‹ La chronique de Nantes (570 environ-1049)Chapitre 21 sur 117 · R. Blanchard, mém. cité, p · texte numérisé non relu

R. Blanchard, mém. cité, p

2. Sous les longs épiscopats de Quiriac et de Benoît, la population nantaise dut perdre une partie de ses préjugés contre la nation bretonne. Cependant, il subsista dans le clergé une faction hostile aux Bretons, comme l a montré dom Lobineau. Lorsque Benoît eut abandonné l'administration du diocèse à l évêque Brice, un des premiers soins de celui-ci fut de mettre son église sous la protection du roi de France, Louis VI. témoignant ainsi combien la domination des Bretons lui était à charge (dom Lobineau, Hist. de Bretagne, I, 129).

LE CHRONIQUEUR DE NANTES xxxvn

tèrent, durant deux siècles environ, à se considérer comme indépendants du reste de l'église de Gaule et à se grouper autour de l'archevêque de Dol.

Il y avait presque cent ans que la métropole de Tours semblait même avoir renoncé à ses justes prétentions, lorsqu'au concile de Reims, en 1049, le pape Léon IX se décida à reprendre la poursuite de cette affaire. L'archevêque de Dol fut cité à comparaître au prochain synode qui devait se tenir à Rome le 29 avril 1050 ; mais il ne répondit pas à cet appel. Excommunié pour cause de simonie, il fut invité à venir se défendre lui-même au synode convoqué à Verceil le 1er septembre 1050 ^

Le clergé de Tours de son côté ne resta pas inactif. Fort de l'appui du pape, il se mit à rechercher de tous côtés dans les archives de l'évêché les anciennes bulles des papes et les décisions des conciles qui témoignaient à l'envi des procédés irréguliers, au moyen desquels Nominoé avait proclamé de sa propre autorité l'indépendance de l'église de Bretagne.

Sur ces entrefaites, le pape Léon IX nomma comme évêque de Nantes l'italien Airard, qui, comme on l'a vu, avait été spécialement choisi pour remplir une mission des plus difficiles. Seul de tous les diocèses de Bretagne, celui de Nantes était jusque-là demeuré fidèle à la métropole de Tours 2. En ce moment de crise, il fallait craindre la contagion de l'exemple, et il semblait nécessaire de confier le siège vacant à un prélat, qui osât résister

1. Cf. Hefélé, Histoire des Conciles, traduction de l'abbé Delarc, VI, p. 306 et 325. — Voir aussi Labbe, Conciles, IX, col. 993.

2. Les preuves de la soumission des évêques de Nantes au métropolitain de Tours sont nombreuses. Au ixc siècle, Actard et ses successeurs ne consentirent jamais à faire cause commune avec les évêques bretons, qui étaient parvenus à étendre leur juridiction sur la partie septentrionale du diocèse de Nantes (Voir plus loin, p. 40, 42, 64, 65 et 79). Vers 981, nous voyons Guérech se rendre à Tours pour se faire consacrer évêque de Nantes (ibidem, p. 116 et 117). Enfin les actes du concile de Reims témoignent qu'en 1049 l'archevêque de Dol n'avait que sept sufïragants ; le huitième évêché de Bretagne, celui de Nantes, n'avait donc pas cessé de reconnaître la suprématie de la métropole de Tours. — Turonenses clerici querelam intulerunt super Dolensi episcopo, qui se cum septem sufïraganeis a Turonensi archiepiscopo subtraxerat, sibique archipraesulis nomen contra fas vendicaverat (Labbe, Conciles, IX, col. 1039. — Voir aussi D. Lobineau, Hist. de Bretagne, I, 9i).

xxxviii INTRODUCTION

à la pression que pouvait exercer sur le clergé nantais le duc de Bretagne dont l'autorité s'étendait à tout l'évêché. C'est du sein de cette effervescence religieuse que sortit la Chronique de Nantes.

L'auteur, comme on devait s'y attendre, a longuement traité des origines du différend entre Dol et Tours, montrant ainsi qu'au temps où il écrivait cette question passionnait de nouveau les esprits. Partisan de l'évêque Airard, il a embrassé avec ardeur la cause de la métropole de Tours, et il a publié les principaux documents qui devaient servir de pièces à conviction clans le procès pendant en cour de Rome, entre autres une lettre où le pape Nicolas Ier blâme en termes formels la conduite du duc Nominoé. Mais, sur le point de transcrire cette lettre, il ne peut s'empêcher de déplorer la perte d'un grand nombre de titres qui auraient contribué à établir plus solidement le bon droit des archevêques de Tours. « Tous ces titres, dit-il, ont a disparu pendant l'invasion des Normands, et si la lettre de a Nicolas Ier n'avait été retrouvée de nos jours dans les archives <( de l'église de Tours, il ne nous serait rien resté de ces temps c< reculés 1. »

Peut-être même servit-il alors d'intermédiaire entre l'évêque de Nantes et l'archevêque de Tours. Sa science incontestable des vieilles écritures et sa culture littéraire le désignaient à l'attention d'un parti, désireux de découvrir et de mettre en œuvre toutes les pièces susceptibles d'ébranler davantage la cause déjà chancelante de Tépiscopat breton. C'est sans doute à Tours qu'il prit copie de la lettre de Nicolas Ier ; c'est là aussi qu'il dut avoir connaissance des catalogues épiscopaux de la métropole, ainsi que des canons promulgués par Hérard2. Un fait significatif montre bien qu'il joua un rôle assez important dans toute cette affaire.

A une époque voisine de celle dont nous nous occupons, le clergé de Tours mit en circulation une sorte de pamphlet connu sous le nom d' Indicalas de episcoporum Britonam depositione.

1. Haec omnia deperierunt, et, nisi haec epistola in sede Turonica, ubi temporibus nostris reperta fuit, servaretur, minime reperirentur (ch. xvii, p. 57-58).

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