‹ La chronique de Nantes (570 environ-1049)Chapitre 20 sur 117 · Mém. cité, p · texte numérisé non relu

Mém. cité, p

LE CHRONIQUEUR DE NANTES xxxv

« l'évêque, pour apaiser le courroux du comte, dut lui céder « encore un autre domaine capitulaire1. »

On comprend quel appui durent trouver auprès d'Alain Canhiart et d'Hoël, devenus maîtres de Nantes, certains prêtres intéressés à maintenir ou même à introduire dans le diocèse quelques-uns de ces abus que l'évêque Airard, fidèle aux instructions du pape, s'efforçait de réprimer. Par la force de ces divers courants d'opinions, il se forma nécessairement à Nantes deux partis adverses. L'un, composé de tous les clercs ralliés à la politique de la papauté, et aussi des laïques désireux de résister à l'influence grandissante des Bretons, avait à sa tête l'évêque Airard, italien d'origine, qui ne pouvait ressentir que de l'antipathie pour la race bretonne dont il ne comprenait certainement ni la langue ni les mœurs. L'autre, le parti de la cour, comprenait tous les Nantais, prêtres ou laïques, qui pensaient obtenir du comte breton les faveurs que leur faisait espérer le changement de régime.

Ce dernier parti fut le plus fort. On possède une lettre écrite vers 1054 au pape Léon IX par le comte ^t par un certain nombre d'ecclésiastiques et de fidèles 2. On y voit que la haine entre les deux camps était profonde : les auteurs de cette lettre se plaignent en termes excessifs du pontife que le pape leur a envoyé et ils demandent qu'on leur laisse la liberté de se choisir un autre pasteur. La situation ne devait pas tarder à devenir intolérable pour Airard ; il fut contraint d'abandonner son diocèse. Le 13 avril 1059, il était de retour à Rome et avait repris le gouvernement du monastère de Saint-Paul, où il mourut vers le mois de décembre 1060 3. La cause des Bretons triomphait à Nantes. Aussitôt qu' Airard eut quitté la ville, le comte Hoël 4

1. La Bretagne aux grands siècles du moyen âge; résumé du cours d'histoire de M. A. de la Borderie, Rennes, Plihon et Hervé, 1892, in-12, p. 94-95.

2. Voici l'adresse et la suscription de cette lettre : Venerahili multumque verendo papae L. clerici Namnetensis ecclesiae et cum comité populusj humilem tantoque non indignam patri devotionem (Martène, Thésaurus novus anecdotorum, I, col. 172).

3. Il vivait encore en septembre 1060; mais il était certainement mort au mois de mars 1064 (R. Blanchard, mém. cité, p. 179).

4. Alain Canhiart, père d Hoël, mourut en 1058. Hoël devint en 1066 duc de Bretagne.

Xxxvi INTRODUCTION

chargea son frère Quiriac d'administrer révêché. Quiriac, pendant quelque temps, prit le titre d'évêque désigné ; il ne fut consacré qu'au mois de janvier 1061 *, probablement lorsque la nouvelle de la mort d'Airard fut parvenue à Nantes. A dater de ce moment, le comté et le diocèse se trouvèrent entièrement soumis à la domination bretonne. Quiriac mourut en 1079, mais son frère Benoît lui succéda et conserva la possession de révêché jusque vers l'année 1112 2.

Cette longue digression sur un état de choses, naguères encore mal connu, était utile à faire, parce qu'elle permet de préciser l'époque à laquelle fut rédigée la Chronique de Nantes. J'ai montré que l'auteur était un chanoine, ennemi des Bretons. D'après ce qui précède, il paraît impossible d'admettre que cet auteur se soit mis à l'œuvre sous l'épiscopat des fils d'Alain Canhiart, Quiriac et Benoît, alors que le parti des Bretons prédominait de toutes parts, dans le clergé comme à la cour. La Chronique de Nantes, conforme aux visées politiques de l'évêque Airard et à celles de la papauté, a dû être composée à l'instigation d'Airard lui-même, et par conséquent entre les années 1050 et 1059. — Cette conclusion est confirmée par plusieurs observations qu'il me reste à exposer.

On sait que, jusque vers le milieu du ixe siècle, tous les évêchés de Bretagne relevaient juridiquement de la métropole de Tours. Mais, en l'année 848, le duc Nominoé, afin de rompre tous rapports entre les Bretons et les Francs, bouleversa de fond en comble cette organisation. Il créa un archevêché à Dol, et, détachant de la province de Tours les diocèses bretons, il les réunit à cette nouvelle métropole. Jamais l'entreprise de Nominoé ne fut approuvée ni par les papes ni par les évêques français : mais cependant, malgré la désapprobation du Saint Siège et les fréquentes réclamations des conciles, les prélats bretons persis-

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