CHAPITRE IL
RURtK.
Les B<^gares. — > Irruption des Varègves en SlaTonie. •— Bësiinion des Slaves. — Us rappeUent chez eux les Yarègues. ^— Arrivée des trois frèreSy Rurik, Siaéoos et Trouvor. — • Rarik, premier grand prince. — Fondation de Novgorod , de Polotsk, de Rostow et de Biélo-Oïérou — Oskold et Dir, k Kiew. — Première expédition des Russes en Grèce. — La robe de la Sainte-Yierge. -« Défaite des vaisseaux d'Oskold.—- Mort de Rurik.
L'an 6366 (858)^ le tzar Mikhael (de Tzaragrad)> vint, par mer^ à la tête d'ime nombreuse armée contre les peuples Bolgares^ qui ne se voyant pas assez nombreux pour résister, demandèrent le baptême^ et se soumirent au tzar grec. Mikhael baptisa le prince et les sujets bolgares, puis il fit la paix avec eux, la seizième année de son règne.
L'an 6367 (85g), les Varègues (»), qui demeuraient de l'autre côté de la mer, vinrent lever tribut sur les Tchoudes, les Slaves, les Mériens et sur tous les peuples Krivitches. Dans ce temps*la , les Polaniens^ les Sévériens et les Viatitches étaient tributaires des Khozares, qui prélevaient un écureuil par maison.
Durant les années 6368 , 69 et 70 ( de 8ôo à 86a ), * a.
aO CfaRON.IQUE DE NESTOR.
Les Varègues traversèrent encore la mer ; cette fois-ci, les peuples qu'ils avaient déjà soumis refusèrent de leur payer tribut, et voulurent se gouverner eux-mêmesj maïs il n'y avait entre eux ombre de justice : une famille s'élevait contre iiiie autlre , et cette mésintelligence occasionnait de fréquentes rixes. Il se déchirèrent entre eux , si bien qu'ils se dirent enfin t <c Cherchons un prince qui nous gouverne et nous » parle selon la justice ( ^ )• » Pour le trouver , les Slaves passèrent la mer et se rendirent chez les Varègues ^ qu'on nonunait Varègues^Russes , comme d'autres se nortiment Varègues -Suédois , Urrnanieiis (Normands), Ingliens^ et d'autres Goths.
Les Tchoudes , les Slaves , les Krivitches et d'autres peuples réunis dirent alors aux princes de la Varégie : (( Notre pays .est grand ^ et tout y est en » abondance, mais l'ordre et la justice y manquent^ » venez prendre possession du sol et nous gouver- » ner. )) Trois frères Vaçègues réunirent leurs familles > et vinrent en effet occuper la Slavonie. Us abordèrent donc chez les Slaves, dans le pays desquels^ils bâtirent la yille.de Ladoga. Le plus âgé des trois, Rurik, fixa sa résidence le long des rives du fleuve de ce nom ( ^ ) .
Le second > Sinéous, s'établit chez nous, aux environs du lac Blanc. Le troisième, Trouvor, à Isborsk. Cette partie de la Russie reçut plus tard , des Varègues, le nom de Novgorod; mais les habitans de cette contrée, avant l'arrivée de Rurik, n'étaient connus que sous le nom de Slaves ( 4 ).
Deux années après ^ Sinëous et son frère Trouvor vinrent k mourir; Ruril alors resta seul maître du pays; il se rapprocha du lac Umen^ et bâtît sur les rives du Volchoif la ville de Novgorod. Maître absolu, du gouvernement^ il divisa le pays entre ses capitaines^ ordonna a l'un de bâtir la ville de Poltesk (Polotsk), à un autre celle de Rostow, et à un troisième celle de Biëlo-Ozéro^. et distribua dans cha-* cune de ces villes des colons Varègues. Mais les premiers habitans du pays de Novgorod étaient^ ainsi que nous l'avons dit, des Slavesj ceux du pays dePolotsk, desKrivitches j ceux deRostow, desMériensj ceux de Biëlo-Ozéro, des-Vesses^et ceux de Mourom, des Muromieosj et Rurik régna sur tous.
