‹ La chronique de NestorChapitre 14 sur 43 · CHAPITRE IIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE IIL

Conquêtes d'Oleg. —Mort d'Oskold et Dir. — Eiew, la mère des yille» russes. — Invasion des Ougres. — < Méthode et Constantin composent Palphabet, slavon. — Le pape. — Premiers livres slavons. — L'apôtre saint Paul. — Mariage d'Igor. — Expédition d'Oleg en Grèce. — Navigation en rase campagne. •— Paix avec les Grecs. — Les voiles de soie et les voiles de coton. — Traité de paix avec l'empire.— -Prédiction d'un sorcier. — Mort d'Oleg.

L'an du Monde 6388 à 6890 (880 à 88a), Oleg, à la tête d'une nombreuse armée composée de Varègues, deTchoudés, de Slaves, deMériens, deKrîvitches et d'autres peuples encore, sort avec le jeune Igor de la principauté de Novgorod, Instruit qu'Oskold et Dir ont rangé sous leur domination les peuples Polaniens, il s'avance dans l'intention, de les combattre, et gagne en peu de temps les rives du Dnieper.

Arrivée près de Smolensk, l'armée d'Oleg s'arrête au-dessus de cette ville, et dresse des tentes de toutes couleurs. Les Smolenskois, informés del'approcbe de ces nouveaux venus , envoient a l'une de ces tentes les plus vieux d'entre eux, qui prennent des in-

formatioiis sur ces étrangers : ccQui sont^ demandent- » ils, ces gens qui sont venus ici? Cette pompe an- » nonce- t-elle Tarrivée d'un tzar ou d'un knès?» Oleg s'avance alors tenant Igor par la main : « C'est , }X leur répond-il, le knès russe, le jeune Igor, fils de D Rurik... » A ces mots les Smolenskois le recon-* naissent pour maître, et toute la ville se soumet au prince Igor.Oleg étahlit des lieutenans, et s'embarque ayec les siens sur le Dnieper (»).

Il arrive a Lubetch, s'en empare, et la met également sous l'autorité de ses lieutenans. Puis il s'approche des montagnes de Kiew, et, apprenant qu'O^ kold «et Dir y régnent, il ordonne à quelques-uns de ses soldats de se cacher dans des barques et de le suivre; il laisse le reste de son armée en arrière, et s'avance tenant dans ses bras le fils de Rurik, Igor, alors . encore enfant. Il gagne les environs de la montagne d'Ugor, puis envoie a Oskold et Dir le message suivant : a Nous sommes des marchands qui, au nom D^l'Oleg et d'Igor, fils de Rurik, nous rendons en » Grèce; ven^, et ne voyez en nous que des compa- » triotes (^), » Mais à peine Oskold et Dir sont-ils arrivés que les soldats russes sautent hors de leurs barques, et qu'Oleg dit aux deux frères : «Vous n'êtes » point princes, ni même issus de princes; tenez, )) ajoute-t-il en leur montrant Igor, fils de Rurik, , » voici votre maître. » A ces mots, les gens d'Oleg frappent Oskold et Dir, et les mettent à mort (^). On porta leur corps sur la montagne, et ils furent inhumés daas un endroit encore appelé aujourd'hui le Camp

3o CHRONIQUE DE NESTOR.

des OugreSy non loin de la maison d'OImin. Sur le tombeau d'Oskold fut ëlevë plus tard Féglise Saint- Nicolas, et non loin de là, sur celui de Dîr, Féglise Sainte-Irène.

Oleg incontinent prit possession de Kiew et y ëtaiblit sa résidence, puis il dît : a Cette ville (4) sera » désormais la mère de toutes les villes russes. » Or, comme il avait avec lui des Varègues, des Slaves et quelques autres peuplés russes, cette contrée prit le nom de Pays des Russes. Oleg ne tarda pas à bâtir des villes ; ensuite il soumit les Slaves, les Krivitches et les Mériens à diverses taxes; et comme il se trouvait alors en paix avec ses voisins, il permît aux Varègues de lever tiii tribut annuel dé trois dents grivnas (5) sur les Novgorodiens , tribut qu'ils continuèrent" a recevoir jusqu'à la mort d'Iaroslaw.

