sociales s'y opposait. La barbarie n'a de rapidité que pour la destruction. Nous découvrons tout d'un coup notre ville, telle que nous sommes destinés à la voir dans la suite des temps. Un château fort, dont la possession est très enviée par ses voisins, proté-

(1) A DOS preuTes «nr l«s orij^iues d* Mantes, nous aarions pu en joinditt d'antros, tirée» do l'étiuli- de la ntunisrnatique. Noun préférons, réunir Mtte étude en ua seul chapitre que nous placerons plus loin.

LES ORlGUs'ËS

géant une ville d'une étendue médiucre, mais toujours la même, et une bourgeoisie militaire jouissant de privilèges étendus qu'elle défend per faa et nefaê, avee une ténacité et un courage très remarquables, contre les autorités les plus puissantes.

Mantes apparaît. C'est une ville fortifiée ; son château, tombé au xvni* siècle, est le môme peut-être que celui de Gauthier II le Blanc. Ses fortifications furent détruites vers le sud, mais au long de la Seine nous n'en connaissons pas l'orii^ine. Les tanneries, tt ik's (ju'elles existent encore aujourd'hui, ont un caractère architectural très remarquable ; elles sont à plein cintre et fttrent construites au xi* siècle, et pourtant postérieurement aux Tieux remparts qui les protègent encore. Saint Louis fit élever la porte des Cordeliers et Charles V celle du fort, arec l'enceinte de 1 Vgllse ; mais tout le reste do ses murs, que dans ses accords avec les rois de France, Mantes s'engageait à entretenir à ses frais, tout cela est plus vieux que Tau lÛÛÔ, au moins p<»ur les fondations.

Mais jusqu'à dire que l'Eglise Notre-Dame fut fondée par un empereur romain, au temps même de Clovis ; que les danois la brûlèrent au ix* siècle ; que la princesse Letgarde était comtesse de Mantes, et tant d'autres choses aussi peu prouvées, nous nous en garderons. La conclusion la plus sûre à tirer de co que nous savons pertinemment, la plus Juste au demeurant, c'est que la ville de Mantes, dont l'existence est ancienne, n'acquit une véritable importance qu'à partir du xi' siècle. Avant ce temps elle existait, mais elle n'a été mêlée à aucun événement assez considérable pour avoir mérité de nous être transmis par les chroniqueurs du moyen âge ; au moins aucune relation ne nous en est^Ile parvenue.

Nous pourrions peut-être trouver la raison de ce silence : c'est que Mantes ne possédait aucune a^^^^iomération nombreuse de religieux. La collégiale, gouvernée par des séculiers aux allures un peu bourgeoises, n'a eu personne pour écrire anciennement .son histoire. Car il est à remartiuer, en etlet. (pie toutes nos chroniques historiques, sont les œuvres de quclqiir ;.'rand couvent, comme Saint-Denis, iSaint-Wast, Saini-lieriin, Saint- Wandrille, Jumièges, etc.

A ce silence, il y a peut-être encore une autre explication : nous croyons qu'il tient à une indépendaoee relative de la ville ancienne. Mantes, à la vérité, fait partie du Vexin, mais n'y est qu'annexée et en est séparée par la Seine. Avant ceiip' ^^oque.

Théotbcrt, père de Robert le Fort, est comte de Madrie ot doit posséder le territoire de Mantes. De ce temps on sait peu de chose et nos conjortures ne vont pas jusque là. Nous «-avons d'une façon plus certaine qu'en 1074, la ville appartenait à Simon de Cr(''py, comte de Yexin, qui se fit moine de Cluny à l'abbaye de Saint-Claude. A sa mort, Philippe 8*en empara et la réunit,, ponr ainsi dire à Jamais, à la couronne. Les comtes de Menlan, n*en déplaise à Lévrier, n*ont donc pu la posséder. Ils y avaient peut-être certains droits héréditaires ; mais quoi ^u'en di.sent les historiens de M<'ulan, la ville elle-même ne leur à jamais appartenu ; ce que nous comptons du reste établir plus loin, d'une façon irréfutable.

Le briron d'ivrj' y possédait l'Etape ou marché devant l'église ; la famille des Mauvoisins avait le droit de traTers; comme 8ei> gnenrs de Rosny, ils prétendaient à la propriété de la Qarenne, entre niantes et Rosny ; des religieux y Jouissaient aussi de certains droits, mais aucun d'eux n'était seigneur et maître de la ville (1). Le comté de Mantes et Meulan, ne fût créé qu'après la réunion de cctto <Vrniére ville à la couronne et quand déjà depuis l(»n;rtemps, Mantos relevait directement de l'autorité du roi et jouissait d'une charte de commune des plus anciennes.