Or, il y avait parmi les Varègues deux hommes, Oskold et Dit^ qui nJëtaient pas de sa famille, mais pourtant boyards (5). Sans sa permission ils quittèrent leurs frères, et, suivis de quelques compagnons,. ils pénétrèrent dans le pays, et poussèrent même par le Dnieper jusqu'à Tzaragrad. Chemin faisant, ils découvrirent une ville située sur une montagne; ils demandèrent : « A qui cette ville? — On leur répondit : Elle appartenait autrefois à trois frères, Kii, Schtechek et Chori-ve, qui l'ont bâtie; mais ils sont morts, et actuellement, nous qui l'habitons, nous payons tribut aux Khozares. » Oskold et Dir apprenant ceci, s'établirent dans cette ville, appelèrent a eux un grand nombre de Varègues, et commencèrent à régner sur les Polaniens et leur pays.
Au demeurant^ tandis que Rurik régnait à Nov-^
gOTody durant les années 6371, 73, 78, 74, (863 à 66), Oskold et Dir firent une descente en Grèce, et y débarquement la quatorzième année du règne du tzar (^) Mikhaei. Ce prince, alors en guerre avec les Gigaramiens (les Arabes) , se trouvait sur les bords du fleuve Noir. Informé par le gouverneur de la vilk que les Russes fondaient sur Tzaragrad, il se hâta de refvenir sur ses pas; mais les Russes avaient déjà pénétré dans la Souda (7) (détroit de Canstantinople). Us y faisaient un horriMe c«mage des chrétiens, et commençaient le siège deTzaragrad avec leurs deux cents vaissea»ix. Le tzar, de retour dans sa capitale, se rend incontinent avec le patriarche Photius dans l'église de la sainte Mère de Diea^ aBlacheme (^) ; il y passe la nuit en prières; au point du jour, au milieu des diants des psaumes et des saints cantiques, le patriarche plonge la robe de la Sainte Vierge dans le fleuve, et aussitôt ses eaux, précédemment calmes et tranquilles, se soulèvent et s'irritent, les vagues se grossissent, et les vaisseaux des Russes idolâtres sont dispersés, jetés à la côte et fracassés, de telle sorte que fort peu échappent au désastre, et parviennent à regagner leur patrie (9).
Durant les années 6875, 76, 77 (867869), la foi chrétienne se propage en Bolgarie.
Durant lès années 6378 a 6887 (870 à 79), Rurik continue à régner en Russie; puis il laisse le trône a Oleg, prince de sa race, auquel il confie la tutelle de son fils Igor, très-jeune encore, et meurt (><>).
RURIK.,. a3
NOTES
(i) On a fait de longuet disêertatiôns sur la question non enéore bien résolue de savoir quels étaient les peuples Yarègues. Sans rapporter ici les diverses opinions émises par les écrivains jqui traitèrent ce sujet, je me bornerai à dire que, selon toute i^parence, les Yarègues n'étaient autres que ces peuples guerriers qui, ^us les noms de Scandinaves et ,de Normands, devinrent l'effroi, de P£urope au ix^ siècle. C'est a ces forbans intrépi^s que la société moderne est redevable de villes encore aujourd'hui si puissantes, lies Scandinaves habitaient les th)is royaumes de Danemarck, de Suède et de Norvège; ils entreprenaient, à l'époque dont parle Nestor , les traversées et les expéditions, les pliis difficiles^ et naturellement on est dispot^é à croire qu'ifs ne laissèrent pas en paix des contrées si rapprochées d'eux , telles que le pays des Tcfaottdes^ des Finnois, des Sl&ves et des Leckes. Dans des contes islandais, il est souvent fait mention de la Russie sous les noms d'Ostragardie , de Holmgardie, > de Gardarikîe, -pays orientai, pays riche ^ et des pierres runiqués ti>on- TéeS en Suèd6 et en Danemarck, et bien antérieures au christianisme*, prottveot par leurs inscriptions que, depuis long-temps» les Scandinaves connaissaient la Ghirkia, Grikia, ou Russie. Suivant Strahlemberg , les Yarègues , dont le noni en ancien suédois signifie un loup ou un pinUe, possédaient avant >Ru9ik, en Russie^ plusieurs petites seigneuries.
