EXÉCUTIONS CAPITALES
repris et étranglé. Le 28 dudit mois, qui était le vendredi, Alt aussi exécuté un nommé Layigne, maître de la Truir qui fUe (1), et Nicolas Drouet, taillandier. Lequel Drouet mourut innocent, ce qui flit bientôt après reconnu, d'autant que les fers, pinces et coins qui avaient été trouvés pour rompre les pierres des murs de la ville, que Ton lui imputait avoir faits, ravalent été par un taillandier de Pontoiôe lequel marquait ainsi que ledit Drouet, et qui après la guerre finie, le dit et déclara à plusieurs personnes, leur faisant connaître Finnocence dudit Drouet. Après Texécution de celui-ci, sa tête fût mise sur la porte aux Saints et y fût assez longtemps sans changer de couleur. Son oorps fût inhumé au cimetière de THétel-Dieu, où Ait vu longtemps son bras élevé au travers de la terre, en haut, comme criant vengeance. M. d'O parla à M. d^Alincourt, entre Mante et Meulan où ils parlementèrent ensemble, pour savoir s'il y avait tant d'habitants coupables de la vendition de la ville, à quoi ledit sieur d'Alincourt fit réponse que si on laissait faire le Lieutenant^énéral. il ferait bien mourir la moitié des habitants, quecen^était que vengreance qu'il exerçait, h quoi il fallait donner ordre. Le Lieutenant-Général s'appelait Viel (2) et fut surnommé Hérode, à cause de sa cruauté.
C'est certainement la tentative de surprise que nous avons racontée plus haut. Seulement on voit ici quelles en furent les suites pour quelques habitants.
Les renseignements que contient ce paragraphe, sur les formes expéditives des sentences criminelles, n*en sont pas moins intéressants.
§ 198. La Reine, veuve de Henri 3% demande au Roi justice de la mort de son mari. — L'an 1503(3\ Louise de Vaudemont. femme de Henri trois, roi de France, arriva à Mante pour se jeter aux pieds du roi Henri quatre, qui lui donna
(1) Cette hôtellerie devait se trouver vers la rue bourgeoise. On a vu qu'il •Kiatait mM tour à» la Tnde qui fUê ; l*une donns ton nom à tantre.
(2) 11 Hait écuyer et seigneur rie Maimbourdet.
(3) L'fistoUe met c«t audience au 9 janvier Henri IV, en effet, ne vint puk MantM en février 1608.
audience dans ia grande église Notre-Dame, là où elle supplia Sa Majesté de faire justice des assassinateurs du roi son seigneur et mari, et rendre à son corps une sépulture royale, suivant la coutume des rois de France. Monsieur le Procureur Général de la Guesle fit alors une l)elle remontrance sur les choses qui s'étaient passées, toucliant l'assassinat du feu roi. Il fut répondu et promis par le roi que la justice en serait faite, mais que pour les cérémonies des obsèques qu'elle désirait, il n'y avait moyen d'y entondroi)our l'iioure, et qu'elles seraient reiuises à une autre fois, à un temps i)lus commode. Durant son séjour à Mante, entendant chanter le psaume Exaudiat, que le feu roi faisait souvent chanter après la messe, elle s'évanouit, et on la tenait pour morte. Le roi même vint à son secours avecles princes et seigneurs qui lui aidèrent à se remettre (1).
M. Berger Xivrey, relativement à cette audience, a publié à Tannée 1594, une lettre datée de 1583, dans laquelle Henri IV écrit : « Je suis venu faire un tour Jusques en ceste ville, tant » pour recevoir la requcste que la royne veufve du feu Roy, » qui m'estoit venu attendre, me voulloit faire, pour la recher- » cho et punition de l assassinat commis en la personne dudict ») seigneur, etc. » L'audience fut très solennelle. Deux trônes furent préparés dans ré<,'lise Notre-Dame. La reine Louise enira précédée des suisse s de sa garde et do ses gentilshommes. Elle était en grand deuil ; la queue de sa robe était portée par la duchesse de Rohan et sa fille ; quarante dames suivaient, donnant la main à autant de gentilshommes de Henri III. Elle se jeta aux pieds de Henri IV qui la releva et la fit asseoir entre lui et sa sœur. M. Buisson, procureur général exposa sa requête, et le procureur du roi La Guesle, lui répondit (2).
Le discours de ce dernier toi imprimé en 1605, sous le titre de: « Bemonstrance faite en la Grande ÈgUse de Mante , en Février 1593, sur lajttstice demandée au Roy par la Roffne Loyse douairière de France, de Fassassinai du feu Roy (3). »
(1) Copié presque mot i mot dans Ut Chronologie ieptenairê, d» Falaa
Cayet. Col. Michaud, p. 113.
(2) Y. une note des Lettres missives de Henri IV. T. IV.
(3) Troil MmonttiaiiQM, etc., Paris, Pierre L'Huilier. MDOVin.
LA BELLE GABRIELLR
C'fist un Ion? discours dans le goût du temps, où il ost très peu question de la reine Louise, mais beaucoup de l'antiquit*^. On y trouve pourtant des exemples de styl'' que nous n'oserions plus imiter : « C'est avec une nouvelle sorte d'éloquence, dit l'orateur (p. 7), qu'elle s'est adressée à V. M. avec yeux esplorez, aureillfts sonrdcs à la consolation et silence morne, enfant naturel de la tristesse... Ce sexe infirme tous a présenté ses pleurs et fait ofRre de ses sanglots, son imbécillité (1) a (imploré ▼ostre puissance, etc. »
La roino Louise avait présenté sa première requête à Henri IV à Etainpes, en 1589. Elle ne put du reste jamais obtenir aucune s ati- faction, ni du roi, ni dos papes auxquels ©Ue s'adressa pour venger le meurtre de sou mari.
C'est à Mantes, pendant les années 1503 et 1594, que se pas^ aèrent les événements les plus décisifs pour le Béarnais, entre
lesquels il faut compter sa conversion. Un autre fait, moins grave, mais aussi important pour le Vert (lalant qui conquètait ses villes et ses maîtresses avec la mènit (]»'«involiiire, c'est que ce fut à Mantes qu'il entendit parler pour lu prouiiero fois, d'une femme qui faillit être reine de France.
