OLEO
9,0 Si uo esclave russe dérobé a pris la fuite ^ s'il a été vendu par force, les Russes en porteront plainte; et s41 est prouvé qu'on a usé de violence, les Russes pourront le ireprendre. Pareillement si uti marchand s'aperçoit qu'il lui manque un esclave et qu'il en porte plaiate , il pourra en faire la recherche ; et s'il le retrouve , le reprendre* Mais lorsqu'il demandera à prouver ce qu'il avance, si le juge du pays ne veut le permettre , il perdra son droit.
lo.o Si quelqu'ouvrier russe se trouvant parmi les drecs auprès des tftars chrétiens, vient à mourir sans lavoir mis ordre à ses affaires ou sans héritiers, ses biens alors devront être renvoyés en Russie à ses alliés les plus proches. Mais s'il a fait un testament, celui qui y est désigné et a qui il a destiné sa succession pourra requérir la mise en j|buissance, et il devra en toucher l'importance des Russes chargés en Grèce de cçs affaires,, et qui en sçront responsables.
ii.o Si un malfaiteur s'échappe de Russie, les Russes en porteront plainte auprès du tzar, et si le coupable est saisi, il sera ramené bon gré malgré en Russie.
Les Russes et les Grecs seront également tenus d'^cconiplir les présentes, telle chose qu'il arrive j et pour signe de l'inviolabilité de l'alliance que nous voulons voir établie entre nous chrétiens et Ruisses , jQOus avons fait ce traité, qui a4âté transcrit sur deux feuilles (par le secrétaire Jan), sur chacune desquelles a été apposQe la signature du tzar, devant la sainte croix et la sainte et indivisible Trinité, seul et vrai
Dieu : ce qui a ëtë lu auxdits ambassadeurs russes, a qui il en a ëlé délivré un double.
Et nous aufisi^ Russes ^ avons fait le serment audit tzar, devant Dieu, comme étant également créature de Dieu, suivant notre foi et celle de notre nation, que de notre côté nuUe infraction ne sera portée aux articles de ce traité de paix et d'amitié. En foi de quoi nous avons donné audit tzar une pareille copie de la résolution prise entre nous, pour la conservation et le maintien de ladite paix.
Fait le deuxième jour du mois de septembre, la quinzième semaine de Fan du Monde 64^0. »
Ensuite, le tzar Léon donna aux envoyés russes des présens consistant en or, habits précieux, étoffes et autres bijoux, pms il leur fit montrer la beauté et la' magnificence des églises , les édifices dorés et les riches trésors qu'ils renfermaient tant en monceaux d'or qu'en étoffes et pierres précieuses : puis les instrumens^e la passion, la couronne, les clous, le manteau de pourpre et les reliques des saints ; et les Grecs louèrent beaucoup leur religion, et voulurent montrer aux Rus&es la véritable croyance : après quoi le tzar les fit reconduire dans leurs pays avec de grands témoignages d'estime et de considération.
Les envoyés revinrent donc (luprès d'Oleg, et lui rapportèrent les discours des tzars, la manière dont ils avaient conclu la paix et établi les limites entre la Russie et la Grèce, puis comme ils avaient fait un serment que ni les Grecs ni les Russes ne pouvaient rompre.
Oleg alors continua à régner dans Kiew^ ayant la paix avec tous ses voisins.
Cependant l'automne vint, et Oleg se souvint d'un cheval qu'il avait donné à entretenir, sans vouloir le monter davantage; cela venait de ce qu'un jour voyant un sorcier, il lui dit : « Comment dois -je » mourir? » Et l'enchanteur ou sorcier lui avait répondu : « Prince, ce cheval que tu aimes et sur lequel » tu es monté, sera la causé de tamort.,» Oleg, trou-blé, se dit en lui-même : « Je ne veux ni le monter ni » le voir plus long-temps, » Il donna l'ordre à un valet de le nourrir, mais de ne jamais l'amener devant lui. Quelques années se passèrent sans qu'il le vît, jusqu'à la guerre contre les Grecs. A son retour à Kiew, et cinq ans après la prédiction, il se souvint du cheval qui, suivant ce que lui avait dit le devin, devrait être la cause de sa mort. Il fit venir son ancien palfrenier,'et lui dit : « Que fait le cheval que je t'a- » vais donné à nourrir et à soigner?» Clelui-ci répondit : <c II est mort. » Oleg alors se mit a se moquer du devin, lui reprocha son ignorance et dit: ccTout ce que ces sorciers prophétisent est mensonger. Mon cheval est mort, et je suis encore en vie. » Et il fît seller un cheval^ le monta, pour aller voir lui-même ses os; et quand il fut arrivé à l'endroit où gisaient les os et la carcasse, il descendit du cheval qu'il montait, et dit: «Voila donc la bête qui devait me faire mourir! » Làdessus il donna un coup de pied sur le crâne; mais aussitôt il en sortit un serpent qui le piqua au pied ' et lui fit une grave blessure, dont il mourut (>4).
