VLADIMIR
Vladimir ëlère des auteU aux faux dieux. — Sa passion pour les femmes.
— Guerres. — Le Y arègne chrétien. — Prorerbe. — Guerre contre les Bolgares. — .Mot de Dobrinia. •— Ambassades de dirers peuples pour ameq/e^ Vladimir & leur religion.— Discours des Bolgares mahomëtans, des Allemands-catholiques, deji juifs, des Gatholi<{ues-grecs. — Ineer» titudes de Vladimir. — Il consulte ses boyardi. — Réponse de ceux-ci. -<r Vladimir envoie les plus sages de sa nation étudier les diverses religions de la terre. — Ce que ceux-ci voient ches les Bolgares, ches les Allemands et diez les Grecs. ^ Ils se font catholiques-grecs. *- Gverre du Kbei-sonèse. —-Vladimir demandei la main de Ja stieur des efli4»ereun de Gonstantinople — Conditions du mariage. — La princesse vient à Kherson.— -Vladimir, malade, se fait baptiser et est aussitôt guérL — Son mariage. — II fonde des églises. — ^Abolition du culte des £aux dieux^ Féroune renversé et précipité dans le Dnieper.— Baptâme du peuple.
— Premières écoles en Bassie.— Enians de Vladimir. — Architectes de la Grèce à Kiew. — Fondation de Biélogorod. — ^Irruption des Petchenègues. — Défi.— Le jeune Péréiaslayle.— Combat à outi'ance.— -Eglise de la dlme. — Nouvelle irruption des Petcheoègues. — Péril et vœu de Vladimir. -— Festins et réjouissances publiques. — Bienfaisance de Vladimir. — Les cuillers d'argent. — Larrons et voleurs. — Siège de Biélogorod par les Petcheoègues — Révolte dlaroslawl — Mort de Vladimir. — Regrets du peuple.
Vladimit^ ainsi devenu seul maître, de la Russie^ fit ériger sur une montagne^ à l'extérieur de la forteresse.
YLADIMIB. 119
unestatue au dieu Përoune. Cette idole était de bois^ mais sa Détectait d^argent et sa barbe dW. Il y avait encore le dieu Daschbog^le dieu Stribog^ le dieiiSmargel et le dieu Mokosch : on leur o£Fi^it des sacrifices f ils ctaioot regardes comme tout-puissans^ et les Russes y conduisaiaat leurs en&ns. C'est ainsi qu'ils vënéraient le (Ëable, souillaient la terre de leurs offrandes^ et , couvraient le sol de la Russie du sang de leurs victimes. Sur la montagne où se voyait Përoune est aujourd'hui l'église de Saint -Basile^ ainsi que nous le dîrcms plus bas. '
Vladimir établit son oncle Dc^rinia à Novgorod. A son arrivée dans cette ville, celui-ci fit aussi ériger ttes simulacres à Péroune sur les bords du Volcboi^ y et les Novgorodiens lui sacrifièrent comme a im dieu.
Or Vladimir était entièrement livré à la lubricité, et le plaisir sensuel Tentrainait irrésistiblement vers les femmes. Il en avait plusieurs : d'abord Rognéda^ à qui îl avait donné en douaire Lubed, où se voit aujourd'hui le château de Predslava; il avait eu d'elle quatre fils : Isiaslaw , Mstislaw , laroslaw, Vsevolod ; plus, deux filles. Il eut de la religieuse grecque, Sviatopc^lk; d'une Tchèque (5oA^We/î«e), Vouitchislaf; d'une autre, Sviatoslaw et Mstislaw^^ enfin, d'une Bolgare , Boris et Glieb.
Outre ses épouses, il. avait trois cents concubines à Vouitchgorod, trois ceuts à Biélogorod, deux cents à Bérestow, village encore ainsii .dénommé de nos |ours; et, malgré tout, il ne pouvait rassasier ses ap-
ISO CHRONIQUE DE VESTOR.
petits diarnels. On lut eonduimit les nouvelles mandes et les jeunes pucelles^ dont il ravissait la virginité ; pour faire conrt^ il aimait le sexe fëmiain ni plus ni moins que Salomon.
£n Fan 64^7 (981)^ Vladimir marcha contre les Leke» (les Polàniens), et leur prit Péremisle^ Tscherven et plusieurs autres Villes qui de no» jours encore font partie de la Russie. Vers cette époque il soumit aussi lesViatitches, et leur imposa^ ainsi qu'en avait agi son père^ un tribut par chaque charrue.
En Tan 6491 (983) , les Viatitches se soulevèrent : Vladimir courut sus^ et les vainquit une seconde fbis.
Dans la même année (^^)y Vladimir mardia contre les latviagues^^ les subjugua^ ravagea leur pays^ et revint à Kiew ofiHr des victimes à ses feui dieux.