Dans cette petite cour composée de toute la jeunesse brillamment corrompue qui avait connu le laisser-aller ou plutôt les mœurs licencieuses de l'entourage de Catherine de Médicis et de Biarguerite de Valois, on parlait un soir de l'année 1590, du mérite particulier des dames qui s'y étaient réfugiées. Chacun ▼an tait sa maîtresse, ét l'on devine facilement que dans cette conversation, on appelait un chat, un chat Henri lY, naturellement, faisait l'éloge des charmes de Marie de Bcauvilliers, la belle abbesse de Montmartre qui lui avait fait prendre en patience les lonjrueurs du second siège d<' Paris, et qu'il avait emmenée un peu partout. Ro;.M"r de UcUegarde, Grand Kcuyer de France, autrefoi-^ favori de Henri III, coiiinir' François d'o, lui dit alors assez sottement, qu'il changerait d'avis s'il connaissait mademoiselle d'Estrée ! La discussion s' anime, Bellegarde s'enferre de plus en plus, et fait un portrait si flatté de la belle qne le Béarnais s'enflamme et demande i la voir.
Gabrielle d'Estrée, la belle Qabubllb, était fille d'Antoine d'Estrée, vicomte de Soissons et de Bercy, marquis de Cœuvres,
(i; îyimbcciOiUUt ûùblMM.
3ad CUROfilQUË DE MANTES [ISOOJ
chevalier des ordres du roi et gouverneur de la Fère, et de Françoise Babou de la Bourdaîsière. Elle était née en 1575 (1), et quant à sa beauté, Voltaire n'a fait que résumer le jugement des contemporains, quand il a dit :
La main de la nature De SCS aimables dons, la combla saus mesure.
Elle n'était pas alors à Mantes et Henri ne satisfit pas sur-lechamp sa curiosité ; sos affaires l'en ompôchôrent. Mais à quelque temps de là, étant do retour à Mantes, Bellogardc lui demanda un congé pour aller à Cœiirres. Le roi le lui accorda, à condition d'être de la partie. Bellegarde fit la grimace et céda. Le voyage fut même renouvelé... sans lîellegarde, auquel bientôt Tordre fut donné de ne plus s'occuper de mademoiselle d*Bstrée. Onpeutconjecturer de la correspondance de Henri IV, que sa première entrevue avec Gabrielle eut lieu au mois de noTembre 1600.
Les éTénements ne laissaient pas au roi tout le temps dont il aurait voulu disposer en faveur de sa nouvelle maîtresse, et la cbanson disait vrai :
Charmaute Gabrielle, Je vous fais mes adieux; La gloire qui m'appelle M'éloigne de vos yeux.
Il n y avait qu'un moyen d'éviter des escapades dangereuses d*amoureux trop aventureux. Henri fit venir Qabrielle i Mantes et pour l'obliger à y demeurer, il appela son père dans son Conseil. Puis enfin, comme le bonhomme regimbait un peu, il maria, pour la forme, sa maîtresse à un assez laid et sot personnage, Nicolas d'AiHorval, seigneur de Liancourt : il en fit un mari nu-proprictaire. Plus tard, A la naissance de César de Vendôme, il la fit marquise de Monceaux, et enfin duchesse de Beaufort.
N»)us n'avons à nous occuper ni de ses amours avec le duc do Bellegarde qu'elle aimait réellement, ni avec Henri de Longueville, ni même de la répugnance qu'elle témoigna d'abord pour le roi. Son séjour à Mantes nous intéresse seul, à cause de la tradition très populaire et très vivace qui en est restée dans la
(1) BouUlet la fait naîtra en 156â.
LA BELLB 6ABRIBLLB
ville. En 1591, Gabrielle était au siège de Chartres, en ama* teur! Kilo rovint à Mantes chaque fois que Henri IV y séjourna. Pendant la l'ameuse procession dont il a été parh'', ello était à une fenêtre de l'Hôtel de Chàteau-Poissy, la seule place convenable d'où on put bien la voir défiler. Les relations du roi avrc le propriétaire, expliquent très bien, ou qu'elle j ait logé, ou qu'elle y soit souvent venue en visite.
Ttois lettres de Henri IV, intéressantes pour l'histoire de Mantes, témoignent de la façon joyeuse dont le roi savait prendre les choses, et do quelles singulières attributions pouvait être investi un gouverneur de la ville. Elles se rapportent aussi à sa belle maîtresse :
« A mons' de Rosny,
» Rosny, Toutes les nouvelles que j'ay de Mante sont que vous « estes harassé et amaigry, à force de travailler. Si vous avés • envie de vous rafraischir et rengraisser, je suis d'advis que » vous Vous en veniés icy, ce pendant que vostre frère sera par » delà, qui vous dira des nouvelles de nostre siège. De devant » Chartres, ce xt* février.
» Henry. »
On menait, comme on voit, joyeuse vie au siège « de devant Chartres » en 1501.
'Vers le 15 août de la même année, il confiait ses messages amoureux à son gouverneur :
« A mons' de Rosny, gouverneur de ma ville de Mante.
>» J'ay dit à ce porteur le tout que nous pourrons fournir » d'hommes. Si l'occasion de la bataille se présente, je n'ou- » blieray à vous advertir. J'escn's a ma maltresse ; faites m'en •» tenir la response et l'assurés tousjours de ma résolution à » Tadorer. Bonsoir.
» Henry. »
Et le même jour il écrivait encore à Salomon de Rosny :
« Je n'oublieray point à vous advertir s'il faut venir à la ba- » taille. J'escris à ma chère maîtresse ; portés luy mes let-
» très. Je me porte très bien, Dii'u raercy. Il fait trop chaud » pour faire plus longue lettre. Bonjour.
