‹ La chronique de MantesChapitre 92 sur 143 · TENTATIVE DE MAYENNE · texte numérisé non relu

TENTATIVE DE MAYENNE

Maclou, avec quatre milliers et demi de tuiles qui furent adjugées à Nicolas Petit, marguillier de Saint-Maclou.poiurla réfection dUcelld église, n lui fut aussi adjugé qu < 1 ^ ues chevrons qu*iln*eut point, attendu que toute la charpenterie fUt employée à faire des barrières aux portes de la ville. Et en même temps, parle commandement du roi» les éperons que M. d*0 avait fait construire au dehors et qui n*étaient revêtus que de gazon» furent revêtus de pierre provenant des démolitions, tant de Féglise du Grand Cimetière et foubourgs ( 1 ), qui firent démolis et ruinés. Le roi croyait que M' le duc du Maine mettrait le siège devant Mantes. Btà cette démolition, quelques habitants souffdrent grande perte, k cause qu'il y en eut peu qui fùrent remboursés de leurs héritages et maisons, qu*ils avaient aux fiiubourgs. L*armée était aux environs de la viUe.

Los craintes de Henri IV et de ses officiers étaioiit Icgitimos. Mantes était des enue une petite capitale et panai les nombreux parti;>aus du Béarnais qui formaient sa cour, il en était quelques-ans dont rattachement était peu sincère. Le Cardinal de Bourbon (2), neveu du vieux Charles de Bourbon dont la Ligue avait voulu faire un Charles X, était de ceux-là. Les évèques royalistes étaient assemblés à Mantes pourdélibérer sur la con* duite à tenirà Tégard de la cour de Rome, dont le légat à Paris, était loin de leur être favorable. Le cardinal de Bourbon fit de l'opposition, afin de retarder des décisions trop conciliantes. On l'a même soup(.'onné d'avoir alors a|»pelé Mayenne occupé à Pontoise, ville toute dévouée à la Ligue. I ne nuit, en effet, le chef de l'Union vint avec un gros de gens pour tenter Tesealade. Les échelles étaient déjà levées, quand Buhy, lieutenant de François d*0 ou de Salomon de Roany, accourut et fit manquer la tentative (3).

Sully était alors à Mante» (août 1501) chez son trén. Il avait été attaqué sur le chemin de Thoiiy au mois d'avril, en venant

(1) Le« maisons dos faubourgs. Los éperons de François d'O sont, san» doute, c«lut des Martrais, appartenant aux sceurs de Saint-André, et celui d« Il me Dammartin, endaTé dans diveraet propriiHéa.

(2) Charles de Bourbon, froro du prince Heui dê Coildé, eouiu d'abwd sous la nom de cardinal do Vendôme.

(3J V. De Thon, T. XI, LMtoite et Sully.

CHRONIQUB DE MANTES

à Mantes, chercher une compagnie pour la mener à Chartres que le roi assiégeait. Une balle luiavait coupé la lévro et était entrée dans le cou. 11 n'était pas encore guéri qnan<l Mayenne fit sa tentative sur Mantes, et ses rédacteurs des (Economies lui font ramentevoir que « vous fustes sur les remparts avec vostre teste encore bandée, et leur fistes tirer quelques mousquetades et coups de pièces. »

Voici, d*autre part, comment cette embuscade est racontée dans les Mémoires de Chevemy: « En ce même temps, M. de Mayenne ayant vu renir le Roi vers Noyon, et le voyant assez diverti et empêché d^assiéger ladite Tille, fit une secrète entreprise sur celle de Mante où nous étions tous, les officiers du Conseil et grands de la Cour, desquels ils espéraient tirer de grosses rançons et butins faisant cette prise ; pour parvenir à laquelle, M. d'Alincourt, gouverneur de Pontoisc, avait ménagé qucUiucs intelligences dedans. Mais M. de Rosny (Salomon) qui en était gouverneur pour le roi, les sut si à propos découvrir et nous en donner avis au Conseil du Roi, que ladite entreprise ne fit d'autre effet que de nous obliger à nous rendre plus soigneux de notre sûreté ; et ainsi ledit sieur du Maine manqua là(l). »

Mayenne, voyant TaflS^re manquée, s'en alla attaquer, sans plus de succès, un régiment suisse cantonné vers Houdan. Rassemblée des prélats se retira en même temps à Chartres qui était à Henri IV depuis le mois d*avril (2).

Pour occuper sa convalescence et se venger des embûches de Mayenne, Sully voulut tendre un piège à d'Alincourt. Six soldats de Mantes fei^rnirent de déserter, s'en allèrent à Pontoise, se mirent dans les bonnes grâces de d'Alincourt qui commandait la ville, et le décidèrent à tenter un coup do main contre Mantes. Le gouverneur de Pontoise envo)'a de son côté quatre espions à Mantes, que Sully connaissait sans qu'ils s'en doutassent, et par lesquels il connut tous les ligueurs de la ville. L*attaque était décidée, Sully avait peu à peu et secrètement renforcé la garnison ; le duo de Mayenne devait venir encore une fois diriger l'escalade, lorsque Henri IV arrivant inopinément, fit manquer Taffaire. Mayenne prévenu à mi-chemin, tourna bride et ne risqua plus rien contre Mantes (3).

(1) D'aprte La Ligue à Pontoise^ de M. H. Le Chtrpentier.

(2) De Thou.

