XL. A D E F
1 . Conan devint comte de Rennes à la mort de son père Judicaël-Bérenger. Judicaël est signalé comme vivant encore en 966 (cf. Jaffé, Reg. pont. l'Oin., 2e édit., n° 3756); il décéda peu de temps après, vers 970.
2. La date de cette guerre se place entre l'époque de la mort de Judicaël- Bérenger, comte de Rennes, et celle de la mort de Thibaut le Tricheur, comte de Chartres. Thibaut mourut au plus tard en janvier 977 ; Judicaël décéda vers 970 : il en résulte que la lutte entre Hoël et Conan doit être de 975 environ. — La soumission, dont Conan témoignait à 1 égard de Thibaut le Tricheur, n'était pas fictive. Au mois d août 979, Conan était à Chartres, à la cour du fils de Thibaut, le nouveau comte Eudes, auquel il était venu sans doute rendre hommage {Cartul. de Saint-Père de Chartres, p. 66). Sur la suzeraineté du comte Eudes de Chartres vis à- vis de Conan de Rennes, voir Richer, IV, 79, 81, 91.
3. Tous les faits, rapportés dans ce chapitre, à savoir la mort de Gautier, évêque de Nantes, le départ de Guérech pour Tours, afin d'obtenir la succession de Gautier, et t assassinat du comte Hoël, se sont succédé dans un très court laps de temps, suivant toute vraisemblance en 981. En effet, ces événements ont immédiatement précédé la guerre que Guérech déclara à Conan de Rennes pour venger la mort de son frère, guerre qui se termina par la bataille de Conquereuil en cette année 981. D autre part, on verra plus loin (ch. XLII) que Guérech, après la mort de Gautier et d'Hôel et tant qu'il vécut lui-même, retint en son pouvoir pendant sept ans l'évêché et le comté de Nantes. Il eut pour successeur comme comte de Nantes son fils
[c. XL, an. 981 circa] NAMX
ut erat dolo plenus et nequitia, cura quodam milite suo, nomine Galuron, latenter loc utu s est, promittens ei munera magna ut Hoelum comitem aliquo modo perditionis interficeret. Addidit quoque illi, requirenti quo pacto id ageret, ne animadverteretur, ut cum aliquo de familia sua rixas faceret, et pro hac re insidians ei, dum extra urbem Redonis exiret, illum vulneraret, sicque, pro hoc facto ad Hoelum comitem Namnetis fugieus, credibilis reciperetur. Qui, ita ut commissum erat sibi per Conanum, ad Hoelum fugit, receptusque ab eo honorifice, hoc rumore audito, promisit ut conductor existeret idoneus ad bella contra Conanum agenda. Eodem tempore, Walterius , Namnetensis episcopus, defunctus erat, et in loco ejus a clero et populo Guerech, (rater Hoeli comitis, Namnetensis episcopus electus est.
Hic, in divinis litteris bene
appella secrettement un sien privé chevalier, nommé Galuron, et luy promist grands dons et loyers, afin qu'il occist ledit Hoel. Et pourtant que Galuron enquéroit le méan de ce faire sans ce que Hoel fust adverty, Conan luy admonnesta qu'il print noaise à aucun de sa famille, et le guettast quand il iroit hors la cité, puis le navrast et s'enfuist à Nantes audit Hoel qui le recevroit fablement. Si le fist Galluron, ainsi qu'il luy avoit esté commis, etfutreceu honorablement par Hoel, quand il oit celle rumeur, et Galluron luy promist estre idoine conducteur à faire la guerre contre Conan. Et en celuy temps mourut Gaultier, l'évesque de Nantes, et fut en son lieu Guérech, frère du comte Hoel, lequel estoit bien instruict es lettres divines, pourveu en toute science et assez idoine à ce mystère (E, p. 139). Pour quoy il appareilla toutes ses nécessai-
Alain, qui vécut très peu de temps et mourut certainement en 990 (voir plus loin, ch. XLIII). La mort de Guérech ne serait donc antérieure que d'une ou de deux années à celle de son fils Alain. En la plaçant en 988 environ, on arrive à dater l'avènement de Guérech comme comte de Nantes de 981, l'année même de la bataille de Gonquereuil. Ces dates ne sont qu'approximatives ; mais l'erreur qu'elles peuvent comporter ne saurait être de plus d'un an ou deux.