» Henry. »
On peut consulter sur le séjour de Oabrielle d^Bstrée à
Mantes, les Anecdotes des Reines de Frcmce (1), les AmowtÈ de Henry IV, Sully, et surtout les Amours tfu Grand Alcan-
drc (2). Dans ce dernier ouvrage do la princesse de Conty, Oabrielle (ri']str(''e s'appelle Créante, Henri, Alcandre, et Belle^rardf», Florian. La ville de Mantes y est indiquée sous le nom de Larisse.
Après avoir passé toute l'année 1592 à batailler de toute part, mais surtout aux environs de Rouen, Henri IV revint à Mantes, dans les premiers jours de janvier 151)3. Il en partit bientôt, y laissant encore une l'ois Gabrirllc, à laquelle il écrivait le 9 février : « Mandés-moy coinme l'on vous aiirarecueilly à Mante. » Il fit alors un long voyage en Bcrry rt en Tourraine, et le 15 avril 1503, il lui écrivait de nouveau : « Je monte à cheval pour » aller couclief à Meulan. Je ne sçay eneores si j'iray à Mante » bien que la Toisine (la fièvre) soit partie. Demain je tous en j> manderay la certitude. » Et le lendemain, de Meulan : « Je j> m*en vas disner à Mante et reviendray coucher icy» puis » demain j'y iray du tout. »
Le 10, il lui écrit encore de Mantes, que madame de Guise et sa fille viennent d'arriver pour saluer sa sœur, Catherine de Bourbon. Files désiraient fort la voir, pour juger de sa beauté. Aussi le galant roi, n'y va pas par quatre chemins : « Dormés » bien, lui dit-il, mes belles amours, aÔQ d'estre grasse et >» fresche à vostre arrivée. »
L'Hôtel de Chàteau-Poissy, dont il vient d'être question, bâti
à la fin (hi xvi" siècle, était une très belle maison appartenant à
Le Pelletier, seijrneur de Château-Poissy, près Soindres. C'était un financier qui rendit de p^rands services à Henri IV etde plus, l'ami d'Oiner Talon, qui demeura aussi :'i Mantes (3) à cette époque tourmentée. Dès 1581, nous le trouvons mêlé aux affaires publiques : il avança alors 40000 livres au duc d'Alençon, sur
(1) De Dretm du RaâUr.
(2) V. aussi le texte dea ArtAivet curieuses de CimlMr et Danjoo, T. XIT,
où toiM les noms des personnages sont «iépoiiillés du voile de l'anonyme.
(3) D'après une iutéressaate note communiquée pai* M. A. Benoit.
CHATBAU'POISSY
diverses dettes arriérées. L'affaire tat négociée par Maximilien
ûf Rosny (1). On a vu qu'il s'entremit après Ivry, pour la reddition de la ville. Son hùt - l (ut en partie supprimé en 1760, par le passage do la rue Royale ; ce fut une perte an point de vue de rarchitccture privée du xvi* sii'cle.
Sully dit que les habitants de Mantes prêtèrent encore de l'argent à Henri IV, pour l'aider à faire le siège de Dreux, au commencement de 1503. Il est probable que Le Pelletier fournit encore une grande partie de cet argent. Dans tons les cas, voici la lettre que Henri IV adressa à ce s^jet au gonvemeur de la Tille :
« Monsieur de Rosny (2), L'envye que nous avons de faire » venir nos gens de guerre avec quelque ordre durant le siège N de Dreux (pour) éviter aux plainctes de ceulx du plat pays, » ponr les pilleries et larcins que commette lesd gens de guerre » a faulte de paiemt, nous avons adviser de prier les habitans M de nos villes plus prochaines dnd Dreux de nous secourir de » quelque somme de doniors par forme d'cmprunct pour em- »» ploier au paierat desdictz gens do guerre. Vous envoyant à » costo fin noz Iros patentes on forme do commission et pouvoir » pour requérir do nre part noz habitans de nro ville de Mante w en laquelle vous comandez de nous secourir promptemt de la » somme de deux mil escus, ce que nous nous promectons I» desds habitans moyennant vre dilligence de laquelle nous w sommes très asseurez, pour la fidélité et affection que portez M au bien de nre service. Mais il est nécessaire que lad somme m soytprés de nous dans quatre jours au plus tart, à quoy nous » asseurons que vous tiendrez la main autant soigneusement »• que le pouvons désirer. Nous ferons fin en priant Dieu, mon- ». sieur do Rosny qu'il vous ayten sagarde. Mante le dix^'jour » de Juing 1503.
Henry (3). »
Cette lettre intéressante doit être inédite. Nous ne Tavons pas trouvée dans le recueil de M. Berger de Xivrey.
Catherine, Madame^ sœur de Henri IV, arriva à Mantes le 7 mai, « où elle présida an conseil et fit prescher publiquement
(1) V. (Economies de Sully.
(£) Satomon, alon ^wvmwt,
CB) RegUtre d« 1503. Lei lettres pMentei conformée, enivent cette lettre.
dans ladite ville (1). » Son frère n*était pas encore catholique, mais il y songeait déjà et en attendant, les ministres protestants le voyant hésiter, le relançaient afin de raviver sa ferveur. Le 9 mai, il assistait au prêche <îu ministre Gabriel d'Amours, « qui le menaça fort du ju<^»'nieiit de Diuu, parla à lui surcosubject d'une grande vchômence et hardiesse: si, que messieurs le cardinal de Bourbon et d'O, l'un après l'autre estans venus trouver le roy, le prièrent d'en faire justice et de ne le pas endurer. Mais Sa Majesté, baissant la téte sans leur répondre autre chose, leur dit à tous deux, et à l'un comme à l'autro: « Que voulez-vous? Il m*a dit mes vérités. » Lestoile.
A la fin de mai, les ministres revinrent à la charge. Henri les rassura et leur dit que quand même il dût se convertir» ils n'avaient rien à craindre pour la liberté de leur conscience. « J'entre dans la maison non pour y demeurer, mais pour la »» nettoyer ; je ne vous ferai point pire traitement que j'ai tous- » jours fait jusques à aujourd'hui. Priés Dieu pour moi, et Je » vous aimerai. » Lestoile.
