‹ La chronique de Nantes (570 environ-1049)Chapitre 110 sur 117 · LIEN SE · texte numérisé non relu

LIEN SE

celuy temps l'église fut despouillée de ses revenus, car Gaultier, espérant la retenir en sa puissance et déjette i' ledit comte Budic de son chastel, vouloiten distribuant tous les revenus d'icelle adjoindre à luy les nobles Nantois ses auxiliateurs. Mais ceux par lesquels au commencement ces maux estoient venus, après longtemps constituèrent entre eux paix et alliance de dilection perpétuelle {E, p. 144 et 145).

Mansit sane apud eos firma paxet concordia, donecWalterius perrexit Jherusalem.

Postquam vero Budicus sensit illum longe esse ab hac regione, destituit quam citius potuit foedera inter se juncta.

Et en celuy temps se renouvellacontens entre Budic, le comte de Nantes, et Gaultier, évesque de ladite cité.

Car, comme, [selon la teneur des chronicques de Nantes,] ledit Gaultier fust allé péle-

XLVI. — h) Namnetis D. — i) principio C. — j) ceperunt C. XLVII. CE.

1. La réconciliation de Budic et de Gautier doit dater de la période de troubles, qui suivit immédiatement la mort du duc Geofïroi survenue en 1008, et de 1 époque où Budic eut atteint sa majorité et put agir par lui-même, c'est à-dire de 1010 environ.

138 CHRONIÇON [c. xlvii, an. 1033 circa]

Primum enim omnem do- rin en Jérusalem, Budic, qui mu m episcopi aggreditur et dirait, Remeans autem episcopus post anni circulum, reperit itaque se dolo illusum et de rébus suis prorsus despoliatum. Sed cum nullo modo sua recuperare posse videret, Bndico comité omnibusque Namnetensibus sub excommunicatione positis, Britanniam perrexit ; deinde vero certamina per comitem Alanum 1 in vindicando adversus Namnetenses movit.

Budicus autem defendere se pa ravit , et, ne Alani potentia gravaretur, Fulconem, Andegavensem comitem, in auxilium advocavit, promittens ei reddere servitium pro suo comitatUy si per eum AJano resistere valeret*. Postmodum, elapso tempore, bellum quod Walterius moverat inter Budicum et Alanum, variis eventibus satis peractum et ad nullum finem victoriae pertractum, archiepiscopus Do-

le sentit estre loin de la région, rompit le plus tôt qu'il peut les confédérations et alliances qu'ils avoient faites entre eux. Et premièrement assaillit le palais dudit Gaultier évesque, lequel il dérompit et pilla. Si trouva l'évesque, après le circuit d'un an qu'il fut retourné, qu'il avoit esté cléceu et spolié de ses biens, mais, comme il vit que il ne les pouvoit recouvrer par nulle manière, il excommunia le comte Budic et tous les Nantois, et s'en alla au duc Alain (qui premier l'avoit institué en l'évesché l) ; lequel duc Alain voulut adonc faire bataille contre Budic pour restituer Gaultier en son siège, contre lequel aussi s'appareilla Budic deffenclre.

Et pourtant qu'Alain le grevoit par sa puissance, il appella en son aide Foulques, le comte d'Anjou, et luy promis! faire obéissance de sa

XLVII. — a) Budicus autem, etc. usque ad valeret desunt C; addenda et sic restitue nda esse videntur ex E.

1. Alain, fils de Geoffroi, comte de Rennes et duc de Bretagne de 1008 à 1040. — Le Baud a ajouté ici dans sa traduction un membre de phrase qu'il n'a point emprunté à la chronique de Nantes et qui constitue une erreur historique. On a vu en eflet, au chapitre précédent, que Gautier fut élu évcque de Nantes par le duc Geoffroi et non par Alain.

[c. XLVii, an. J033 circa] NAMNETENSE

lensis, nomine Junguineus1, cujus claritas consilii et industria omnes Britannos supereminebat, quem Alanus tune temporis consiliarium maximum habebat , providens callide tantam rem belli non posse effici violentia, suo ingenio sedavit ; et, Budico latenter promittens magna beneficiorum munera, eospacificavit, ut, Fulcone Andegavensi relicto, deinceps Namnetensem urbem ipse Budicus ab Alano reciperet. Quae autem Budicus cornes jamdudum perficere, quamvis semper verbis propter contrarietatem Walterii illuc usque renuisset, saepe exoptaverat, quia, inops et nihil rerum habens propter longam bellorum devastationem, plures suorum militum deperdiderat, qui ad Alanum confugerant aut quos ipse donis suis aut promissis sibi attraxerat.

Insuper abbatiam Sancti Florentii Namnetici territorii, quae erat sui juris2, Fulco cornes recenter abstulerat, et

comté, si par son méan il estoit deffendu d'Alain. Si y eut en celle guerre que Gaultier meut entre le duc Alain et Budic et ses Nantois plusieurs estrifs de batailles.