116 CHRi
eruditus et in omni scientia bene providus, satis ad hoc ministerium erat idoneus.
Quapropter, omnibus necessariis suis paratis, Namnetis egressus est, ut, Turonensem archiepiscopum adiens1, ab eo episcopalem consécration ne ni requireret, et prima nocte Varadisy territorii Namnetici villae, hospitatus esta:
Et ille Hoel, ut audivit quod Guerech sic erat egressus b, decrevit c ut ad cervos in saltu capiendos iret, et, quum saltui, jam eadem die advesperascente, appropinquaret, praemisitdomnes milites suos, excepto solummodo capellano suo, qui sibi vesperas decantaret, ad hospitium sibi parandum. Prospiciensque Galuron omnes sic currere ad hospitia capienda, rétro recessit descendensque ab equo simulavit sellam suam erudire. Qua emdita, finxit post
NICON fc. xl, an. 981 circa]
res, et se parti de Nantes pour aller àl'archevesque de Tours lui requérir qu'il le consacrast en évesque. Et en la première nuict se logea à Varades, une ville du territoire de Nantes. En celui même jour que Guérech parti delà cité de Nantes, proposa son frère le comte Hoel que il iroit aux boais prendre cerfs et venaison {F, f° 135 r°) ; et, comme il approchast de la forest à la nuictant, il envoya tous ses chevaliers et tous ses familiers, fors seulement son chappellain qu'il retint à dire ses vespres, afin qu'ils luy préparassent son logis. Et adonc Galuron, veant que tous courroient ainsi devant s'arresta et descendit de cheval, feignant radresser sa celle, puis après remonta et fist semblant de courir après les autres. Le comte qui en oit le son regarda ar-
XL. — a) quapropter, etc. usque ad hospitatus est desunt A D ; addenda et restituenda esse videntur ex F. - — b) electus A ; egressus restituendum esse videtur ex F. — c) Pro et ille Hoel, ut audivit quod Guerech sic erat egres sus, D, ex E (p. 139), errore substituit nec multo post Hoel Namnetis egressus est. — d) remisit D.
1. On a ici une preuve, qui s'ajoute à plusieurs autres et montre que les évoques de Nantes ne reconnaissaient pas la suprématie de l'archevêque de Dol, mais étaient demeurés suffragants de l'archevêque de Tours.
2. Varades, Loire Inférieure, arr. Ancenis, chef-lieu de canton.
[c. XL, an. 981 circa] NAMN
alios currere ; cujus sonitum cornes Hoel audiens, respexit rétro; quo viso, speravit ut ejus socios sequeretur. Ille autem Galuron, vir diabolicus, currens comitem interfecit. Quointerfecto, dimissis armis suis et equo, in saltum fugit. Capellanus vero fugit ad milites, narravitque quomodo Galuron Redonensis comitem Hoelum interemerate. Qua re audita, omnes déplorantes et valde tristes veneruntad locum, ubi cornes mortuus jacebat, scrutantesque per omnia loca saltum, minime illum maleficum invenerunt. Nox etenim jam proxima facta obcaecavit eos ; redientesque valde lassi ad corpus, illud Namneticae urbi attulerunt et ibidem sepelierunt. Missisque legatis velociter post Guerech, fratrem suum, qui eadem die iter inceperat ad prosequendam electionem sua m f, ei mandaverunt ut cito rediret.
ETENSE J 1 7
rière, et quand il l'eut apperceu, il pensa qu'il suivist ses compagnons ; mais Galluron s'approcha de luy, et en courant l'occist d'un glaive, et ce fait laissa Galuron ses armes et son cheval et s'enfuit au bois. Le chappellain que Hoel avoit retenu, veant ce misérable fait, courut aux chevaliers au logis, et leur raconta comme Galuron de Rennes avoit occis le comte.
Lesquels plorans et moult tristes vindrent au lieu où il gisoit mort, et cherchèrent par la forest Galuron le malfaicteur ; mais ils ne le peurent trouver, car la nuict qui estoit obscure les aveugla.
