‹ La chronique de MantesChapitre 54 sur 143 · FORTIFICATIONS · texte numérisé non relu

FORTIFICATIONS

firancs â*or à Philippe Roussel, auquel était confiée la direction des travaux de sa forteresse. Cette première somme servit à acheter de rartillerie pour la garnison (i). Une autre somme de quatre cents francs d*or devait être payée pour aider à parfaire

la forteresse {'2].

Pour subvenir aux (U'-penses de toute sorte ordonin''<'s pour ces travaux, Mantr>< et tous les environs à sept lieues à la ronde, furent frapp»'. s d une inipu>itiun. Un receveur .'•pécial fut même nommé à cet effet et installé a Mantes, pour établir et percevoir cette imposition : ce fut Robert de Haule (3).

Mais tant de chatcllenies avaient souffert des maux endurés par Mantes, qu*un grand nombre de paroisses se virent dispensées de payer à Robert de Maule, sans quoi quelques-unes eussent été obligées de payer en plusieurs lieux à la fois. Mantes, pour sa part, fut d'abord forcée, en décembre 1366, de payer 400 francs d or (4V

Les travaux durèrent longtemps ; le 5 janvier 1375, ils n'étaient pas terminés. Charles V, ordonna à cette époque, de faire bailler à Robert de Maule, par le grénetier à sel de Vernon, 1000 fhmcs d*or <« pour certaines œuvres et réparations qui sont nécessaires i faire présentement au fort de téffUse de Notre-Dame de Mante et du pont (5). n

Ces travaux n*étaient pas sans gôner la circulation des piétons et des voitures. Pour parer à cet inconvénient, Charles V interdit l'usage du pont et le 12 janvier 1375, ordonna que " l'en passera dès ores en avant par la rivière de Saine, par bacz et bateaux, sans passer par d»'ssus le dit pont. »

La, Porte-au.\-l mages fut vraisemblublemenl bâtie à cette époque, car c*est seulement à partir de ce moment que viennent les expro[)riations, qu*on nous passe le mot, de ces maisons de Mantes-l*Eau, dont il est parlé dans les § 6, 27 et 123. Nous avons signalé celles enlevées au chapitre. D'autres appartenaient à divers habitants de Mantes, auxquels le roi assigna des indemnités qui ne furent pas toutes régulièrement payées. Jelian

(1) Lêop. Delisle. Ibid. n* iCl.

(i) Jehan Aut.ibour dirigeait les travaux en Lévrier, Prei/res.

{3) 11 tua un Montais, Jehan Boulduniondt', vers l'JHl, et fut condamne à ptyer 40U 1. 1., non à sa veuve, tuais aux égUaes de MantM, pour ùân dm ceavres pieuses! fteg. du Parifiu. ap. LeTiier.

(4) V. Ibid. N»« 3W, 358, 374, 350.

(5} Ibid. N* 1093.

Blanchandin et non Blanchardin, reçut 300 1. p. pour une maison pn' s do la rivière OÙ étaient des éluoes ; Robert de Honai>

court, 2(X) francs d'or, pour une maison auprès de Notre-Dame, où on lofjTca le capitaine de Mantes. Le 2S levi-ier VM{\, on donnait 470 1. p. à Iv<tl»<rt l*as(iuieretàsa femme Marguerite Ogier, pour deux maisons abattues i I j.

Les choses ne se passèrent pas toujours d'une façon aussi équitable. Le 8 mai 1377, Charles Y était à Mantes et reçut la visite de pauvres malheureux qu*on avait dépossédés sans leur rien donner en échange. La peinture de leur misère est navrante, et la teneur des lettres que nous allons citer, montre que los ordres d*un roi du xiv* siècle, n'étaient pas toi^jours pris en considération par ses propres officiers. « Reeene avons la uriin'o Com[>lainte do Colin le Rouge, Maciot le .Magnien. Tierry Lambert et Esti(*nne dr la Ti-csce, de nostre ville de .Mante, [lovre gen/, chargez de femmes et de vint petis enfans, consors en cette partie, contenant que, comme nous te eussions mandé par noz lettres, verefiées par noz amez et feaulz gens de noz comptes à Paris, queauzdiz eomplaingnans tu paiasses le pris et sommes que leurs maisons condempnées à abatre pour notre fort et église de Mante ont i'ià estimées, dont tu ne voulz rien faire et pour ce se feussont trais les diz comptatnçnans et leurs femynrs- rf enfans pnr devers nous, le vin» jour de may derrenièrement {lasso, que nous fusmes en nostre dicte ville de Mante, et nous eussent sujiplié (ju'il nous fileust |)ar toy les faire payer, et pour ce derechef te eussions fait exprès commandement de bouche que, sur toutes autres assignacions, tu paiasses y ceulz eomplaingnans. . . . dont tu as esté et encores es, si comme ils

dient, du tout refusant et contre disant ; pourquoy nous.

attendu ce qui dit est, te mandons de rechief que i yceuls

eomplaingnans tu paies le pris et sommes que leurs dictes maisons ont esté estimées ;*2\ »

L*II'"it(l-l)i»'U anci'-ii. qui était devant Notre-Dame, «sur unt^' arcadf au-dessus d*- la rue du Fort avait aussi été démoli et les maîtres, les /'/•('/•es et les .s<i'i{/'.s de cette maison, avaient été indemnisés. C'o^stà la suite de cette dépossession, sansdoute, que l'ilôtel-Dieu fUt établi où il était avant la Révolution, dans une enclave bornée par la place del'Bglise, les rues de laHeuse» de la Sangle et du Cloitre.