L'an 6891 (383), Oleg déclara la guerre aux Drevliens, les subjugua et les soumit à l'impôt d'une martre noire par personne.

L'année suivante il marcha contre les Sévériens, qu'il vainquit, et auxquels il n'imposa qu'un léger tribut, leur défendant toutefois de rien payer à Favenii* aux Khozarës. «Je suis leur persécuteur, dit-il aux » Sévériens, mais non le vôtre; vous n'avez rien à » craindre. »

L'an 63g3 (885), Oleg fit dire aux Radimitches : « A quî payez-vous tribut? » Ces peuples répondirent ; «Aux Khozarës.— A Favfenîr, ajouta Oleg, vous » ne paierez rien aux Khozarës, mais à moi seul. )> Et chacun d^eux lui paya un schelling, ainsi qu'il le

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payait prëcédennnent atix Khozares. La domination d'Oleg s'ëtendait alors sur les Polaniens^ les Drevliens^ les Sévériens et les Radimîtches. Mais il resta en guerre avec les Saulîtches et lesTitverstes.

L'an 6894 et 95 (sse A 87), régnait k Tiaragrad Léon, fils de Basile, sumommé le Lioriy et son frère Alexandre , dont le règne dura vingt-six ans.

Durant les années 6596 à 64o6 (de 886^898), les Ougres traversèrent la chaîne des montagnes encore appelées de nos jours les Montagnes des Ougres^ ib s'approchèrent des rives du Dnieper, et campèrent avec leurs kibitks noù loin de Kiew. Nomades comme les Polovtzi, et venus de l'Orient, ils déclarèrent la guerre aux habitans de ces contrées, aux Volaques et aux Slaves, qui, après s'être déchirés entre eux, s'étaient mêlés^ et avalent fait le partage du territoire. Les Ougres, arrivés plus tard, battirent les uns et les autres^ et habitèrent ensuite la mdine contrée, ce qui fit donner a une partie du pays le nom de pajs des Ougres (û).

Bientôt commencent leurs agressions contre ta Grèce : ils dévastent la Thrace et la Macédoine, et pénètrent jusqu'en Thessalonie. Ils' entrent éga^ lement en guerre avec les Moraves et les Tchèques, peuples d'origine slave* C'est Fépoque de l'établissement des Slaves sur les rives du Danube, où bientôt survinrent les Moraviens, les Tchèques, les Leckes etlesPolaniens, peuples qui portent tous aujourd'hui le nom de Russes.

Le premier livre slave fut une traduction faite en

Moravie, aussi à-t-on conservé aux caractères alphabétiques encore en usage en Russie le nom d'Alphabeth slavon. A ce sujet il faut savoir qu'il se trouvait parmi les Bolgares qui occupaient les rives du Danube, des Slaves baptisés (7). Leurs princes, Rostislaw, Sviatopolk et Kozel, envoyèrent un jour des députa au tzar Mikhael, qui lui dirent, dé leur part : « Nos frères sont baptisés, et pourtant nous n'avons y> point de maîtres pour nous instruire et nous endoc- » triner, et qui sachent nous expliquer les Livres » saints : parmi nous chacun les interprète à sa guise. » Nous n'entendons ni la langue grecque ni la lan-

' » gue latine; cela fait que nous ne pouvons compren- » dre les mots des livres, et encore moins leur sîgnî- }> fication. Envoie -nous donc un docteur, qui nous y> puisse enseigner à comprendre ces livres et leur » sens. » Le tzar Mikhael ayant entendu ces mots, fit. » réunir tous ses philosophes et les instruisit du message des princes slaves. Les philosophes alors lui d^-

' rent : «H y a enThessalonie un homme appelé Lëon, » qui a deux fils fort savans, lesquels possèdent la » langue slavonne. » Le tzar, à ces mots, fit dire à Léon, en Thessalonie : (c Envoie-moi tes deux fils, )) Méthode et Constantin. » Léon, aussitôt cet ordre reçu, se hâta de les envoyer, et les deux philosophes vinrent trouver le tzar. «Voyez, leur dit celui- » ci : les Slaves m'ont adressé un message par lequel » ils me prient de leur envoyer un docteur qui puisse » leur expliquer les Livres saints : tels sont leurs » vœux. »

Les deux, frères, excités par le tzar, se rendirent chez les Slaves, et vinrent trouver Rostislavr, Sviatopolk et Kotzel. Aussitôt leur arrivée, ils se mirent a composer un alphabet en langue slavonne, et commencèrent a traduire dans cette langue les livres des apôtres et des Evangiles. C'est alors que les Slaves se réjouirent grandement d'entendre enfin dans leur propre langue les merveilles de Dieu. .

