MANTES ET CHARLES V
à TégUse Notre-Dame, à son joyeux avènement à la couronne, deux draps très riches et très nobles, dont Ton a fait deux chapes pour le chœur, pour les fêtes solennelles, qui y sont encore ai;(jourd*bui.
§ 1 18. Mante reprise par les Anglais et Navarrois* —
Ladite ville de Mante fut prise parles Anglais et Navarrois sur les Français, en Tannée 1365, qui la pillèrent entièrement et brûlèrent en partie.
§ 119. Mante reprise par les Français. — En l'année 13()7, lo roi diarlps 5' roprit la ville de Mante sur les Navaprois et Anglais, laquelle il ût fortifier.
§ 120. Mante rendue an roi de Navarre. — L'an 1301). le roi de Navarro vint de son royaume à Cherbourg et ût savoir au roi de France qu*avant de venir vers lui, il avait une requête à présenter à son conseil. Lo roi lui députa plusieurs porsonncs, pour savoir ce qu'il désirait et Ton sut que c'était i)Our rodomandor les villes de Mante (1) (jue le roi de Frane<Meuai( on sa main. VA pour cet etïV't. les reines Blanche et Jeanne t'ivoni jdiisieurs voyafjres vers \o roi de France, qui lit accord avec le roi de Navarre, son beau-tVère, et lui donna sauf-conduit poui* le venir trouver. Et étant assemblés avec le roi d'Anirlc^terre on la ville de Vernon (2:. le roi de France rendit audit r«>i do Navarre, Nîantc. M«.Milau et la libre jouissance de tniu. s s* - (»'i i-.>s en Nurmandie (.'Vu pour la rançon lie Bertrand du (iiiesclin et d'un autre qui furent pris en la bataille d'Auray (4).
Ces trois derniers paragraphes sont absolument erronés.
Mantes et M<>ulan n»i retournèrent jamais au roi de Navarre, mais il passa le reste de sa vie à les désirer et à les redemander.
(1) Bt lieulan ? Manon lait cette mémo teato. (S) Erreur, ce fût en 13; 1.
(3) Erreur.
H) Iji bataillo rl'Aiiray, fut ]>onliio on l?6l. Lu rançon do du Gucsclin. 100,000 donna, fut payée par Charles V, le pupo IJrbain V et lieuh de Tr<iKttniare.
Aussitôt aprrs Cochorel, <« les reines Jeniinc et Blanche pourchassèrent et exploitèrent tant » qu'elles parvinrent à renouer des négociations de paix qui traînèrent un an. Le traité de Vernon (1305) enleva sans retour à Charles le Mauvais le comté de Longueville et les deux places de Mantes et Meulan. A Tégard de celles-ci, le traité était exécuté avant même qu'il ne fût signé. Comme compensation, Charles Y lui abandonnait la ville et la baronnie de Montpellier, pour lesquelles on devait faire une prisée. La conduite du roi de Navarre retarda Texécution de cette dernière clause (1).
§ 121. Haute reprise iiar les Français. — L^histoire de France dit que ledit roi de Navarre connaissant combien de fois il avait abusé de la bonté de Charles cinq, roi de France, il ne put se fier àlui ; à cause de quoi il 8*en retourna en Navarre où étant tout conftis, il fit de nouvelles brigues avec l'Anglais et autres ennemis de la France, jura entreprise contre la personne du roi Charles cinq, qu*il voulut faire empoisonner par deux de ses domestiques, qui fhreot exécutés, le Navarrois déclaré criminel de lèse-mi^esté et toutes ses places de Normandie, Mante et Meulan et autres, saisies et mises en la main du roi. Ce qui arriva Tan 1375. 11 y en a qui croient que ce futledit roi de Navarre, qui fitmettre en une les deux chapelles de Saint-Paul et de S^Jnt-Louis, comme on les voit à présent.
Tout ceci estobscui- ou inexact. Kn 13G9, Charles V déclarait la f^uerre à Edouard 111. Lci- deux bt'l!i<j:érants se tournèrent en raéuiiî temps vers Charles de Navarre qui tenait de bonnes places en Normandie, entre autres Chcrbour<r qui pouvait laciliter la descente des troupes anglaises. Le Navarrois, toujours fidèle a son caractère cauteleux, négocia avec les deux souverains. Il fit même un voyage en Angleterre, pendant que ses commissaires conféraient avec ceux du roi de France. S*étant vu repoussé par Edouard III, tandis que Charles V offrait de lui rendre Montpellier qui lui avait été confisqué en 1307, il accepta ses propositions, au mois de mars 1370. Toutefois, ce projet ne fut ratifié qu'au mois de mars de Tannée suivante. Charles de Na-
(1) V. Mémoires de Secousse.
