OTE
(i) LomoDotsoffy qui ne trouve jamais le teinte de Nestor complet, dit : « Olga fut extrêmement troublée, lorsquVlie apprit que les tnenr- » trîert de son époux avaient T^udate de se pr^entet devant léHe. "Elle » l^ur», génit'tilr sa destinée, et tous fes'Suj^ prirent port à sa dou- » leur. Après qu'elle fut un peu calmée, elle résolut de veng<>r'sa mort. » La plupart des faiseurs d'histoire de Bussie ont adopté cette version comme venant de Nestor : juunt càiquè.
(a) Le même Lomonossoff juge ainsi les ajctes de veageankse de la pcin* cesse Olga : « Le reprocha que Ton pourrai): &ire à Ol^a au sujet de » cette horrible et cruelle vengeance, perd beaucoup de .sa forcé quand 9 on considère que, par ce moyen, eBe privait Pàrtaét dès DreVliéns de » ses meilleurs cHe£i, et tendait ainsi Tissus 4u combat qu^ctllesç,propo* » sait de leur livrer moins incertaine. » Admirable raisonnemept^ et digne d'un Russe du x« siècle!
(3) « Daplacziu nad grobomjego, i sûtuoriu tryznu nmshisuojemu.» Schérer traduit le mot ttyshu par Seêlmes$eny messe pour ks âmes, anachronisme ridicule, puisqu'Olga n'était point encore chrétienne. $chlcezer ne le traduit pasj il dit : damil ich ihm eine Tr^zna feire. Le mot tryzna signifie évidemment ^r£ dei morts. Ces fêtes se célébraient' surfont en rhonueur des personnes reraarqnabtes« C'était par FtTroBoe etk débauche qu'on manifestait ses regrets. Les Lèthes, en. ^sia, à la (Riite d'un combat contre les Allemands, perdirent un de leurs che£i^ dont toutefois ils rachetèrent le corps, en restituant Ves^pHsoiràiers <ijtt'ils avaient faits : Ut salUm, çapite recepio, débitas post ftan bùm poU^T tionibus celebrarent, more paganorum, exequias, ( |&ruber, Orig. LXw/iiVe, pag. 93. ) / . . . .
(4) lomonossoff voudrait justifier sa compatriote, et pour cela' il supplée au texte de Nestor en ces mots : a I^es Drevliens, transportés de » joie , se mettent à boire, et s'imaginent déjà commander à toute la i» Russie j ils vont même jusqu'à vomir mille injures contre Igor, san» » respeet pour la princesse, qui était présente. »
(5) VmMUnurdeVHiMoirede ta Russie réduite aux seuls faits importons^ (jae DOtts aTont déjà cité, porte à quinze mille le nombre des Zhrerlieiis pawéi au fil de Pépée. On roit que celui-ci veut îastifier» îioon Olga, du moins gon épigraphe : Mtdta pauds,
(6) Cette dernière ruse nous semble une réminiscence de la Bible, dont le texte était si familier a IVestor. Les moineaux d'Olga rappellent les renards de Samson. Au surplus, il nous paraît curieux de rapprocher ici les jugcmens dirers. que portent des cruelles Tengeances de cette princesse les historiens de la Russie. On a déjà tu comment Lomonossoff les justifie : «Noua ne pouToos point, dit Kararosin, approuver la » cruauté d'Olga pi est Vrai que la religion et les lois mêmes des païens «justifiaient une implacable vengeance, et nous devons établir notre » jugement sur les héros de l'histoire, d'après les coutumes et les mœurs » du temps où ils ont vécu. Mais cependant, ce qui noas parait peu 0 croyable, c'est la négligence des Drevlieos et la manière dont Koros^ » thène fut prise, au moyen des moineaux et des pigeons^ invention qui » d'ailleurs ferait honneur à l'esprit ingénieux des Russes du x« siècle. » Si nous dégageons cet événement des ténèbres fabuleuses qui le cou- » vrent, nous y verrons simplement qu'Olga fit en effet mourir à Kiew » les députés drevliens dont l'intention était peut-être de se justifier du s meurtre d'Igor; qu'elle soumit une seconde fois ce peuple par la force
