PROCESSIONS POUR LA PESTE
Hontalet qui est à une lieae au-dessas de Manies, jusqu'à Tendroit du Fossé Ooiard, à une lieue au-dessous. Nul n*y pouvait pêcher qn*eux, si ce n*est du mardi au mercredi. Les contrevenants voyaient leur poisson saisi et donné à la ville. Quant aux bateaux et engins, ils étaient pris et brûlés : « Et ardoir et faire ardoir Icsdits engins, filets, harnois et bateaux desdits pêcheurs non hanc(.^s faisant le contraire ce que dessus est dit, et les clous et ferroincns desdits batteaiix, donnés par Icsdits supplians à la Maladrerie de S. Ladro dudit Mante (1). »
§ 1.S2. Procession des Habitants de Pontoise à Mante pour la Peste. — L'an 1583, les habitants do Pontoise vinrent à Mante en procession «Hani on habits blancs, liommcs etiemines. Ils étaient en grand nombre et furent trt^s bien reçus. Ils avaient en lours mains une croix au pied do laquelle il y avait un petit chandelier avec un cierge. Monsieur de la Saussaye, grand vicaire de Pontoise, porta le Saint- Sacrement^ depuis Pontoise juâ(^u a Mante, ayant les pieds aus (2).
§ 183. Procession des Habitants de Mante à Houdan, pour la Peste. — L\an 1583, le sept' octobre, les habitants de Mante, par dévotion, et alin d'apaiser l'ire de Dieu, qui afflii.'-eait son peuple de la peste, allèrent en procession à Houdan, revêtus d'habits blancs, et à icelle procession, fut porté le S. Sacrement par M* Antoine de Gamache, doyen de TégUse Notre-Dame, sous un dais porté par les magistrats. A côté, il y avait chandelles ardentes et bien quinze cent torches qui accompagnaient icelles, avec les arbalétriers, tenant chacun une torche ardente, où étaient attachées les armes du nom de Jésus. Et au rapport que tirent ceux de la ville de Houdan, il y avait bien dix-sept mille personnes, tant hommes que femmes et petits-enfants ; d autant que les personnes des villages par où la procession passait, la joignaient. Au retour delà procession, on passa
(1) Lettres do Cliarl«îs VIII, d'après Chrcstien.
(2) Y. aussi La Ligue à Pontoise, un intéressant et beau volumo de M. U. Le Cbaip«atier.
par dedans le grand cimetière de Mante, où étaient pour lors les pestiférés, pour passer par la porte aux Saints, qui depuis longtemps n^avait ouvert, à cause de la contagion ^ui était- au narché au Pain. Et on voyait dans ladite rue, rherbe de plus de quatre doigts de hauteur. Et au même mois, les habitants de Mante fiirent en procession en la TiUe de Meulan en habits blancs, et à Vétheuil (1).
Bn 1586, la peste flit si grande à Mante et partout le royaume que Ton fut contraint de mettre des personnes dans chaque quartier, pour empêcher les malades de sortir.
Ce fût en cette année que Ton commença de faire payer pour lever une tombe.
§ 184. D'une Procession du S. Sacrement. — Le jour du Saint Sacrement de la même année 1586 (ou 1588), il fut fait une procession célèbre. Les confrères des cinq, plaies représentèrent les trois vertus, la Foi, l'Espérance et la Charité, les douze apôtres, la Véronique, le sacrifice d*Âbraham. Les apôtres accompagnaient notre Seigneur qui portait sur ses épaules une croix, et Simon le Cyrénéen lui aidait à la porter, et plusieurs juifs représentés qui le tourmentaient avec des rouleaux de parchemins pleins de coton, de quoi ils firappaient celui qui portait la croix, de telle sorte qu'il en mourut bientôt après.
Nous ne pouvons faire l'histoire de la Ligue et des divisions sanglantes qu'elle engendra, non seulement à Paris, mais dans toute la France. C*est une époque qu'on voudrait eflTacer de nos annales nationales. Nous nous en tiendrons strictement, au milieu de tous ces événements, à ce qui concerne Mantes.
Réné de Villequler(2), Tun des infâmes mignons de Henri III, fut alors gouverneur de l'Ile-de-Frahce ; à ce titre, il écrivit aux échevins de Mantes la lettre suivante, qui ne manque pas d'intérêt :
« Messrs. Il n'y a guèros, q. j'avais baill<^ à mossr de St.-Mars (3) une commission pour commander en vre. ville et
(1) V. (Economies royales de Sully, p. 57. Collect. llichaud. (S) Baron de Clairranz.
^ Feat-ôtie le commandaot de Heulan, en 1189. V. Sully.
