‹ La chronique de Nantes (570 environ-1049)Chapitre 29 sur 117 · Voir plus loin, p · texte numérisé non relu

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SOURCES DE LA CHRONIQUE lui

institua à Dol un siège métropolitain auquel il soumit tous les évêchés de la région (ch. xi, p. 38-39). — Dans aucun titre du ixc siècle il n'est faitmention de cette création de trois évêchés par Nominoé. La Chronique de Nantes est le plus ancien texte où soit relatée cette prétendue révolution, opérée par le duc breton dans l'organisation de LEglise de Gaule. On peut et Ton doit se demander à quelle source notre auteur a puisé ses informations sur ce point d'histoire ecclésiastique.

Et d'abord, comment a-t-il connu les noms des quatre évêques chassés par Nominoé? Suivant lui, ces évêques sont: Susan Venetensis, Félix Corisopitensis , Salocon Dialetensis et Libéral Ocismorensis, c'est-à-dire les évêques de Vannes, de Quimper, d'Aleth et de Saint-Pol-de-Léon. Ces noms affectent une forme archaïque qui attire l'attention. Il était d'usage au xic siècle de désigner les évêques de Saint-Pol-de-Léon sous le titre d'episcopus Leonensis ou Sancti Pauli Leonensis , et ceux d'Aleth sous celui d'episcopus Aletensis ou Sancti Macuti. L'antique appellation d'episcopus Ocismorensis était depuis longtemps tombée dans un complet oubli. Quant à l'évêque d'Aleth, jamais il ne s'intitula episcopus Dialetensis . Cette dernière dénomination est une invention du chroniqueur de Nantes. — Il y avait des siècles que la cité des Ossismes [civitas Ossismorum) était disparue, et il est certain que, dès le ixc siècle, le diocèse de Saint Pol-de-Léon ne représentait plus que très imparfaitement ce territoire galloromain. La civitas Ossismorum est inscrite dans la Notice des Gaules, et c'est, grâce à ce fait, que le souvenir de cette circonscription administrative a pu se perpétuer d'âge en âge et parvenir à la connaissance des clercs du xie siècle qui se piquaient de quelque érudition.

A l'époque même où fut rédigée la Chronique de Nantes, la Notice des Gaules dut être soumise à un examen attentif de la part du clergé de la province de Tours. On sait en effet que cette Notice, dont la composition date de l'an 400 environ, présente, pour diverses raisons qu'il serait superflu de rappeler ici, le tableau assez exact de l'organisation primitive de l'Eglise de Gaule. Lors donc qu'on voulut à Tours vers l'an 1050 établir la preuve que l'archevêque de Dol n'avait aucun droit au titre de métropolitain et que jamais la Bretagne n'avait formé une province ecclésiastique indépendante, le premier document qu'on songea à con-

liv INTRODUCTION

sulter fut la Notice des Gaules, qui faisait loi eu cette matière. On crut, sur la foi de ce texte, que de toute antiquité l'évêque de Tours, comme métropolitain de la troisième province lyonnaise, avait exercé sa juridiction sur les huit cités de cette province, à savoir les cités du Mans, de Rennes, d'Angers, de Nantes, de Quimper, de Vannes, et celle des Ossismes et des Diablintes. Ces huit cités étaient les seules inscrites dans la Notice des Gaules; on en conclut que Dol, Saint-Brieuc et Tréguier, qui ne figuraient pas sur cette liste, n'avaient point été, à l'origine, siège d'un évêché, et Ton en arriva tout naturellement à supposer que la création de ces trois diocèses remontait au temps où Nominoé avait bouleversé l'ancienne organisation delà province. Quantaux deux cités à peu près inconnues des Ossismes et des Diablintes, on les identifia, la première avec l'évêché de Saint-Pol-de-Léon, ce qui était en partie exact; l'autre avec l'évêché d'Aleth, ce qui était une erreur.

Le chroniqueur de Nantes, qui s'est fait à ce sujet l'interprète des opinions du clergé de Tours, n'a pas hésité à tirer de la Notice des Gaules les conclusions que je viens d'indiquer. Parmi les cités de la troisième Lyonnaise, il y en avait une, celle des Diablintes, qui était disparue de bonne heure et avait été annexée tout entière au diocèse du Mans1. On ignorait complètement au xie siècle ce qu'était devenue cette cité, et personne ne se serait alors avisé d'en placer le chef-lieu à Jublains. Mais une certaine analogie entre les noms fit qu'on s'imagina que la civitas Diahlintam n'était autre que la cité d'Aleth. Pour rendre cette analogie plus frappante et pour témoigner en même temps de son érudition, le chroniqueur de Nantes donna constamment dans son récit à la ville et aux habitants d'Aleth le titre de Dialetensis , Dialetenses2. De ce fait il semblait résulter qu'antérieurement aux entreprises de Nominoé, il n'y avait que quatre diocèses en Bretagne, celui de Quimper répondant à la civitas Coriosopitensis de la Notice des Gaules, celui de Vannes, civitas Venetensis, celui de Saint-Pol-de-Léon, civitas Ossismorum, et celui d'Aleth, civitas

1. Cf. abbc Duchesne, Catalogues épiscopaux de la province de Tours, p. 83.

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