ÉGLISE NOTRE-DAME
collatéral. La partie supérieure, qui appartient à une autro /'poque, ostuno dos plus intéressantes de Téglise. Nous l'abandonnons pour un instant.
L'inti'îriour est (l'une purot*'> <1»' lign('s qu'on no saurait assoz admirer. Il est dirisé en sept travées, cinq pour la nef ot deux pour le cboBur. L'abside on rond-point est soutenue par six colonnes monolithes, à chapiteaux très fermes et très solides, à tailloirs très larges, sur lesquels viennent retomber les faisceaux des colonnettes do la voiite. l'n bas-côté règne à droite et à gaucho et pourtourno le rond-point. I»ans l'origine, il n'y avait pas une .seule chapelle, même au chevet.
Suivant la méthode des voûtes d'arêtes romaines, lo système des voûtes comprend deux traTées. On connatt rinconrénient architectural de ce système auquel on renonça au zm* siècle; c*estque sur les six piliers de chaque YOÛte, les deux piliers intermédiaire*! supportent une poussée moins considérable que les autres, sur lesquels retombent les arcs (Inublcaux. Le maître des œuvres de Mantes a connu ce défaut, et pour y parer dans une certaine mesure, il a alterné les piliers fasciculés très massifs et très solides, avec les colonnes rondes plus légères à Vœil (1).
Au-dessus des bas-côtés se trouve un magniflquo trlforium
ou {ralerie qui contourne toute la nef. Sa construction simple a été peu imitée; celui de Notre-Dame de Paris, à peu prés semblable, a cependant un système de voîites très compliqué. Au lieu de voûter cette galerie en voûtes d'arètes, elle a été recouverte par une suite de berceaux en ogives, reposant sur des linteaux et des colonnes portées par les arcs doubleaux des bas-côtés. La difficulté architectoniquo a été habilement tournée dans le chœur. Là, l<">s hnrceauK sont rampants, les arcs formerets intérieurs étant plus petits que les foruicrcts extérieurs; ces berceaux forment des portions de cùnes. M. Viollet-le-Duc parait croire que ces berceaux n'existaient qu'autour du chœur; ils existaient dans toute la galerie, à partir de la troisième travée. Ilsn'ontété détruits qu'au xy* siècle et furent remplacés alors par des voûtes d'arêtes, comme nous le dirons bientôt. Chacune des travées s'ouvre sur la nef, par un ave onjve, subdivisé en trois petites arcades supportées par d'élégantes colonnettes à
(1) A Paria, toutes les colonnes de N.-D. sont rondes qaoique le système de ToÀtn soit le mém« qu'à MantM.
bases carrées* Une balustrade simple à hauteur d*appui sert de garde-fou.
Cette disposition de voûtes en berceau était économique et
savante, la poussée se faisant sur les linteaux et non sur les piliers de la nef. On évitait ainsi de faire rondir les faisceaux de colonnettes. comme on robsorve dans un },'rand nombre dï'diflces. C'est ce qu'on voit à Mantes mômo, partout où plus tard ces berceaux lurent supprimés et remplacés par des voûtes d'arétes qui ont poussé au vide intérieur.
Le triforium était éclairé, à chaque travée, par une rose ou oculi» de 8 mètres de diamètre, qui jetait dans la nef un jour adouci. Les grandes fenêtres ogives, sous les fermerets des voûtes, complétaient l'éclairage de l'église.
Nous Tavons dit, toute cette partie qui vient d*étre décrite
est d'un seul jet. L'étude attentive des deux premières travées,
du sol à la voûte et jusque dans le triforium, montre d'une façon indubitable qu'elles .sont d'une époque postérieure. Les chapiteaux et les bases ont un caractère particulier ; et dans le trilorium, les deux travées ont été voûtées de prime-abord par des voûtes d'arétes et non par des berceaux. On admire dans cette partie, la petite galerie étroite qui relie entre elles les deux grandes galeries, en passant devant les trois fenêtres élancées de la façade. Elle est divisée par une arcature soutenue par de hautes et sreltes colonnes à bases très élevées et ornées d'un évi(l<*ini iit on oi^ivc Elles sont monolithes et disons en passant, que toutes les colonnes monolithes de l'église sont fort belles.
Revenons à la façade : le premier maître s'était arrêté au bandeau au-dessus des portes. Celui qui continua son œuvre était digne de lui succéder et de couronner ce rez-de-chaussée, composé d'un grand portail central et de deux tours d'angles donnant entrée, par un portail secondaire, dans chacun des bascôtés. L'œuvre du nouveau maître s'harmonise heureusement avec l'œuvre primitive, et c'est par les détails plutôt que par des différences profondes dû stjie, qu ou reconnaît une autre main, plus saA^anteet plus sûre.
Au premier étage, trois hautes fenétr«'s s'ouvrent au-dessus delà porte centrale, et deux autres plus larges, dans chacune des tours. Au second étage se trouve une grande loêe de 8 mètres
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de diamètre, et Tune des premières qui aient été percées (1).