HENRI III A BflANTES
l'arois adverty de prendre garde à la consorvaon d'icf^Ue. Ce que je vous prie de faire etque ce soit do façon qu'il n'en puisse advenir faute ou préjudice du service du Roy et de vre. conservacn. Quant à ce que m'escripvez de l'enseigne du Sr de Grillon (1), qui faict battre le tambour près de vou» je suys bien aise que ne Tayez voulu souffrir, corne n'ayant mon attache et • mandemant. Mais daultant que je seay que la creue qu'il faict, est por le service de sa Mt6. qui môritte accôleraon. Je suys d'advis que vous lui laissiez faire la creue (2), soit dans vre. ville ou ôs environs, Â la charge de vivre et faire vivre ses soldats suyrans les ordonnan. Royaulx, et dr^ façon qu'il n'en vienne aucune plaincte. Vous ra'advertirez de tout ce qui se passera importans au service de sad. Mté. ot aurez le soin de vre. conservaon alTiu que jaye tantplus de moyen de tenir la main q. vous n'ayez des garnisons. Priant Dieu vous avoir Messieurs, en sa garde. A Paris le xxviij* mars i5S5(3).
Vostre bon amy
VlLLEQUIER. »
François d'O f i), gendre de 'S'illequier, lui succéda dans son gouvernement, en 1588; il ne valait gut're mieux. Il fut privé de cette charge pendant les années terribles qui suivirent les Etats de Blois; il n'en reprit possession qu'rn 159i, par la faveur de Henri IV, auquel il se rallia un des premiers.
Aussitôt après la Journée des Barricades (mai 1588), qui ftat la première victoire des Quise sur Henri III, celui-ci s'était enfui à Chartres. Il en partit au bout de quelques jours, alla à Rouen et vint ensuite à Mantes le 1*' juin.
§ 185. Le Roi vient à Mante (5). — Incontinent après les Barricades de Paris, le roi Henri trois s'était retiré en la ville de Chartres, où après avoir séjourné quelques jours, il
(1) Louis de Berton de Balbos de Grillon, le « bravo Grillon >». 1541 + IGla* (S) Embauchage de soldatt.
(3) Collection A. Durand.
(1) Sei^îneiir de Fresne et de Maillebois. Il mourut insolvable on octobre 1594, après avoir scandalisé la cour et Paris pur son luxe et ses débauches. Sa fenmc, Chariotte>Catherine de ViUeqaier, épon«t Jaoqoes d^Aumoiit, prévôt de Paris.
(5) Ce paragraphe est avant le 160* dana Aubé.
vint à Mante à Tintention d'y faire long: séjour. Et pour cet effet, il fit construire de nouvelles fortifications hors de la ville. Mais sur ces entrefaites, Témotion populaire étant un peu apaisée et les Etats convoqués à Blois, le roi y alla on personno pour en faire rouvertare; son dessein Ait changé et les fortifications délaissées.
Un peu rassuré par son éloignemeni de Paris, dont l'émeute lui avait causé une peur aifreuse, Henri III s*assura la posses> sion de Mantes, pendant que la Sainte-Union 8*emparait de Meulan. D'O qui Tavait suivi, fit alors construire par son ordre, quelques-uns des éperons ou boulevards dont nous avons parlé et qui existant encore. Il fut aussi nonmi»^ gouverneur de la ville, mais les malheurs du temps ne le laissèrent pas longtemps dans cette plnco.
Henri III resta a Mantes jusqu'à la fin de juillot. Le comte de Soisson, Charles de Bourbon, frèr»' «lu prince de Cond*^ ^1^, l'y vinttrouvK'rl«'2l, etCatherinedoMôdicis le23. Kllf voulait le [vtsuad«'r de rentrer à Paris et de se réconcilier avec le parti des Guise, mais il refusa net. « Dont elle revint à Paris, mal contente, le 27 du présent mois de juillet (2). » Henri m retourna ensuite i Chartres où le duc de Ouise alla le visiter, sans plus de succès que Catherine. Il ne devait plus rentrer i Paris.
Il se renditbientétaprésà Blois, où devaient se tenir àla fin de cette ann^e 1588, les Etats-Généraux les plus célèbres. Deux princes Lorrains, les deux Guisequi Tavaient le plus offensé, allaient y être assassinés par ses ordres. L'histoire de Mantes n'a rien à voir dans cette sanglante tragédie et nous ne pouvons que nommer les députés de rRlcctiun de Mantt s rt Meulan qui siégèrent à côté de Montaigne, de Lachapelle-Martcau et autres. M' Jean Hamot, curé de Saint-Nicolas de Meulan représentait le clergé ; Salomon de Béthiine, sieur et baron de Rosny, frère de Sully, la noblesse. Le Tiers-Etat avait élu M* Antoine Bonnincau, lieutenant de l'Election et habitant de Mantes, Jean Leau, receveur de Vemeuil et Guy Le Comte eschevin.
Aux Etats tenus également à Blois en 1576, l'Election avait été représbutée par M* Antoine de Gamache, doyen de Notre- Dame de Mantes, pour le clergé; le seigneur de Lianconrt pour
(1) Henri, deuxième prince de Condc.
(2) V. Lestoile et aussi SoUy, Vilieroy.
