LB COMTE DE BRISSAC
1589, le comte de Brissac (1) étant à Mante sur la fin de septembre, fit miner et démolir les charniers du grand cimetière, qui fut une très grande perte. Mante se pouvait vanter d'avoir le plus beau cimetière de la France (2). 11 se voyait dessous les charniers, de beaux tableaux, tant en platepeintare» qu'images taillées en bosse. Les lignées de ceux qui avaient anciennement fait bâtir lesdits charniers, y étaient naïvement représentées. En continuant après, ledit Brissac fit mettre le feu à TEglise Saint-Pierre (3), qui était la plus ancienne de Mante, et la fit entièrement ruiner et démolir, avec une autre petite chapelle dédiée à l'honneur de St-Jacques. Laquelle était proche la porte appelée Chante àl*Oye^ où les confrères de la confrérie de Saint-Jacquès(4) 8*a8aemblaient chaque dimanche et faisaient célébrer la messe, et s'y faisait l'eau bénite et le pain bénit. Les images et cloches desdites deux églises, Airent mises en l'église du prieuré de la Madeleine.
Cela fut fait par la crainte que Ton avait d'un siège de la part de Henri de Bourbon, qui battait la France â la pointe de Tépée, ce qui causa une grande guerre civile. Et était chef de la Ligue, monsieur le duc du Maine (5). Et était Henri de France devant Pontoise, qu*il venait assiéger et Brissac craignait qu*ii ne vint poser le siégé devant Mante, n (bt fulminé une quéréunDme envoyée du Saint-Père, contre ceor qui seraient adhérants au parti du roi de France. Il fai fiût bonne garde le long de Tannée. Les habitants de la ville voyant le roi qui souvent passait par les petits chemins, ftirent assez hardis et téméraires de laisser aUer quelques coups de couleuvrines dans le gros où le roi était.
En ce temps là il y avait de grandes particularités entre les gens de Mante, les uns se voulaient ranger sous Tobéis-
'(1) n était gotivcrneur de Paris, en 1594 et rendit la ville à Henri IV.
(2) V. Palrna Cayet, Chronol. novenaire.
(3) DanM le proccs-vcrbal de la rédaction de la Coutume de Mantes, cette paroisse est appelée Saini^Pèf^ Ce n'était paa la (due vieille église de Ifontee.
(4) « Ceux qui avaient été à S. Jacques dt» Compostello cri O.iHce, niilrr dévotion qui avaii été autref ois tant à la mode. » CuK. Cette chapelle est pen eonnoe.
(&) Giiarlet de Lorraine, dae de Maymne ou du Maine.
sance du roi, d'antres n'y voulaient point entendre, cela leur étint défendu par les prédicateurs en pleine chaire. Néanmoins les habitants se liguèrent sur la fin de l'année en telle manière, qu'ils avaient entrepris de mettre la ville sous Tobéissance duroi(l). Comme de fait, pour exécuter lear dessein, ils se servirent d'une femme nommée Thomase Canée (2), laquelle porta des lettres dans sa bouche à un homme envoyé de la part de M' Max** de Béthune, seigneur de Rosny (3) qui tenait le parti du roi, et les lui donnait, tantôt aux faubourgs de la ville, où au village de Buchelay. Ainsi le seigneur de Rosny savait tout ce qui se passait en la vUle et le faisait savoir au roi ; ce qui dura Jusqu'à la fin de février 1590, que les factieux endouèrenf la porte de Rosny, mettant des clous dans la serrure et avaient délibéré de se saisir de la porte aux Saints, en faisant mettre et apposer une barricade en la maison d'un nommé Claude Louytre, qui était au droit de la rue appelée aux Pellerins, afin de se rendre maîtres de la porte et faire entrer le roi dans la ville. Et étaient bien les royalistes dans la ville, au nombre de deux cents.
§ 186. Bataille dlvry. — Comme lesdits habitants voulaient exécuter leur dessein, le roi gagna la bataille dlvry, donnée le 14 mars (1590).
On l'a vu, dopuis lun.iztcinps l'arniro de la Mayenno (évoluait autour (b^ Mantes. M. d'Auinal»' ( i) était venu pour s()n(bn' les esprits; Mayenne y était en personne le 10 mars, tanilis que son armée se dirigeait sur Dreux où l'on pensait trouver Henri IV (5),
(!) On voit que la majorité était Politique.
{2) Les Caaée appartenaient à une famille de maçona bien poaée autrafoia
à Mantes.
(3> If aximilien de B4ihune, baron de Rosny, né en 1959. H fat fkit marqnia de Rosny, puis due de Sully en 1604. Nous l'appeUerona Sully, pour plna ito
simplicité.
(41 Charles de Lorraine, condamné à mort en 1807. Il ne voulut Janute ae
soumettre à Henri IV ( t inonnit à Bruxelles en 1631.
(5i V. Sully. Le 11, Henri IV écrivit k SiiUy : <• Je viens d'avoir ndvis que l'armée des ennemys a passé la rivière à Manto, ils ne faudront pas de vous attaquer; Je acais bien que votre plaee (Pacy) n'est pas en état de réaiater, ai n'y aves fort travaillé. » IMtet missivet de Henri XV. Doeanonts iaédita.