(l) Jbid. N»» 1108 et 1161.

(S) Ibid, N« 1444.

FORTinCATIONS

Après avoir commencé par imposer des chargc-s aux bourj?pois, Cluirlcs V, par g(''n<^rosit6 ou par nécessiti'', se vit dans la suitf obli^'f' de vonir à leur secours. Le 5 mars 1375, il leur accorda 50<> francs d'or, j^nir être appliquas aux furtilications de la ville dont ils avaient l entrelien. Ce don était motivé par les pertes énormes que les habitants avaidnt faites dix ans anpfrravant. Raymond ihiiemple, bourgeois de Mantes et maitre des œutres, était chargé de les empleyer anx réparations des créneaux, des guérites, du couronnement des portes et des tours, à IVMargissoraent des allées des courtines, etc. (1).

L'ensemble des travaux ordonnés par le roi, était si intimement lié aux bâtinu-nts de l'é^ilise, que dans un acte de L373, il dit qu'il a nommé « ja piéca, ;:ar(le et caiiitaine (\v fEfjlisc Sotre-Darne et ville de Mantes. Jfhan de Thibivuiller, chevalier, et Sarrazin de Richebourt, écuyer, pour en commander la ^raison. »

Examinons maintenant les moyens de défense dont la Tille disposa, à partir de Tépoque de Charles V ; nous supposons que Ton entre à Mantes, par Tancien pont de Limay.

En arrivant au bout du pont, ontrourait un premier oumge

appelé port»' <les Moulins i2i ; puis sur le milieu un second, qualifié quelquefois du titre de donjon, et le plus «souvent de porte de l'Ile. KUe était située a peu prèsver> It trou Kayolf actuel. Après avoir traversé la S»*ine, on était devant la porte aux Images. Cet ouvrage ordonné par Charles V, était considérable ; il se rattadiait à un ensemble de défenses sur lesquelles nous n*avons q[ae des renseignements confbs. La gravure d'Israël Sylvestre, La Orande BglUe de Manthe, nous en donne une idée suffisante. On aperçoit au bout du pont, un grand hàtiment carré, flanqué en avant de ib'ux grosses tours rondes, crénelées, armées de mâchicoulis et surmontées de tourelles en poivrières. Un pont-levis la séparait du pont.

Faisons d'abord le tour de 1 enceinte, et comme le quai n'existe pas et que l'eau de la rivière vient battre les murs, nous suivrons à l'intérieur par la courtine ou chemin de ronde, en allant vers la gauclie. A peu de distance, se trouvait une porte iMsse, espèce de poterne, à Tosage des pécheurs qui avaient

{h /6id. X»» 1110. 1322 et 1578.

(f) On encore Loge de* Portian. a II y avait «ne bonne fortwMM an bont da pont dn dMé d« Lhnay... at nat antra au rnilien d« ce poni. • Cas.

leurs gords ou muettes, à peu de distance : c'est la porte aux Prêtres, qui est encore assez bien conservée. Un peu plus loin était une guérite ou tour de guette, construite en encorbellement et pou saillanto (1).

Enfin au bout do la courtino, la rivièro ('-tait ferméo par un oiuTage avancr qui défendait le passage par eau et l'approcho du mur : C'était le Château Frtu ou tour Saint-Nicolas. L'onceinte remontait alors presque à l'angle droit et à l'endroit ou la rue de la Sangle débouche sur la petite place, on trouvait la porte Basse ou des Cordeliers.

Le mur, rampant ensuite le longde la côte, passait de là derrière et audessus du moulin des Cordeliers, derrière Técole congréganiste de filles (2), le long de la rue des Bfartrais où le fossé subsiste encore, et on arrivait à la tour Courtebranle, Foucret ou Pasquin fn\ I n peu plus loin la tour Saint-Martin s'avançait sur l'angle de l'encrinte. Son couronnement, armé de canons, pouvait défendre les fronts est et sud. Elle est encore assez bien conservée \^<n\v faire juger de son importance. Bâtie seulomcnt en 1446, elle était appeler à résister aux nouveaux moyens d'attaques mis en œuvre à cette époque.

A peu de distance était la porte aux Saints, dont les derniors restes ont été démolis vers 1820. Une muraille droite, presque parallèle à celle de la rivière, allait de là jusqu*à'laporte de Rosny. C'était un ouvrage très fort, composé comme nous Tavons dit d'un corps carré, flanqué de deux grosses tours rondes d'environ six mètres de diamètre. Lors des troubles de la Ligue, ont avait encore bâti un fortin en avant ; il (ùt démoli vers 1616 et les matériaux donnés pour construire le couvent des Capucins de Limay.

Le front ouest, partant de la porte de Rosny, était défendu par la tour de la Tt^ie qui file ou Troin/r qui /tic dont on voyait autrefois les restes dans la rirande Cour de la rue Bourgeoise, et par une autre, la Tour Neuve, derrière les maisons de la rue Gâte-Vigne. On arrivait à la porte Chant-à-l'Oie ; celle-ci, dont il no reste plus qu'un des pieds-droits, était carrée et peut-être une des plus anciennes de la ville. Charles le Mauvais l'avait fait réparer, et en 1500, Henri IV donna ordre au

(1) Appelée peut-être : Lr frr à cheval. V. I^evrier. T. XVI. (S) Là il y avait une petite poterne.

iSf Du nom de aon ancien propriétaire, apothicaire de llantei.

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