PRISEE DE MANTES
varie ayant obtenu un sauf-conduit, vint d'Evreux à Vernon auprès de Charles V. Il abandonna alors définitivement ses prétentions sur liCantes et Meulan. Ce traité cependant ne fut pas signé à Vernon. mais a Mantes, ainsi qu*il résulte des lettres do Charles V, du 19 février 1380» où il ordonne de faire une enquête sur les gens qui ont tenu le parti du roi de Navarre» depuis la bataille de Cochercl jusqu'à ce traité : « Lcsquiculx furent mors en la besongne de la ditte bataille et traj tié fayt à Mante Tan mil crc Lxxi» entre nous et nostre dit adversayre de Navarre 1;. »
Quant aux tentatives d'empoisonnement de Charles de Navarre sur Charles V, elles sont étran^'ères à notre sujet.
Dans chacun des accords conclus depuis laoi, entre les deux beaux-frères, Charles de Navarre réclamait toujours la prisée coraparative de Mantes et Meulan et de Montpellier; ses demandes furent toujours éludées. « Il y a grande apparence que ces estimations n*ont jamais été faites» dit Secousse. » Elles ont au moins été commencées pour Mantes et Meulan» car Lévrier a cité un procés-verbal â*une enquête faite à ce si^et» en 1376. Elle ont lieu au Château.
« Les commissaires nommés, arrivés à Mante le mardi» premier jour de décembre 1377, l<\s officiers du roy, avec les maire, pairs et compagnons, au nombre de trente-cinq, furent interro- },'és sur les droits féodaux qui appartenaient au roy de Navarre» à cause des villes de Mantes et Meullent, ainsy qu'il suit :
« Demandés et interro^^és sur le droit que prend chaque seii:neur df's hérita^zes vendus r-n ses censivcs. — Déjiosèri'nt par serment, que ledit seigneur prend de son droit» le douzième <lu'on appelle l'enlcs.
« Demandés et interrogés furent, quel droit le roy et autre >eigncur prennent des fleuz (fiefs) tenus d*eux en foy, quand ils sont vendus. — Déposèrent que le seigneur prend de qui le fieu ('st vendu» en prend une année ou la valeur d*ttne année.
« Demandés furent» si en échoiles, descendans ou successions collatérales ou testamentaires» le seigneur de qui la chose est tenue en viUenage, prend aucun droit. — Dirent et répondirent qne non.
« Demandés furent et interroj^és, quel droit en fieu et renouvellement d'homme le seigneur prend de qui le fieu est tenu. —
(1) Ibid. et Léop. Delisle, Mandements, no 1S93.
Diront ot répondirent que si lo fiou ('■cliiet en droite ligne ou en collatérale, le seigneur de qui le fieu est tenu, aura une aîinée dudit fieu (sauf les châteaux) dos héritages où il chaye labourage (1). Et si ledit fleu vient en droite ligne ou en collatérale à une personnne qui soit moindre d'âge et qui ne soit âgée de vingt ans, et entrant sur le vingt et un ans, le plus prochain de la ligne dont le fief est échu aura le bail, et le seigneur en aura une année de la terre; et si le mineur vient à trépassement, le fleu demeure à celui qui avait le bail, sans rachat, ni autre droit que le seigneur y doive prendre. ^
'< Demandés et interrogés furent, si les seigneurs de t'^rres en baronnies, pour mariages de filles, clu'valeric de leur lils ainé. pourvoyagc de Jérusalem, pour sa rançon d'eux-mêmes, ou pour raclicptt'r forteresse de grand prix, peuvent tailler leurs hommes. — Dirent et répondirent que non et qup^ unques ne le virent faire (2;. »
Ce procès-verbal n'est pas moins curieux pour Thistoire de Mantes que pour celle du droit civil; c'est ce qui nous a engagés à le citer.
§ 122. Le Cottvent des Célestins fondé, et autres fondations. — Le 13' février 1376, le roi Charles cinq fonda le couvent des Célestins où était auparavant un ermitage dédié à sainte Christine. Il y avait encore la cluapelle sur la terrasse d*en haut, en entrant dans le bois, qni a été démolie en 1713, et Ton a mis à la place un colombier. Les prieurés de SaintpMartin, celui de la Madeleine de Tordre de Saint^Benoit et celui de Gassicourt aussi par lui fondés (3).
Charles V, la reine et plusieurs archevêques et évéques assistèrent à l'installation tles religieux, qui n'eut lieu qu'en i;{77. Le couvent avait été commencé a construire eu loTiJ, par Jehan Aulabour, maître des œuvres du roi (4).
L'acte de fondation des Célestins est curieux à plus d'un titre. Cité par Â. Becquct dans son ouvrage sur les Célestins, il ottee
1 ) C\'»t-à-dire une année des flofs qui produisent ; les chftteaux ne rapportant ri<-'n.
(2) Lévrier. Preuves.
(8) Cette dernière phrase est une grosse erreur. Charles T n*a fondé que lea Célestins, à Liinay. On a vu ce que nous avons dit des autres prieurés.
(4) Lévrier. Preuves, T. XM.