, » des armes, punit les coupables habitatas de Korosthène, et que, selon la » coutume des idolâtres, «lie célébra solennellement dans cette ville des » jeux guerriers pour honorer la mémoire du fils deRurik. » (T. i, p. io4-)
« Je ne suivrai point ici, dit Lévesque,'les chroniques russes qui pré- » tent à Olga des stratagèmes mal ourdis, encore plus maladroitement » répétés , et cependant ^ujours heureux pour punir et faire périr les » Drevliens. Il «emble que les vieux auteurs ^es fastes de la Russie soient » convenus de s'écarter de leur «implicite ordinaire dans l'histoire de V cette princesse, et d'en faire un sujet de roman. Ce qu'on peut raiit sonnablement conclure de leur récit, o'esttpi'elle aimait à foutenir la 9 force par la ruse; que, pour venger la m^rt de so& époux ^ elle n'eut » horreur d'aucune cruauté y qu'elle s'abreuva lentement du sang des » Drevliens, ravagea tout leur pays, prit ou détruisit toutes leurs villes j » qu'après un an de siège elle livra anx flammes Korosthène, leur capi- » talp; que ce jour-là îax, un jour de carnage, et ^jfuele prince lui-même » périt dans cet affreux massacre » ( ce que ne dit point Nestor. } [Histoire de Bussie,tom. I, pagp ii8.)
Ledèrc accompagne, à l'ordinaire, son récit de réflexions emphatiques : aLes premien siècles de riûstoire^ écrit-il (pag. i3a), ressem-
86 ' CHROiriQUE DE NESTOR.
» bleDt un ]^u aux Mille et Une Nuiti^ Tiennemt 'ensuite ief temps hé-^ » roiques, où le fond det choses est Trai, et où la plupart des circonu stances ^nt fausses; mais il j a quelques vérités coiïmie il se ttoute » un peu de poudre d'or dans les sables que les fieuves TOulenf . U est i> vraisemblable qu^on a voulu faire d'une femme forte un nouveau u Samson, et que Pauecdote des colombes et des moineaux est calquée 9 sur celle des renards qui brûlèrent les maisons des Philistins. 9
Schlœzer rapporte que Thistorien russe Jelagin ( Jelacihs Opyt poviestovanija a Rostii, i8o5, Geeettiog. ) ne pardonne point à Nestor d'avoir noirci la mémoire de sainte 0\{^ de pareilles horreurs. U examine avec gravité les divers stratagèmes employés^ au dire de la chronique, par la princesse russe, et les traite ée honteuses calomnies. Pour mieux convaincre Nestor de mensonge, il a essayé lui-même sur des corpeilles ce qu'Olga, dit-on, effectua par le moyen des pigeons et des moineaux. £h bien , qu'en est-il résulté ? que les corbeaux sentant le feu gagner la chair, tombaient par terre avant d'avoir pu trouver un abri. Le récit est assez curieux : (<c Der Schreiber ( dit Schlœzer), fart dos Histbrchfin nach der Lange und nach derBreite an, entriistet sick aher, dass unsere Nestot, un die ubrîgen, so sohàndlich aufdie wurdige Olga lugen , dièse ihr Furstenwort so schnôde brechen , sie barbarisch han^ deln, iassen. Dass ailes einfàltige Luge sey, beweist er unwiderieglùih 9 aus der Naiur der Sache. « Vogel, die Feuer an sich tragen, kvnnetf, 9 nieht weitfliegen^ dos Gefui des Brandes betaubt sie, und sie st&rzen 9 herunler.lch selbstversuckte dos mit Kirâhen : ick band ihnen Feur.an 9 die Fasse, sie drehten sich in die Bunde, hoben sich in dieHohe^Jie- 9 len aberfast gerade an dem Platze wiefier nieder, von demsiéaufger » fi>gen waren, » (Jel., 267, f. ^—Sehlœzery Com. de Nestor, t.V, p. 47-)
(7) Leclerc, à propos du voyage d'Olga et de l'intention où elle était de se faire chrétienne, dit : «Le chagrin et les regrets conduisent pres- » que toujours les femmes sensibles à la dévotion.^» Ne semblei*ait-il pas' voir la belle LavallSère se retirant dans un couvent de carmélites!
