MANTËS AUX AI^GLAIS
héritier, ii*écoataiit qne sa haine ayeuglc, sacrifia dès lors sa famiile et son pays à sa vengeanee. Il pactisa ouvertement avec le roi d'Angleterre ; il fit proscrire le dauphin qui avait assisté au meurtre de son père; Henri V Ait déclaré héritier de France,
et son frère le duc de Clarcnce, nomm/' commandant de Paris. Le 1*' d(^cembre 1420, il y faisait son (uitrée avec le malheureux Charles VI et le <hic do Bour<ro;;ne F^hilippo le Bon.
Henri V était ensuite» rctoumô en Anj^lotcrre, mais le parti du dauphin so relevant t-t lui inspirant (1( s craintes, il d<^barqua à Calais, au mois de juin 1421, avec 12000 combattants. Il se hâta d'arriver à Paris, pendant que le dauphin assiégeait Chax^ très. Puis il envoya ses troupes se reposer aux environs de liantes, où il vint les rejoindre le 8 juillet. « En après, icelly roy d'Angleterre assembla grant puissance de gens d'armes ou pays de France, à tous lesquels, rivecques ceulx qu'il avoit amenés d'Angleterre, se tira à Mante, pouralor combattre lo daulphin, qui jà avoit esté trois semaines devant Chartres ; et manda le duc de Bourgongne qu'il venist devers lui, à tout ce (lu il pourpoit avoir de gens, pourestre à la journée (1). » Loducde Bourgogne arriva deux jours après, par Gisors : « Si laissa ses gens en ung gros village (Limay) et ala, à privée mesgnée (en petite compagnie) audit lieu de Mantes,dever8 le roy d'Angleterre, qui de sa venue et bonne diligence fut très content. »
Le dauphin averti de cette réunion, se retirade Chartres vers Tours ; Henri V se contenta d'aller assiéger Dreux qui résista pend'int trois semaines. Le duc do Bourgogne quitta Mantes, repassa à (iisors, et alla livrer la bataille de Mons-en-Vimeux, contre la Hin,' et Pothon de Saintrailles (2).
Le 4 février 1422, Henri VI étant à Mantes, rendit une ordonnance par laquelle il exemptait les gens du Parlement, de tous impôts surlesfhiits (revenus) de leurs héritages, pendant en un an (3).
Le parti du dauphin était ruiné pour longtemps en Normandie. Quelques bandes d'A i*niagnacs se montraient encore de temps en temps aux environs de Paris, mais c ■ n'est pas tout-à-fait sans raison qu'elles y étalent encore plus détestées que les troupes anglaises. « £a icelluy temps (1422), le premier jour de l'an,
0) Monstrelet. T. IV.
(2) Ibid. Jehan Lefèvre, Pierre Cochon, Chronique Nomuinde. . Çî) Ordomumu», T. ZXU.
IS
prindrent les Arminaz, le pont de Mcullent, qui tant leur cousta que Dieu le scet ; car il leur convint assiéger, et ils se rindrent fort et puissamment et coururent jusques à Mante souvent piller et robber (voler) ou ailleurs, comme accoustumù avoient (1). » L'affaire de Meulan fut un véritable trait d'audace.
Quelque temps après (31 août 1422) Henri V mourait à Vincennes ; le duc de Bedfort son frère devenait tuteur du jeane Henri VI et régent anglais du royaume do France.
§ 136. Les Portes de l'Église fermées aux habitants.
— En l'année 142:^, M' Jean de Hauttort, (2) chevalier natif d'Angleterre, [était] bailli et capitaine de Mante, au nom du roi Henri d'Anj^leterre, roi par conquête de très grande partie de France ; icelui bailli avait grande dévotion à l'église, laquelle était enclose et fermée, et l'on n'y allait queparpontlevis. Le peuple n'y allait point, si ce n'était aux fêtes solennelles. Et la plus grande partie des jours de la semaine, les chapelains ne trouvaient personne qui leur aidât à dire la messe, parce qu'il n'y avait que les vicaires, un chapelain ou deux qui faisaient l'office. Et quand il se faisait quelque mariage, il se faisait [en] se présentant seulement aux portes de l'église.