De chaque côté se trouve une fenôtre sans menoaii, haute et larjîe, enfoncée sous uno voussure. Enfin au-dessus do la plateforme, à la base des tours, se «léploie cette bollo coloiiiiade, si légère et si t lé;,'ante dont la re^ititutiou savante appartient à M. Alpb. Durand.
Une tradition respectable et glorieuse attribue Tachévement de Notre-Dame au célèbre Eudes deMontreuil, au maître auquel on devait à Paris tant d'églises disparues. Blanche de Castille et iMarguorite de Provence lui avaient, dit-on, confié le soin de terminer l'église conimenci'e un siècle auparavant. Miliin attribue de plus à Eudes, le rond-point du chœur. Tremblant de la hardiesse de son œuvre, il n'aurait pas vouluassister à l'enlèvement des cintres et y aurait envoyé son neveu. Lorsqu'il apprit que les voûtes n'avaient pas bougé, il était tombé à genou et s'était mis à pleurer. On hésite à repousser de si touchantes légendes que nous rapportons .sans y croire ; car ce rondpoint fait l'Uiiie df I ceuvre primitive et a tous les caractères des constructions analogues du xii* siècle (2).
Nous nous demandons pourtant, à quel moment Eudes de MontreuU aurait travaillé i Mantes. Etant mort en 1389, après avoir été en Palestine avec saint Louis jusqu'en 1254, ce serait donc avant 12i9 qu'il aurait terminé la façade de Notre-Dame. Il semble que 1280 soit bien tard pour le style, et 1240 bien tût pour l'âge do rarchitecte de Sainte-Catherine-du-Val-des-Ecoliers. Du reste, nous nous contentons de présenter ces objections, sans nous prononcer positivement.
L'âge de Pierre de Montereau, qui construisit la Sainte-Chapelle en 1245 et qui mourut en 1266, s'accorderait mieux arec répoque probable de l'achèvement do Notre-Dame. La similitude des noms a pu aussi tromper ceux qui nous ont trans-nis cette tradition que nous voudrions pouvoir acct'[)ter. Ajoutons que M. Viollet-Le-Duc parait d'avis que le plan de la partie primitive, appartient peut-être au premier architecte de Notre-Dame de Paris.
Nous avons décrit chronologiquement, l'ordre dans lequel l'édifice fut construit. Des modifications importantes y furent
(1) Elle e«t antérieure à celle de N.-D. de Paris et pcut-^trc du même architecte. V. Viollet-Le-Diic au mot Rose.
(2) V. dan« VioUet-Le-Duc l'étudd d'ua des chapiteaux du roud-point, au mot CHArmuv.
apportées au cours môme de la construction. Par une singularité
inexplicable, elles ont presque échappé à tous ceux qui l'ont étudié : nous voulons parler du portail nord et du portail central. L'f'xarnen do ra[)par(;illagt', montre d'une fa(,'on évidente qu'ils ont Ole ajoutés et leur style indique que c'est à une époque presque contemporaine de Tédiflcation.
Ce style rappelle les portails de Saint-Denis, de Chartres, de Saint-Maurice d'An<,'ers; et Miilin, au milieu do tant d'erreurs dites à propos de Mantes, pensait qu'ils pouvaient appartenir à l'église détruite en 1087. Il se peut, en effet, qu'ils aient appartenu à une éjjlisu plus ancienne et qu'ils aient Hù utilisés et adaptés dans l'église nouvelle, comme cela a eu lieu à Chartres; ou bien encore qu'ils aient été posés après coup pendant la possession éphémère de Téglise de Mantes par Tabbaye de Saint- Denis, possession dont il est question aux § 40 et 41, à rann«' «< 1196. On retrouve à ces deux portails une telle différence de style et de main, lo placage est si apparent, que nous sommes obligés de croire au récit de notre Chronique. C'est là une œuvre contemporaino de Saint-Denis, inspirée ou imitée de l'église de Suger. Mêmes colonnes avec statues engagées, repré:ientant les rois et les patriarches de TAncienne Loi, mêmes chapiteaux, mêmes soubassements d'un travail fini et délicat ; les ftrises des pieds-droits dos deux portes, sont ornées des mêmes enroulements (1).
Le tympan de la porto du Nord, d'un style très archaïque, pourrait bien, lui, être un reste d'une autre église. Il représente la résurrection du Christ. Le tombeau est gardé par deux soldats endormis, rappelant ceux de la tapisserie de Bayeux ; leur
costume appartient au milieu du xi' siècle. Les deux saintes femmes s'avancent adroite portiint leurs parfums, tandis qu'un ango, as>is à gauche, leur montre le tombeau vide, lo suaire pendant sur le bord et la pierre renversée. Au dessus de cette partie, le Christ est sur un trône, tenant un livre d'une main et un globe de Tautre, et reçoit les adorations de deux anges qui rencensent. Dans la voussure, six prophètes sont sur l'archivolte intérieure, tandis qu'un rang de feuilles orne celle de l'extérieur. Le meneau qui soutient ce tympan est moderne.
