SOUMISSION A HENRI IV
D'après Palma Cayet, LepcUctier de Château-Poissy fut envoyé à Rosny et traita avec le roi, pour la reddition de Manies. Ce serait alors que Henri IV aurait dit aux envoyais: « Messieurs de Mantes, je n'avais aucune inquiétude de vous : bO)is chiens reviennent toujours a leur maitre. » Le uiùinejour, Henri IV entrait à Mantes et s y délassait de ses fatigues en y attendant joyeusement la fin du mauvais temps.
Lestoile raconte qu*un de ses passe-temps fût le Jeu de paume. « Fit partie, dit-il, contre des boulangers qui lui gaingnérent son argent, et ne lui vouloient donner sa reyeuche, pour ce qu'ils disoient quUlsEToient Joué à couppecul en trois parties. Dont le Roy, pour aToir sa raison d'eux et se donner carrière, fist le lendemain crier le petit pain d'un carolus à deux liards. De quoi messieurs les boulangers bien empeschés, vinrent supplier Sa Majesté d'avoir pitié d'eux ot prendre sarevenche telle qu'il lui plairoit, r/ies que ce ne fusi point xur leur pain (1). »>
Henri IV resta en effet quinze jours à Mantes. Ses amis lui reprochèrent c<'tte inaction à laquelle on a donné plusieurs motifs bons et mauvais. La Li^'ue un profita pour se remettre de Téchec d^Ivry, se pré-iiarer à la résistance en fortifiant Paris, qui, sans ce repos, eut pu être enlevé par surprise et les horreurs du siège évitées (2).
L'inaction toutefois ne fût pas complète. Outre que dans l'intervalle il s'assura la possession de Vemon, on voit par sa correspondance qu'il eut soin de mettre ses amis et ses alliés au courant de toutes ses affaires. On y trouve datées de Mantes, des lettres adressées à la ville de Bordeaux, au prince de Dannemarck, au [jrince de Wurteniberi:, aux cantons suisses, à Jean Mocenigo, ambassadeur de Venise, qui avait reconnu le premier son titre de roi de France, au Parlement de Caen, etc.
Pendant ce temps, l'armé»; était canionnée sous les murs de BCantes et M. Cassan a cité une lettre du vieux maréchal de Biron datée du camp de Manie, le M4 mars 4ô90, qui ne manque pas d'intérêt.
« Je suis après pour gangner deux mois pour m*allcr reposer et je croy que le meilleur seroit pour tov^ours et aller prier Dieu, puisqu'il m*a fait cette grâce d'avoir vescu si longues années avec grande réputation dedans et dehors le royaume, et même en cette dernière bataille dont le Roy se louë infiniment
(1) Cette anecdote est racontée aUleurs un peu différemment.
(?) Palma Cayet. Le 18 mais cependant Henri IV était an camp de Vemon.
do moy et a grand contentement de mon fils. Je suis esté en six batailles, j'ay eu six arquebusades, j'ay vendu sans les boys six mil livres do rente et servy six roys. Il ost temps de me retirer. » Le mar(^chal do Biron malheureiisoment, n'a pas toujoui's eu les les mêmes sentiments élevés, notamment au siège de Rouen.
C'est vers cotte opoquo aussi qu'il faut placer l'entrevue qui oui lieu entre Nicolas de Ncufville de Villeroy, qui voulait la paix, et Du Plessis Momay. On en était alors bien loin.
Le gouvernement de Hantes Ait donné à Salomon de Béthune, baron de Rosny, frère de Sully, qui le garda jusqu'à sa mort, arrivée en 1507. Sully Tayait demandé, mais Henri IV le lui avait roAisé pour ne pas indisposer les catholiques. Pierre de de Mornay, sieur de Buby, que nous avons vu figurer en 1574, fut chargé des fortifications, etfit construire le ravelin de Buhy, dont il a été parlé.
Sully, dans ses Œconotnicf!, a tracé un tableau émouvant au point de vue littéraire, de ce qui se passa entre Henri ÏV et lui, après la victoire d'Ivry. Ré(liy:é cinquante ans après l'événement, on se doiiiando s'il n'a pas été un peu arrangé et embelli pour satisfaire la vanité ônorme du vieux ministre. Sully était parti de Pacy, pour aller n^oindre le roi et avait été blessé à Ivry. Reconduit à Pacy, par eau, on le rapportait sur un brancard à Rosny par la côte deBeuron, lorsqu'il rencontra le roi qui avait fait collation au château et chassait sur les terres de son ami. La mise en scène est superbe.
En avant, un page portant la cuirasse de Sully et la cornette blanche de Mayenne ; un autre portant des armes brisées ; son t écuyer, blessé et enveloppé de bandelettes ; Moreines, son valet
de chambre, avec sa casaque orange et d'autres armes brisées. Au milieu, Sully, grièvement bl<>ssé, couvert d'un sim{)le linceul,mdis tout autour de lui, sur son brancard, les quatre casaques de ses prisonniers, en velour noir, parsemées de croix do Lorraine brodées en argent. Par dessus, les quatre casques, avec leurs panaches blancs et noirs « tous brisez et despenaillezde coups » ; sur le côté, les épées et pistolets ; puis montés sur des bidets, trots prisonniers formaient une escorte triomphale. Derrière venaient les domestiques, la cornette de Sully, la compagnie des gens d'armes et deux compagnies d'arquebusiers à cheval, tous plus ou moins blessés (1).
(1) Cette partie dus Œcotwmies a été vivement critiquée. V. la Ûu du second volume de U CoUeet Michand.