Voir chapitre xiv, p
ÉDITIONS ET MANUSCRITS xi
chapitre nantais, était donc un manuscrit de la Chronique de Nantes, peut-être même le manuscrit autographe.
Depuis la fin du xve siècle, on perd la trace de ce précieux volume, sans qu'il soit possible de se rendre compte de la cause de sa disparition ; et malheureusement, comme je l'ai déjà dit, aucune copie intégrale n'en est parvenue jusqu'à nous.
Dans le temps même, où fut rédigé le procès-verbal qu'on vient de lire, un prêtre manceau, nommé Pierre Le Baud1, s'occupait activement de compulser les anciennes annales conservées dans les églises et les monastères de Bretagne. Le Baud était un compilateur qui, chose rare à cette époque, avait, jusqu'à un certain point, l'intuition de la véritable méthode historique. Dès 1486, à la prière de Marguerite, duchesse de Bretagne, il avait rédigé une Histoire abrégée des ducs et princes de Bretagne2. Il dit à la fin de cet ouvrage: « Ces choses sont escriptes en livres et cronicques non cogneuz » (f° 19 v°). Le 4 octobre 1498, la reine Anne de Bretagne lui fit expédier des lettres pour avoir communication de tous les titres des chapitres, abbayes, communautés et archives du pays3. En vertu des ordres de la reine, qui lui ouvraient toutes les bibliothèques de la région, Pierre Le Baud put augmenter promptement la collection de notes qu'il avait déjà formée depuis de longues années4 ; et, des documents ainsi assemblés, il composa entre 1498 et 1505 une Histoire de Bretagne qu'il dédia à la reine Anne. Le manuscrit
1. Pierre Le Baud naquit vers le milieu du xve siècle, du mariage de Pierre Le Baud, seigneur de Saint-Ouen au Maine, avec Jeanne, fille bâtarde de Patri, seigneur de Chàteaugiron et de Derval. Il embrassa l'état ecclésiastique et devint successivement secrétaire de Jean de Chàteaugiron, orateur de la duchesse de Bretagne, Marguerite, chantre de l'église collégiale de Saint- Tugdual de Laval, trésorier de la Magdeleine de Vitré, aumônier de Guy XV, comte de Laval, conseiller et aumônier d'Anne de Bretagne, laquelle le fit élire évêque de Rennes en 1505 ; mais Pierre Le Baud mourut en cette même année, avant que ses lettres de provision ne fussent venues de Rome (Voir Du Paz, Histoire généalogique de plusieurs maisons illustres de Bretagne. Paris, 1620, in-folio, p. 258, et Hauréau, Histoire littéraire du Maine, II, 165-175).
2. Cette histoire, inédite, je crois, est conservée à la Bibliothèque Nationale, ms. français 6011.
3. D. Lobineau, Histoire de Bretagne, I, 822. Cf. plus loin, p. xxxvi n°.
4. Comme on le verra par la suite, P. Le Baud, dès 1480 au plus tard, avait entrepris le dépouillement des vieilles chroniques armoricaines.
xii INTRODUCTION
original de cette histoire était, au commencement du xvne siècle, en la possession de Sébastien de Rosmadec, baron de Molac, gouverneur de Quimper-Gorentin. Sébastien de Rosmadec communiqua son manuscrit 1 à d'Hozier, qui, en 1638, l'édita à Paris, chez Gervais Alliot, en un volume in-folio.
Le plan de YHistoire de Bretagne est bien conçu. Pierre Le Baud a le plus souvent traduit littéralement et abrégé quelquefois les principaux passages des annales et chroniques qu'il découvrit au cours de ses investigations dans les archives bretonnes. Il a ensuite juxtaposé, suivant un ordre rigoureusement chronologique, tous ces extraits de vieux auteurs, et il en a formé une compilation extrêmement précieuse non seulement pour l'histoire de la province, mais aussi pour l'histoire générale de la France. En effet, un grand nombre de documents qu'il eut entre les mains ont aujourd'hui disparu, et, quand on considère avec quelle exactitude il a reproduit les œuvres que nous connaissons d'ailleurs, on est tenté d'accorder à ses traductions d'annales perdues une confiance approchante de celle qu'on aurait pour les originaux eux-mêmes. Le Baud a, en outre, constamment indiqué à quelles sources il empruntait son récit.
