‹ La chronique de Nantes (570 environ-1049)Chapitre 18 sur 117 · Cf. ch. xxx, p. 92, et xxxi, p · texte numérisé non relu

Cf. ch. xxx, p. 92, et xxxi, p

LE CHRONIQUEUR DE NANTES xxxiii

Mais là où il se trahit pour ainsi dire lui-même, c'est lorsqu'il énumère, avec complaisance et non sans exagération, les possessions territoriales et les revenus de toutes sortes autrefois réunis entre les mains du pontife nantais, énumération qu'il termine par cette phrase caractéristique: de his omnibus canonici ecclesicie Namneticae ad eorum stipendia tertiam partem possidebant1 . Ces mots, à ne s'y pas méprendre, ont été écrits par un chanoine de Nantes qui ne pouvait songer sans envie à l'antique opulence de ses prédécesseurs2.

Il a donc existé, vers le milieu du xie siècle, dans le clergé nantais un parti hostile aux Bretons ; et ce parti était assez puissant pour qu'il s'y soit rencontré un écrivain qui n'ait pas craint, au mépris du comte et des seigneurs de la cour, de publier contre le peuple breton une diatribe aussi passionnée que celle qui se lit au chapitre xix de notre chronique. Il n'est d'ailleurs guère admissible qu'un chanoine ait mis au jour cette diatribe à l'insu de l'évêque, et j'en conclurai qu'à un certain moment il a dû y avoir à Nantes conflit entre le pouvoir civil et le pouvoir religieux.

Jusqu'en ces derniers temps, il aurait été difficile de se prononcer sur la nature de ce conflit; car les érudits avaient embrouillé comme à plaisir la chronologie et l'histoire des pontifes, qui à cette époque administrèrent le diocèse de Nantes. Mais un travail récent, vraiment digne d'éloges, est venu dissiper en partie l'obscurité répandue sur cette page des annales nantaises. M. René Blanchard, dans un savant article paru l'an dernier3, a établi les faits suivants. Après la déposition de Budic au concile de Reims, en 1049, le pape Léon IX nomma lui-même, comme évêque de Nantes, un prêtre italien Airard, qui était abbé du monastère de Saint-Paul de Rome. Airard prit possession du siège de Nantes vers le mois de juillet 1050. Il avait reçu du pape la mission spéciale de faire restituer aux églises de son diocèse les revenus et les biens dont s'étaient emparés les laïques, et aussi de combattre de

Page 1