Mais, comme elle eust esté aucun temps démenée entre eux par diverses adventures et ne fust encores tirée à nulle fin de victoire, l'archevesque de Dol, nommé Lunfreneus, dont la clarté de conseil et l'industrie surmontoit tous les Bretons, et lequel Alain avoit adonc très grand conseillier en sa cour, prenant contentement celle bataille ne pouvoir si tost estre parfaite par violence, la fina par son engin, et promettant secrettement à Budic grands bénéfices de dons, les pacifia en ceste manière, c'est à sçavoir que Budic délaisseroit Foulques [d'Angers et recevront d'Alain la cité de Nantes ; lesquelles choses Budic avoit souvent désirées en son cœur de parfaire, combien que tousjours il y résistast

1. Junguenée est signalé comme archevêque de Dol de 1008 à 10i0 environ.

2. Il s'agit ici du monastère de Montglonne, aujourd'hui Saint Florent-lc- Yieii, Maine-et-Loire, arr. Gholet, chef-lieu de canton.

140 CHRONICON [c, xlviii, an. 1038-1049]

castellum ibi, ne jam sub sua par paroles pour la contradominatione extraxisset, fe- riété cle Gaultier, car il escerat1. toit pauvre et n'avoit rien

pour la longue destruction des batailles et avoit perdu plusieurs de ses chevaliers, lesquels s'en estoient fuis à Alain, qui les avoit attraits a luy par ses dons et promesses. Et en outre Foulques luy avoit nouvellement osté l'abbaye de Saint-Fleurent, qui estoit du droit de sa comté de Nantes, et y avoit faict ledit Foulques un chasteau, afin que Budic ne la reprenist sous sa seigneurie (E, p. 147 et 148).

Ipse Walterius ante episcopatum duos genuerat filios, Helgomarum et Buclicum, quem vivens in scholis Sancti Martini Turonis litteras discere miserat et ad pontificatumquem ipse regebatelegit2. Sed Mathias, cornes

XLYIII. C E.

Et en celuy temps, [selon la chronicque de l'église de Nantes,] estoit comte de ladite cité de Nantes, Mathias, le fils du comte Budic ; aussi estoit évesque de celle cité Budic, le fils de l'évesque Gaultier ; lequel Gaultier,

1. La mention de la construction du château de Saint-Florent-le-Vieil par Foulques Nerra permet de dater avec assez de précision la guerre entre Budic de Nantes et le duc de Bretagne Alain. L'historien de Saint-Florent de Saumur rapporte en effet que Foulques Nerra édifia ce château peu de temps après que son fils GeoffYoi eut épousé Agnès, veuve du comte de Poitiers. Or, le mariage de Geofïroi et d'Agnès est de l'année 1032 (cf. Chroniques des églises d'Anjou, p. 23, 135 et 282). La guerre entre Budic et Alain est donc de 1033 environ. Aussitôt que Budic eut fait la paix avec Alain, il vint avec une armée pour détruire le nouveau château de Saint-Florent-le- Vieil, mais il n'y réussit pas (cf. Chroniques des églises d'Anjou, p. 283).

2. L'élection de Budic, fils de Gautier, comme évêque de Nantes, doit être de 1040 environ, c'est à-dire peu postérieure à la mort de Budic, comte de Nantes. Gautier aura profité cle l'extrême jeunesse du nouveau comte pour

[c. xLViii, an. 1038-1049] NAMNËTENSE

Namnetensis, filius Budici comitis, illo tempore adhuc puerulus *, electioni semper fuit contrarius, donec consiliatoribus suis magna luerorum mimera Budicus dédit; sicque ad episeopatus dignitatem pervenit, et ex eo tempore ambo, pariter connexa copulatione conjuncti dilectionis, usque ad finera vitae suae non sunt separati. Sed Budicus deinceps, pro hujus simpniae crimine, de sede sua in coucilio Remensi a papa Leone2 depositus est*.

avant qu'il fust promeu à l'évesché, avoit engendré celuy Budic et un autre fils, appellé Helgomar, en mariage. Si avoit Gaultier envoyé ledit Budic, son fils, à Tours apprendre les lettres es escolles Saint-Martin, et l' avoit, luy vivant, esleu à l'évesché qu'il gouvernoit. k laquelle élection le comte Mathias, qui encores estoit enfant, fut tousjours contraire, jusques a ce que Budic donna de grands loyers à ses conseillers, et ainsi parvint à la dignité d'évesque. Et de celuy temps ces deux princes, conjoints par dilection, n'en furent séparez jusques à la fin de leur vie, combien que, [selon ladite chronicque,] Budic fut depuis déposé pour celle simonie au concile de Reims par le pape Léon [E, p. 153).

XLVIII. — a) Sed Budicus, etc. usque ad depositus est desunt C ; addenda et sic restituenda esse videntur ex E.

obtenir à prix d'argent l'assentiment des conseillers de Mathias à cette nomination illégale.

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