LA UOUB
lanoble'îso ; et Jean Fizoau, l(''^isto do Mantos, Jean Vion d'Hérouval d»> Mt'ulan ot Kustacho Figis de Mantes pour lo Tiers- Etat. Du reste, ces députés ne prirent pas une part brillante aux débats de ces assemblées.
« Le 16 juillet 1589, fut faite assemblée de la ville, pour savoir si on laisserait entrer madame d'Angoulôme (1), qui priait qu'on la reçut avec son train pour quatre jours seulement, pour se faire habiller de deuil, à cause de la mort de la Reine-Môre en la ville de Blois. Ce qui lui fut accordé. » Chsv. Catherine de Médicis était morte le 5 janvier précédent, et la duchesse d*Angouléme avait mis peu d'empressement à prendre le deuil.
Le couteau de Jacques Clément avait donné la couronne au roi do Navarre : Tîenri III était mort à Saint-Cloud, on vue de Paris, le 2 août 1589. Malgré son adresse et son courage, Honri IV mit cinq ou six ans à faire la conquête de sa couronne. Pondant cinq ans environ, Mantes fut comme la capitale de ce royaume si violemment contesté. Sully, parlant du roi, dit quelque part : « Il s'en retourna à Mantos qui était lors son Paris. » Il faudrait donc presque un livre à part, pour écrire l'histoire de Mante à cette époque. C'est là que se traitent toutes les grandes affaires de Henri IV : ses relations si délicates avec les protestants qu'il est obligé d'abandonner; sa conversion, pure affaire de patriotisme ; ses démêlés avec le Saint- Siège; sans compter la résistance journalière, aux attaques de Mayenne, les intrigues des Ligueurs ses ennemis, et des catholiques les Politiques; ses alliés, tout so discute et se décide à Mantes, sauf la justice, car le Parlement Royal était à Tours.
Ne pouvant continuer le siège de Paris avec le pou de troupes qui lui rostèrorit fidèles, Henri IV décampa le 8 août, emportant le corps de son pauvre prédécesseur. 11 passa à Poissy et de là àMeulan dont il s'assura la possession. Un trait négligé par les historiens de Meulan, c'est qu'il y laissa un architecte pour en réparer les murailles : « Avant de partir de Poissi le roy mit oitire à Meulan, y laissant M. de Bellengreville avec son régiment, et ordre de le fortifier, luy baillant Du Cerceau pour ingénieur, qui estoit meilleur architecte pour la paix et pour les maisons, que pour la guerre et les places (2). » Ce détail, avec
(1) Diane, fille légitimée de Henri II, veuve d'Horace Farnèse, puis de François de Montmorency. BUo ftat d'abord dnehesM de Chatelienalt, pai»
dncbesse d'Angoulème, en 1582.
(8) Màm. du duc dAngoulétne. Collect. Micbaud.
l'appréciation piquante du duc d'Angoulôme, n'est pas moins curieux pour la biographie d'Androuot Du Cerceau, l'artiste habile auquel on doit l'hôtel Carnavalet, le Pont-Neuf, et une partie du Louvre, que pour l'histoire de Meulan.
De Meulan, Henri IV passa .sur la rire droite de la Seine, alla à Compiègne où il laissa le corps de Henri III, et s'en fut à Rouen, pensant y attirer le duc de Mayenne. Le chef de la Ligue le suirit en effet et s'arrêta à Ck>uma7. Il était sans doute passé À Mantes quelques jours avant, car il écriTit de son camp aux échevins de Mantes un billet que justifia la suite des événements (1) :
« Messieurs. Encore que ieusse bien désirer avoir à ce siège » icy les pionniers auxquels vre ellection avoit esté cotysée, si » est-ce que voyant l'inconvénient de les conduire seuremt Icy n et qu*auiourdliuy nous savons Teffect qui se peut espérer pr » ce siège et que a temps ils ny peuvent arriver. Je vous en •» descharge pour ceste fois seullement, ne vous en m&ttre en » peyne davantage. Et continuez moy vre bonne volonté, je » serai tousiours infiniment nyse do yous pouvoir soulager et M vous donner tout le contentement q. desirez. Au camp devant D Gournay, le vj sepbre 1&88.
» 'Vre. bien affectionné amy,
M Charles de Lorraine. »
A la fin de septembre, Henri IV un instant bloqué à Arques et à Dieppe, battit le duc de Mayenne et le força quelques jours après à une honteuse retraite. Ce succès lut iinuiense pour le Béarnais que Mayenne s'était vanté de ramener prisonnier à la Bastille. Dès lors, TUnion fût tiraillée en tout sens; les villes rendues défiantes sur Tissue de la lutte, se tinrent sur une prudente réserve, et Mantes qui parait avoir été menée d'abord par de fougueux Ligueurs, commença à réfléchir. Meulan étant au roi, Mayenne jeta ses vues sur sa rivale et commença par en faire dégager les abords en les détruisent.
§ ISG. Ruine du cimetière; TE^gliae St-Pierre et la Cliapelle St-Jacqnes des faubourgs démolies. — L*an
{2) CoU«ct. A. Duriuid.