(3} V. Sully. M. Moatîé a raconté tout an long cet épisode.

HENRI IV A M ANTBS

On peut encore ajouter ici l'aventure racontée par Sully, à propos d'un bateau de vivres. Paris était sensé bloqué et Henri IV avait df' fendu (Vy rien conduire ; mais les bateliers passiiient quand même, il suffisait d'y mettre le prix. Un jour on l'avertit qu'un bateau chargé de poisson de mer, valant environ 5000 écas avait pu monter jusqu'à Paris. Le prix devait être rapporté par lu sieur de Fourges qui avait des passeports de tous les gouverneurs, même de Salomon de Rosny, et retournait à Rouen dans un petit bateau. Sully fait surveiller la Seine, et au bout de six jours, le bateau était saisi vers Meu- Uu. Il monte alors à cheval, va au devant du bateau, le renoon* tre, monte dedans et le fait ramener à Mantes. Le bateau ne contenait que deux ballots, dans lesquels on ne trouva que de la soie et des fils d'or et d'argent. Sully désappointé demande au sieur de Fourges où sont les 5000 écus. Celui-ci répond qu'il n'a rien reçu que les deux ballots et des lettres de change. Sully se met en colère, et tout en marchant, il voit sortir des chausses de de Fourges un certain nombre d'écus d'or. Le nudheureux gentilhomme confUs veut s'arrêter, mais Sully lui dit : « Allons, allons, M. de Fourges, car je vois bien qu'il y a • plus de plaisir et de profit à vous faire promener qu*à vous » faire asseoir. » De Fourges (ùt fouillé, on trouva sur lui 7009 écus d'or, que Sully s*appropria bel et bien (i).

Notre Chronique nous a fait devancer l'ordre des faits. Avant de faire manquer l'embuscade de Sully, Henri IV n'était pas demeuré inactif. Il était partout à la fuis ; après avoir quitté Chartres pour Château-Thierry, Compiègnc, La Fère, Villepreux, etc., il était à Mantes le 1" Juin. Le 2, jour de la Penteeéte, ses partisans catholiques profitèrent de la fête pour la célébrer et tenir un conseil de Tordre de Saint-Esprit. « Le lendemain, dit Palma Cayet, le Roy alla à liante, où les chevaliers du Saint-Esprit y firent la solennité de cest ordre dans l'église Nostre-Dame, le jour de la Pentecouste, là où assistèrent messieurs de Nevcrs (2), de Luxembourg (3) etLa Ouiche(4) et autres chevaliers dudit ordre. »

(1) SuUy, Œconomiêt royales^ chap. ZXZII.

(t) Louis de Oonngae, priaee de Mbntove et due de Meren.

(3) Peut-être François de Luxembourg, duc de PiiMj. (4J FlûUbert de la Uuiche, Migneur de Chaumont

De Mantes, Henri IV envoya le duc de Nt vers en Champagne et partit lui-mèrae pour Louviers le 6 juin (1). Le 24 il était à OisoTS ; il revint parce que sa tante, madame de Bourbon (2) abbesse de Soisson, ayant été inquiétée par les Ligueurs, était venue se réfugier à Manies auprès de son neveu.

En même temps, Renaud de Beaune, le cardinal de Bourbon et d'autres évéqucs revinrent de Tours et s'installèrent à Maiitos pour y former le Conseil du roi. Ce Conseil arriva on même temps que madame de Bourbon, dit Palma Cay<'t, et « ceste arriv<''e so passa en toutes les honnestes réceptions que l'on pont iiiiauinor entre si proches parents. »

De Mantes, Henri IV écrivit :i Crillon une lettre viTitablfiuent historique, antrenient touchant*- (jue la fameuse lettre arrangée écrit*' après vVrqufs et que tout le monde connaît. La voici:

« Brave ririllon, Vousscavés comme estant roy de Navarre je (( vous aimois, et faisois cas de vous. Depuis qur je suis roy de » France, Je n'en fais pas moins, et vous honore autant que » gentilhomme de mon royaulme; ce que j(! vous prie de croire » et en faire estât, et qu'il ne se présentera jamais occasion où » Je TOUS le puisse tesmoigner, que vous ne m*y trouviés très » disposé. Je suis bien marry de ce que vostre santé ne vous » permet pas d'estre près de moy, pour le besoing que J*ay de 1» tels gens que vous. Lorsqu'elle vous le permettra, vous me » ferés un singulier plaisir de ine venir trouver. Je ne vous di- » ray poinct que vous sorés le très bien venu, je m*asseure que » vous n'en doubtés nullement. Sur ce, Dieu vous ayt, brave « Grillon, en sa sainte et digne garde. A Mante, ce zxxix* N juin. Henry (3). »

Le roi resta à Mantes jusque vers le 17 juillet et 8*y occupa des affaires les plus importantes.

^ 105. Le Roi séjourne à Mante. — Au commencement de juillet 1591, le roi étant à Mante, fit son édit contenant rétablissement des éditsde pacification faits par Henri trois, sur les troubles du royaume. Et ât aussi une déclaration de

(1) Sully.

(2) « N'estoit qae Je désire veoir mon cousin le cardinal de Bonrt>oQ, lequel doit estro demain (28 juin) à Mante, où je vais aussy pour atlvis. r avec iuy et ceulx de mon conseil, sur le général de mes aflairei. m Lettres mitHves.

(3) Lettres missives.

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