Tout le peuple pleura Oleg avec de grands gémissemens. On porta son corps et on Fenterra sur une montagne appelée Schtohekwits^^ De nos jours on voit encore son tombeau^ et cet endroit fut appelé la montagne du Tombeau d'Oleg. Il avait régné en tout trente-trois ans {^^).
NOTES
(i) Quelques manuscrits portent senlement : et Oleg vint à Smolen&k, s'empara de la TÎlIe , et y laissa des liétitenans. »
(2) La Tersion de Nikon est quelque peu différente : a Oleg et le jeune » prince se retirent dans un canot; ils ordonnent à quelques-uns des u leurs de se tenir sur le rivage, et leur donnent des ordres secrets. » Puis Oleg se dit malade, et se couche dans le canot. Ceux qu^il a » députés YersOskoldetDîr, vont de sapartleur tenir le propos suivant:
«t Je suis un mareband de Podugor, et me rends en Grèce, suivant » Tordre des princes Oleg et Igor. Mais je me trouve en ce moment » incommodé ; j^ai avec moi quantité de richesses , des peries et mille D autres choses précieuses. Je désire vous entretenir de vive voix. Venez » donc nous trouver, et soyez sans défiance. »
(3) On trouve la mention de ce fait dans Dlugosz, historien polonais , mon en 1780 : « Ihor adoiescentiam pertingens, 'Oskoldum etDir Kio^ » iàensium principes , nihil hostilitads àbeo suspicatos in dolo occidit » tt prinoipatus et terras eorum occupavit. (Dlugoszi, Historia Polo' y> nica , lib. xiii. ) .
(4) Bitmar, évêque de Mersebourg, le Nestor de la Saxe, et d'un siècle plus vieux que notre annaliste, a publié une Chronique en basse latinité de l'histoire de son temps; son ouvrage est curieux, quoique d'un style dur et souvent embarrassé. Les notions qu'il donne des Slaves, des Russes et des Polonais, ont encore de Tintérêt après Nestor. Voici comme il s'exprime au sujet de la ville de Kiew :
« Urhs aùtem Kitava nimis valida ab kostibus poleoiis hortatu Bo- » lizlawi, crebra impugnatione concutitur, et incendio grawi minoratur: » defensa est autem ab suis habitaioribus..., IneffahiUs ibi pecunia ei » {victùri) ostenditur,., in magna hac àvitate, quœ istius regni caput » est, plus quant quadraginta kabentur ecclesiœ, et mercatus viii : po- )> puli autem ignota manus, quœ sicut omnis kœc provinciafitgitivorum » robore seryorum hue undique confluentium , «t maxime e velocihus
48 CHRONLQXJE DE NESTOR.
» DâDÎs, multum que nocentibus petinegis, hacUnus consisterai, et » alios vineehat, » (Ditxnari Chronicon, édition de Leibnitz, Hanover, 1707, tom. !««", p. 4^6. )
(5) Trois cents grivn'as représentaient, dit Karamsin, la valeur de cent cinquante livres d'argent.
(6) n est curieux , après ce récit de Nestor touchant cette migration des Ougres, de lire ce qu'en dit un ancien chroniqueur hongrois :
«c f^enientes aies plurimos per déserta loca et fluvium Etyl super » TulboT sedcntes,.», transnatat^erant.,, camàhus et'piscibus vescebantur, » donec in Rusciam, quœ Susudal vocatur, venerunt,... Et siû almus i> dux cum omnibus suis verùentes, terrant intrat^erunt Viuscbs , quœ i> vocatur Susudal. Postquam autem ad partes Ruthenornm pervenerunt » sine aliqua contradictione usque ad dvitatem Kyeu transierunt y et » dum per civitalehi Kyeu transissent ,ftu9ium Banap transnavigando, » voluerunt regnum Ruthenorum sihi sùbjugare. » (jAjion. Historia Hungarica in Schwandtner sci'ipt. rerum Hungaris , tom. 1 «r^ p. 6.)