L'idée de riU)juration faisait des progrès. Les évéques et docteurs des deux partis s'étaient réunis définitivement, le 5 mai, à Suresne. Les députés qui devaient représenter le roi furent nommés à Mantes par le Conseil. C'étaient surtout Renaud de Beaune, archevêque de Bourges, Chavigny, Belliévre, Schombert, etc. ; ils soutinrent tout le poids de la discussion. Les Espagnols qui voulaient l'exclusion du Béarnais du ro3-auine, étaient opposés ; ils sentaient que le moment de la conciliation approchait. Il n*y avait qu'un moyen d*en finir; Henri IV était las de lutter et voulut le tenter. D'ailleurs Ckibrielle qui pensait à se faire épouser, plaidait vivement « pour la messe. »
Le 18 mai, il écrivit de Mantes à divers prélats et docteurs de Paris pour les informer de son intention de se faire instruire, afin d*arriv(>r, par sa conversion, à apaiser les troubles dont souffrait la France. Quelques-uns des plus célèbres prédicateurs de la Ligue, que le spectacle des passions de Paris écœurait, se décidèrent à répondre à son appel. René Benoist (2), curé de Saint-Eustache, Chavignac, curé de Saiiit-Sulpice, Morciine, curé de Saint-Méry, vinrent auprès de lui à Mantes ou à Saint- Denis. Ils contribuèrent plus tai'd à le faire entrer dans l'aris.
(1) Lestoile.
(2) Le roi lui éci'ivit do Mantes le 9 juin, pour le prier de le venir trouver. V. De Thou, «t l«a XeOrst ntiuiwt*
CONVERSION DE HENRI lY
n Yonlait faire à Mantes, nne assemblée de tons les principanx du Toyanme, même de ses adversaires de Suresne, ponr arriTer à la paix de TEtat : « S'ils refùsent, ajoutait-il, que tons les maux de la France retombent sur eux. » Puis les catholiques alors réunis à Mantes, signèrent une sorte do modus Vivendi, acceptable même pour les protestants, qui le harcelaient en ce moment. Cette déclaration fut portée aux États de la Ligue réunis à Paris : l'abjuration était décidée.
Henri IV alla publiquement au prêche, pour la dernière fois, à Mantes, le dimanche 18 juillet. Ce fut le ministre la Faye qui prêcha (Le.sLoile), mais en pure perte. Le 22, il quittait Mantes pour aller à Saint-Denis, conférer une dernière fois avec les prélats : « Je commence ce matin à parler aux évesques. » Le 25, il assistait à la messe. Deux jours avant, le lendemain même de son départ, il avait écrit à la marquise de Monceanx: « Ce » sera dimanche que je fairay le sanlt périlleux. A Thenre que » je vous escris, j*ay cent importuns sur les espaules, qui me » fairont haïr St.-Denis comme vous faictes Mante. »
Voici la lettre que Henri IV fit adresser aux gens de Mantes. Elle diffère un peu de la circulaire envoyée à d'autres viiies, et mérite à ce titre d'être publiée.
« Du jeudy xxDC* jour de juillet 1503. A esté envoyé à nous, >» maire et eschevins, certaines lettres du Roy, nre sire, des- » quelles la teneur ensuit :
» Nos amez et féaux, Suyvant la promesse que feismes
» à notre advénement en coste couronne, par la mort du » feu Roy nre très honoré seigneur et frère dernier déceddé, » que Dieu absolve, et la convocation par nous faictes des » prélatz de nre ro^'aume, pour entendre à nre instruction, » par nous tant désirée et tant de fois interrompue par les arti- » fices de noz ennemis; enfin nous avons Dieu mercy, conféré » avec Icsdits prélatz et docteurs assemblez en ceste ville pour M cest effect, des points sur lesquels nous désirions estre » esclaircis. Et après la gr&ee qu*il a plu i Dieu nous faire par » rinspiration de son Saint-Esprit que nous avons recherchée » par tous nos vœux et de tout nre cœur pour nre salut, et i> satisfaict par les preuves que iceulx prélats et docteurs nous » ont rendues par les esprits des apostres, des Sts pères et » docteurs receus en Tesglise. Recongnoissans lesglise catho-
» lique, apostolique et Romaine estre la rraye esglise de Dieu» » plaine de vérité laquelle ne peult errer, Nous Tavons embras- >» sée et nous sommes résolus dy yivre et mourir, ét pour » donner commencement à ce bon œuvre et faire congnoistre » que nos intentions n*ont eu jamais autre but que d'estre ins- » truict sans aulcune opiniastreté et (Vestre esclairci de la » vérité de la vraye Religion pour la suivre, notis avons esté » ccjourd'hvi à la messe {i) et joinct et uny nos pri(>res avec » ladite esglise, apn'>s les sf'-n'mDnies nécessaires et accous- » tumées en telles choses. Résolus d'y continuer le reste des M jours qu'il plaira à Dieu nous donner en ce monde. Dont nous » vous avons bien voullu advertir pour vous resjouyre d'une si M agréable nouvelle, et confondre par nos actions, les bruicts » que nos ennemis ont faict courir jusque à ceste heure, que la » promesse que nous en ayions cy devant faicte estoit seulle- » ment pour abuser nos bons subjectz et les entretenir d'une » vaine espérance, sans aulcune vollonté de la mettre à exécn- » cion. Vous priant d'en faire rendre grâce à Dieu, etc. Escript » à St.-Denis le dimenche xxv* Juillet 1593. Signé. Henry. Et >» plus bas: Ruzé (2). »
Henri ne revint à Mantes qu'au mois d'octobn-. Vers le même temps, madame de lialagny (3) y était venue secrètement le trouver et lui avait offert la suzeraineté du Cambresis, si 1 on voulait faire son mari maréchal et prince de Cambrai. Elle obtint seulement une trêve provisoire pour Balagny (4).