On peut se rendre compte ainsi qu'il a traduit presque inextenso la Chronique de Nantes et l'a insérée dans son Histoire de Bretagne. Je regarde comme certain qu'il eut communication du manuscrit, conservé en 1494 dans les Archives du Chapitre de Nantes ; mais je pense que, lorsqu'il rédigea son Histoire, il n'utilisa pas l'original même. Il dut se servir d'une copie qu'il en avait fait faire ; car quelques variantes, telles que Carnotensis au lieu de Tarvanensis (voir plus loin, p. 41 et 43j, Namnetensi au lieu de Venetensi (p. 41), Cainone au lieu de Rainone (p. 67), vicis et foris au lieu de intus et foris (p. 92), portum Taraisium au lieu de portam Carariam (p. 95), etc., constituent des erreurs qu'il n'aurait sans doute pas commises, s'il eût eu alors le manuscrit original sous les yeux. Mais, d'autre part, la copie qu'il employa dérivait directement du manuscrit de Nantes,
1. Ce manuscrit original est aujourd'hui conservé à Londres au Musée britannique, fonds Harléien, n° 4371. Voy. Le Roux de Lincy, Vie de la reine Anne de Bretagne, t. II, p. 37. La Bibliothèque Nationale en possède une copie presque contemporaine (fonds français, nouv. acq., n° 2615).
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comme le montre le fait suivant. Deux auteurs inconnus, probablement chanoines de la cathédrale de Nantes, composèrent au xve siècle une double compilation latine, où ils firent entrer divers chapitres empruntés à la Chronique de Nantes. L'une de ces compilations est celle qu'a signalée dom Lobineau sous le titre de Vêtus collectio manuscripta ecclesiae Namnetensis 1; l'autre, dont il sera parlé plus loin, appartient aujourd'hui à M. A. de la Borderie. Il paraît incontestable que ces deux auteurs, nantais d'origine, copièrent sur le manuscrit original de la Chronique, alors dans les archives du chapitre, les passages qu'ils ont reproduits dans leurs compilations. Or l'un et l'autre nous ont conservé le texte du chapitre xlvi de la Chronique de Nantes, et Tune et l'autre transcription nous offrent pour ce chapitre une même lacune de quelques lignes (voir plus loin, p. 136). Il en résulte qu'en cet endroit le manuscrit original était lacéré ou bien que l'usure du parchemin avait rendu le passage illisible ; et, comme cette même lacune se remarque dans la traduction de P. Le Baud, on en peut conclure que la copie, dont cet historien fit usage, avait été prise aussi sur le manuscrit nantais.
L'ouvrage de Pierre Le Baud est, de tous les recueils manuscrits ou imprimés actuellement connus, celui qui renferme le plus grand nombre d'extraits de la Chronique de Nantes. Le soin extrême, que Le Baud apporte ordinairement à recueillir les moindres faits intéressant l'histoire de Bretagne aux époques anciennes, est un sûr garant qu'il n'a dû passer sous silence aucun passage important de cette Chronique. On peut s'en convaincre aisément. Dom Martène, en effet, a publié, en 1717, un long fragment de la Chronique de Nantes. Ce fragment, dont je parlerai tout à l'heure, embrasse, dans mon édition, les chapitres vi à xxn, qui sont complets et se suivent sans offrir de lacune. Or, sur ces seize chapitres, Le Baud en a traduit ou résumé quatorze.
D'ailleurs, la plupart des passages de la Chronique de Nantes, que Le Baud a négligé d'insérer dans son Histoire de Bretagne, dédiée à la reine Anne, ont été reproduits par lui dans une autre compilation française encore inédite. Cette compilation avait été