Ensuite ils traduisirent les Psaumes et les Octaves, et d'autres livres^ Mais alors des envieux se mirent à , déprécier les livres slaves, et dirent: «Il n'est donné à » aucune nation d'avoir un alphabet particulier, si » ce n'est aux Hébreux, aux Grecs et aux Latins, à » cause de l'inscription que PJlate a fait placer sur la » croix de Notre-Seigneur. », Aussitôt que le pape eut étéinforméàRomede cette erreur, il réprimand^ceux qui murmuraient contre les livres slaves, et dit : ce C'est » pourtant la seule manière dont puissent s'accomplir » ces paroles de l'Écriture : Toutes les langues ra^ » conteront les merveilles^ de Dieu^ selon que le w Saint-Esprit leur donnera de les exprimer. Que » ceux donc qui déprécient la langue slave soient » aussitôt bannis de l'Église jusqu'à ce qu'ils avouent » leur tort^ car ce sont des loups, et non point des » agneaux que Ton doit reconnaître à leurs acyi tions, et dont il faut se méfier. Maïs vous, enfans » de Dieu, soyez attentifs a sa Jeçon, n'abandonnez » point la doctrine de l'Église, celle que votre maître » Méthode vous a enseignée. »

Constantin ensuite s'en retourna pour instruire la f. 3

nadon des Bolgares : quant a Méthode^ il resta chez les Moraves; après quoi le prince Kotzel l'établit évêque de Pannonie, sur le siëge de Fapôtre saint Andronîk^ Fun des soixante-dix disciples de l'apôtre saint Paul. C'est alors que Méthode, avec l'aide de deux popes qui écrivaient habilement, traduisit tous les livres du grec en slavoii , depuis le commencement jusqu'à la fin, et ce dans l'espace de six mois, ayant commencé vers la lune de mars^ jusqu'au 1 2 octobre suivant. Puis, quand tout fut achevé, on rendit de solennelles actions de grâces à Dieu, qui avait daigné soutenir si efficacement l'évêque Méthode dans ces travaux. Cependant Fapôtre Ândronik avait le premier enseigné en langue slavone , et même avant lui Fapôtre saint Paul était déjà venu chez les Mo- . raves, et y avait prêché la parole de Dieu : en effet, non loin de ce pays est FIllyrie, d'où était sorti l'apôtre $aint Paul. Les Slaves avaient habité ces contrées : d'où il résulte que l'apôtre avait aussi enseigné en langue slavonne, et qu'il fut notre maître. Ce fut lui qui ensuite désigna comme son successeur le jeune Andronik. Or^ on sait que la langue russe et la langue slavonne ne sont rien qu'une même langue, que ce nom de Russes nous a été donné des Varègues, et qu'aupa- ^ ravant nous n'étions connus que sous le nom de Slaçes: les Polaniens qui se trouvaient parmi les Slaves, n'avaient non plus d'autre langue. Le nom de Polaniens^ qu'onleur donnait venait des champs qu'ils cultivaient, ei parce qu'ils habitaient la plaine, mais ils étaient d'origine slave, et n'avaient d'autre langue que leslavon(^)»

De 6407 à,64ïO (889 à 90a), le tzar Léon arma les Ougres contre les Bolgares, et le pays de ceux-ci fut aussitôt envahi. Siméon^ instruit de leur marche, essaya de les arrêter au passage, mais les Ougres dis^ persèrent les Bôlgares, e^les maltraitèrent au point que Simdon à grand'peine put gagner le Dniester.

Eki Tan 64ii (99^), Igor atteignit sa majoritë, et pour cdb n'en resta pas moins soumis a Oleg, qui lui ût épouser Olga (9) de Pleskow.

