‹ La chronique de NestorChapitre 20 sur 43 · CHAPITRE VIL · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIL

lAROPOLK.

Meurtre du fils de SvcnteM. — Guerre civile. — Mort d'Ole^,. frèi*e du grand prince. — Fuite de Ylftdimir chez les Varègues. — Retour de ce prince. — La belle Rognéda. -^ Trahison de Blud. — Proverbe russe. — Fidélité de Vareschko. — Igor assassiné. — La religieuse grecque. — Exigences des Varègues. -7- Vladimir sVn débarrasse.

L'an 6481 (973), laropolk commence à régner^ Blud , son voiëvode^ a toute sa confiance.

L'année suivante, un jour que Luth, fils de Sven- '^eld, prenait le plaisir de la chasse au:^ environs de Kievr, Oleg, qui chassait aussi, vint à le rencontrer^ et lui dit : « Qui esc-tu? : — Luth, fils de Sventeld, » répondit l'autre. A ces mots Oleg ; fondit sur lui et letua(»).

Dès-lors la haine . et la vengeance désunirent les deux frères ; Sventeld, ulcéré contre le meurtrier de son fils, ne cessait de dire a laropolk : « Que ne D marches-tu contre Oleg afin de te rendre maître de » ses domaines? m C'était ainsi que Sveriteld comptait venger la mort de Luth.

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Or donc, Fiiii i648fi'(977 )^:iaropëlk fit iiiie(ivitiptioa sur le pays des Drevliem, bu n^gnaît Oleg. Geluî»ci alla au-devapt de son frère > lùî iivra tiataille et fiit vaincu. Il s'enfuit avec les demi dueôtë deVvutcIun : il se trouvait déjà sur le pont des fossës.ifuî entourent cette ville ;,n^ais la foule des fuyards deyint bientôt telle en cet endroit que le porit en rompity et iqu'îk tombèrent tous les uns siir le^ autres dons le fossé. Oleg lui-même y fut précipité avec une foule des siens, et il y périt écrasé 80u$ le poids des cbevaux et des soldats.

laropolk, qui suivait de près Talviiée ennemie, entra sans obstacle dans la ville d'Oleg^ et s'empara de. sa principauté. Maître de la ville, il veut voir son frère, et envoie ses gens à sa rechercbç. Personne ne le trouvait^ lorsqu'un Drevliealui dit.: a Je l'ai v^,hier » sur le pont quand Fécroulemenjt 'ei)Lt,lieu. »> larO'* polk donne de nouveau l'ordre de chercher Oleg; on remue les cadavres depuis le matin jusqu'à midi>, et , l'on finit par trouver celui du prince. On le s()rt du fossé et il est mis sur un tapis.

A la vue du corps de son frère , Iaft>polk se met à pleurer, et dit à Sventeld : oc Tiens, regarde, voila » ce que tu désirais! d Oleg fut enterré près de. la ville de Yrutchai dans un endroit ou de nos jours se voit encore son tombeau (^). Etiaropolk resta maître de sa principauté.

laropolk avait pour épouse une Grecque qui jskiis avait été religieuse : son père, qui l'avait ramenée a cause de sa Ijeauté, la lui avait cédée pour femme.

lia , CHRONI42VR II& ^NESTOR.

CSepandalit, YfaKdimil' ^jraift '^ptk' à N^tgbrod cotMUem'IàMpQik^ ft^ëtak 'dëfm d^Ôfterg^ 'pm ¥'ëpotJh- THHte^ 8'<Miuh «H-délii «les tn^rg. iân^po^^ alèrs res^

« Sa Kmi 978^ Itrapolk vàicvqiiTt les t^tc3ieftègt!ies » et léar imposa trftitiu Daiaé lu ttiéme atihée ttaqtih

9> En l'an 979, ild^> prince des Pétclietiègues^ D Tint ircmi^f iaropolk^ «ui^l il ôdilit ses services. y> laropolk lui fit bon accueil^ lui ahatido/mia qtkdt- »4}ite8 vîtteB et wê& ceftaitié ^^ijenAae dé pays^ et le » tmîta avec beaucoup de distinction.

)i Dans la m^e aniii^e des ambassadetits du t^r i> se r^idifiSHft près d'Iar^^pdk, en iiSknbi'gnage ôt la "» paît 6t bonne amitié ^i régnaiîsnt entre les dèùt )> prkices; ils tei apportèrent le même tribut qùè là D Grèce avait pt^écéfeMment paye à son père et a son

» Ànsin Às^fïs la même asmëe des ambassadeurs du » pape vinrent trouver laropolk.