§ 137. Fondation de la seconde chapelle delà Trinité.
— L'an 1428, Estienne Le Vcntrier et Marie Descauville sa femme, fille de Denis Descauville, en son vivant écuyer, sieur de Boinville, fonda la seconde chapelle de la Triuité, en l'éghse Notre-Dame de Mante.
D'après les archives de l'église, ce ne serait pas en 1428, mai.s bien en 1520 que cette chapelle aurait été fondée. Pierre Gardien, sur le point d'être reçu à la prêtrise, en fut le premier chapelain, de la volonté expresse d'Etienne Leventrier. Celuici laissait pour l'entretien du chapelain, la moitié de la dîme de Boinville et le fief de Crévecœur, au comté do Montfort.
(1) Journal d'un Bourgeois de Pans. Le Bourgeois de Paris est un bour- ^ignoQ qui ne perd aucune occasion do montrer sa haino des Armagnacs.
(2) Jean do Hénofort ou do Hanford d après Lévrier. Chrestien l'appelle Beaufort; scrait-co Jean do Beaurort, duc de Sommerset?
PATRIOTISME MANTAIS
Mais quant à la chapelle ell^mémo, elle est certainement d'un st3'le qui indique le xv* siècle. C'est la seconde chapelle
dans le collatéral de gauche.
Los Dcscauvilles et les Leventricr appartenaient à «l'importantes familles de Mantes, qui ont fourni à la ville de nombreux magistrats municipaux : maires, échevius et olllcicrs de toutes sortes.
Au milieu des périls que courait son royaume, Charles YII, après aroir convoqué des ombres d*Etats-€^érauxàMeung^8ur> YèTre (Cher) en 1426, les avait encore convoqués à Tours, puis enfin àChinon, au commencement d*octobre 1428. Nous serions presque tentés de croire que les bourgeois de Mantes curent le glorieux courage d'y envoyer des députés, qui furent victimes de leur (i- vouemont à la cause franraise.
Chrestien raconte un ('vèneinenl (^ui dùi l'aire couh'r bien des larmes aux Maniais, et il ne lui assigne aucune date précise; mais par induction, nous pensons qu'on peut le rapporter aux Etats de Chinon. « Après le décès de notre roi Charles d, nos habitans de Mante qui reconnaissoient Tusurpatlon du royaume par les Anglais, sous le nom de cet enfant de leur roi Henri 5. au préjudice de Charles 7 qui en était le véritable héritier, envoyèrent une députation à Chinon, où « tait le roi Charles 7, pour lui offrir leurs devoirs et prendre des mesures avec son Tonseil, pour se mettre sous son obéissance. Mais le duc de Beilfort, régent du royaume pour les Anglais, ayant eu vent de cette députation, se ût informer de ceux de nos habitants qui avaient pris part à cette prétendue conspiration, et il en couti la vie à vingMeux des principaux, qu'il fit pendre au gibet qui pour lors étoit sur la côte des Célestins; lesquels il permit pourtantdlnhumer aux pieds dece gibet, à rinstante prière de madame la duchesse (Anne) de Bedfort son épouse, laquelle étoit sœur du duc de Bourgogne. (Extrait, dit Chrestien, de la Chambre des Comptes de Mante, qui passe i 1. parisis, pour l ext cution de 22 bourgeois. ) » Voilà un acte de iiatriolisme qu'il était bon de faire connaître. Quand a la froide cruauté du duc de Bedi'ort, il y ajoute peu do chose.