(8) Il faut bien reconnaître, avec les critiques, quelques invraisemblances dans le récit qu'on vient de lire. Nestor place le voyage d'Olga de 948 à 955. Or, à cette époque, la mère de Sviatoslaw était âgée de plus de soixante ans. Sans parler de ce qu'a de ridiculePamour de Constantin pour une étrangère de Tàge d'Olga, il est évident que le prince n'a pu songer à en faire son éponse. La sienne, Hélène, femme avare, impérieuse, vivait encore, et ne mourut qu'après lui. Mais ce qui surtocir nous fait croire à un anachronisme de la part de Nestor, c'est le langage que tient le patriarche de Gonstantinople , langage quin'étfit oUUemf^t
OLGA, RéGEMTE. 87
à TuMge'du prélat ^i oecapait alors le tiégc pontifical. Théophjlacte, fils de l'empereur Roman Lecapine, patriarche dèsrannée ^^ ne mourut qu'en ^5. Or, le portrait que nous font de ce Ticaire de Jésus les écri> Tains bjsantins, ne permet pas de supposer qne ce soit là le pieux person* Dsge que £ût parler Nestor. D'ailleurs, Constantin Porphyrogenète, plus cract historien qu'habile empereur, nous a laissé plusieurs ouvrages, et •oiamment les Cértf/nonieê de la Cour bystmline (Leipsig, i75i, a y. in^oL ), dans lesquela il nVùt pas manqué de décrire celles du baptême d'Olga^ qui, au rapport des historiens russes, furent si brillantes. Or, il ne dit paann mot d'Olga.
Ce n'est pas une raison sans doute pour nier le Toyage de la princesse nuse^ il est attesté par des témoignages irréprochables. Ontre le récit de Nestor, nous ayons ce qu'en ont dit Zonaras, Scylitxès et Cédrenus, dironiqueurs des zi« et zii* siècles , chacun desquels s'exprime à peu pris en ces termes : « Olga , yeuye do prince de Russie, qui , à la tète d'une flotte nombreuse, ayait marché contre les Grecs, yint à ConsUntinople, s*7 fit baptiser, montra un grand zèle pour la religion chrétienne, et retourna dans sa patrie comblée de biens et d'honnenrs (*). »
L'un des continuateora du chroniqueur Réginon parle aussi du baptême d'Hélène, reine de Rugie, mais le place sous le règne de Roman, fils de Constantin, et cette opinion nous parait la mieux fondée; elle rend do moins tout le récit de Nestor plus yraiiemblable. Roman 11 , monté sur le trône en 969, se rendit célèbre par ses débauches et ses yices. Peu délicat dans ses amours, il a bien pu , malgré son titre de parrain et les soi^uite-cinq ou soixante-six printeinps de sa filleule , lui proposer de devenir son époux. D'un autre côté, le successeur de l'inlame Théophyjacte, Polyeucte, déclaré patriarche en 956 et mort en 970, se fit connaître par sa piété , sa science et ses vertus. Les discours que Nestor fait tenir au paU'iaxche qui baptisa saii^te Olga sont donc biea plutôt ceux d'^m Polyeucte quç d'un Théophylacte. Yoici ce que dit de ce dernier Jean Scylitzès, protovestiaire de l'empereur Isaae Com< aine. Ce moroean, quoique un peu long, ne sera pas déplacé en cet eadroit:-
« Anno zii imperii Constantin, mundi vero 64^ (9^)> fn^nsUfehmarii 37, ind, siy, deeessU e vita JlteophjrUtcUts palriaroha , sacer-
(*] Et ea quœfuerat uxor ducis Bhos, qui contra Romanos elassem adduxeratf Olga nomine, mortuo ipsius virOy ad ConstaniinopoUm se oonùUUy et bapUsata, quum sincerœjtdei cultum se suscipere insUtuissç ostendisset,pro suipropositi dignitate ornaiadomum retulit.