>> Et Vers cèlte époque encore il y ent dés signes ]^ dans la lnne> tru holéïL 'et dans les étoiles; âHf- % fit>yàbles coups de tonnerre, de violens ouragmis n mêlés de tonrbillôns catisèrent malheur aux faom- )> mes et mix tfoupeaux, ainsi qu'aux animaux des » bois et des champs, d ( Tatischeffl) \

^ Vert les années 6486 87 et 88 (ôBo), Vladimir Vint âveé Icîs Varègtrés à Nov^otod , et dit aux officîev^ d'Iaropolk : « AJlcz trouver mon frère , et dites-lui :

ÎÀROPOLK. Il3

Vladimir maurche contre toi ; prépara ffo éêkime. >»

« Lorsque laropc^ eut entendu le teess^ge de aon » j&me frère Vkdimir, il en fut toutMëmu j cépen- }) dant il 36 hâta d^ rasaèmbler ses trôbpea^ car il était )) luirm^me trèfr-brave. Blud, 3on vbiévode, lui dit » alors : Ton jèùne fràre Yladiunt ae^ ^peut pas plus » tenir âeVuit toi qu'une troupe.de pinsons devant » l'aigle t ne prends donc aucune crainte a aou sujet, » et ne te donnes pas lo peine de rassembler une ar-« » iQée«..'MaisBlud ne parlait de la: aorte :à son maître » laropolk que par artifice et m^hanoetë^ car il avait v été corrompu.et gagné par Vladimir. )> (iVÏAoTr.)

Cependant Vladimir é'j^niparè. de Novgorod, et s y âablit.IlenvoieakNrs^unmessageà un certain Rogvold et lui lailL dire ; « Je veux épouser ta fiUe.^^Veux-tu » de Vladimir? diiolocs Rogyoldà sa fiUe. ~- Won, » repond-elle , car je ne veux point déûhaufiser le fik » d'un esclave c je ne veok que laropolk (^). d Or, ce Rogvold était venu de l'autre côté de: hx amer.. Il do*minait à Solotsk et à TouroW> dans le pi^s de Toury d'où les Touroviens prirent leur nom*

Les gatis de Vladimir vinrent lui rappocter la ré^ pense, qa'a^^t &ite la fière et. dédaigneuse Rognéda ;, fiUe de Rogvold.

Vkdimir, alors à la tête de:ncaiibrèafies troupes <le Varègues, de' Slave», de Tchoudes et de Krivit^ ches, marohe contre Rogvold. C'était au moment où Rognéda allait être conduite a laropolk. Vladimir se dirige vers Polotsk $ il surprend, défait et tue Rogvold et ses deux (ils, et s'empare de sa fille Rog^

Il4 CHRONIQUE DE NESTOR.

nëday dont il feit.son ëpquse; puis, sans pefctre de temps, il manebe' contre laropolk.

A la tête des^ mêmes troupes, il se dirige sur Kiew. . aropolk, h6t)s.d^ëiatde lui résister, s'eti^rtne dans la tàlle avec Blud 'et «es gens. Vladimir, ceptandant, s'arrête à Dorogoshite, entre Dprosliit^ et Eapitz, où Ton peut encot« aujourd'hui voir un fossé. Puis il envoie un message à Blud, voiévode de laropolk, et lui fait porter œ^' paroles captieuses : « Ouvrè-nK)i les » portes^ et tue m(m frère 5 alors je t'aimerai commf^ )) un fils aime son père, et te traiterai honorablement : » tu ^ais qiie cen est pas moi qui ai commencé à être » fratricide , c'est lui ; et si je le poursuis actuèlle- D meut, c'est parce que je redoute pour moi le sort » d'CMeg. » Blud répondit à l'envoyé de Vladimir : « Je )> ferai vol(mtters ce que tu veux de moi, car je dësii^ » être ton âmi.)>

Ce Blud, enfermé avec laropolk, qu'il trahissait, pressait Vladimir d'arriver et de lui faciliter les moyens de tuer son frère. Mais cela ne pouvait awé* ment se faire au milieu des habitans. Bkid , Toyant qu'il n'arriverait t pas vite à son biit^ résolut d^em* ployer la ri^e, afin de le &ire sortir de la ville, m Les )) Kiéviens, dit-iLun jour à laropolk, ont envoyé » vers Vladimir pour l'engager à s'approcher de la » ville, afin qu'ils pussent te livrera hii. Je te con- )) seille donc de sortir de Kiew, et de t'enfiiir. »

laropolk suivît cet avis : il prit la fuite, et alla s'enfernaer. dans la ville de Rodna^ à l'embouchure du Resa.

fAEOPOLR. Il5

yiadiii^ir ëe dirigea sur Kiew , en faisant loutdcMs cen^r Isuropolk dans Rodna , où bientôt une telle famine SQ fit semtir. qu'on dit encore de nos }Ours, en fonpe dQ proverbe^ e« parlant d'une disette. : C'est la

Blud dit alors à Iai:ùpolk : u Vois-tu combien de » troupes. a ton frère? Nous ne pourrons jamais les )) vaincre; fais plutôt la. paix avec lui.)) Tout ceci n'était de sa part que ruse ^ trahison; et pourtant loropolk répondit : « £h bien, faisons la paix. »