Si retournèrent lesdits chevaliers moult travaillez au corps qu'ils portèrent à la cité de Nantes (E, p. 139 et 140), puix envoièrent hastivement leurs légats après son frère Guérech et lui mandèrent que tantost il retournast1 {F, f° 135 v°).
XL. — e) narravitque etc. usque ad interemerat desunt D. — f) pro ad prosequendam electionem suam, D, ex E (p. 140), substituit ad curiam Lotharii régis.
1. Le Baud, dans son Histoire de Bretagne imprimée (E, p. 140), a ainsi traduit cette phrase : « et incontinent envoyèrent légats après son frère « Guérech, qui celuy propre jour s estoit aussi party de Nantes pour aller à la « cour du roy Lothaire de France, et luy mandèrent qu'il retournast. » On
CHRONICON [c. xli, an. 981-983 circa]
Sicque nefanda proditione Hoelo comité interempto, Namnetenses Guerech, jam denominatum episcopum1, in loco Hoeli, fratris sui, comitem super se constituer tint.
Qui, providus in consilio, in bellis faciendis belligerator strenuus et in omni honestate validus et probus, episcopatum et comitatum Namnetensem in suis manibus retinuit et gubernavita. Ineipiensque adversus Conanum, Redonensem comitem, bellare valentius et fortius quam Hoelus, frater suus, egerat, illunr aggressus est, omnia sua arripiendo et comburendo usque ad muros b Redonis.
Adversus quem Conanus insurgens eu m magna manu suorum et etiam2 Norman-
Et ainsi Iloel le noble comte de Nantes occis, lesNantois constituèrent comte et prince sur eux en son lieu ledit Guérech, son frère, qui jà avoit esté dénoncé évesque, lequel, comme dit a esté, estoit pourveu en conseil, et si estoit vaillant et noble batailleur et prudent en toute chose loable. Si recommença Guérech la guerre à rencontre de Conan, le comte de Rennes, plus vertueusement que son frère n'avoit fait, et l'assaillit vaillamment en prenant et ravissant toutes ses choses jusques aux murs de Rennes ; contre lequel s'esleva aussi Conan avec grand puissance et le poursuit jusques Conquéreuz, une ville du territoire Nantois. Si corn-
XLI. A D E F. — a) episcopatum et comitatum etc. usque ad gubernavit desunt D. — b) portas A.
a vu plus haut que Guérech était parti pour aller trouver l'archevêque de Tours et non le roi Lothaire. Le Baud a fait ici confusion et dom Lohineau a eu tort d'adopter cette leçon.
1. Guérech n'avait que le titre d'évêque désigné: il n'était pas encore consacré et ne le fut jamais (cf. chapitre suivant). C'est ce qui explique pourquoi il ne fut pas inscrit sur le catalogue des évêques de Nantes (cf. ahbé Duchesne, Catalog. épiscop. de la prov. de Tours, p. 74).
2. On verra plus loin que, lors de la seconde guerre de Conan contre les
[c. xli, an. 981-983 circa] NAMNE
norum c prosecutas est eum usque acl Conquereus1, Namnetici territorii villam, pugnantesque ibi ambo inter se valde acriter, tandem Conanus, in brachio graviter vulneratus, fngit devictns. Gnerech vero, illo fugato, victor ad urbem Namneticam rediit:
ac tamen in hoc bello multi perierunt de ntraque parte.
Deinde quomodo d Gnerech fines Namnetici territorii, ultra Ligerim constitutos , eu m Guillelmo, Pictavensi comité2, dividens pacificàvit, minime est silendum3, sed,
bâtirent ces deux comtes avecques leurs pouvoirs ensemble, et fut la bataille dure entre eux; mais enfin Conan, griefvement navré en un bras, s'enfuit vaincu, et Guérech, quand il l'eust chassé, s'en retourna glorieux à sa cité de Nantes. ïoutesfois en celle bataille périrent et furentoccis plusieurs d'une part et d'autre (E, p. 140). D'ilec en après divisa le comte Guérech de Nantes les territoires de sa comté, situez oultre le fleuve de Laire. Et en paciffia avecques Guillaume de