ENTRÉE SOLENNELLE D'ÉLÉONORE
Tins, était prêt de bonne heure A reeevoir m touvereine. Tous mient revéta, pour la cfroonstance, un oostnme pittèreeqne et neuf, payé d^aiUeurs des deniers de la Tille.
A neuf heures, on vint dire an maire H* Marin Qrimont, qne
la reine était en chemin pour venir de Beynes(l) à Mantes. Aussitôt toute la Compagnie, agit(^o d'une émotion plus facile à comprendre qu'à décrire, so mit en marche pour aller à sa rencontre. En téte et en bon ordre étaient d'abord cinquante ou soixante compagnons de Saint-Léger, avec deux enseignes de leur confirérie et précédés par quatre tambours et flflres. Ils allaient fièrement, portant piques et liacquebnttes (arquebuses) « et autres bâtons de guerre». Ils étaient vêtus aux couleurs de la ville : bleu et rouge, qui étaient alors celles du champ des armoiries de Mantes.
Après eux allaient << bien honnêtement », tous les seri^onts à Terge de la Mairie. Leur costume consistait en saies noires k manches mi-parties bleu et rouge. Ils tenaient en main l'insigne de leur charge : un bâton de « Forehe », pour contenir la foule.
A leur suite Tenaient à cheval, les deux sergents massiers de la ville, Têtus de soie noire, avec manches de satin aux couleurs de Mantes. ' Ils portaient gravement sur Tépaule, chacun une
masse d'argent.
Puis enfin les autorités. C'était d'abord le Maire ; son costume était resplendissant. Il avait une robe de satin mi-partie, c'ost-àdiri un > moitié bleue et l autre rouf^e. Immédiatement après, venaient les quatre échevins désignés pour porter le dais audessus de la téte de la reine à son entrée en ville. Bnx n^avaient que des robes de taffetas de soie, toujours mi-parties. Les autres échovins qui suivaient, ainsi que le greffier et le receveur de la vil le, avaient des robes de camelot noir à manchesde satin, une bleuoet uneroug^p. Tous ces farauds di^niitaires de la ville étaient . moriti's sur des chevaux, caparaçonnés de housses de soie uoirr.
Le cortège se terminait par un grand nombre de notables: gens de pratique, gens de métiers, également à cheval, et chacun < bonnétementvétu selon son état. »
(1) Prèa «i* Maule.
Dans cette belle ordonnance, ils allaient au-devant de la reine Eléouore. Ils marchèrent ainsi jusqu'au puni de la Mare. Là, tout le monde mit pied à terre et attendit.
La reine arriva en litière, par une route passant audessus « des Mauduiots. » Monseigneur le Maire Tayant saluée dans sa litière et lui ayant souhaité la bienvenue, chacun remonta à cheval, le cortège reprit son ordre et se mit en marche sans s arrêter Jusqu'à la porte aux Saiutâ, u prè:i du cimetière. »
L& setrouTBient « pour lui faire la révérence, >» le dergé de la ville en surplis, avec la croix : c'était dora Benott, accompa^
gné des frères mineurs de l'ordre de Saint-Prançois-lès- Mantes, puis maître Thomas Barassin, doyen de l'église Notre-Dame, qui présenta la croix à baiser à la Reine. Il y avait en • plus tous les officitïrs du roi et une foule de citoyens de la ville, attendant en curieux le curtéjj;e olhciel.
Les quatre échevins 8*araacôrent avec leur dais jaune, blanc et noir (1), le placèrent uu-dessus de la litière, et, les présentations faites, Tassistance commença à défiler tout le long de la rue Porte-aux-Saints, de la Grande-Rue (la rueThicrs;, et tourna bientôt pour se rendre au Château que devait habiter la Reine pendant son séjour à Mantes.
La lieine sur son passage à trarers les rues, put contempler les tapisseries étalées sur les murs comme au jour de la Pète- Dieu, pendant que les pieds de ses chevaux foulaient la parge (spargc, pavée) dont le pavé était jonché.
Au loin de tous côtés, les cloches de Notre-Dame, de Saint- Maclou, de Saint-Cieorfies, de Saint-Pierre et des Couvents, lançaient dans l'air les notes claires de leurs joyeux carillons. Tout prêt, sur la côte Sainte-Bonaventure, l'artillerie de la ville tonnait et faisait grand bruit, sous le commandement de Jehan Lemoyne, canonnier aux gages du roi, « à grande Joie de tout le peuple. »
Le lendemain, à trois heures de l'après-midi, le Maire, accompagné de ses pairs et échevins, tous revêtus de leurs beaux habits de la veille, se rendirent au Château, où ils furent introduits en présence de la Reine. Maitre Marin Qrimont, se souvenant qu'il était licencié ès-lois, débita sa petite harangue obligatoire, et présenta i Eléonore une coupe d'argent doré payée
(1) Cooleura dê la maîMm d'Autriche.
