Voir plus loin, p. 10, note
SOURCES DE LA CHRONIQUE lv
Diahlintam. Restait à découvrir quels étaient les pontifes qui administraient ces diocèses au temps deNominoé.
Le chroniqueur de Nantes savait, d'après le récit des Gesta sanctorum Rotonensium1, que Susan et Félix étaient alors évêques, l'un de Vannes, l'autre de Quimper. Quelque ancienne souscription de concile2, ou peut-être sa propre imagination, lui aura fourni le nom de Libéral, évêque des Ossismes. Enfin la lettre du concile de Soissons lui apprit que Salocon, évêque de Dol, avait été aussi chassé de son siège par Nominoé3. Mais cette dernière source contredisait formellement la théorie, suivant laquelle l'évêché de Dol aurait été créé par Nominoé lui-même. Il fallait tourner la difficulté. Notre auteur se tira d'affaire en supposant que Salocon était évêque d'Aleth, et qu'en cette qualité il avait sous sa juridiction l'église de Dol, qui n'aurait été alors qu'un simple monastère4. Cette hypothèse lui sembla suffire sans doute à expliquer comment Salocon avait pu, en 866, être qualifié d'évêque de Dol par les pères du concile de Soissons.
Tout ce système, que je viens d'exposer aussi brièvement que possible, peut paraître ingénieux, mais il n'en est pas moins vrai qu'il a pour unique fondement quelques documents, qui tous, aujourd'hui encore, sont entre nos mains, à savoir les lettres du pape Nicolas Ier et du concile de Soissons, les Gesta sanctorum Rotonensium et la Notice des Gaules. Ce système ne vaut donc que par la façon dont ces documents ont été interprétés au xie siècle par les adversaires de l'archevêque de Dol. Or, quelle que soit l'habileté qu'on suppose à ces interprètes, on sera toujours en droit de se méfier de l'opinion qu'ils se sont formée sur une question où leur intérêt personnel était en cause, et, si l'on remarque que dans aucun des textes précités, il n'est fait la moindre allusion à la création par Nominoé des trois évêchés de Dol, de Saint-Brieuc et de Tréguier, on sera tenté d'admettre que toutes les hypothèses, présentées à cet égard comme certitudes par le
1. Voy. Mabillon, Acta SS. ord. S. Benedicii, saec. IV, pars 2, p.
2. Cf. abbé Duchesne, Cat. épisc. de la prov. de Tours, p. 84, note 1.
3. Salacone Dolensi, adhuc quidem, licet expulse-, superstite (voir plus loin, p. 54).
4. Monasterio Doli, quod tune temporis erat ex diocesi Dialetensis ecclesiae (voir plus loin, p. 39).