De 64i3 à 641 5 (904*907), Oleg se reposant sur Igor du soin de gouverner Kiew, se prépare à marcher contre les Grecs. Il recrute une multitude de gens tels que Varègues, Slaves, Tchoudes, Krivitches, Mériens, Drevliens, Radimitches, Polaniens, Sévériens, Viatitches, Chfovateis, Doulèbes et Tivertses, peuples dont nous avons déjà fait mention et dont les Grecs désignaient le pays sous le nom de Grande-Scythie. Avec cette armée, composée de cavalerie et d'une flotte forte de plus de deux mille navires , il se dirige sur Tzaragrad.

lies Grecs, k leur approche, s'entourent de palissades et^se retranchent dans la vîUe. Mais Oleg donne Tordre d'aborder au rivage 5 il commence les hostilités , massacre les habitans des campagnes environnantes, incendie les églises et détruit nombre d'édifices. Les Grecs sont ou prisonniers de guerre ou passa au fil de l'épée. Les uns sont assommés, les autres précipités dans la mer^ ceux-ci soi\t percés de flèches, ceux-là torturés cruellement, sans parler d'une infinité d'autres supplices que les Russes font

subir. aux Grecs, et qui sont fréquemment employés entre gens de guerre. Puis Oleg ordonne à ses gens de construire des roues et de les adapter aux vaisseaux; et dès que le vent est favorable, il fait tendre les voiles , et les vaisseaux arrivent à travers champs jusqu'aux portes de la ville ('<>). A la vue des Russes, les Grecs épouvantés se con3ultent et envoient des amhassadeurs^à Olçg, qui lui disent : « Consens a ne » pas détruire notre ville , et nous te paierons un » tribut^ tel que tu l'exigeras. » Oleg suspendit ses hostilités , et les Grecs portèrent à son armée de la nourriture et du vin , qu'Oleg ne voulut point accepter. En effet, ces mets étaient empoisonnés. Les Grecs, effrayes, dirent : « Ce n'est pas Oleg, mais saint » Dmitri que Dieu a suscité contre nous. » Oleg exigea qu'ils payassent douze grivnas à chacun des gens de ses deux mille vaisseaux ('i). Or, il y avait quarante hommes sur chaque vaisseau. Les Grecs y consentirent et lui demandèrent la paix, afin qu'il ne désolât pas davantage le pays.

Oleg s'éloigna un peu de la ville , et consentit à négocier une paix avec les tzars grecs , Léon et Alexandre. Il leur députa à cet effet dans la ville , Karl, Pharlophy Veremond, Rulaw et Stemida, qui leur dirent en son nom : « Payez-moi le tribut. » Les Grecs répondirent : « Nous vous donnerons ce » que vous voudrez. » Et Oleg leur ordonna d'abord de compter aux soldats des deux mille vaisseaux douze grivnas, puis il les obligea à faire un présent gratuit xmx villes russes suivantes : à Kiew, à Tschernigow,

à Përéiaslaw, à Poltesk , à Rostow , à Lubetch et à quelques autres villes encore que gouvernaient des princes russes, sous la pFOtection d'Oleg. Il exigea • en outre ce qui suit : « Lorsqu'un Russe viendra dans » les environs de la ville, il lui sera donne pour sa » nourriture tout ce qu'il pourra demander. Mais si » des marchands viennent en qualité d'hôtes, ils re- ». cevFont leur pension pour six mois, tant en pain et » tin qu'en viandes, poissons et fruits. 11$ seront seù- » lement tenus de désigner l'espèce et la quantité de » vivres qu'ils exigent. Et quand un Russe retournera » chez lui, il recevra du tzar^ outre sa provision de » vivres, une ancre, des cordages, une voile, et tout » ce qui lui sera nécessaire peur le retour^ »

Les Grecs furent satisfaits de ces conditions ; cependant le tzar y mit les restrictions suivantes : « Lorsqu'un Russe ne viendra pas ici à raison de » commerce, il ne devra recevoir -aucune pension men- » suelle : le prince russe eh outre devra, au- moyen )) d'un ordre, interdire aux Rtisses qui viendraient )) par-ici toute- exaction dans nos villages; quant à » ceux qui viendront à Constantinople pour affaires, » iLs séjourneront à Saint-Mamée , et notre gouver- )) nement fera écrire leur nom, puis ils recevront leur )> entretien mensuel, en commençant par^ceux de la » ville de Kiew^, ensuite ceux de Tschemigow, puis )) de Péréiaslaw^, et ainsi des autres. Il ne pourra » jamais entrer en ville plus de cinquante hommes, » sans armes; ils seront accompagnés d'un soldat du » tzai;, et ne pourront pénétrer en ville que par une