(3) Suivant une tradition russe, ce fut un nommé Gostomyl, qui suggéra à ses concitoyens l'idée d'appeler les princes varègués^
(3) « Le palais, ou plutôt le fort de Rurik, existe encore, si l'on en jcroitla tradition. Le monument désigné comme tel est réellement assez curieux peur mériter l'attention des voyageurs. Cest un bâtiment con- . struit d'après les règles d'architecture gothique, et auquel il reste encore quatre tours ou bastions. La matière qui a servi à bâtir est une espèce, de pierre brute ou ciment fort dur. Ces débris appartiennent à l'hono^ rable M. Saburow, conseiller, qui, par respect pour sa noble antiquité, les conserve dans l'état où il les trouva lorsqu'il s'en rendit acquéreur. J'ai entre les mains un plan exact de cette 4ïurieuse ruine, que je dois à la complaisance de M. Saburow. » {B^n. iSc^^rer^Corametat. de Nestor- )^
a4 CHKONIQTJB i)E NESTOR.
(4) Il est bon ôb remarier, à l'appui d* ropinion qp» nofu aToos émise sur l'origine des Varègues, que ces trois noms paraissent normands. Saxon le grammairien, Stourleson et les Contes islandais citent fréquemment des héros scàndinayes du nom de RéHk, Trouver, Trouvre, Snio, Sniaoes, etc.
(5) U ne faut pas confondre ces boyards avec ceux dont il est si sou* ▼eut question dans Fldstoire de Russie. Ce titre alors ne signifiait point Texercice d'un emploi quelconque; il était appliqué à toute personne qui héritait d'une grande propriété, ou qui la tenait en fief du souverain. On a dit que le mot boyard venait de 5o/^ (davantage) , et signir fiait quelqu'un plus grand, qui a plus qu'un autre : c'est une erreur. Tatischeffle tire d'un mot sarmate : bojarik, ou pojarik signifiait une tète forte, prudente, éclairée. £n efiet, si quelque événement grave agitait le pays , on convoquait les boyards , qui se réunissaient pour aviser, au bien de l'État, comme en agissaient autrefois en France les barons du royaume. Depuis, le chef de PÉtat di^osa du titre boyard, et ne l'accorda qu'à des services signalés. «Faute d'être instruitt de nos > coutumes, dit l'auteur de VAnûdotel des écrivains ont nommé boyards 3» tous les nobles de Russie, tandis que ce nom de boyards se donnait par y le souverain à quelques seigneurs de l'État seulement. C'était un titre u qu'on ne donnait qu'avec quelque commandement notable : les gêné-
> » raux.d'armée, les gouverneurs des provinces importantes, lesgi*andes » charges du ministère et de la cour étaient remplies par des boyards.... » Mais ce titre n'était point héréditaire, u {L'jântidote, tom. x, p. i5a).
(6) Tzéw est le titre que les Russes donnaient dès ce temps-là aux empereurs de Gonstantinople, et que depuis Ivan Yasiliévitchl®' jusqu'au règne de Pierre-le-Grand , ils donnèrent à leurs grands princes. L'étymologie de ce mot n'est pas bien connue : l'opinion la plus vraisemblable est celle qui là fait dériver du root persan sar, qui répond à notre mot français sire, qu'ont adopté les Anglais, et dont les Hébreux se ser^ vaient avant nous. ( Voy^z Guil. Burtoni xfi4«'« vcteris linguœ persicœ, édita à Joh, Henrico von Salen, Lub., 17^0, p. 86, not. 5&).
(7) Souda, Les commentateurs ont donné de ce mot une interprétation des plus absurdes. Xies uns en ont, fait le détroit d'Islande, d'autres l'ont expliqué plus ridiculement encore. Souda n'est pas> tiré du slavon, comme quelqties-uns l'ont cru. Ducange , dans son Glossaire , prétend que ^lîi^à signifie fossé garni de palissades.
(8) Célèbre église bâtie par l'empereur Marcien sur le bord du golfe, entre le faubourg actuel de Péra et la ville. On y conservait la miracu» leuse robe de la Tierge Marie.