Digitizéd by LjOOQIC
. dolio'funcius annos a3 tUes a5 : i6 natuÉ annoa, tfuanâo contra eafta* , nés ecclesict accepit gubermuula, et sub pœdagogis, heu usque ad ali' tjfuod tempos} t>itam transegit, AUjue utinam id semper iUe fecUsety videbatur cnim gravis esse et modétatus c sed oumjatn admaturioreui pervenisset œtatem, permissiu suo modo vivere, mhU ex iiây qwoe tur"
pissima essent, oui omnino interdicta, prœtermisit, venaies proponens ecclesiasticos ordines et creationes Episooporum, et aiia faeienty quœ veris Episcopis indeeora essenL Equorum cupidiîaU insaniensg et i/e» nationibus dedàus, aUaque turpia patrans facinora , quœ sigUlaUm enarrare, prœterquam quod haud decet, etiam nefas est^ sedutùtu tantum facienda mentio est, ta illius mens a disciplina abhorrens ostendatur. Amore intolerabili detinebatur equos possidendi, et supra 3000 sibi comparasse didtur^ quibus^ alendis semper plurùmim étudebat : I^on fœnum aut ordea iUis apponens , sed pinorum fruotus et amjrgdala etpistacia, itemque dactylos etcarieas et uvas passas molliores odoratissimo vino miscens , et orooum cinnamomumque et balsa" mum atque alia aromata, cum iis quœ diximus singulis equis appone^ bat ad alios cibos. j4èunt etiam sacra peragenti magna illa v^ saerœ cœnœ die, et preces mjrsteriorum legenû, ministrum illum, euifuerai equorum oommissa cura, hoc borium nunoium atudisse, maxime insignem illam phortantem equam ,■ addilo nomine, peperisse^ ut ittum prœ nimio gaudio, quod reliquium erat sacrificii, ut cumque peraeto, cursu adstabulum contendisse, conspectoque natopuUo, absurdo spee^ taeulo expletum, ad magnum templum rediisse ut absolveret sanctts Dei ac salvatoris nostri passionis hymnum. Illius item opus fuit mos, qui etiam nuneviget, in sacris^ac publieis populi ceUbriUUibus contu* melia affieimdi Deum et Sanctorum memoriam, per quasdam indeeora cantica ac risus et temerarias exdamationesy dum matutino. tempore kymni perfUduntur, quos oportuit afflicbo atque cohlrito corde pro nostra soluté Deo adhiberi, Coacta énimfirequeniia hominum infamium, ipsisque prœfecHjo Euthymio qnodam cogaomenio CaoBiie, quemipseeçchsiœ domesticum ereaverat, satanieas saltationes et indecoros olamons, et c^miica ex triviis atque fornicibus percepta, eos celebrare docuit* Et ita vivens vitamjftnit, dum temere equitans ad quemdam maritimum murumillisuSfSanguinem ex ore exspuà, et biennium morbo laborans, quum in hydropisium incidisset, mortuus est.... Ac 3 api/il. mensis, eadem Indict.^ in locum ipsius patriarcha deligitur Poljreuctus,... v
Scylitzès D^est pas le seul qui accuse Théopbylacte. On trouve presque mot à mot la même chose à son sujet dans les Annales de Zonara j (tom. 2, p. 194)» ^Histoire universelle àe Cedrenus (t. 2, p. 638), et flfiDS les ouvrages de MM. Lebcau et Royou.
SVIATOSL'AW. 89