)> seule porte ;^ ils pourront acheter ce qui leur sera » nécessaire^ sans rien payer a la douane. »

Les tzars Léon et Alexandre firent donc la paix avec Olegj puis après être convenus du tribut^ ils firent le serment et baisèrent le crucifix Fun après Fautre, Oleg et ses soldats jurèrent aussi d'observer le traité^ mais a la manière des Russes, en élevant leurs armes^ et en invoquant leur dieu Péroune et le dieu des bestiaux y oloss ; puis la paix fut ratifiée.

Alors Oleg dit : « Préparez des voiles de soie pour les Russes^ et de coton pour les Slaves. » Et cela fut fait ; et il éleva soa bouclier au-dessus de la porte de la ville^ pour marquer sa victoire. Puis il abandonna Tzaragrad, et les Russes déployèrent leurs voiles de soie et les Slaves leurs voiles de coton. Mais le vent ayant déchiré celles de soie y les Russes dirent : <c Laissez-nous prendre nos propres voiles, cela est épais, et ne donnera aux Slaves aucune raison de jalousie. »

Oleg revint donc a Kiew (*^) rapportioit avec lui des richesses, des étoffes d'or, d'argent et de soie, des fruits^ des vins et toute espèce d'objets précieux. Et dès ce moment il fut appelé le sorcier y car ses gens étaient des idolâtres et des idiots.

De 64.16 à ig (908 à 911) parut à l'Occident une grande comète , en forme de buisson ardent.

En Fan 6420 (91a) Oleg envoya ses gens pour renouveler la paix avec les Grecs , et pour fixer les limites entre la Russie et la Grèce. Ces ambassadeurs étaient les mêmes que ceux qui précédemment avaient,

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avec les mêmes t^rs Léon el Alnsmdre, conclu le premier traité de paix : „ .

« Nous, de la nation russe, K^rl^ Inegeld^ Phar^ hph, P^eremondy RidaWf Gudi, Ruald, Kar^ PhrelaWj Rualy Aktew, Truauy Lidul^ Phest et Stemid, députés par Oleg, le grand prince russe, ^ par les très-illustres grands princes et grands boyards qui sont sous ses ordres, vers vous, Léon , Alexandre et GonataJGitin , par la grâce de Dieu , grands autocrates et tzars de Ja Grèce, pour renouveler et raffermir l'amitié qui a existé depuis plusieurs années entre les ^ chrétiens et les Russes; suivant la volonté de notre grand prince et l'ordre de tous les Russes qui sont sous sa domination, notre Seigneurie souhaite avant tout, qu'avec l'aide de Dieu, la bonne amitié qui régnait entre les Russes et les chrétiens soit confirmée et renouvelée ; nous trouvons donc a propos que ce qui a étc convenu verbalement entre nous soit écrit et rendu plus solide et notoire, parle moyen d'un ser-* ment solennel que nous ferons, vdus à votre manière, et nous sur nos armes^ suivant notre religion et nos coutumes, {Suivent les articles du traité).

i.o D'abor4 et avant tout, 6 Grecs ! nous voulons avoir la paix avec vous; aimons-nous donc les tms les autres de toute notre âme et de toutes nos forces : nous. Russes, nous ne souffrirons pas, autant qu'il nous sera possible, que les sujets de nos illustres princes vous causent dommage ou vous donnent àu-^

4o CHRONIQUE DE NESTOR.

cun sujet de plainte. Nous tâcherons que notre amitié pour yous^ Grecs^ soit solide ^ immuable , et se maintienne à toujours et à jamais ; et pour la rendre plus valable, nous, en ferons une déclaration publique, par écrit, que nous confirmerons par germent. Vous, Grecs, conservez de la même manière, fermement et a toujours uiie semblable affection pour notre illus^ trissime grand prince russe et pour tous ses sujets, sans nulle feintise ni déception.

2.<> S'il se commet un dommage, la personne lésée fournira la preuve du délit par témoin sûr et non gagné 5 s'il n'y a témoin digne de foi , la partie qui demande à être crue sans preuve, prêtera serment, et, le serment fait, le crime sera puni suivant sa gravité.

