L'ile de Noir mou tier, Vendée, arr. Sables-d'Olonne
20 CIIRONICON [c vu, an. 843-845]
luctu et dolore11 naves ascen- s'enfuit, affin qu'il s'émuc-
derunt. Captivos vero qui inde fu gérant, Dei virtute et timoré Làmbèrti7, minime ausi fueruntpersequi1: timor etenim magnus invaserat illos. Et volentes inde ad région e m suam navigare, ventus Aquilo* violentiay coactos usque adz Gallieiam deduxita . Gallicii vero, se ab eis in fortitudine magna defendentes, omnes, exeeptis triginta navibus, interfecerunt.
Quibusb' inde fugatis, ipsimet a zephiro deducti c redierunt Burdegalam ; qua devastata, navigaverunt usque Santonas2,ibique, magnis rapinis captis, ad suam inde patriam valde desideratamd remeaverunt, satis ditissimis spoliis oneratie . Praefati autem captivi, mare retracto, de Herio insula exeuntes3 et
zast entre les autres misérables chiettifs. En la parfin iceulx homes dyabolicques pacifiiez de si grant discorde remontèrent en leurs neffs avecques pleur et doleur, ne onques n'osèrent ensuir les chiettifs, qui dillecques estoient fuiz et par la vertu de Dieu délivrez de leurs mains.
Car grand crainte les avoit espouvantez, et de illecques en après ceulx Dannoys et Normans, voulans nager vers leur région se mirent en mer. Mais le vent de Acquilée les pourforcza, et par la violence de ses sifïleis les mena jucques en Gallice. Contre lesqueulx les Galliciens assemblèrent leurs forces et en soy deffendant d'eulx par grant vertu les occirenttouz excepté xxx neffs ; lesquelx d'illec
VII. — u) cum luctu et dolore desunt D. — v) Dei virtute liberati A; Dei virtute et timoré Lamberti desunt D. — x) deest B. — y) violentus B, violenter D. — z) usque ad desunt B. — a') reduxit AD. — b) qui D. — c ) inde fugatis ipsimet a zephiro deducti desunt D. — d ) valde desideratam desunt D. — e ) satis ditissimis spoliis onerati desunt D.
1. Cette crainte, inspirée par Lambert aux Normands, prouve que ce comte n'avait point fait alliance avec les pirates danois et contredit le récit légendaire rapporté pins haut (p. 13, note 1).
2. G est en tannée suivante 844 que les Normands parvinrent en Gallice et en 845 qu'ils arrivèrent à Saintes, après avoir dévasté l'Aquitaine et la ville de Bordeaux (^Annales Bertin., dom Bouquet, VII, 63 et 64).
3. Il paraît certain que les Nantais, emmenés prisonniers dans l'île de Noir-
[c. vu. an. 843-845] NAMNETENSE de tam praeclarissimis rébus perditis, scilicet vasis aureis, argenteis coronis, aureis ornamentis, pretiosis libris f et regalibus testamentis g , solunimodo secumh bibliothecam afférentes, et quasi a morte résurgentes, eu m gaudio inenarrabilis exultationis ad urbem Namneticam deso latam, devastatam, ad nihilum redactam, nullum gubernatorem habentem, et ad domum Dei violatam, contaminatam, omnique dedecori deditam venerunt1 . Congregatisque undique superstitibus, qui a clade remanserant, templum sanctum, a paganis corruptum et sanguine sanctorum infectum, lacrimabiliter expurgantes, mandaverunt venerabili Susanno Venetensium episcopo1, ut, fraterna dilectione ad eos veniens, illud reconciliaret.
Actaque fuit haec reconci-
enchacez retournèrent à Bordeaux et dégastèrent la province, puix nagèrent jucques à Seinctes, et d'illecques, prinses grandes rapines, retournèrent à leur pays longuement désiré, assez chargez de richesses et de despouilles. Et les davant dittz chiétiffs, quant la mer fut retraitte , issirent de l'isle Hério, et de toutes leurs riches choses qu'ilz avoient perdues , comme vesseaux d'or et d'argent, coronnes d'or, aournemens précieux, livres et royaux testamens, avecques eulx tant seullem eut apportèrent la librairie dessusditte, et ainsi, comme se résucitans de mort avecques joye et liesse, vindrent en la cité de Nantes désolée, dégastée et ramenée a néant et qui n'avoit nul governeur; puix allèrent à la maison Dieu viollée, souillée et pri-
VII. — f) deest B. — g5) libris addit B. — h ) deest B. — i') Haec paucis ver bis abbreviat D. — j) advocarunt Susannum D.
moutier, se sauvèrent par le passage du Gois, seul endroit de 1 île par où l'on puisse gagner la terre ferme à marée basse. Ce passage, qui n'a que quatre kilomètres de largeur, se découvre complètement lorsque la mer s'est retirée et les piétons venant de Beauvoir utilisent encore cette route pour aller à Noirmoutier. 1. Susan, év. de Vannes de 838 à 848, année où il fut déposé par Nominoé
(v. La Borderie, Examen du Cartul. de Redon, Bibl. de L'Ec. des
Ch., XXV, 1863-64, p. 415).