RtRlK. a5
(g) Les bistoriei» byzantins sont en tout point conformes ayec Nestor •ur le récit de cette expédition; ils ajoutent seulement que quelquesuns des Russes idolâtres, efirayés du courroux céleste, demandèrent le iMiptéme. Vers la fin de 866, le patriarche Photius écriyait aux érèques d^Orient:
« Les Russes, si célèbres par leurs cruautés, et qui dans leur orgueil » osaient attaquer l'empire romain^ renoncent déjà à leurs superstitions, » et professent actuellement la religion de Jésus-ChrisL Naguère nos » ennemis les plus redoutables, ils sont derenus nos fidèles amis. Déjà » nous leur ayons euYoyé un érèque et un prêtre, et ik témoignent le » plus grand zèle pour le christianisme. »
(lo) A ce simple récit, fait par un homme grossier, ignorant et superstitieux du xi« siècle, opposons celui si colora qu'un Français spirituel, instruit et philosophe du xix* a bien voulu nous donner du même règne. Quoiqu'un peu long, je garantis le second plus récréatif que le premier. Quant à la bonne foi,' à la Traisemblance des détails, aux couleurs locales, comme on dit aujourd'hui , je m'en remets aux Russes du soin de caractériser le mérite de notre compatriote :
« Pendant bien des années , l'histoire , et même la tradition , n'indiquent rien de positif. Seulement on nous dit yaguement que les Russes, mélange informe de plusieurs peuplades qui se heurtaient, se chassaient, se détruisaient tour-à-tour, payaient et receTaient réciproquement des tributs plus ou moins honteux et lourds. Un yieiUard ( de vieilles chroniques se sont donné la peine de nous transmettre son nom), Gostomyl, jouissait de beaucoup déconsidération parmi les Russes ses compatriotes. Ses cheveux blancs , ses grands biens, et de bonnes intentions, plus que ses lumières, donnaient du poids à ses avis. Toyant avec peine que son pays s'épuisait d'hommes et de ressources dans de petites guerres meurr trières, il s'avisa un jour de fête chômée (/a loi chrétienne commençait à pénétrer dans ces contrées lointaines) ^ de rassembler autour de lui tous les chefs de famille , pour leur dire :
« Mes amis, n'êtes-vous pas las, autant que moi, de la vie que nous menons? Nous ne formons pas même un peuple, et nous en supportons toutes les charges, sans goûter les douceurs d'une nombreuse association. N'eus avons eu des rois qui nous ont indignement trompés, peut-être parce que nous les avons reçus de la main du hasard ou de la force. Essayons d'un monarque de notre choix, pris parmi nous, si vous aimez mieux, pour éviter toutes dissensions civiles chez nos voisins... Réfléchissez à cet avis que je vous donne par amour pour mon pays; et dans quelques jours soyons en état de prendre une résolution salutaire i».
M Parmi les nations voisines, les Russes distinguaient les Varègues,
^6 CHRONIQUE B% NESTOK.
p«qpl8 asaez dous, diez lequel figurait un liqgpaie fort ricbe, et Miibitieux k proportion. On le nommait Rwik ^ il ^taU possédé 4e la n^anie itiife qudqife chos9, et de faire parler de lui. U soudoyait des émisiaires iC^arf^s dç lui trouver une occasion de se montrer avec avantage. Il est instruit du conseil que le bon Gostomyl avait hasardé au milieu des Ii0t4»le8 de sa vîlk. ButtIl ne perd pas de temps, il «ppelle à lui sas d€Wt Irèr^y Trauvor (A Sinéons et.aes amis les plus déterminés , pour leur cemmmiplquer ses prc^e^ : « La fortune im>us ouvre les bras ; qui d'anire vous veut m'accompagner à Novgorod ? An moyen de quelles «ecoufs semés adroi^tement parmi les familles indigentes , et il n'en manque pas en Russie y Iqs écrits sont disposés à nous recevoir. Les cœurs sont à nous ; ces bonùes gens sont afiamés d'avoir un mattre. J'ai tout prévu : rassemblons-nous le plus en armes que nous pourrons ^ j'ai la parole d'une partie de la ville d'être proclamé aus^tôt fu'on m'a> percevra. Venez , mes chers compagnons , venez partager les faveurs du trône , elles seront toutes pour vous^ [e ne me réserve que le plaisir de vous les distribuer. Mes fi'ères, vous savez que cette contrée est assez vaste pour être divisée en trois royaumes 5 et si j*accepte une coujronne, c'est sous la condition que vous en aurez aussi chacun une autre. » *