L'ornementation de la porte centrale est plus riche, Lesliuits statues des colonnes ont disparu ; elle^ ont été enlevées au
(1) Celle da portail central vient d'être moulé» pour 1« musée du Troeadéro.
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dseau, par les ordres ttun maire de Mantes, au commencement de ce siècle, comme celles de la porte nord ; on ne voit plus
que leurs silhouettes .sur les futs (I). Les chapiteaux sont très richement décorés d'espèce de feuilles d'acanthes ; d'autres l'ouilh's forment la moulure du tailloir. Dans les archivoltes, cinquante statuettes encadrées de rinceaux, sont disposéi'S sur quatre rangs, tandis qu'aux clefs, la Trinité est représentée par une Colombe, le Pôre Eternel et la Croix du Christ soutenue par des anges. Un rang de feuilles du plus beau trayail, délimite Tare ogive de cette porte. Âu tympan sont sculptés les funérailles de la Vierge et son couronnement. Kn bas, les apôtres réunis déposent le corps de la Vierge dans le tombeau ; au-dessus, le Christ entouré d anges, pose sur sa tète la couronne qui on fait la reiue du ciel.
Ce tympan était soutenu, au siècle dernier encore, par un trumeau orné, dans lequel MiUin, on ne peut plus confus sur ce point, reconnaît un prince de Champagne, un Thibaud quelcon> que tenant un sceptre en forme de Tau ou de T. Pour nous, si nous nous en rapportions au texte de la Chronique, ce serait simplement le Chrisi tenant sa croix, et ayant à ses pieds l'abbé Huguc Foucaut ; ce que Millin no dit pas. Âu contraire, il rélègue l'abbé Hugue au portail nord, sans dire comment il y était représenté.
Ces deux portes sont curieuses ; mais celle du milieu, avec ses chapiteaux, son rinceau de feuilles du i)remier arc, sa belle Irise tlf.s pieds-droits et surtout ce très beau soubassement, si abondamment orné d'arcades romanes, du rosaces, de caneaux d*ttne si fine exécution, est un admirable spécimen de cette sculpture où se manifeste encore l'influence byzantine du xn* siècle. L'exécution en est toute particulière et la pierre d'un beau grain dur, a été poncée dans toutes les surfaces lisses.
Telle était l'église Notre-Dame après son achèvement vers 1250; elle ne resta pas loii;,'li'iups en cei l' uii.
Une des premières additions, sinon la première, est la porto méridionale, à droite. Construite vers 1800 (§ 63), elle a peutêtre enlevé à la façade son unité originelle, mais elle présente aujourd'hui l'une des plus charmantes dispositions de Tarchi^ tecture de cette époque, en même temps qu'elle montre les profit Tl rostr -^iT on sopt tôtos do sMststoM, dsiis le triforiom. EUfls sont belles, uiiim lu viu y manque.
grès de la sculpture dans llIe-de-France. Elle a eu Hionneur de servir de modèle au célèbre portail de la Calande de la cathédrale do Rouen, construit vers 1310.
C('t(<» porto est (livisôo p:ir un trumeau formant niche et surmonte'* d'un (lais sous lequel (^tait une statue de la Vierge, dont tous les friginents sont conservés dans le triforium (1). Los vieux contreforts du xii" siècle se sont revêtus d'arcatures, de niches, de hauts pinacles, que surmontent des statuettes récemment refaites et en partie recopiées. Le gable central, d*une construction légère et hardie est terminé par une statue d'abbé, ou peut-être de chanoine de la collégiale.
Dans les médaillons m'''nagés sur les contre-forts, se trouvent sculptés en bas-reliefs : saint Etienne lapidé, saint Pierre crucifié la tête en bas, saint André nu écartelè sur une croix, saint Laurent étendu sur un gril ; puis deux autres scènes de martyr. Dans les niches principales, au-dessus de la cymaise, se trouvaient les douze écho vin s de Mantes, en pierre blanche et fine, sous les attributs de leurs [ nf rons, avec leurs noms inscrits sur un soclo. A part les tètes lioiit il ne reste qu'une seule, ces statues quoique brisées, sont presque toutes conservées dans le triforium. Rien ne peut donner une idée de leur beauté, ni de l'art profond avec lequel elles sont drapées. Au bas de quatre fragments, on lit encore sur les socles :
Sur un des soclt scjui était rt'sté dans une niehc et qui a été perdu, nous croyons avoir lu le nom de Jehan Pellcriri (2).
Les dais couronnant ces niches, sont d'un travail délicat et la faune y est très variée ; c'est le dernier mot du fini d'exécution.
La double voussure de l ogive prési iite sur un premier cordon, les apôtres avec leurs attributs orilinaircs. Sur le deuxième rang soni douze martyrs, parmi lesquels on reconnaît, saint Denis agenouillé, saint Laurent, saint Vincent, saint Eustache,
(1) Sur cette statue v, § 1.39.
(2) Ces fragments ont été retroarés en 1810, par M. Durand.