3.0 Si r«n tue l'autre, savoir : un chrétien un Russe ou un Russe un chrétien , le meurtrier sera mis a mort à Tendroît même où il aura commis le crime. Si le meurtrier s'échappe, • et qu'il soit domicilié, le plus proche parent dç la victime prendra une partie des biens qu'il laisse; la femme de la victime recevra également ce que la loi lui adjuge. Mais si celui qui a commis un meurtre ne possède rien et est en fuite, le procès durera jusqu'à ce qu'on Tait trouvé, et alors il sera mis à mort.

4.^ Celui qui frappera quelqu'un avec une épée ou un autre instrument, devra pour ce fait payer une amende de cinq livres d'argent, suivant la loi russe. Mais si le coupable n'est pas riche , il donnera ce qu'il pourra , jusqu'aux caleçons qu'il porte ; puis il

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devra feîrè le serment, suivant sa religion, qu'il ne possède rien autre chose, et toute poursuite ultérieure sera interdite.

5.0 Si un Russe dërobe à un chrétien, ou si un chrétien dérobe à un Busse telle chose^ que ce soit, et que le voleur soit pris par celui chez qui il commet le larcin 3 ou si tandis qu'il est a le commettre il est tué, il ne sera au sujet de sa mort fait aucune recherche ni par les chrétiens ni parles Russes, et cela encore moins si Ton trouve sur lui la cho^ déro- ' bée (^4). Mais si le voleur se laisse saisir par celui auquel il a volé, celui-ci le liera fortement; et le forcera a rendre Fobjet qu'il a eu la hardiesse de dérober , et en outre a payer trois fois la valeur de cet objet.

6.0 Et en général si quelque chrétien ou Rilsse emploiera violence pour voler , il paiera trois fois la valeur de la chose prise.

7.0 Si un navire est jeté par une grande tempête sur une côte étrangère, où nous Russes nous nous trouverions, alors on ira pour préserver le navire avec sa cargaison , et pour le renvoyer jusqu'aux pays chrétiens ; on l'accompagnera dans tous les passages périlleux jusqu'à ce qu'il arrive à un endroit où il ne soit plus exposé à aucim danger; et en otitre si quelque navire est retenu par la tempête ou par un calme plat, de manière à ne pouvoir retourner a son pays , nous Russes nous l'aiderons de nos rames et l'accompagnerons jusqu'à ce que ses^marchandises soient en lieu de sûreté, s'il n'est pas trop éloigné des rives de la Grèce.

£t si un vaisseau russe vient à ëprouvér un pareil accideilt^ on Facoompagnera également jusqu'en Russie : les marchandises du navire seront exposées en vente , et ce qui pourra être vendu du navire , nous Russes nous en prendrons Fargent, et lorsqu'on ira en Grèce pour affaires de commerce ou en ambassade vers les tzars ^ on rendra compte en conscience deFargent qu'auront produit les marchandises du vaisseau. Et s'il pouvait se faire que quelqu'un de Féquipage fut tué par Un de nos gens, ou que quelque chose des marchandises du navire fôt dérobé , le coupable aussitôt serait puni comme il a été dit plus haut*

8.<> Mais d de l'un des deux côtés, Russe ou Grec, il 'se trouve un captif qui ait été vendu dans un autre pays, et que cela soit reconnu, Russe ou Grec , lé prisonnier pourra retourner dans sa patrie, et celui qui Fa acheté recevra en rançon ce qu'il a payé, ou le prix de l'achat de FeSclave sera converti en paie de journées. Pareillement un prisonnier devra être renvoyé dans son pays, et le prix de sa rançon sera le même qu'il a déjà été exprimé, et comme s'il provenait d'un achat. Mais si le prisormier demande l'honneur de porter le^ armes pour votre tzar, qu'il vienne en tel temps qu'il veuille, s'il trouve à propos de demeurer près de votre tzar,' alors il sera rançonné par les Russes. Pareillement si des prisonniers chrétiens ou autres, de quelque pays qu'ils soient, viennent en Russie , ils seront vendus aux chrétiens pour vingt pièces d'or, et renvoyés en Grèce.

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