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la ville. Le Maire ofFrit dix « poiisons » do vin du cru de ^K^tes; nous estimons qu'il avait dù au moins l(-s laisser à la . ^K*^« tout d'ailieuPii, fut reçu « très-humainement » par la V^^^, qui remercia cbacun très-gracieusement.
fôte était finie; il ne restait plus qu'à payer les ft^ais. LjB N ^\)te entier se liquida par la somme assez ronde pour l'épo- TT^, de 597 livre-î, II sous, 2 deniers.
Quelques jours après, les fourriers du Roi vinrent encore réclamer 6 écus d'or, disant que c'était un droit qui leur était dù à chaque entrée du Roi et de la Reine dans toutes les villes du royaume.
L*annêe 1536, comme les précédentes, comme celles qui soi* Tirent, fut marquée entre toutes par cotte implacable rivalité
de Charles-Quint et do François I". Celui-ci, revendi<iuant plus que jamais ce duché de Milan qui coiîta tant do sang et d'or à la France, avait envahi le l^iémont. Charles-Quint entra on Pro- Tence, et malgré ses bravades, vit périr son armée presque tout entière. Pris au dépourvu, François I" avait réuni une armée à la hâte. Il avait fait dévaster toutes les villes et bourgs de la Provence, incapables de résister. Les paysans, soulevés m raasse et acharnés contre ronnemi qui était la cause do la destruction «lo leurs foyers, avaient, par leurs attaques héroïques et meurtrières, arrêté et décimé l'armée de l'Empereur, btigttée déjà par une marche à travers un pays sans ressources. Le roi de France, entouré de ses gens d*armes et de ses Suisses, n'avait eu qu'à se montrer pour achever la défaite de son ennemi et le forcer à une honteuse retraite. Une autre armée impériale étixit entrée on Franco par la Lorraine et la Champagne. Ri-ncontraiit une faible ré^i^t;lnce, les conites do Nassau et de Keux élaieuL arrivés en Picardie, et assié^jeaicnt Péronne. Cette ville soutint, pendant, tout le mois d*ao6t, un siège glorieux auquel ne contribuèrent pas peu les bourgeois et jusqu'aux femmes de la ville, qui d'ailleurs ne fut pas prise.
La capitale tremblait, et toutes les villes fortifiées reçurent l'ordre de se mettre en état <lr défense. Mantes fut du nombre de celles-ci. Les premières délibérations des échevins sont du 5 août. On y remarque l'activité habituelle de gens qui savent qn*une grande responsabilité pèse sur oux.
Le maire, le même M* Marin Griment qui figurait à rentrée d*Bléonore d'Autriche, ordonna avec l'assentiment de ses échevins, que les murs, tours, pont-levis et^ fossés de la ville, se-
raient vi«;ités par des commissaires nomm<^s à ctt effet et choisis parmi les élus de Mantos. Ils avaient mission et pouvoir de faire les n'-parations et la mise en état qu'ils jugeraient nécessaires à la défense et sûreté de la Tille.
Nommas par groupe de trois, ces oommissaiTes se partagèrent la ville en quatre quartiers, « pour y prendre garde chacun en son quartier et chacun Jour pour faire besogner Ton après l'autre, chacun ceulx de son quartier. »
Les clefs des portes furent remises le même jour entre les mains de différents échovins. Il y avait une réserve de poudre dans la porte de Rosny, car il est dit que « la clef de la chambre aux poudres » demeurera déposée à rHôtel-de-ViUe.
Tous les habitants de la ville, de quelque état et condition qu'ils fussent, avaient ordre de se munir, sous huit Jours, de bâtons de guerre, tels que arquebuses, haquebutes, piques, hallebardes, javelines et autres engins de guerre, pour leur défense et celle de la ville. Le lendemain, 6 août, en effet, les bourgeois étaient convoqués de bonne heure i THÔtel-de-ville, en la salle des conclaves ; une sorte d*appel dût être fait, car la liste des gens présents se trouve sur le registre.
François I" envoya de l'argent et des ordres pour la fortification des places. Il avait écrit à Mantes dôs le 15 Juillet, la lettre que nous transcrivons ici :
« De par le Roy. Chers et bien amez, Saichant le grant bruit » de guerre qui peult courir partout notre Royaume et desirans » le repos et tranquilité de corps et d*esperit de tous noi bons » etloyaulx subjets, nous vous avons bien voulu advertir du bon « grant ordre et permision que nous avons donné en toutes les »► frontières, entrées et passages de notre Royaume, qui est telle » que quelques grans préparatifs que ayent peu drosser nos » enneinys pour l'exécution de leurs malices et dannez entre- » priases, il n'en peuvent raporter que honte, vitupère (i) et dom- » mage. Ce néanmoins, nous, en faisant office de bon prince et » pasteur, ne nous contentons seullement d*avoir pourvu les » dites limites et frontières de notre Royaume. Mais, désirans » cordiallement que le dedans soit préservé de toute moleste et » oppression, et que no.-dits bons et loyaulx subj. ts puissent en » vraye sûreté et repos vivre et négocier entre, eulx en leurs » vacances et mesnages, aussy bien eu temps de guerre que de
(1) Blftni», da latin VUiiperimn*