Llûver de 1431 fut rude. Au mois de décembre précédent Henri VI était veuu.de Rouen à Paris, se faire sacrer à Notre- Dame, et était reparti bien vite. A Noël, le fh>id était devenu intense et il dura si longtemps que toutes les provisions venues de la basse-Seine pour Paris, s'arrêtèrent à Mantes et s'y pre-
m CHRONIQUE DE MANTES [1432J
dirent : « Mais movlt grand dommaige flst, car il y avoit grant foison vins, blés, lars, œufs, fromaigos qui estoiont arrivez A Mante pour venir à Paris, mais tout ou bien près fut perdu pour
les marchans (1). »
Le 25 janvier 1381, Charles VI, par une lettre adressée au Dailli de Mantes, avait- ordonné que les prêtres communiers de la ville, fassent tenus de payer leur part dans les charges de la ville, comme les autres bourgeois. Le 10 février 1431, Henri VI rendit une ordonnance à peu près semblable, pour contraindre toute mani«>ro de ppn«;. privil(^gi(''s ou non, à faire le guet de nuit et contribuer aux charges de la ville (2).
Charles VII, qui n'ôtait plus seulement h' roi de Bourges, ne demeurait pas iuactil' et ses partisans avaient reconquis une partie du royaume. Etablis en Normandie, ils avaient à leur honte étemelle, laissé brûler Jeanne-d^Arc. Mais i peine le dernier acte de cette horrible tragédie était-il terminé, qu'ils se remirent en campagne. Il s'en fallut de peu que Rouen ne tombfit en leur pouvoir. Le Régent anglais, épié par los amis clo Rcgnaud de Chartres (3), partait pour Paris avec une suit»- peu nombreuse; il faillit être pris à Mantes. « Cette anuée (août 1431), fut la Saint-Dominique an dimenche; et ce Jour revint le logent à Paris, lequel avoit esté espié des Arminaz, quand il cuida passer à Mante et le cuidérent prendre ; mais comme bien advisé, repassa la rivière (4). »
Le maréchal «le lîoussac et Saiiitrailles att(>ndaient en effet le duc de Bedfort à Mantes. Il traversa en toute hâte la Seine, abandonnant ses gens qui se firent massacrer pour h' sauver.
Anne de Bourgogne, duchesse de Bedfort, qui avait inierci dé pour les familles des malheureuses victimes de 1428, mourut à Paris le 13 novembre 1432, « dont ceulx de Paris perdirent moult de leur espérance. » Son mari, pour se consoler, vint à
Mantes quelques jours après. « S'en alla la sepmaine d'après le
Régent cà Mantes et y demeura environ trois sepmaines, et puis revint à Paris. » Il utilisa son séjour en demandant de l'argent à la Normandie, pour soutenir la guerre contre Charles VII. Une grosse taille lui fut accordée et le 4 février 1433, il quittait eu-
(1) BourgwU de Pari».
{2^ Itwent. de 1543.
(B) Arehevêque de Reimi.
(4) JProeéa d» /«amte cTiire. T. V.
lim] ÉTATS ANGLAIS A MANTES 277
core une fois Paris pour aller la recuoillir (1). Co que le Bourgeois de Paris ne dit pus, c'est que cet argent demandé régulièrement, fut accordé par des Elafs réunis à Mantes, justement i l'époque de la mort d^Aïuie de Bourgogne. Le duc de Bedfort, qui ne reculait pas devant une Tiolence, préférait toujours ce qui pouvait lui concilier i*estime des provinces conquises, et c'est â cette tendance intelligente qu'il faut attribuer sa détermination, de demander de l'argent à une assemblée, au lieu de lever des subsides par la force. Voici d'ailleurs la preuve de la tenue de ces Etats à Mantes, pendant l'occupation anglaisa : « Pierre Surrean, receveur général de Normandie a receu de Henri Scandich, comis à recevoir en la vioomté do Conches et Brétheuil, le quart de derraln (dernier) paiement do l'aide de II* M. 1. 1. 20nO(X); octroyées auroy nostre S* par les gens des Trois-Elats ilu duchié de Normandie et pais de conqueste, en l'assemhlèc faite à Mante ou mois de novembre CGC XXX II (2). » Cela vient corroborer les renseignements du Bourgeois de Parie.