LES CÉLBSTINS
coiimie première particularité, lo portrait dp Charles V, peint dans la lettre K, do Karolfts, par laquelle il coiiiim ijct'. Le roi est agenouillé, en manteau tn .s simple, et présente la charte à quatre religieux également aj^eiiouillés. Au-dessus des religieux est la Trinité, groupe formé du Père Eternel, du Christ eu croix et de la Colombe mystique. AiHiessus de latéte de Charles Y est on écu de France à trois fleurs de lis (1).
Pierre Pocquet, bourguignon, docteuren l'un et l'autre droit, fut le premier prieur des Célestins. Il fut Texécuteur du testament de Louis d'Orléans et mourut en 1408.
Charles Y leur accorda le 29 mai 1376, 500 1. à prendre sur le recoTOur de Mantes, pour clore leur vigne et leur ermitage de Sainte-Christine. Deux ans après, il donnait ordre de laisser jouir les religieux des revenus de la terre de Cossoville (3), qui avait appartenu à Aude Martel et' qu'il leur avait assignée dans sa charte de fondation (3).
L'église des Célestins était riche en œuvres d'art. Au milieu du chœur était une tond)e incrustée e'e marbre blanc et nnir, avec des ornements de cuivre, et une statue concliée, reftigie (lit Chrcstien, de Jean Martel, chamlx'llan de Charles V. Ce roi avait donné 128 frani.-s d'or, pour exhumer son corps des Aui^nistins de Rouen, ei le faire rapporter aux Célestins-lès- Mantt's (4).
On y voyait encore la séiuilture de Tliomas le Tournenr, archidiacre de Tournay, premier secrétaire de Charles V et maître de ses comptes. C'est cette belle statue couchée, qui est actuellement à l'ermitage de Saint-Sauveur. Les mains et le masque sont en marbre blanc, et du plus beau travail. Thomas le Tourneur avait contribué de ses deniers, à l'édification du clocher, du portail et de la nef de la chapelle.
Cette nef était peinte à fresque ; cette peinture représentait une assemblée de cardinaux. Le portrait de Charles, était dans le réfectoire. Il était peint à Tâge de 30 ans, sans barbe et en manteau rouge. Dans le fond de la salle était un tableau représentant Jésus à table avec les pèlerins d'£mmaûs, sous la figure
(1) A. Moutié : Chnrir Fondation des Céteêtin$4è$-3£ante$ (18S7).
(?) Près do Pont-de-l Arche.
^ V. Léop. Detisle. Loc. cit. n«* S83 A, 1719.
(4) I«dop. Delisle : Ibid, n* ISll. Le tombcaa de l'église de Limay qu'on ■ttribue à Jean Martel, no ressemble en rien k la description de Chrestien.
CHKONIQUE DE MAiNÏES
Jules II, Charles-Quint, François 1** et derrière eux, Henri Mil, roi d*Angleterre (1).
La Tille payait quelques redevances aux Célestins, notamment 4. d. par mois, plus 30 s. de rente pour rancicnne chapelle de Sainte-Christine (2).
Le Iti mai 1376, Charles V accorda aux inaire etéchevins, la permission do pourvoir des oflkos de courtiers devinctde vendeur de poisson de mer. Le rapijort de ces charges devait senrir à dédommager la ville, des pertes éprouvées pendant les trou> bles excités par Charles le Mauvais (3).
^ 123. Démolition de maisons autour de Notre-Dame.
— Par le susdit ancion rep-istro do Té'iiiso Notre-Danio de M.into. il se voit qu'environ ledit temps ledit roi Charles cinq' (it abattre (iiiantit»' de maisons et iK^'i ltap-es qui ('•taiont proche et autour d(i ladite ('•^lise. ai)paiUMiant au ehajùtre. pour croître etrortifier ladite ('-i^lix». Ki pour rérorni)euser ledit chapitre desdites démolitions, il 1(MU- lit ))aill<M" et délivrer com])tant la somme de 300 liv. à la charize néanmoins de faire dire par ledit chapitre, quelques services tous les ans à son intention.
Sur ce point spécial, voici ce que contient la J)èclarai(on de lôSI : « Ce roy Charles le Quint, que Dieu ahsoulle. pour emparer et fortifier ladite église de Notre-Dame etacroistre la fortifficacion, environ Tan de N. S. mil iij c Ix vj, fit abastreet desmollir la plus grande partie des maisons et héritaiges appartenas à nred. communauté, lesquelles, p. son comandemeut, furent prisées par les maçons, charpentiers et aultres ad ce congnoissans, à la somme de deux mil cinq cens quarante six Trans d'or, en quoy nostred. S" pour icelle cause, fut tenu à lad. église. »
Mais Charles V, prit aussi d'autres maisons ; nous allons en parler, un peu plus loin.
(1) D'après d'anciennes notes de M. de Reîtsy, sons-préfet de Ifaates avant
cnuipirxtJc /i/6", fragments.
(3) lurent, de /JiJ.