Cf pages 19, 64, 81, 86, col
LE CHRONIQUEUR DE NANTES xxxi
à l'égard de la nation bretonne des sentiments d'hostilité que n'eussent point désavoués leurs ancêtres du ixe siècle. Mais on s'étonne que ces sentiments aient pu alors se produire au jour, et peut-être y a-t-il là l'indication du moment précis auquel écrivait le chroniqueur de Nantes.
Gela m'amène à dire quelques mots de la situation politique et religieuse de la ville de Nantes vers le milieu du xie siècle. — A la mort du comte Mathias Ier, en 1050, la ville et le pays de Nantes étaient tombés en la possession de Judith, héritière du défunt et femme d'Alain Canhiart, comte de Cornouaille. A cette époque, bien que la réunion du comté de Nantes à la Bretagne fût déjà ancienne, la noblesse, le clergé et le peuple étaient encore par leurs coutumes et par leur langage beaucoup plus français que bretons. La fusion entre les deux races était loin d'être opérée.
Lorsqu'Alain Canhiart vint, avec son fils Hoël, prendre le gouvernement du comté de Nantes, il amena avec lui un grand nombre de seigneurs du pays de Cornouaille. Ceux-là étaient des Bretons bretonnants. Alain et Hoël leur distribuèrent les diverses charges de leur nouvelle cour *, et aussi sans doute, au détriment du clergé, une partie des revenus ecclésiastiques. Les anciens conseillers du comte Mathias, pour ne pas perdre tout crédit, se virent contraints de faire bon accueil à ces étrangers. Dès lors les rapports devinrent plus intimes entre les Bretons et l'aristocratie nantaise ; et cependant, longtemps encore, dans les documents officiels, on continua à distinguer, parmi les personnes qui composaient l'entourage du comte, les seigneurs venus de Bretagne de ceux que leur naissance rattachait au pays nantais2.
Il résulte de ce simple exposé que Fauteur inconnu, qui entre
1. D'après une charte de l'abbaye de Redon de l'an 1062, il semblerait que la cour du comte de Nantes fût presque entièrement composée de Bretons. On y lit en effet : ln curia Namnetensis comitis ceterorumque laicorum Britonum de causa ecclesie petivere judicandum (Gartulaire de Redon, p. 382).
2. Cette distinction, entre les seigneurs bretons et nantais de la cour du comte, est clairement indiquée dans une charte de 1085 environ, où on lit à
la fin: Haec condonatio Namnetis fuit facta Cujus rei testes sunt,
de laicis, Alanus, filius Riwaloni, Daniel de Paîatio, Gaufridus Normannus, Warinus dapifer, ceterique namnetenses ; de Britonibus, Jestin, filius Daniel, Alan, filius Guegon. Gurmahelon, filius Glevian, etc. (dom Lobineau, Histoire de Bretagne, II, 119).