A la fin de Tannée, les députés des églises protestantes vinrent à Mantes, sommer pour ainsi dire Henri IV, de tenir les promesses qu*il leur avait faites quelques mois avant de protéger et de secourir leurs églises, il prononça alors devant eux, une harangue rapportée par Lestoile vi dans laquelle il affirme que son afTection pour eux n a pas changé et qu'il veut pourvoir à la misère des plus nécessiteuses de leurs églises. 11 leur demanda ensuite de vivre en paix et union avec leurs
(1) Soiilipjnt^ sur lo r^'sistre de 17)93.
(2) Registre de 1593. C'est la lettre circulaire publiée dans les Lettres misiive* avec quelques variantee.
(3) Renée de Clermont d'Amboisc, premit^ro femme de Jean de Montloc, seigneur de Balagny. Celui-ci était le bâtard de Jean de MontlttC, évéque dft Valence ; il mourut «n 1606.
(4) M. H. Martin dit au mois de novembre.
HENRI lY A MANTES
adversaires. Les principaux catholiques présents étaient : le prince de Conti, d'O, Schombert, BelliÀTre, tandis que parmi les protestants on comptait les illustrations du parti : le duc de Rohan, le Tidame de Chartres (1), Du Plessis-Momay, Rosny, etc. C'est à la suite de cette entrevue et de Texamen des cahiers des ministres, qu'eut lieu la Dispute de Mantr.9, conférencr* célèbre entre le ministre Rotan et l'évèque Du Perron (2\ qui fut cardinal. Elle eut lieu, selon Lestoile, le 7 décembre, au logis du gouverneur Salomon de Rosny (3). Le second jour, Rotan se relira et fut remplacé par le ministre Hérault (4), qui soutint la discussion pendant quelques jours, sans rien changer aux convictions des disputeurs. Les ministres revinrent encore à Mantes, en février 1501, mais cette fois Henri IV se moqua d*eux. L^toile.
Du reste, an mois de décembre 1508, le roi (5) voyant que ni les trêves conclues, ni ses loyales dispositions à Tégard des catholiques, ne produisaient aucun effet; que chacun de ses
ennemis travestissait ses actions et ses pensées au gré de ses passions, se résolut à faire une déclaration publique. Il assembla à Mantes ses meilleurs conseillers pour en arrêter les termes. Il ne voulait plus accorder aucune prolongation de trêve aux Ligueurs. Expédiée de Mantes le 27 décembre, cette déclaration eut pour résultat de lui rallier quelques catholiques. Quelques seigneurs ligueurs se rapprochèrent de lui, et Meanx rentra son obéissance (6).
Mais en même temps qu'il tentait tous les moyens pour arriver à la pacification de Tfitat, il n'oubliait pas ceux que pouvaient lui procurer ses armes, et il rassemblait autour de lui le plus dliommes possible, afin de vaincre par la force, les résistances qui avaient intérêt i ne pas céder à la raison.
(1) M. de lu Fui, Ills de Jean de la Fiu, seigneur do BeauToir-la-Nocle. {2) JacquM Dan du Perron, alors ivéqae d'Bnvuz, était fils d\m médeela
protestant (3) V. aussi Palma Cayet
<4) Mlehol Bérault était pastenrotprofiMieiir à Hontanban. Aprèa la con-
féronce de Mantes, il écrivit contre le carilinal Du Perron nn traité ay.int pour Utre : Jiriève et claire défense de la vocation des ministres de l'Evan-
(5) Il revenait do Boatogno et de Calais, où il atait compté Toir Bllsaboth
d'Angleterre.
(0) Mémoires da Ctieveruy, p. 529.
Yoiei deux lettres écrites de Vemon, qui le prouveut. Elles sont inédites :
« Chers et biens amez. Aiant de pnt près nre personne nng » bon nombre de gens de guerre lesquels, pour nous opposer » aux pernicieux desseings de nos ennemis qui journellement
)» troublent nre royaulme, sommes contrainctz faire passer par » nro ville de ^^;ulte ot ès environ. Et d'autant que iceux, par » faulte de comiiioditez et vivres, ilz se pouroient desbender » par le pays, qui seroit à la foulle et oppression de nre pauvre » peuple. Pour à quoy obvier, vous mandons et exprès enjoi- » gnons que incontiuant la pnte receue, vous fassiez convertir 1» en la plus grande dilligence que faire ce pourra, la quantité » de dix mil pains de munition, du poix et qualité aocoustumés, » qui est de douze onces fh>it et rassis, et icelluy faire mettre » entre les mains de Guillaume Saulgis, garde-général des » vivres de nos armées, par sa quittance, à la charge de vous » poiirveoir de remplacement comme il vous a esté cy-devant » faict, et ce, des bleds qui seront por cest effect levés sur vre » eslectîon ou autres lieux. Et à ce ne faicte faulte, sur tant que » craingniez nous d(''sob(''ir. Donn^^ à Vernon-sur-Seyne, le sei- » zième jour de décembre mvc quatre vingtz treize.
« Henry
« Ruzé » (i).
La seconde traite du même objet, mais entre dans de plus grands détails des affaires politiques :
« Chors et bien amez. Nous avons premièrement accordé et » depuis prolongé la trefve pour avoir tant plus de moyeu de » parrenir à une bonne paix, de laquelle nous espérions une » favorable issue, si les pernitieuses. prattiques des antiens » ennemis de cet estât n'eussent traversé un si bon œuvre, » comme nous sommes bien advertiz qu'ilz y font tous leurs » efforts, iQrant faict de grandes levées de gens de guerre tant » en Italie, Espagne, qv*aux Pays-Bas, qu'ilz font advancer en » dilligence pour venir continuer leurs damnables et pemittenz » desseings, à la ruine de nre Roy** et de tous noz bons sub-
.(1) Collaelion A. Durand. Henri IV resta à Vernon du 8 au 20 décembre et Tint mraite à Mantot où tt était le 8.