C ^( 1 l'Iule
BATAILLE DtVRY
alors occupé à on fairo lo si«''f^e. On sait le rostc : Henri IV reculant de Drtux jusqu'à Ivry, gagna sur Mayenne cette bataille célëbro où Tannée de la Ligue fut complètement culbutée.
§ 187. Les troapes du duo du Haine pounuivies aveo lui jusqu'à Mante. — Dès le même jour de la bataille, les gens de guerre de M. le duc du Maine arrÎTèrent les uns malades et les autres blessés et charpeniés, le roi les battant et poursuivant jusqu*à Rosny. Et fùrent les gens de guerre hors la ville, jusque sur les onze heures à minuit qu'ils entrèrent par la porte aux Saints, et passèrent au travers de la ville, les avenues des rues étant bouchées. U y eut beaucoup de leur dépouille et butin qui demeura à la ville, ce qui causa une bonne fortune à certains habitants. Et environ sur les deux heures de la même nuit, monsieur le duc du Maine passa par la porte de Rosny, lequel dit ces paroles : « Messieurs de Mante, nous avons eu bien de la perte, mais ce qui nous reconforte, c*est que le Béarnais est mort (1). » Ainsi pour lors appelait-on le roi, à cause de son pays de Béam. Nos habitants ouvrirent les portes à ce duc qui ne fit que passer par cette ville sans y faire aucun séjour.
La déroute d'Ivry avait étA complète, l'rv' partie des troupes de la Li^'ue se sauva vers Chartres, tandis que l'autre, dans laquelle était Mayenne lui-uièuie, prit la route de Mantes, poursuivie vij^oureusenient par l'année de Henri IV : « Je ne les ay » point abandonnez, qu'ils n'ayent esté près de Mante », écrivait-il du camp de Rosny, le soir même de la bataille. François d*0rléan8, comte de Saini-Paul, dans une lettre sur le même si^et, dit aussi : «Nous poursuivismes la victoire, jusqu*à Mante, » àhuit lieues du champ de bataille (2) ».
Pendant le jour, les habitants de la ville avaient refusé le passage aux troupes de Mayenne, mais dés que lanuit fut venue, deux bourgeois do Mantes ouvrirent les portes et liront défiler
(1) « Toutes foU qu'il y avoit eu quelque déroute des siens, mats peliie au regard do grand nombr» de morts des eosté dM MrMquea. • Chroèu a#0»>
Maire, de Palma Cayot.
iZ) Poir*oo, Histoire de Henri IV.
les fuyards, Lun dVux, nommé Daiticle, fut pendu. Mayenne était entré avec les autres : « Le courrier, dit encore Henri IV, » rapporte que le duc de Mayenne s'est saulvé dedans Mante. » Mais il en partit le lendemain, parce qu'il ne s'y ne trouvait plus en sûreté et gagna d'abord Pontoise, puis Saint-Denis (1). BCantes, en effet, n'avait pas alors de garnison et ne dépendait, comme un grand nombre de villes, que d'elle-même* La conduite des troupes ligueuses ne lui inspirait aucune confiance. Du reste l'armée royale était campée àB4>8ny« et ses éclaireurs rùdèrent toute la nuit autour des murs.
Henri IV coucha ce soir là à Rosny, ainsi qu'il résulte de sa propre correspondance et dc^ (Economies (h^ S^uUy . Lo maréchal d Auniont y arriva à dix heures et dîna avec lui. Quelques 111» iiinii es prétendent, au contraire, qu'il alla à La Roche- Guyun. Le château était alors habité par une jeune veuve, dont la beauté excitait les désirs du passionné béarnais (2). Quoi qu'il en soit, madame d§ Guercheville fut, à son grand honneur, une des rares femmes qui lui résistèrent
Antoinette de Pons, femme de Henri do SlUy, comte de La Roche-Ouyon, était veuve depuis 1586. Henri IV avait conçu pour elle une si violente passion qu'il voulait l'épouser. On connaît la belle réponse de la comtesse à toutes les avances du roi : elle était de trop bonne maison pour être sa maîtresse, et pas assez pour être sa femme. Ëlle épousa plus tard, Charles du Plessis seigneur de Liancourt, mais ne voulut jamais porter ce nom de Liancourt dont s'était paré quelque temps Gabrielle d'Estrée. Le roi la fil marquise de Guercheville, et lors de scm mariage avec Marie de Médicis, elle fut lapremière dame d'honneur de la reino.
§ 188. — Sommation aux habitants de se rendre au
Bol. — Et lo lendemain jeudi, quinzième jour dudit mois, le roi envoya le maréchal d'Aumont (3) sommer les habitants de lui remettre la ville entre les mains. Et en venant, quel-
(1) V. une note de M. de Roissy, Chrestîen, de Thou T. XI, et la Ligue à PotUeUe, Dans ce dernier ouvrage, M. H. Le Charpentiarsfait reproduire une ancienne carte, où l'on voH la roota anivie par Mayenne aprfta la déCûte d'Ivry.
09 V. (^Mêrvattoi»» sur lu anumn du grmd Aleandrê,
(3) Jean d'Aumont Palma Cayet dit la vidame de ChaiiiM et le tleiir de
Villeneuve*