PENSE
duc Allainet d'elle, en garde jusques a quinze ans, lesquels il mena a Angers, et envoya ses serviteurs à composer les choses de la cité de Nantes qui lui avoient esté données, ausquels il commanda qu'ils luy portassent tout à Angers.
Et, un jour, ainsi qu'il jouoit aux tables en sa salle, luy furent portez trois sacs pleins de deniers et quatre challans pleins de grands poissons, dont il fut moult esmerveillé en son courage, et raconta à tous les assistans qu'il n'y avoit si riche ne si puissant en tout le royaume de France que celuy qui pouvoit posséder la cité Nantes. Si fut lors Foulques prinsde convoitise, et pensa que si Drogo, le fils de sa femme, estoit mort, il pourroit avoir la dite cité paisible ; pour quoy, comme desloyal et plein de toute malice, vint à la nourrisse de Drogo, laquelle il induisit qu'elle l'occist, luy promettant grands dons et loyers si ainsi le faisoit, et luy adjoustant menaces qu'au cas qu'elle y defïailloit, jamais elle n'eschapperoit vive ;
X\XVI1. — e) facta^.
[c. xxxvii, an. 952-958 circal
cere posset. Tandem minis tyranni perterrita, ab illo quaesivit quomodo hoc scelus perpetraret. Ipse vero eam docuit ut, quando Drogonis baliieum temperaret, frigidum faceret, habensque in patella, supra igné m posita, aquam vàlidissime calidam, illi in aqua frigida b al neantisu perça putinfund eret ; et, quum mater ejus, valde intenta ad eura observandum et timida semper ne eidem filio aliquod impedimentnm eveniret, vagitus ejus audiret, mox aecurreret, requirens quid infans haberet, tangensque balneum, frigidum inveniret ; sicque sine culpa hoc facinus perficere posset. His autem nutrix nefandis auditis, fecit sicut cornes, vir diabolicus, docueratf, et sic furtive taliingenio Drogo infans interfectus est, qnem mater ejus valde graviter deplorans, semper in corde suo maestitiam illius retinult1.
pour lesquelles choses fut ladite nourrice moult troublée, doutant qu'elle pourroit faire de celle crudélité.
Toutesfois espouvantée par les menaces du tyran luy enquist comme elle pourroit perpétrer ce mauvais cas ; lequel Foulques luy enseigna que, quand elle tempéreroit le baing de l'enfant, elle le fist froid, et eust sur le feu en une poésie eau bouillante, et l'espandit sur la teste, afin que, quand sa mère, qui estoit attentive à le garder et tousjours craintive qu'il luy veint aucun empeschement, oïroit ses soupirs et y accourroit, enquérante qu'auroit ledit enfant, et, attouchant le baing, elle le trouvast froid, et ainsi sans coulpe pourroiteîle parfaire celle emprise.
Lesquels mauvais enseignemensoïs par la nourrice, elle fist ainsi que celuy cruel et diabolique homme Foulques luy avoit enseigné, et ainsi mourut Drogo, le très noble
XXXVII. — f) magna illi promittens mimera etc. usque ad docuerat de s un t D.
1. La légende de la mort de Drogon n'est guère admissible. Foulques d'Angers ne pouvait trouver aucun avantage à faire disparaître son pupille. Ce qui est certain, c'est que Drogon mourut à Angers, vers l'an 958, avant d'avoir
[c. xxxviii, an. 960] NAMNETENSE 111
enfant clu très fort Allain, duc de Bretagne, lequel sa mère plora griefvement et toujours en retint la tristesse en son cœur [E9 p. 137).
Porro Normanni, piratici et diabolici viri, morte Alani audita, redientes Britanniam coepernnt depraedari et vénérant usque ad civitatem Namnetensem. Qui, Walterium episcopum cum pluribus aliis capientes, tetenderunt insidias ut castrum, in circuitu ecclesiae Namnetensis ab Alano duce pro metu illorum olim factum, capere possent l. Qua de re Namnetenses valde timidi mandaverunt Fulconi comiti, qui tune ratione dotalitii uxoris suae levabat emolumenta Namnetisa, ut eis succurreret; quod facere promisit, sed non adimplevit. Ipse etenim, 1 e g a t u m r e t r o r e m i 1 1 e n s , m a n -
Quand les Normans oïrent la mort d'Allain, ils recommencèrent à piller Bretagne, et vindrent jusques à la cité de Nantes, et prindrent l'évesque Gaultier et plusieurs autres, et appliquèrent leurs machines, afin qu'ils peussent prendre lechasteau qu'Allain avoit fait pour la crainte d'eux au circuit de l'église ; de laquelle chose furent les Nantois moult craintifs, et mandèrent à Foulques qu'il les secourust, lequel leur renvoya leur message, et leur promist qu'ainsi le feroit briefvement .
Et sa femme, qui en oït la rumeur, et cognoissant assez sa paresse, pour l'encourager de ce faire, luy rapporta qu'un
XXXVIII. A D E F. — a) qui tune ratione etc. usque ad Namnetis désuni D.
atteint sa quinzième année. Cette mort de l'héritier légitime de la Bretagne fut la cause première d'une lutte longue et sanglante entre les Normands et les Bretons. Voir à ce sujet, R. Merlet, Origines du monastère de Saint- Magloire de Paris, mém. cité.
t. Cette attaque de l'a ville de Nantes par les Normands date de l'année 960. Cf. Origines du monastère de Saint- Maglo ire de Paris} ibid.
davit ei ad praesens succurrereb. Conjuxautem ejus, hoc rumore audito et ejus inertia satis cognita, retulit quod palus magnus, in ore Ligeris fixus, m et il m Normannis faciens, ceciderat. Àt Namnetenses, octo diebus exspectatis, nullum a Fulcone auxilium habentes, cum Normannis pugnaverunt, ac inde cum virt u t e m a gn a e o s fu ga ve r u nt . Qui, cum Walterio episcopo et aliis captivis usque ad Guerrandiam venientes, magnam de eis ibi redemptionem receperunt1.
[c. xxxix, an. 960-975 circa]
grand pal estoit tombé en la rive de Loire qui avoit fait peur aux Norman s. Mais les Nantois, quand ils eurent attendu huict jours sans avoir nulle aide de Foulques , ils combatirent contre lesdits Normans, et par grand vertu les vainquirent et chassèrent.
Si s'enfuirent ceux Normans et emmenèrent Févesque Gaultier et les autres captifs à Guerrande, où ils receurent grand rançon d'eux, et les laissèrent aller (E, p. 138).
His itaque factis, Namnetenses, Fulconem, Anclegavensem comitem, dimittentes2, Alani Barbaetortae filios, videlicet8 Hoel et Guerech3,
[Et rapporte ledit acteur des Chronicques de Nantes que] les Nantois, après la mort Drogo, délaissèrent le comte Foulques d'Anjou, et
XXXVIII. — b) sed non adîmplevit etc. usque ad succurrere desunt D.