HENRI lY A MANTES
» jectz. A quoy nous aTons bien intention de pouireoir et don- » ner si bon ordre que leurs entreprises tourneront à leur honte n et confusion. Et d'autant que pour préparer nos forces, il est I» besoing sur tontes choses de songer à ce qui est do la fourni- » tare des vivres, sans lesquels une arm^e ne peult subsister,. » et ne pouvant avoir le charroy ny les mulrtz qui ont accous- >• tumé (lo nous sr-rvir à cf la si promptouHMit qu'il soroit bien n*'Cf'ssairr, Nous avons pensé qu'il falloit nous aydcr des » moyens de nos bons et fidèllos subjectz de quelques unes de i> nez villes qui ne seroyent refuzans de ce faire, attendu l'imu pertance du faict qui regarde le bien publicq et leur propre » conservation. Joinctque cest chose qui ne leur apportera que » fort peu d'incommodité est por ce que nous prenons cette » asseurance de vous, veu Taffeetion que vous avez tesmoigner » par le passé. A cette cause, nous vous mandons, commandons » et trt^s expressf^ment enjoignons, que vous ayoz à trouver » deux charrettes atteb^es chacune de quatre h^ui'^ clievaulx, » avec leurs harnois < [ bordages garnies de deux bonnes tonnes » à mettre du pain, bien huissées et ferrées, et estans si bien » équippécs qu'il n'y manque auculne chose, faire radvance de n ce qui sera nécessaire por la nourriture desd. chevaulx et m chartiers por trois mois seullement Lesquels expirez, nous » entendons vous renvoyer le tout avec les expéditions qui vous « seront nécessaires por asseoir sur tous les habitans de rre » ville, les sommes a quoy reviendront les despences qu'il fau- >» dra faire, tant pour l'achapt desd. charettes, harnois et tonnes, >» que por ce que la dilligence est requise sur touttes choses à >» rex<^cuon de ce que dessus, vous n'y perdrez une s<>ulle heure a de temps et ferez en sorte que ce que nous vous comandons, » soit rendu dans le xxviij* jour du présent mois, à Mante, où » nous donnerons ordre que les commissaires généraulx des • vivres de nos armées les recevront. Sy n'y faictes faulte sur « tant qu'aymez le bien de nre service. Car tel est nre plaisir. « Donné & Yemon le xix* jor de décembre 1803.
« Heniy. »
Et au^easotts : « Ruzé (i) ».
(It CoO. A. Dannd.
§ 199. La Citadelle bâtie. — Dans ce même temps, messire Maxirailien de Béthune seigneur de Rosny et gouverneur de Mante, donna avis au roi de faire bâtir une citadelle à Mante àla porte de Rosny. Et fut fait venir un ingénieur pour donner avis pour la faire. Il fut abattu beaucoup de • maisons au dedans et au dehors de la ville, pour faire dos éperons ou retranchements pour fortifier iceUe porte. QueU ques-uns furent remboursés de leurs maisons, d'autres souffrirent perte.
C*e8t toujours la même erreur. La citudtlle de la porte de Rosny fut peut^tre bfttie sous la direction de Maximilien de Béthune, autrement dit Sully, mais il ne faut pas oublier que son frère Salomon resta gouverneur de Mantes jusqu*à sa mort.
Quant au fortin qui fut bftti en avant de la porte de Rosny, nous en avons déjà parlé.
§ 200. Le Bol Yimit à Bfante. — Lan 1594 (1), le roi Henri IV se fit sacrer à Chartres et en revenant passa par Mante, où iltintle premier* chapitre de Tordre du Saint- Esprit et fit chevaliers Renault de Beaune, archevêque de Bourges et le maréchal de Biron.
Cette dernière partie est une erreur qui a été répétée partout.
M. Cassan et M. Moutié Tont reproduite après le père Anselme, etExpilli, mais il est facile de prouver, que Sainte-Foix, dans son Histoire de Vordre du Saint-Esprit (2), a eu raison de placer la promotion de Renaud de Beaune et de Biron qui fut depuis
maréchal de France, et ensuite dc^'capité à la Hastillo, non à Mantes ni à r;mnée 1594, mais à Daruétal près de Rouen, le 1" janvier 1592.
Biron en eflTet, était alors à Rouen avec Henri IV et son père le maréchal de Biron qui dirigeait le siège. Commencé dès le mois de novembre, ce siège était poussé très actirement, et vers le i" janvier 1592, le moment était trop critique pour que les deux Biron pussent venir à Mantes, Tun pour présider un con.
{\) Aubé et l«s «utrei ms. disent 1004. Le saore eut Uea le 27 février 1894 ;
Henri IV était parti de Mantes Ters le 1?.
(2j T. II, p. 3 ; Yoyes aaaei LeetoHe.
HENRI IV A MANTBS
seil de l'ordre, l'autre pour être fait chevalier du Saint-Ksprit, Enfin, la position des principaux corps d'attaque à Saiute- Cathfrine, justifie parfaitement le choix de l'église de DarnéUl, pour cette cérémonie.
La partie brillante de lliistoire de notre ville est terminée. Henri IV entra à Paris le 22 mars 1504, et la garnison de Mantes
lui fit cortège dans ce jour de triomphe, où tout se passa avec tant de calme, que suivant Sully, l'armée qui accompagnait le roi, se conduisit « comme elle aurait fait dans les rues de
Mantes ».
