FORTIFICATIONS
sieur (le Buhy, de la défendre par un grand boulevard qui existe encore. Buby y fit mettre cette inscription (1) :
A&DENTB BELU8 OALLU CITILIBY8 FIOEQYB DVBU FRATDIBYS HISPANICI8 NVTANTB 8CEPTR0 BVHI8 HOC PRO PRINCIPE PATRIAQVK PROPVOKACVLVM V&Bl COJNDIDIT.
De la porte Chani^-roie, le mur se continuait Jusqu^à la Seine, dont le passage étaitdéfenduparnn énorme bastion demicirculaire, appelé tour Saint-Roch, ou tour à Masson, dont le pied baignant dans la rivière, en défendait le passage. En remontant, on trouvait alors la porte à Baudet, dans l'axe de la rue du Métier, la porte de TEau, ou à Eslo, ou du Milieu, ou de la Pêcherie, au bout de la rue de la «tabcll»^ et la porto au Plus on de rntapc ou à poisson, dont les doux jolios tourelles sont aujourd'hui enfouies dans le remblai de la culée du ]iont. I)e là on revenait à la porte aux Imafres, notre point de df^part (2).
Lorsqu'on pénétrait dans la ville par la porte aux Images, on était dans le Fort ou le Ch/lteau (3). Il y avait là une arcade dont parle Chrestlen, s'appuyant sur le jardin qui longe la rue de la Piperie, et une autre qui venait s'appuyer sans doute à la terrasse formée par le parvis de l'Église. Pour monter au Château, on passait sous une autre porte élevée au bas de la rue Mont-Bclair. L*enceinte particulière de la forteresse se trouvait an nord, un peu en retraite le lonp: des rues du Fort et des Tanneries, jusqu'au coin de la rue de la Sangle où on voit encore une barbacane d'angle. Elle suivait cette rue parallèlement, jus qu'à la rue aux Prêtres, fermée par une pote rne, se continuait • ncore et v« nait enfermer la maison de la Motte, où nous perdons sa trace certaine (4).
Le Château proprement dit, était borné par la rue et la ruelle aux Prêtres, et la place actuelle du Château. Presque à langle
(1) L'endroit s'appelait avant, la OrenouUte; on l'appela enniite AoveUn
d$ Buhy. JiegUtre de IS9i.
(?) V. uu proc«;s-verbal de Visitation des fortifications, du 19 janvier 1671 (3) « Le Fort était fermé par l'Etape, rers la rue de la Piperie et vers la porte anx Prêtres. » Chr.
f4) Les doyrn, clinpiti o et ''ommto. do lad. (église, jouiront d'une place dont débat est entre lesd. parties... entre la chapelle de l'Hôtel-Dieu Ue Mante, «t lea fossés du fort dteelle ville, en laquelle souloit «v<# a^aguerre une haie an long du chemin desd. fossés. • Lévrier. Preuves. T. ZVI, année 1848.
gauche était la fameuse tour de Ganne, graiid donjon carré bâti au XI* siècle et qui s'écroula une belle nuit de mai 1710 sur les maisons de la rue des Tanneries. Du reste, au dessus du sol, rien n*est demeuré du vieux château de Mantes. Il faudrait fouiller tout remplacement pour en retrouver la structure et le plan.
Toutes ces grandes murailles droites des fortifications de Mantes, devinrent facilement attaquables après Tinvention de l'artillerie. Dès le XV* siècle on avait reconnu Tinsuffisance de ce système de défenses. Aussi au xvi*, pendant les guerres civiles, Henri III ordonna-t-il de constiniire de grands boulevards ou éperons dont nous parlerons plus tard.
S0LI8E NOTRS-DAMB
Notre ChrotU^, qui se trompe quelquefois sur les faits d'ordre purement civil, est généralement très sûre pour tout ce qui regarde les affaires religieuses. Cela se conçoit aisément : le ou
les rédacteurs primitifs, auxquels nous en sommes redevables, appartenaient au clergé de Mantes; et comme ils vécurent en un temps où les archives de l'église étaient rich<'S en docuincnts : où les traditions, dans tous les cas, étaient très vivac^s etré;,ailièrement transmises, ils ont pu nous laissrr sur les transformations du monument, les fondations des chapelles, le mobilier, etc., des renseigiiements presque rigoureusement exacts. Ce qui nous donne encore le droit de porter un tel jugement, c'est que si nous comparons les traditions que nous ont transmis nos devanciers, avec Tétude archéologique de chacune des parties do Téglise Notre-Dame, on peut assigner à celles-ci des dates absolument en rapport avec celles fournies par les paragraphes déjà cités et par d'autres encore qui viendront à leur place.
Ainsi que nous l'avons va § 30, l'église de Mantes fut détruite en 1087, par Guillaume le Conquérant. 11 n'en est resté aucun autre souvenir, qu'une croix de pignon dont nous avons parlé (1). Guillaume, repentant, avait laissé « dt s sommes considérables » pour relever les ruines funiaiit< s de r(\i; lise. Tout fait croire que les chanoines et les bourgeois, aidés sans doute de Philipjjo et de yes successeurs, se mirent aussitôt à l'œuvre, déblayèrent
(1) Ëllo est dans lo triforium.
ÉGfLISB MOTR&DAMB
rédificc ruine et .sur le même emplaccmont, commencèrent à réô- <lirier ré;^liM' actu(!lle, qu'ils orientèrent de l'orient à IViCcidcnt.