(7) Il faut croire que déjà le christianisme avait pénétré en Russie même , car les chroniques de Bysance nous apprennent que^ vers cette époque , ce pays était le soixantième archevêché dans la liste des éparchies dépendantes du chef du clergé de Gonstantinople. Ces mêmes chroniques nous di.}ent aussi qu'en 9012, sept cents Russes ou Varègues-Kieviens servaient dans la flotte grecque , où ils recevaient du trésor impérial cent litres d'or.
(8) Je regrette beaucoup que l'espace ne me permette pas d'insérer ici un extrait important d'une légende latine fort peu connue, et découverte dans les archives d'un couvent de bénédictios , à Blaubeuren , en Wurtemberg. On croirait, en le lisant, que l'auteur a connu la Chronique de Nestor, ou que celui-ci s'est servi de la légende dont nous parlons. Il n'en est pourtant rien : des contradictions manifestes en d'autres endroits rendent cette supposition impossible. Yoici, au surplus, comme s'exprime l'auteur anonyme au sujet des occupations évangélique& et littéraires des deux philosophes Méthode et Constantin c
a Manserunt autem in Moravia annos quatuor et dinùdium, quibus terrœ illius populum direxerunt in viamsalutarem, His omnibus audiiis ^opaNicolaus lœtus factus super his, quœ sibi relata fuerunt , scilicet de conversione gentis Bolgarorum et Moraviœ , et de reiiquiis inventis S. démentis y mirabatur tamen ex alia parte, quod ausi fuissent i sacerdotes Domini, horas canonicas in Sdavonico decantare. Quapropter mandatait per litteras apostoUcas, iïïos ad se venire Romam. Qui mox iter ingressi appUcauerunt Romam , papa intérim moriente.
OtEG. 49
ÀHàieni autem papa Adrianus', ^tpiod Cynllus corpus S. Clementis iemm defirret, txhilaratuê valde cum clero et popuh procedens Ulis oèviam, honorifice >e0t cum aacris suscepit réliquiis. Cœpcrunt autem interea ad prœsentiam reliquiarum sanctarum^ per virtutem omrtipO' \ iauii Dei sanitatcs innumerabiles fieri, ita ùt quouis languorc quilibet oppressas fuisset, venerandis siuictis reliquiis S.^artjrris proiinus sa-» naretùr. Sepelierunt autem corpus san^um in ecclesia, quœ in nominc qutdiu anUaJïierat constructa,
» Apostolicus vero et reliqui rectores ecelesite corripiebant h, CyriUhm, car videliseet axtsus fuisset, in Sdayonica Hngua horai canonicas ttmere, et sanctorum patrum instituta immutare. At ille humiliter^ mpondens dixit.: « Attendite, vos^fratres et Domini, sermànem apos-* toU dicentis ( ^ Cor. i4» % ) : Loqui yariis lingnis nolite prohtbere. 5ecutus ego apostolicam doctrinamf quam impugnatis , institui, At.ilU àixerunt : Qutunvis apostolus loqui linguis variis persuaserit , non tamenper hoc in ipsam,' quam statuisti, linguam divina solemnia vo-. luit decantari, Cum autem propter hujusmodi institutionem plus et plus inter eos cresceret altercaUo , b, Cfrillus dictum Davidicum (psalra. i5o, Ç.) protulit in médium dicens : aScriptum est enim, omnis spiritus laudet Dominum; et si omnis spiritus laudando magni" fieat Dominum, cur me ergo prohibeiis sacrarum Missarum solemnia ' et Horarum Sclavonice modulari ? Siquidem si qiùvisscmus tlli populo aliter aliquando cum cœteris nationibus subvenire in linguagrofca vel latina, omnino quœ reprehenditis non sanxissem^ sed quia idiotas mrum Dei totaliter eos reperiens et ignaros, solum hoc ingenium dmifkia sancti Spiritus gratia cordi meo inspirante, per quod etiam imumerosum popuhim Deo acquisivi, Quapropter, patres et Dominé cofftate consultius , si institutionis meœ normam hanc expédiât Un- . mutare,
TiAt illi audientes et admirantes Umti viri industriam etjftdem, ttudiosa deliberatione prœhabita, statuerunt supra dicto ordine et senmone in illis partibus, quas Deo b. Çyrilhis acquisierat, sicut statuerai^ cmonicas horas cum Missarum solemniis ita debere deinceps celebrari. »
(9) n n^j a que Tantenr de T Histoire de la Russie réduite aux seuls faits importons, qai ait su qu'Olga fut la fille d'Oleg. II est facile dé aoapçonner que la seule homonymie lui a fait adopter cette opinion, qui du reste peut être exacte, mais que contredisent toutes les traditions. Olga, suivant une yieille biograpliie imprimée, et d'autres liyres histo- ' fiqaes plus modernes, était d'une lamille Yaorègue de basse classe, domi* ciliée près dePskow^^lans un yillage appelé Yuiboutskoy, où le jeune
5o CHRONIQUE PE NESTOR,
Xgoir aUvit souvent p^ei^dre !« fi«i»f d« k c^Mse. M y tk Olga , dont l'esprit et U beaméle eédulaireiit. Lw uwges et les mœurs penurtnt li>p^teinp8 au» priwîC» ruwe» de chcwir leure, femmet dan» les famiUec de la plus basse extraction.