Cependant, mémo après la réunion à la couronne, Mantes se gouverne par elle-même. EUe n'est pas dans une dépendance aussi étroite que Meulan ou tout autre ville féodale. C'est une ville fermée et comme telle. Jouissant de nombreux privilèges. Le mattre, pour être plus puissant que celui do Meulan, no réside pas dans ses murs, et pourvu qu'elle se soumette à payer tout ce qu'ex ii:'' le roua«re compliqué des redevances féodales, «'Ile est à peu prés maitres.se chez «'11(\ n<m seulement au moment où son nom se révèle dans la charte de Gauthier le Blanc, mais encore jusqu'au xvi° siècle.

La ville est importante ; son organisation bom^oise en fait foi, mais c<} n'est le chef^ieu d'aucune seigneurie féodale : duché, comté ou baronnie. Les bourgeois nous paraissent très occupés de commerce, d'industrie et d'agriculture. A titre de comté, ce n'est qu'un apanage appartenant tantôt à l'un, tantôt à l'autre, suivant l'intérêt du roi. Ici, point d'abbé puissant, défendant avec acharnement son temporel, comme à Vezelai ;

(I) Ce sont les Mauvoisins qui icmbLenty avoir «u le plu* de droits, après les seigneurs de Vexin.

LES ORIUINES

point d^évèque tarbulent ou cruel comme à Laon, àBeauvais, à Reims, etc. La Collégiale dépend» en grande' partie, au temporel de l'autorité communale, et le maire et le doyon, s'efforcent de vivre en bonne intelligence et y réussissent. Il n'y a donc que lo

roi, qui est loin, et des bour;j!'e()is faisant leurs aftaires.

Sans doute un château fort se dresse au point culminant de la ville : c'est le signe féodal ; mais les bourgeois semblent en avoir peu de souci. Au contraire, l'enceinte de murailles dont la TiUe est entourée, paraît être leur chose. Us l'entretiennent à leurs fjrais, dés les temps les plus reculés, et cela, bien moins dans Ilntérét d'un seigneur quelconque, que pour se défendre des innombrables ennemis auxquels cette société barbare et san5 police les expose chaque Jour. Ils vivent dans un temps où If' chacun pour soi est une maxime de morale suprême: ils i toussent vigoureusement les attaques des brigands et des uni bilieux.

Cette bourgeoisie militante était surtoutcommerçante et agricole, et nous y trouvons, au xt* siéde, une communauté intérieure peu étendue en dehors de ses murs, mais solidement

établie, dont Tobjectif principal était une industrie assez active, ];i vente du vin et des cuirs et la possession du pas> sage dtî la S^'inc I^nit-ètre, ne dépendant que d'eux-mêmes, ces bourfîeois en traitant au mieux des circonstance.s, et en se pliant aux nécessités des temps, purent-ils échapper en partie à la destruction qu'apportaient partout avec elles les hordes danoises. C'est ainsi d'ailleurs que, plus tard, leur position au milieu d'ennemis toii^ours prêts à s'entre-déchirer, leur valut le maintien de cette quasi-indépendance, dont l'étendue aura lieu bien souvent d'étonner le lecteur.

Ainsi placée aux confins du duché de France, du Vexiii et de la Neustrie, Mantes qui avait pu rester ijj'norée au milieu de la confusion de l'époquo carolingienne, acquit une grande importance au fur et à mesure de la formation des grands fiefs. La Neustrie, après le traité de Saint-Clair-sur-Epte, était devenue la Normandie, c'est-à-dire un duché considérable et menaçant pour l'autorité royale encore mal établie. Meulan, dont les comtes avaient d'immenses possessions en Normandie, suivait la fortune de ses maîtres et était souvent on révolte contre le souverain. Mantes, au contraire, veillant sur elle-même d'abord et fidèle au roi ensuite, était comme une sentinelle avancée toujours convoitée par son entourage. C'était pour lo

^ CHHONlgUË DE MANTES

Normand, la porte de la France, comme c'était la clef de la Normandie pour le roi de France. Si Ton joint à cela que les habitants avaient Tallare militaire et savaient se bien défendre

a l'occasion, on comprendra de quel intérêt était la possession d<- la ville. C'est cette position difficil»' qui la lit sans doute sortir de suii obscurité*, et peut-être de sa quiétude. C est à elle aussi qu'elle dût le rôle considérable qu'elle était appelée à jouer.

Avant de nous occuper de ce rûle, qui est le fonds même de notre chronique, nous avons encore à réglerdeux ou trois points controversés de Tiiistoire de Mantes.