22 GHRONIGON [c. vin, an. 843]
liatio pridie kalendas octo- vée de toute sa beauté accous-
brisk', in ipsa die qua ejusdem templi prima consecratio fuit1. Ex quo tempore urbs Namnetica mala semper usque îninc frequentia passa est habere, sicut in série huj as relationis continetur1.
tumée, et là s'assemblèrent les demourans qui de la pestillance estoient démolirez, qui le saint temple corrompu par les païens et infait par le sang des sains, nettoièrent en pleurs et en lermes, et mandèrent h Susan, évesque de Vennes, que par dilection fraternelle il veneist à eulx pour icelui temple réconcilier. Lequel Susan très volentiers se octria à leur requeste, et fut ceste réconciliacion faicte le jour devant les kalendes d'octobre, en celui jour que la première consécration d'icelui temple avoit esté faitte (F, f° 113 r° et v°).
Lambertus vero ille, qui haec omnia superius dicta peregita, comitatum Namneticum impudenter b invadens 2, militibus suis distribué, scilicet Gunferio0, ne-
Et adonc Lambert, qui avoit perpétré toutes ces choses, print la comté de Nantes, et la distribua à ses chevaliers, c'est à scavoir à Gunfroy, son neveu, la région
VIT. — k;) anno post incarnationem Domini DGGCXLIII, quo fuere kalendae januarii II feria, rogationes V kalendas jnnii, anno IV post obitum Hludovici serenissimi imperatoris addit D. — 1) habetur B.
VIII. A B D E F. — a) qui baec omnia perpetrarat D. — b) deest D. — c) Gueferio A D.
J . Cette consécration eut lieu le 30 septembre 843.
2. L'antipathie manifeste du chroniqueur de Nantes pour Lambert montre que plus d'un Nantais au xie siècle considérait comme un crime l'infidélité au roi de France, fût-ce au profit du duc des Bretons.
[c. vin, an. 843] NAMN poti suo, regionem Herbadillicam, Rainerio d Metallicam, Girardo6 Theophalgiam 1 , quae omnia illis hereditario jure concessit.
Adversus quos Bego, postf interitum Rainaldi clux Aquitaniae factus, qui supra ripam Ligeris recenter non longe ab urbe Namnetis castellum construxerat et nomen suum imposuerat, insurgens, ab his regionibus voluit eos omnino abjicereg. Qui ex improviso primum in Herbadillicam cum multitudine militum ingrediensh, Gunferinm minime potuit invenire ; res etenim illa sibi bene innotuerat. Post eu jus reditum, Gunferius, advocatis sociis suis Rainerio 1 et Girardo sibi in auxilium, furtive equitans, consecutus est il] uni jam1 vada Blesonis fluminis tran-
ETENSE 23
d'Erbauges , à Rainarius Maulge et à Girard ThifTaulges, et toutes ces choses leur concéda par droict héritel.
Après la mort Rainaldus, constitua le roy Charles un autre duc en Acquitaine pour deffendre la province, appelle Bégo, lequel, [selon la Chronicque de Nantes], forma un chastel sur la rive du fleuve de Loire, assez près de la cité de Nantes, auquel chastel il imposa son nom. Et voulant celuy duc Bégo chasser et débouter les dessusdits nommez Gunfroy, Rainarius et Girard de celles régions, vint en despourveu premièrement en Herbaulge avecques multitude de chevaliers cuider assaillir Gunfroy, lequel il ne trouva pas, car il avoit eu cognoissance de sa venue, et s'estoit absenté. Mais, ainsi
VIII. — d) Ramerio D. — e) Giraldo A. — f) Begopus A Z>, pro Bego post. — g) abigere D. — h) aggrediens A D. — i) Ramerio D. — j) juxta D.
1 . Ce chapitre VIII a un réel intérêt au point de vue historique ; car il renferme le récit d'événements qui ne sont rapportés nulle part ailleurs. Il offre d'ailleurs de grandes garanties d'exactitude, car il n'est guère douteux qu'il ne soit la reproduction presque intégrale d'une de ces notes annalistiques d'origine contemporaine dont parle le chroniqueur de Nantes au commencement du chapitre précédent. L'existence de Renier et de Girard, lieutenants de Lambert, n'est connue que par ce récit. Quant à Gonfier, neveu de Lambert, la fin de ce même chapitre nous apprend qu'il se maintint au moins jusqu'en 853 en possession d'une partie du pays d Herbauge.
seuntem1 ; et, cum jam média pars militum vada transierat, cucurrit Gunferius cum magno impetu super ultimam aciem, et, plurimis in illo certamine interfectis, fugavit omnes. Inter quos Bego, dux Aquitanorum, fugientes cecidit interfectus 2. Cujus corpus sepultumestapudDurenumk, Theophalgiae vicum3. Gunfe-
ICON [c. vin, an. 843
que Bégo s'en retournoit, Gunfroy appella ses compagnons Rainarius et Girard en son aide, et chevaucha celéemeut tant qu'il acconsuivit Bégo ainsi qu'il passoit lesguésde Bléson. Et, comme jà la moitié des chevaliers eussent trespassé lesdits gués, il courut sus impétueusement à la dernière compagnie,