(jo) ConatanûiiPoPpbyfOgeiiètc, qui^BOOS a transmis la description as las marché des Russes , ne parie pas de cette miraculeuse naTÎgation par tenre àpleiae^ToSe», mais il entre dans des détails fort curieux sur le» difficultés qu'ils eurent à vaincre dan» leur traversée : « Us se jetaient ]) dans l'eau, afin^'y FencoUtrer un fond; conduisaient les barques à traa> ver» les rochers; dans j^usieurs endroits ils étaient obligés de les tirer » hors du fleuve, do les ^ain«r alois le long du rivage, ou de lestraos- »' porter sur leurs é^MoIes., toujours, prêts en môme temps à repousser 3» Fennemi.»
(i i) Porpbyrogenète écrit que sept vaisseaux russes portoieni quatre oent quinne hommes d'équipage; que, dans la flotte d'Oleg, il y avait quarante corabatcan» sur chaque vaisseau, et que pour chaque voile il fallait trente aunes de toile. { De Cerem., liv. ii, ch. 44- )
(lîX) Les historiens grecs ne font pas mention de la victoire d'Oleg ni de Favantageux traité que les flusses firent avec l'empereur ; mais le fait n^ës paratt pas moins certain, et hors de toute contestation. L'annaliste entre à ce sujet dans des détails trop circonstanciés^ pour qu'on ne reconnaisse dans son récit autre chose qu'une tradition, ce II faut, dit Bayer, observer que l'hiistoire bysantîne est fort incomplète de 8i3 à 969 ;« que tous les historiens bysantins ne sont pas arrivés jusqu'à nous ; que , fort souvent, ceux que nOus avons racontent d'une manière évidemment erronnée des faits sur lesquels des annalistes étrangers nous ont donné d«s notions très- vraisemblables. »
(i3) On reconnaît ici la législation Scandinave. On lit dans Stûrng: « Leges Sifeùœ furem etiam diumum si aliter capi non passit ocà- » dere permittunt. » (DelTure Svéonum etOothorum antiquo, p. 35i.)
(i 4) Dans une Saga irlandaise qui nous a été tiansmise par Torfeua, fl est question d'une mor-tsw^lable; c'est celle du chevalrar Orvar Odda. Un sorcier lui avait prédit que son cheval favori, nommé Fox., serait cause de sa mort. Le. cheval raourui;, et le chevalier, pensant que le danger était passé, alla visiter^ la fosse de l'animalf m#is un léaavd sortit du crâne de Fox, et piqua \Orvar au. talon. ( TorffiMis , HisU de Norv., tora. i,liv. VI, ch. 6, p. 87?.)
(i5^ « CVst, à proprement pader, ditKaràmsin, OIeg qu'il &ut regarder comme le fondateur de lu graMleut de Perapire de Russie; car
OLEG. 5l
c^est à lui que ce pays est redeyable des plus^belles et des plus riches contrées de la Russie actuelle. Rurik dominait depuis TEsthonie, les sources slayes et le Yolkhow jusqu'à Biélo-Ozéro , renibouchure de roka et la yille de Rostow. Oleg subjuga tout les pays depuis Smolensk jusqu'à la Soula , le Dniester, et vraisemblablement jusqu'aux monts Krapaks. »