Mantes-le-Chàteau, Mante s-la-Ville et Mantes l'Eaue. — Si

la question des origines df Mantf-s rst obscure, il en est une autro qui ne l'est pas moins : c'fst cette division drs trois oarties dont Mantes fut formée, au dire des historit-ns de la ville. Toute cette dissertation est d'ailleurs peu intelligible dans Chrestien, bien qu'il Tait fort longuement traitée. L'erreur dans laquelle sont tombés tous les auteurs de nos annales locales, est du reste des plus naïves. Ils se sont laissés prendre à ce mot de ville, avec une bonne foi dont nous sommes surpris ; et admettant comme très avérée, la destruction do la ville par les danois (1, les conséquent s pour eux étaient forcées. Leur ville primitive se trouvait sur 1 eiiipiaci iiit nt Mantes-la-Ville ; puis, après la destruction de cette cité, les habitants réduits à uu petit nombre se réfugièrent dans le château ou à ses pieds, sous sa protection.

- Mantes-la-Ville, grâce à la fidélité de quelques cultivateurs,

ne fut plus qu'un village, et la nouvelle ville, Mantes-le-Chàteau^ formée de la forteresse et des habitations riveraines de la Seine, ou Maittr-l'Enuo, se développa dans le périmètre que nous ferons ConnaitiY» avec b-s fortifications.

Tout ceci, à vrai din', n'atteint pas à une haute importance et peut être discuté et rétabli en peu de mots. La désinence ville, dans son acception ancienne, a une valeur bien connue. Elle indique un lieu habité peu considérable et correspond à notre mot villoffe, parfois même à une ferme ou métairie. C*était, dans la langue latine, un diminutif dont nous avons fait un augmentatif. Il vient peut-être même à l'appui de la thèse que nous

(1) Ou les Normand*.

LES ORIGINES

soutenons, sur rancienneté de Mantes. Mantes-Ia-Vflle, c*efit l'indication du Tillage près de Mantes, dont il fut longtemps

faubourg ou banlieut», niais ce n'a jamais Mantes (1). On a dit que c'était la vilh^ ancienne et qu'on y avait troiivô d'impurtantes substructions. Ceci serait une prcuvo, mais elle manque complètement. Nous ne connaissons rien de semblable et malgré nos recherches dans les fouilles du sol de Mantes-Ia-Ville, nous ny avons Januiis trouvé que du sable, qui est le sol naturel. Une seule partie est ancienne et d*une ancienneté connue et limitée : c'est le faubourg Saint-Lazare, dans la partie occupée par le cimetière et l'hôpital. Il existe des amorces d'un souterrain ou chemin couvert aux environs de l'ancienuf Porte-aux- Saints, mais c'fvst un genre d'ouvrage tn'-s-connu dans l'art de la fortification au mo3'en âge. II est du reste boaucoujt trop éloigné du centre de Mantes-la- Ville, pour avoir jamais dépendu de ce Tillage. Nous connaissons un semhiable chemin couvert» aux abords de la Porte Chant-i-roie.

Quant à Bfantes-rEaue, la question ne nous semble pas d*nne solution plus embarrassante. La configuration de cette bande de terre étroite, placée au bord de la Seine et protégée par l'ombre farouche de la vieille forteresse, ne permettait pas un grand ih veloppenient. quartier resserré, habité sans doute par les nombreux péchtHu s de la ville et surtout par l importante corporation des tanneurs, n*a jamais pu former une ville à part.

Quant à cette autre opinion, émise par les chroniqueurs de Mantes, et admise bien légèrement, croyons-nous, par M. A. Cassan (2), que Mantes-l'Eaue s'étendait depuis Mantes jusqu'à Villiers, en suivant la Vaucouleurs et passant par les Cordeliers, elle est inadmissible. Un quartier de ville, de 1.500 à 2,000 mètres d'étendue ne disparait jias sans laisser quelques traces ; et celui-là n'en a pas laissé une seule. Tout ce sol est connu ; il a été fouillé pour l'extraction de la terre nécessaire à une tuilerie, et il ne contient rien autre chose que de la glaise. Du reste, l'histoire des fortifications de Mantes, que nous décrirons par la suite, l'état de culture constant dans lequel a toi^ours été le plateau des Martraits; cette butte des Cordeliers formant défense naturelle, enlevée dans le courant du xvm* siècle, et sur

(1) D«ux ou trois communes de rarronclis<!c ment ont Joint ce mot tUIa à leur nom : S.iint Hiliers-la-ViUo, Velaiuie-ia>Ville, «te

{2) suust. p. m

lâqoelle s'étend la promenade actuelle ; l'absence certaine de substructions dans toute cette partie de la banlieue ; enfln, le nom nuine de T^/Z^/^r^ indiquant oncore une FÂ^a, tout concourt à faire rejeter cette opinion.

Nous ne pouvons voir dans Mantes-l'Eauc, qu une de ces appellations de quartier, comme il en existe tant dans les anciennes villes. Mantes-rSaue, e*était le quartier au bord de Feau» habité par les mariniers, les pécheurs, les tanneurs ; le quartier du fort, traversé par le rû de Mantes-l'Eaue. Ce rû lui-même, détourné par un travail d'art très ancien de son cours naturel, tirait son nom du quartier pour lequel il avait peut-être été amené <îans la ville.

