LE NOM DE AUNTES
Eloi Jobaoneau fait YejdrMeOunia du mot grec Methuôn, Meikuanlot: enivrant, qu'il traduit par : la7lUeoù l*on s'enivre. On est bien étonné de voir la langue grecque intervenir en cette aflUre; et cependant ce n'est pas la première fois. Mais le savant critique donne de fort curieuses raisons de son opinion et elles sont au moins amusantes par les rapprochements ingénieux qu'elles lui suggi-rt iit.
Il voit la ville antique de Mantes entièrement livrée au culte «le Bacchus, comme sa voisine et sa rivale, Meulan, est vouée au culte de Gérés. Les deux villes tirent leurs noms de deux participes, l'un grec : JtfeMudn. enivrant; l'autre latin, Molens, la ville où l'on moud le blé. Il a raison, au moins une fois sur deux ; l'écologie de Meulan n'est pas discutable, pas plus que son ancien commerce des meules de moulin.
Kloi Johannoau regarde autour de la ville de liacchus et tout le CDiilirine dans son idée. Il voit les Mou-sscLs-, «dont le nom <'st ■'videniinent un diminutif de woûis, /nmta, vins doux. » Dans la chapelle de Saiut^auveur, creusée dans le flanc d'un coteau couvert de vignes, il voit un antre de Baochus, dont le surnom grec est Sôter, sauveur; au-dessus de Limay enfin, est le Pettt Meslier^ qui est encore le nom d'un raisin. Plus loin, vers OuerviUe est le Pi-essoir des Champs:, puis les Oois. Il n*^ p.i'< jusqu'au village de Saint-Martin-la-(iarenne dont il ne fasse un argument : c'était le patron des buveurs, et l'ivresse est le Mai Sainf-Mnrdnf
Tout cela e^t ingénieux, trop ingénieux, même, et nous ne pouvons y voir autre chose qu'un Jeu d'esprit, parce que nous ne sabissons point par quels rapports Mantes aurait pu emprunter son nom au grec, qui n'a eu d'action topique que dans le midi de la Gaule.
Pour la même raison, nous nous refusons à accepter pour étymologie un autre mot grec, Mmilès, (iii'innlion (1), sous le prétexte spécieux qu'avani la conquête romaine, la ville était non loin de Dreux, au milieu ou à la lisière des forêts sacrùes où les druides exerçaient avec éclat, l'art douteux de prédir l'avenir. Cela ne nous convertit point (2).
(l) .Your. recherches sur la France, T. I.
{tj Voiei encore «n autre rapprochement : Mantoue. ifantua, en Italie
reçut, dit-on. son nom de la prophélcssc Manfn, rm re d'Ocrius. Or. la ville à» MuQtoue fut prise au iv« sièclo av. J.-C, pai- uiu: urmée Ue Gaulois céno- BiaiM et Aalerques, c'est-à-dire appartensnt au territoire du Mai» «td'Bvreox. Quel beau \em pour l'étymologie t
Reste enfin une troisième opinion : c*est celle émise par dom Toussaint du Plessis (1). n fait venir le nom de Mantes du celtique, de Afan, Maen, Mm, roche ou pierre, et tal, taof, ioal, iolf doit extrémité, ou t;»ble, ou construction. On sait bien pou de choso des langues coltiquo ou pauloiso; mais enfin, d'aitivs ccttropinion, ce serait donc la ville bàiie sur la roche ou à l'exln mité de la roche. Cette étymologie, comme on le voit encore, rapprocherait le mot Mantes, Mau-tal, du mot Dolmen.
A la rifpieur Texplication semble admissible, et la ville ou la citadelle antique, bâtie à l'extrémité du Mont-Eclair, ou Mont- Epervier, formé d*un tuf dur et résistant, parait réunirtoutesles conditions requises pour que ces mots de 3fcm Tal lui soient tout à fait applicables. Mais aussi combien de sj^riouses objections n'aurait-on pas à (Mevcr Cdiitre cette étymolo<^io. Que de villes ou de citadelles, bàliesdans les mêmes cunditinns ti'pi*;^raplii(^ues que Mantes, bien plus anciennes, et pourtant ce nom est seul dans toute la France, sans équivalent, sans un autre qui lui ressemble, mémo d*un peu loin. Et puis, cette solution convenable pour le mot Mantes, laisse le Medunta latin sans explication.
A la vérité, si on adopte nos conclusions sur le Mantela de Fortunat que nous attribuons à Mantes; si du même coup on repousse l'opinion de M. Ciu(!'rard qui en fait Maule, nous avouerons que le rapprochement est beaucoup plus sensible. Si on remarque la corrélation qui existe entre Mant(». Mantela et le Peiromantaliihi de VlUnèraire d'Anlonin, le Man-Tal de T. du Plessis finira peut-être par être admissible.
Quoi qu'il en soit, trop ignorants de tout ce qui tient à la langue primitive des Gaules, sur laquelle les notions sont encore si vagues et si incortaines, nous n'osons nous prononcer définitivement en faveur de l'étymolofrie de dom Toussaint du Plessis. KUe est attrayante, c'est celle qui serre de plus près, et la situation physique de la ville et un des noms anciens que n«>us lui attribuons. Mais nous confessons volontiers ({ue tout cela, au moins quant au Mantela de Fortunat, ne repose pas sur des preuves absolument irrécusables. Nous avons dit sur ce sujet, tout ce que nous savions; nous n'avons trouvé rien de mieux à alléguer et dans une certaine mesure, la question reste réservée.
Encore un mot et nous avons fini. L'usage a consacré l'orthographe de Mantes avec un s. Contrairement à l'opinion admise,
(1) Loc. cit. T. II p. 245.