L'église (loM.intes suggère elle-niénie. l'-s réflexions insjjirées à MM. Viollet-le-Duc et Vitet par les grandes églises des villes mises en commune. Mais nous n'avons pas Tautorité de ces maîtres incontesté j et nous renvoyons à leurs ouvrages ; cependant, elle a tous les caractères des églises de Laon, de Noyon et de tant d'antres. Ce n'est plus le temple sombre, sévère et étroit du X* ou du XI' siècle. C'est un édiiice r( li;,M<'ux et municii)al en même temps. C'est l'asile où l'on prie ]«■ matin; et l'unibre des piliers, les grandes lignes architecturales peuvent élever l'esprit et disposer à la méditation religieuse. Mais c'est aussi un monument suffisamment éclairé, dont les proportions vastes permettent à tous les communiersdese réunir, et, unis au clergé séculier dont les intérêts sont souvent solidaire.^ de délibérer sur les afTaires de la cité.
Le maître de l'onivre chargé de cette entreprise, la conçût dans un plan d'une grande etadmirable simplicité. L'œuvre principale est d'un seul jet, et si les différents styles ont laissé leur empreinte dans quelques parties, la construction primitive est cependant reconnaissable et facile à retrouver dans tout l'édifice. Après avoir été attribuée à un architecte du xin* siècle et a la munificence de Blanche do Castillc, on a reconnu que Notre-Dame était jtlns ancienne. I)idron (1) en fai.^ait une œuvre du commencement du xm" ou de la lin du xii" siècle ; il était près de la vérité.
L'époque la plus probable de la reconstruction remonte aux règnes de Louis le Gros et de Louis le Jeune, c est-à-dire aux premières années du xn' siècle. Le plan et l'ornementation classent Notre-Dame dans l'architecture de transition, dansœsiyle
où l'on trouve l'arc ogive dans tous les arcs, en même temps que des dispositions arcliitectoniques et des ornements particuliers au style roman. Du reste, il ne faut pas l'oublier, nous sommes dans rile-de-France, aux lieux mômes où l'ogive a pris naissance, où se développa cet art auquel nous devons tant de chefsd'œuvre. Le nom de style ogival ou gothique est même devenu avec plus de vérité, pour beaucoup d'archéologues, le style françatSt ou de l'Ile de France. Nous sommes donc, à Mantes,
(1) Amtale» arehèologiques. T. Vil.
CHROxNlQUE DE MANTES
en avance de beaucoup sur le mouvement général que subit
rarchitocfiiro religieuse dans le courant du xii* siècle.
Ainsi, ri'plisc (1p Mantes, qui est certainement antérieure à Notre-Dame de Paris (i), est bâtie, toute comparaison à part, sur un plan iilus simple encore que la gninde cathédrale. Elle ne présente pas de trace de tnmssept et n'avait pas une chapelle dans le principe. Si nous descendons aux détails, la grande cornicbe qui couronne le soubassement, du côté nord, au-dessus de la rue Mont-Eclnir, est formée d'un double rang (1«> dents de scie; les ft n»">tres primitives, sans meneau, dont quelques-unes subsistent encore, sont assez semblables à ce lies de Saint-Etienne de Caen et offrent ce même ornement. Le trilorium n'était éclairé que par de larges ocuU ou roses ; ceux qui restent présentent encore ces dents de scie dans leurs archivoltes. Les murs goutterots sont percés, pour éclairer la nef, de hautes fenêtres simples qui portent encore ce même ornement répandu, on le voit, avec une uniformité particulière, depuis la base jusqu'au sommet de l'édilice. Knfin la corniche qui couronne le pourtour du grand comble est forme*' do trois rangs de damiers et de gros modillons supportant le chéncau qui caractérisent aussi Tarcbitecture romane.
L'importance des murs est très remarquable. Tandis que les architectes de la fin du mi* et ceux duxin* siècle, faisaient de larges percées dans les bas-côtés aussi bien que dans les murs goutterots sous k» grand comble, au point de supprimer les surfaces lisses et de porter tout l'effort des poussées sur d'énormes arcs-boutants ; celui de Mantes, au contraire, imitant presque le style roman, avait percé seulement une fenêtre simple et étroite dans chaque travée du collatéral (2), un ocu/u; au-<lessus dans le triforium, et une autre grande fenêtre sous le comble.
A l'iiif érir-ui" cependant, l'égliso est franclifmcnt ogivale et bàtii' sans r<'[iri<c depuis la '.V travée jusqu'à l'abside, depuis h; sol jusqu'aux voûtes. La façade du plan primitif n'a peut-être été construite (|ue jusqu'à la hauteur du premier bandeau, qui contourne tous les ressauts des tours et s'arrête sur le mur du
(1) Lo8 deux <>gli.sos ont plus d'un point do ressemblance. II est évident cependant, que Notre-Dame de Mantes a été bâtie avec économie : le premier maître de rœuTre a cherché à dépenser très peu, co qui a beaucoup géné le plan et l'oxot-ution. V. VioUet-Le-Duc au mot Tkiforilm.
(2) 11 en reate encore quatre ; trois à gauche, une à droite dan* l«« baa» eôtéa. Une einqaiènM a été condamnée Ion de I» construction de la sacristie.