La position stratégique de Mantes, si semblable à celle de Mculan, dp Pontoise et de bien d'autres villes de la même région, de la même époque et de la même importance, indique d'une façon certaine que le cœur de la ville était à coup sûr le château, et toute la partie qui 8*étend à Tentour et sur le penchant auquel Mantes est adossée.

Mantes-l'Eaue, était donc un moyen de distinguer le quartier bas de la ville, proprement dite, de Medonta, du quartier de l'église placé sur la butte du Mont-Kclair ou Mont-Kpervier et occupé par le cbàtrau. Ce quartier, babité pur le clergé et les olliciers et soldats du cluïteau, était plus spécialement MvdOiUa Castrum, Mantés-le-Chàteau.

Dans les textes anciens, on trouve Medonta CaHrum toutes les fois qu'il s'agit des choses de guerre ; Manteê-VBame, Medunta Aqua, dans quelques sentences des Olim, pour le passage de la Seine et pour la juridiction du rû des Cordeliers. Mais ' Ma/^((^s Qi Medonta, sans épithète, s'entendent toujours de la conuauno : Maior de Medonta. Cette distinction n'estpeut-ètre pas rigoureuse, mais en général elle est exacte.

Tout ce qu'on peut conjecturer, c'est que ce quartier, à cause de son industrie active et riche, a pu rester une i)ropriété féodale d'un bon rapport et, Ait comme tel, soumis à une Juridiction particulière. Un arrêt de la Chambre des comptes de Marie de Brabant, le donne à penser (1).

Chrestien, dans ses dissertations si diffuses, a voulu prouver encore, que le quartier autour de Saint-.Maclou était la ville ancienne, s'éteudant au loin vers l'ouest. Après l'incendie de 1087,

(1) V. Olim et Int. de t543.

LES ORIGINES 47

ce quartier à peu près ruiné, se serait trouvé amoindri ot réuni il la partie de la ville située au-drvant du château. Tout cela est mal coordonné, et l'espace sitiir entre I Ktape et Saint-.Maclou, n'est pas assez considérable, pour cousliiuer l'assiette d'une Tille. Il est trop évident aussi, que les soldats de Ouillaume brûlèrent et détruisirent les récoltes du côté de Oassicourt (1), et conséquemment la Tille ne pouvait s'étendre au-delà de l'enceinte fortifiée que nous aurons à faire connaître. Chroniqueurs et commentateurs, paraissent avoir été tourmentés de cette idée de créer une ville très <ri-uii<Je ; Mantes, en somme, avait l'étendue de toul» > les villes fortes de notre contrée : Meulan, Pontoise, Chaumuiii, Dreux, Gisors, etc. Il leur était pourtant facile de Toir que vers l'an 1087, le cimetière, comme nous TaTons dit, était au milieu de la ville et l'Hôtel-de-Ville, à l'endroit où nous le voyons encore ; que ce cimetière nuisant au déTeloppement de la ville et surtout aux transactions commerciales, fut supprimé^ transféré où il est, et sur l'emplacement où avaient dormi les vieux ancêtres, on Ut une place publique et mi marché couvert pour les bourgeois.

Oonéhirion. — Nous Tenons d'exposer le résultat de nos recherches sur les origines probables de la Tille de Mantes. Nous n'aTons pris que les j^rands côtés de nos chroniques. Ils étaient en contradiction flagrante avec la vérité historique. Nous croyons

à un»' anci<*nn»'té relative de la ville, mais nous ne pouvons préciser a quelle éiioque ellr remonte. .\u fond, cela importe assez peu, puisque uous n'aurions aucun fait a y rapporter.

Nous n'avons pas pris, Tun après Tautre, tous les paragraphes qui commencent notre chronique. Chaque chose maintenant viendra en son temps. Nous relèverons alors les erreurs de détails et le plus souvent lé^^^ères, de nos prédécesseurs. Nous tâcherons surtout de combler les omissions nombreuses commises par eux, en inlerpolanl tous les faits qui leur sont demeurés inconnus. Nous cuniplèterous euiin, tous ceux qu ils ont rapportés trop succiaiement.

D'ailleurs, à part les conmiencements et quelques grandes lacunes, tous les faits rapportés sont à peu près exacts. Cependant, comme beaucoup de grands faits historiques ou politiques ont échappé aux auteurs des Antiquités de Mantes, notre rôle

(1) C«tt peot^tre là rorigim du nom de la me Oéte-Vigm.

consistera autant à a^rrandir le cadre de notre chronique, qu*à en corriger les erreurs.

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