Henri IV, roconnaissant des services que la ville lui avait rendus, écrivit le soirinêm^» de son entrée, comme aux bonnes villes de son royaume, une longue lettre, aux maire et échevins. Il leur raconte les événements du jour, sa réception, la mort de deux ou trois insensés, le départ des Espagnols, etc. Du reste voici cette lettre, copiée sur le Registre de 1504. Elle contient encore quelques variantes, et diffère de celle publiée par M. Berger de Xivrey, dans les Lettres missives de Henri IV :
« Chers et bien aymez. La bonté divine ayant pitié de tant do » misères et calamitez souffertes par les habitans de ceste ville » capitalle de nrê roiaulme depuis tous ces troubles, a permis » q. nous en soyons cejourd*huy rendu le M* par ung si signallé » service q. nous y a faict nre cousin le maréchal de Brissac, » sans effusion do sang, ny dommages d'un des habitans, que >> de deux ou trois, qui pensant forcer les gens de guerre que y " avyons faict entrer, et changer le cœnr et l'affection du pau- » vre peuple qui desjà accouroit au devans de nous les bras » esteuduz et les portes ouvertes avec une exclamation infinye » de vire le Roy, se sont misérablement faict tuer. Les estran- I* gers nous ont requis, en laissant leurs armes, de leur per- » mectre de se retirer ; ce que nous leur avons accordé et doib- » vent partir dès aujonrdliuy. La Bastille tient encore, mais » il n*y a que la garnison ordinaire et Tartillerie ne les muni- » tiens de TArsenac ny sont point, qui nous en faict espérer » une lin dans peu de jours. Nous vous avons bien voullu don- » ner advis de ceste bonne nouvelle, afin qu'attendant que nous »» vous advertissions des particullaritez, vous en rendiez grâce » et louanges à Dieu, par processions généralles et feux de » joye, selon que l'importance du faict et la cou^équeuce le
» roquiort. Et ne vous on diray pas davantaigo que pour prier » Dieu vous avoir, chers et bien aymez en sainte et digne » garde. Escript de Paris ce xxij"* mars 1594. Signé, Henry » (1)
§201. Le marché au blé transféré. — Le 19 novembre 1590. lo marché au blé qui était aii-dovant de Notre- Dame, fut transléré devant Saint-Georges où il est à présent.
§ 202. L'élise Saint-Pierre des faubourgs rebâtie. —
L'an 1596, au mois de novembre, fat commencée à rebâtir Téglise Saint-Pierre des faubourgs de Mante, qui avait été démolie et ruinée Tan 1589, par le commandement du comte de Brissac qui y fit mettre le feu. Elle fut bénite par M* Antoine de Gamache, prêtre doyen de Téglise Notre-Dame dudit Mante, prieur de Saint-Julien et de laMaladrerie de Comtesse près Meulan, suivant la commission émanée de monseigneur Tévéque de Chartres, à lui adressée pour cet effet, et célébra le premier la sainte messe.
§ 203. Le Légat du Pape arrive à Mante. — L*an i596, au mois de décembre M** Alexandre de Médicis, cardinal de Florence, envoyé par Sa Sainteté, pour pacifier les troubles du royaume et procurer la paix entre le roi de France et le roi d'Espagne, arriva par eau à Mante. Messieurs du chapitre de Notre-Dame furent au-devant de lui avec la croix et revêtus de chapes, au bout de la montée du cloître, où ils le reçurent bénignement et le conduisirent en ladite église chantant : Ecce sacerdo?, magnus ; où étant arrivé, il donna le sacrement de coiiliniiation. Et après avoir resté quelques jours à Mante, il s'en alla <à Rouen, trouver le roi. Lequel cardinal, en Tan 1605, fut élu pape et ne le fut que 27 jours (2).
En ladite année, au mois d'août, la ville de Mante fut grandement affligée de la peste.
(1) Elle est contresignée Rnzé pt non Pottier.
(2) V. De Thou qui fait i eioge du Légat : U resta deux «M tn France.
INCIDENTS
§ 204. Le grand conseil se tient à Blante. — La même année, au mois d*août, le Grand Conseil tenait son siège à Mante et fut condamné un gentilhomme à avoir la tête tranchée, pour les vols et viols par lui faits durant les troubles, ce qui Ait exécuté environ la mi-septembre. Le maitre des hautes-œuvres de Mante mourut peu de temps après cette exécution, de la peur qu'il avait d'y manquer. Il donna un tel coup, que s'il y avait eu dix têtes Tune sur l'autre, nies eut tranchées toutes.
Il faudrait reporter ce § avant l'entri^e de Henri IV à Paris. A moins cependant qii^^ ce conseil n'ait éià tenu à Mantes, au retour de Henri IV, qui était allé à Rouen, à cause derépidéraie dont il vient d'être parlé et qui régnait à Paris.
§ 205. Le Pont démoli et Gelée. — Au mois do Janvier 1598. Ton commença à démolir le pont, depuis l'ile do Lirnav jusqu'à la chaussée et lut fait un pont de bois, qui depuis a été démoli et fait en pierre. Audit an, le V.) avril, les vignes et les arbres fruitiers gelèrent et il y eut très peu de vin et de cidre.
La partie intermédiaire, qui se trouvait sur le trou Fayole, avait été achevée en 1683. Il y eut procès avec les gens du roi, parce qae la Tille ne voulait pas payer seule les ttnAs de réparation du pont (Archives de Mantes.)
§206. Publication de la Paix générale. — Le 19 juin, audit an, la paix générale, entre les rois de France, d'Espagne, et tous les princes et potentats, fut publiée à Mante, sur les neuf heures du matin. A la publication de laquelle, Nicolas Viel, lieutenant-général civil et criminel au bailliage et siège présidial dudit Mantes, M" Eustache Apoil, maire policien, et les échevins y assistèrent. Après, fut faite procession générale ; on fit des feux de joie ; on n'entendait par toute la ville que tambours et trompettes, les cloches carillonnèrent toute la journée et l'on n'entendait que joie et allégresse.
Les préliminaires de la Paix de Vervbis, furent signés le 28 février 1598, et le traité définitif, le 2 mai suivant.