Blud envoya dçnc par un bateau le message suivant à Vladimir : « Actuellement tes vues sont secon- )i> dée^f Je vais te livrer, laropolk , prépare^toi a le )> tuer. Tb A cette nouvelle , Vladimir se retira dans la forteres^ de son père, dpnt il a été prec^lemment question {P^ie d'Olga)^ et s'y établit aivec sa troupe et ses officiers. . . . '

Et Blud dit.à la^polk : a Va trouver ton frère, )) et dis lui : Ce qw tu me donneras, )e le prendrai. » laropoikyaUa. Cependant, VarescUto, son serviteur, lui disait : « Kiiè$> n'y vas pas; tu seras assassiné : » fuis plutôt chei les Petchenègues, et conduis-leur x» tes troupes, » .laropolk ne l'écouta point : il sç rendit auprès de Vladimir; mais à peine fiit-il entré dans la tour, qu^ deux Varègwes lui pWgèrent leur épée daiis le iseia, Blud ajussit^t ferma les portes, et empêcha qu'aucun des siens ne pénétrât. Ainsi mourut laropolk.

" Cependant, Vladimir coucha avec la femme de son frère, cette Grecque dont nous avons parlé. Elle

Tl6 CHRONIQUE D« NESTOR.

devint enceinte^ et mit au jour Sviatopolk : tant il est vrai que d'une souche pourrie il ne peut naître qu'un fruit corrompu. Cette femme avait été religieuse; et^ pour la deuxièide fois se livrait k un homme ^ à Vladimir, quoiqu'elle ne fût point mariée avec lui. Sviatôpolk, fruit de l'adultère, ne fut point aimé de son père, car il pouvait être le fils de laropolk ou de Vladimir (4).

Bientôt les Varègues dirent à Vladimir: a Cette, » ville (Kiew) est à nous j nous l'avtms conquise : >> nous voulons deux grivdas pouf la rançon de cha- » que individu. — 'Attendez encore un mois, répondit )> Vladimir, jusqu'à ce qae les martres soientivènues. « Mais les martres ne vinrent pas cette année. «Tu nôtis » as trompés, dirent alors les Varègues, mais hoîis » savons le chemin de la Grèce, -r— Eh biei>, partez ! » répondit Vladimir.

Cependant il retint Ifes meSileùrs et lés plus intrépides d'entr'eux, et les distribua dans différens quartiers de la ville : quant aux autres, ils prîrefit la roule de Tzaragrad. Mais Vladimir lés fit devancer par un message qui dit au tzar: a Une troupe de Varègues » vient vers toi. Ne t'expose pas au danger de lés » laisser réunis dans ta ville, <5ar ils y commettront » du désordre comme ils orit fait ici. Divisç-les, dé- » truis-les; et, dans aucun cas; n'en laisse jamais re- » venir un seul ici (5). d *

IIAUPPOLK. 117

MOTSS.

(i) «r Lntli, dit liOniODOSsoffp enfl^ du pouvoir dont son père était re- » Têtu depuis loDg-tempI y avait commis force fiolences. Oleg, prince » des DreTliens, jura d'en tirer vengeance. lies historiens supposent que » Lnth se Jaissa surprendre par Oleg sur les èerres des Dreviiens, et que » celni-ci saisit le prétextç d'une, violation de territoire pour se défaire » de lou ennemi. »

(a) Vrutdiaiy ville des Drevliéns, aujourd'hui Obrutch, dont il a déjà été question dans U vie d'Olf^a. M* Karamsin prétend qu'on montre encore de nos. jours, ctans les environs de cette bourgade, la place où fut inhumé le malheureux Oleg. «

(3) C'était h coutume, dans ce temps-là, que les femmes déchaus- Katmai letuv maris , pouf mat^er leur soumission et leur obéissance : elle ne s'est conservée que dans quelques provinces de la Rnssie. « Chez «les peuples, dit Lederc, qui n'accordent leur estime qu'à la force et ' 1» au courage, la faiblesse est toujours tyrannisée; les femipés y vivent

» dans l'Oppression, pour prix de la protection que les hommes leur. »acoerdenc.»

(4) Cette réflexion de Fannaliste laisse croire que la belle religieuse grecque pouvait bien être enceinte k la mort de laropolk, son époux. Cependant, ce prince recherchait Rognéda en mariage, ce qui prouve qo'à cette époque là polygamie ne passait pas pour un crime chez les ' Russes.

(5) Iiambert d'Aschafferobourg rapporte que, sous le règne de ce prince, on vit a Knedlimbourg des ambassadeurs russes députés à l'cm* pereur Othon. a Ad ann. 9^3, Otto imperator senior cum juniore venit Qnidlimburg, ibigue celebravit sanctum pascha, Xkal. april. Illucque veneruni leg€Ui plurimarum geniium, viàeliett Romanorum, Grœcorum, Beneuentanorum, Italorum, Hungarorum, Danorutn, Sclat^orum^ Boigarorunt aUfue.Hutsorum cum magnis muneribua. }>

Il8 CHRONIQUE DE HESTOR.

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