‹ La chronique de Nantes (570 environ-1049)Chapitre 31 sur 117 · LVI INTRODUCTION · texte numérisé non relu

LVI INTRODUCTION

chroniqueur de Nantes et ses contemporains, sont non seulement douteuses, mais peut-être même erronées.

Les titres authentiques, relatifs aux réformes religieuses de Nominoé, permettent d'affirmer seulement trois points. Nominoé, pour des motifs d'ordre politique, a proclamé de sa propre autorité dans l'assemblée de Coitlouh l'indépendance de l'église de Bretagne vis-à-vis de l'archevêque de Tours. Il a, dans la même assemblée, déposé de leurs sièges les évêques Salocon de Dol et Susan de Vannes, qui étaient sans doute opposés à ses projets. A la même époque, il a érigé l'évêché de Dol en archevêché et a soumis à la juridiction de cette nouvelle métropole tous les diocèses compris dans ses états. Ce n'est que dans le courant du xie siècle et très probablement après le concile qui se tint à Reims en 1049, que le clergé de la province de Tours prétendit, appuyant ses assertions sur l'autorité delà Notice des Gaules, que Nominoé avait encore de son initiative privée transformé en évêchés les trois monastères de Dol, de Saint-Brieuc et de Tréguier. Cette opinion, consignée dans la Chronique de Nantes, propagée par Y Indiculus de episcoporum Britonum depositione, et admise depuis par la plupart des historiens, est, comme on Ta vu, contredite en partie par la lettre du concile de Soissons. De plus, les papes et les évêques du ixe siècle, qui ont sévèrement apprécié dans leurs correspondances et dans les actes des conciles, les diverses entreprises religieuses de Nominoé, n'ont jamais dit un mol de cette prétendue érection de trois nouveaux sièges en Bretagne, et ce mutisme inexplicable enlève presque tout crédit à la thèse, soutenue au xic siècle par le clergé de Tours et à laquelle on a trop longtemps, à mon avis, accordé une confiance imméritée *.

J'ai eu précédemment l'occasion de citer à plusieurs reprises deux lettres du ixe siècle, qui ont été publiées in-extenso par le chroniqueur de Nantes. L'une, celle du pape Nicolas Ier, avait été

1. Cette thèse a été récemment adoptée par M. l'abbé Duchesne ; mais ce savant critique a pu être induit en erreur par la croyance où il était de l autorité indiscutable de la Chronique de Nantes. M. l'abbé Duchesne regarde l'auteur de la Chronique de Nantes comme un contemporain de Nominoé (Catalog. épisc. de la prov. de Tours, p. 96, note 1). — Comme je l'ai déjà dit, on a pu jusqu'aujourd'hui se former les opinions les plus diverses sur l'âge et la valeur réelle de la Chronique de Nantes, parce que cette œuvre historique n a jamais été l'objet ni d'une édition critique ni même d'une étude spéciale.

SOURCES DE LA CHRONIQUE lvii

récemment découverte à Tours (voir plus loin, p. 57-62) ; l'autre, celle du concile de Soissons (p. 51-57), avait été probablement trouvée à Nantes. Notre auteur a donc fait des recherches dans les archives des églises de Tours et de Nantes ; il en a fait également dans celles de l'abbaye de Saint-Sauveur de Redon. C'est en effet grâce aux chartes conservées à Redon qu'il a su, comme il le dit lui-même, que Foucher, évêque de Nantes, parvint à recouvrer ses droits sur le territoire de Guérande1. Ce doit être aussi dans la bibliothèque de ce monastère qu'il a vu le manuscrit des Gesta sanctorum Rotonensium , source de ses informations sur l'abbé Convoion (p. 33-36) et sur le combat de l'île de Biesse (p. 86-87). Les moines de cette abbaye lui auront peut-être raconté la légende relative à l'abbé Héroïc, et ils lui auront appris que Guérech, comte de Nantes, était enseveli dans leur église (p. 124-126).

A Tours, le chroniqueur de Nantes a eu communication non seulement de la lettre du pape Nicolas Ier, mais encore des canons promulgués en 857 par l'archevêque Hérard (p. 64), ainsi que du catalogue épiscopal de cette métropole. Ce dernier document a été récemment mis au jour par M. l'abbé Duchesne2. C'est une simple liste des prélats qui se succédèrent sur le siège de Tours, avec des indications chronologiques touchant la durée de chaque épiscopat. Le chroniqueur de Nantes a emprunté à ce catalogue ce qu'il sait de la chronologie des archevêques de Tours, Amauri, Hérard et Actard3.

Enfin il est hors de doute que notre auteur, en sa qualité de chanoine, d'érudit et de lettré, eut pleine liberté de consulter, dans le trésor des lettres de l'église cathédrale de Nantes, les manuscrits et les chartes qui y étaient réunis. Il parle lui-même en certain passage d'une bible antique qui existait de son temps dans la bibliothèque capitulaire 4, et l'on se demande en quel endroit, si ce n'est dans les archives du chapitre, il aurait pris copie des privilèges accordés par les ducs de Bretagne aux pon-

1. Sic ut in cartis Sancti SaWatoris reperitur (ch. xxvi, p. 79).

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