§ 138. L*Eglise déolose. — Lequel dievalier de Hautfort,
voyant la misère où étaient les habitants de Mante, il en eut pitié et s'en fut à Rouen vers M d o Bctfort, qui était pour
lors chancelier et gouverneur de France, au nom du roi Henri d'Angleterre, et fit tant qu'en Tannée 1432 il obtint que l'é^rlise serait déclose et démurée. Il s'en revint aux bourgeois de cette ville et leur dit d'abattre leurs murailles qui étaient autour. Lesquels avec les gens de métier et les gens d'église travaillèrent et abattirent les murs, déclouèrent les trois poteaux qui étaient ménuisés, excepté le droit manteau de la porte du milieu, où après était un fossé et dessus un pontr-levis et une herse par oû Ton entrait dans Tég^se seulement. Lequel chevalier regardait travailler et y travaillait souvent lui-même. Puis Ait foit un grand pont de pierre maçonné par où Ton allait à relise, et Ait pour lors miserimage de Notre-Dame qui est à présent au portail neuf et qui auparavant était à Tautel de la cure de ladite église.
(1) Bourgeois de Parlé'
CE) LMiier. Preun«$, T. XVI.
Chresticn a l^onté, d*après nn ro^istre de l'Aglise, quflques (](!'tails qui np sont pas sans int(^rôt quoiquf tn-s confus ot très difficiles à conipn'iidrc : " Kt abattirent murs, ;?u«''rittos ot décloirèrent les trois poteaux qui Ploient nuissés, tant qu'on ne voyait point les beaux images qui y sont (au portail) excepté le âextre manteau de la porte du milieu (1) et au plus prte étoit un fossé dessous, et dessus un pont-leris et une herse par où on entroit dans l'église tant seulement; et y besO" gnèront, et roganlriit besogner icelui chevalier; pui'^ fut fait un grand pont de pierres maçonn«''es, jKir où on entre à r<'';^]ise, ot pour lors fut remijum bel image de Notre-Dame mr le pilier qui est au neuf portail, qui par devasU avoil été longtemps à Vautel de la cure de FéglUe, »
Ainsi une partie de la fortification Ait alors détruite, et ce qui se comprend mieux, la statue de la Vierge dont nous avons parlj"', n'avait pas toujours H6 dans la niche du tnimeau.
Ce bailli est-il bien le même en 1 i32 qu'en 1423? Cela n'est pas probable. On voit dans le Jounial du siège d'Orléans qu un bailli de Mantes périt au siège où se révéla lliéroisme de Jeanne-d*Are : « Le bailli de Mante et plusieurs autres chevaliers bannerets et nobles d*AngIeterre, fùrent noyez parce qu'en eulx cuidans sauver, le pont fondit soulz eux (2). »
Ne serait-ce pas la raison des différents noms qui lui sont donnés? Ce qui est certain, c'est que <• Jehan de Hanford »> était bailli de Mantes en juillet 1431, tandis qu'en 1420, nous voyons un « Edoart Malzvillain, escuyer » aussi bailli de Mantes. En
1434, c'était Robert Guitchin et en 1437, Thomas de Hoo, qui garda cette fonction Jusqu'en 1449 (3).
§ 139. EtaUissenMnt de la musique. — Bn ladite année 1432, iceloi ebevaUer fit beaucoup de bien à Téglise Notre-Dame, car en ce temps il n*yftvait nuls musiciens et pour y en établir, il fit venir deux Anglais dont un
0) CéUiit donc un ouvrage bâti en anmt du penrla avM ourertura devant
la porte centra'c.
(2) A la prise de la Tournelle d'Orléans.
(3) B. Réaox et Cotleetton Lévrier. Voici encore quelques nomt de eom-
nirindants anglais, trouvés dnns l,>s Prf'fnv< de I.cvrier: Allaîn Bugsill, capitaine en 1422, Guillaume Bomtoii, capitaine eu 1425, Richard Ouéchio, en
1435. T. XVL^