§ 207. Fondation à Notre-Dame. — Le 18 noTembre 1508, haut et paissant seigneur H~ Philippe de Béthune^ chevalier, seigneur et baron de Rosny et de la Villenenveen-Chevrie, gentilhomme ordinaire en la chambre du roi, capitaine de cinquante hommes d*armes et haiUi de Manie et Meuian (1 ), pour le remàde de Tâme de haut et puissant seigneur M'* Salomon de Béthune, chevalier, baron dadit Rosny, conseiller du roi en ses conseils et Lieutenant pour Sa Majesté au gouvernement de Mantes, inhumé dans le chœur de Téglise Notre-Dame dudit Mantes, au côté droit du grand autel, dans un coffre ou cercueil de plomb, lequel décéda le vendredi 19 septembre 1507, à Bauvais, au retour du siège d'Amiens, a fondé en ladite église, deux obUH solennels, à pareil jour que celui de son décès, dans le chœur de ladite église, avec v igile la veille, et oraisons accoutumées. Sera mis surFautel du chœur, huit cierges et quatre autres sur le cercueil dudit seigneur; sur deux desquels seront peintes ses armes en fer blanc ; et sera sonné les deux grosses cloches. Bta donné au chapitre, pour ladite fondation , 54 1. de rente non rachotable, et aux enfknts de diœur 20 1. de rente pour aider à leur entretient, à la charge de chanter (par lesdits enfants de chœurs, par chacun an et à perpétuité à Tautel de la châsse derrière le grand autel, lequel ledit seigneur a fait accomoder et augmenter en menuiserie) une messe par chacun vendredi de Tannée ; et en la fin, les oraisons et suffrages accoutumés, sur la sépulture dudit sieur gouverneur. Et encore une messe aux quatre fêtes solennelles, et le premier mois, une messe haute audit autel. Ce fut fait et passé, devant Thibaidt, tabellion à Mante, le 18 novembre 1598.
(1) Il a signé en cetto qualité sur les registres de l'Hôtel-de- Ville. V. année 15i^. On a de lui : Le conseiller d'Etat ou Recueil des plus générales considéraUmu tervant au numiêment des affàiret. Paris, Rieher 15S3, in<4*. En 159^1, Henri IV avait nommé lieutenant, pour Mante», Heidui «t Pontoise, Nicolas Legendre sieur de Villeroy. Registre de 1591.
[IflOS] SULLY GOUVERNEUR 361
Noos n'avons pas retrouTdcet acte. Philippe de Béthune était le pins Jeune fMre de Sully. Il était sans doute catholique
à cette époque, sans quoi on ne comprendrait pas cette fondation. Plus tard il fut envoyé à Rome en 1605, auprès de Paul V (1). Son frère Salomon, cadet de Maximilien, fut blessé à Amiens et mourut à 30 ans, le jour même OÙ cette ville capitula. Sa femme se fit feuillantine.
Henri IV écrivit d*Amiens à Sully, pour lui apprendre la mort de son fWre, et lui ofRrlr le gouvernement de Mantes : « Cette « lettre donc est pour vous dire que sur la mort de votre second • frère (qui je ne doute point que vous n*ayes scène par une
«autre voye), plusieurs me sont venus demander le gouverne- ■ ment de Mante, et votre jeune frAro (Philippe) plus instam-
" mont que nul des autres ; mais à tous j'ay répondu que vous *< m'en aviez desjà escrit et no pouvois, me servant si utilement 't que vous faisiez, le donner à un autre, vous lo désirant. <i Advisez donc à leur respondre de mesmo, afin que nous ne « soyons trouvez en diversité de paroles, car je vous veux gra- «tifier en tout ce que j.i pourray. Adieu mon aniy. » (2) Les gouvernements de Mantes et Jargeau rapportaient 12,000 livres i Sully (3).
§ 208. Peste à Mante. — En l'année lOOl, la peste fut à Mante. L'on mit autour de la ville une rrinturr de cirCt Tou lit une procession générale. Les vignes gelèrent.
§ 209. Les Ordres sacrés tenus à Mante. — L'an 1G03, iM'' HiérosmeHannequin (4), évêque de Soissons, fit les saints ordres le 15 mars, en Téglise Notre-Dame de Mante, par la supplication que lui en firent Messieurs du chapitre de Chartres, le siège étant vacant, par ]a mort de M'* Nicolas de Thouy évéque de Cliartres.
(1) V. (Economies. Chévremont dit qu'il obtint à Rome des indulgences pou ceux qui tisitcraient N.-D. les jonn de TAssomption et de Totnaaint.
(2) (Economies. T. I. p. 254.
(3) Ibid. T. II, p. 91.
(4) Ou HonnequiD. Il était de la famille des Hennequin, surnommée la Ofmd MaignéB on la Maee ingratt.
Le maire et les échevins, sur la prière de messieurs les chanoines, écrivirent au mois d'avril 1593, à révêquo du Chartres pour leprierde déléguer quelqu'un, afin d^administrerles ordres aux cleres de Tarchidiaconné. Ils n*avaient pas été donnés depuis dix-sept ou dix-huit ans pour « les misères de ce temps, et le danger des chemins (1). »
§ 210. Graadb vents. — Aa mois d*ayril dudit an, lendemain de Pâques, il s^éleva un yent si impétueux, que les arbres étaient arrachés par les champs ; les tuiles volaient en Tair, de telle façon que Ton n'osait pas marcher par les rues.
§ 211. Le roi arrive à Mante, va à Bosay où 11 pense pMr par les ravines* — Le samedi seizième d'août, audit an, Henri FV roi de Navarre, arriva à Mante accompagné de la reine, princesses et seigneurs de la cour. Et le dimanche dix-sept, il partit pour Rosny. Auquel Jour, environ sur les cinq à six heures du soir, il tonna si fort qu'il tomba de la pluie et de la grêle en abondance, chassée par des vents impétueux, ce qui causa en même temps de grandes ravines qui pensèrent bouleverser le château de Rosny. Le souper qui était apprêté pour le roi et la reine, Ait emporté par les eaux, de dedans les offices du château. Ce que voyant le roi, il sortit et se sauva. Un des habitants de Rosny prit la reine sur ses épaules et la passa à travers les eaux pour la sauver. On croyait que le village dut périr. Il y eut une grande perte de bêtes à laine, vaches et autres animaux. U ftit trouvé une fenmie à Jouy, que les eaux de la ravine entraînaient Les vignes fhrent toute gâtées, la fange étant presque au-dessus des échalas et dans certaines pièces, il n'y avait non plus d'apparence de vignes que s'il n'y en avait jamais eu. On peut dire que de mémoire d'homme, il n'était tombé tant d'eau et de grêle. Le lendemain, le roi monta à cheval accompagné de Monsieur de Rosny, pourvoir d'où provenait tant d'eau. Le roi croyait que Pon eut laissé aller quelques
(1) RegisUe de 1593.