a Cest ainsi que Burik faisait le partage du bien^ d'antrui , et s^en mettait en possession, .sans soupçonner seulement si les hommes ont des droits sur la terre qu'ils cultivent et qu'ils habitent. Tout se passa comme le voulait cet ambitieux, qui n'eut pas de peiu^ à se saisir, d'un scepti'e qu'il avait payé d'avance. U n'eut garde de manquer de parole à ses deux frères : il fit trois parts de la Russie^ et en donna à chacun un tiers. Lecteurs honnêtes, tant de loyauté vous étonne ^ mais apprenez que Sinéous et Trouvor cessèrent tous deux de vivre peu de temps après le partage , et presqu'à la même époque. L'histoire de ces vieux temps f la discrétion de taire leur genre de mort : mais une antique chronique slavone manuscrite, trouifée éUuu la bibliothèque poudreuse ^un petit monastère grec , dont le prieur sai^ait à peine la langue de sa religion , nous instruit que Burik , qui avait déjà trafiqué du trône russe, paya ce qu'on voulut pour être déUvré de ces deux co -associés. Un poison lent fit justice de Trouvor : Sinéous, à la chasse, fut pris pour une bête fauve par un capitaine de ses gardes , dont le roi, qui survécut à ses deux frères , prit un soin tout particulier, en raison du service qu'il venait de lui rendre. Les fratricides sont si communs dans l'histoire de la politique, qu'on y prend à peine garde.
» L'officier qui se chargeait des expéditions secrètes de Eurik, se nommait Oleg j c'était un ambitieux subalterne qui îouera un grand rôle
lous le règne tiÛTant. Il àeyint le bras droit de son maître, qui ne s^en défia pas assez.
» Seul souTerain de toute la Russie , Rurik deTait être satisfait. On espérait ^u'il apportenUt tous ses soins pour éclairer la nation gui Vavait élu son chef. Il n'y avait pas plus d'administration que de lois ; des usages barbares tenaient lieu de code ^ l'instinct de la nature faisait le reste. Mais Rurik éuît né arec une âme trop remuante pour s'occuper paisiblement sur le trône du bonheur de ceux qui l'y avaient appelé. Le Toilà comme un autre Alexandre, se trouvant trop & l'étroit dans un royaume déjà si vaste. Il rêve la,c»oqq|Su des Grecs ses voisins, et mène contre eux une armée considérable, mais mal disciplinée. Il fallut rentrer chez soi honteux, et avec la perte de presque toutes ses troupes.
> Oleg, qui lui avait conseillé cette ihalheureuse expédition pour lui faire perdre F estime et la confiance de la nation , se livra de son c6té à des ^^colations non moins ambitieuses , mais mieux concertées que celles de son mattre. H se dit donc un jour à part lui :
« Rnrick , dégoûté de la manie des conquêtes , va peut*>étpe vouloir » rentrer en gr&ce avec le peuple , en renonçant an titre brillant de » triomphateur , pour mériter cdui de sage législateur de la Rnsiie.
> Cela peut lui réussir ; et dans cette chance , me voilà devenu inutile;
> par conséquent peu considéré. U a on fils ; j'ai une fille du même B âge. Envoyons Rurik tenir compagnie à ses deux frères , auxquels il » a fait prendre les devants; la peine an. teHon est de toute justice. Une
> fois dans la tombe , je deviens naturellement souverain de la Russie , » sous le nom du jeune Igor , que je marie a ma petite Olega »...
« Gleg fit comme il avait dit. L'an 879, on trouva Rurik exhalant son dernier souffle sur sa couche royale. Cette mort lut ménagée de ûiçon qu'il eût le temps , a'^nt que d'expirer , de recommander le fils an meurtrier du père. Les Russes nd portèrent point dans le cœur le deuil d'un prince qui ne valait pas mieux que les autres , quoique de leur choix. Les clair-voyans surent gré tout bas à Oleg d'avoir délivré rétat d'un intrigant étranger sans talent, pour justifier l'illégitimité 4e son âévation. » (JSKstoire de la Russie , réduite aux seuls faits im* portons , par l'auteur du Foyage de Pythagore , avec cette épigraphe : Muita pauâs, •— Paris, 1807, J vol. in-fio).
2î8 CHRONIQXTE DE NESTOR.