Et lés anciens et les boyards dirent: « II feut 7> prendre le garçon et la jeune fille sur qui le sort » tombera^ pour les ëgorger et les offrir en sacrifice y> à nos dieux. »
Or, en ce lieu même, où se voit aujourd'hui cette' église de la sainte Mère de Dieu, que fit plus tard élever Vladimir, se trouvait la maison d'un certain Varègue. Ce Varègue, revenu de Grèce, faisait profession de la foi chrétienne; il avait un fils également beau et de corps et d'âme. Le sort tomba sur lui , par l'envie du démon. Ceux donc qui furent envoyés pour le prendre, vinrent, et dirent au Varègue : « Nous voulons offrir une victime a nos dieux j le » .^rt est tombé sur ton fils, ainsi nous allons le sa^ » crifier. t) Le Varègue répondit : a Ces simulacres
y> m ^m .ppÎQt t}€$ dieu?;> maïs «Qùlemeot .de« mor* $> oesitix de bois, et encore tek aujourd'hui, mais qui j> demain seront pourris et vermoulus , car ils ne peuy> vent ni manger, ni boire, ni parler : ilasont de la )) main des honunes^ et seulement de bois. Il n'existe » qu uiii seul Dieu, c'est celui que ^rvent et qu'im- )) ploreni les Grecs. Celui-^la seul a cr^ le cid et » la terre, les étoiles, la lune, le soleil, et puis les )> hommes, à qui il a donné la terre pour demeure. » Quant à vos dieux, dites-*moi ce qii'ils ont fait? Se
» scmtrilfi seulement faits eux-^mémes? Je ne don*
x^ nerai pus mon fils au diable^ i>
Les idolâtres s*en allèrent redire tout cela à leurs compa^Eions. Ceux«-ci aussitôt prennent les armes, couri^t à la demeure du Varègue , et saccagent tous le^ environs. Cependant celui-ci, tenant son fils embrassé, restait debout sur le seuil de sa maison» « Li- » vre-nou&-le, criaient les Russes ,^ que nous le sacri* » fiions à nos dieux — Vos dieux! répartit le Varè- » gue, s'ils sont tels^ qu'ils viennent donc eux-mêmes » chercher mon fils : quant a vousy que voules-vous ? » A ces mots les Russes, furieux, poussent. im grand cri ^ laaia tout4t«-ooup la maison s'écroule sur eux et les écrase sous ses ruines. On n'a jamais su ce qu'étaient devenus leurs corps (*).
E^n Tannée 6492 ( i934 }, Vladimir marcha contre les Hadimitches : or il avait un capitaine oonimé Queue-de^Loup) qu'il envoya devant lui, et qui rencontra les ennemis proche de la rivière Pitchana; Queue^-de-^ Loup mit en pièces les Radimitches, d'oit est venu,
I3ft * CHRONIQUE DE NESTOR.
chez le^ Russes , ce proverbe : Les queues de loup font peur aux Radimitches. CesRadimilches tiraient leur origine des Lèkes : ils habitaient les bords de la Fitchana^ et payaient tribult aux Russes : ils font encore aujourd'hui le service de la corvée.
En Tannée 6498 (985), Vladimir, avec son oncle Dobrinia, fit une descente par eau chez les Boittes, appuyé de la cavalerie desTorkes, qui le suivaient le long du rivage. U subjugua les Bolgares. Mais Dobrinia dit à Yladimir : a J'ai vu lesprisonni^s, tous D portent des bottes^ ils ne voudront jamais nous » payer l'impôt : cherchons des peuples qui portent » des laptiy> ( chaussure d'écorce de tilleUl ) (^). Vladimir fit donc avec les Bolgares une paix que ceux-<ïi jurèrent de maintenir, a Que la paix, dirent-ils, soit » entre nous jusqu'au jour où l'on verra hi pierre sury> nager et le houblon descendre au fond de l'eau. )) Puis Vladimir revint a Kiew.
En Tannée 6494 ( 9^6 ) , les Bolgares, qui professent la religion de Mahomet^ vinrent trouva .Vladimir, et lui dirent : ((Quoique tu sois réellement un prince D sage et prudent, tu ne connais pourtant point de loi » ni de religion. Crois à la nôtre, et honore Maho* » met. — En quoi consiste votre religion? répondit )) Vladimir. — Nous croyons en Dieu, reprirent-ils ; » mais voici ce que. nous enseigne le prophète : Fais- )) toi circoncire, abstiens- toi de la viande de cochon, » ne bois pas de vin, et après la mort tu goûtehis » mille voluptés avec les femmes. U en donnera a y> chacun de nous soixante-dix belles, parmi lesquel-
Vladimir. -ia3
» les on pourra choisir celle qui, à elle seule, réunira » tous les genres de beauté. » Les Bulgares ajoutèrent a cela beaucoup d'argumens subtils pour lui dissimuler la turpitude de leur croyance.
Vladimir leur prêtait assez Foreille, car il était luimême grand amateur des femmes; mais ce qui ne lui plut pas singulièrement, ce fut la circoncision et la prrvatioû de viande de porc; la défense de boire du vin rofiTusqua surtout. « Boire est le plaisir des Rusi> ses, dit^il aux Bolgares^ et nous ne pourrions vivre » sans cela. j>
Peu après vinrent des Allemands catholiques-romains (3). « Nous venons, lui dirent-ils, de la part y) du pape ; et ils ajoutèrent : Le pape, qui nous députe » vers toi, te fait dire : Ton pays ressemble au nôtre, » mais non ta religion; car la nôtre, c'est la lumière : » nous craignons Dieu, qui a créé le ciel et la terre, )) les étoiles et la lune, et toute créature vivante, )) tandis que tes dieux sont de bois. — Qu'ordonne » votre loi? répondit Vladimir. — Nous jeûnons, re- V prirent-ils, suivant nos forces; et quand l'un de nous » boit ou mange, il ne le fait qu'en l'honneur de )) Dieu, ainsi que l'a dit notre maître saint Paul. — 7> Retournez chez vous, leur dit Vladimir; nos pères 7> n'ont pas cru à votre religion. »
Des Juifs qui demeuraient parmi les Khozares apprirent cela, et vinrent à leur tour : a Nous avons enï) tendit raconter, dirent-ils, que les Bolgares et les )) chrétiens' sont venus ai toi, et qu'ils ont voulu' te ' )j faire adopter leur croyance. Les chrétiens croient à
1^4 ^ CHRONIQUE DE NESTOE.
)» celui que nous avons crucifi/é; nous^ a^ cootraîite^ » ne croyons qu'au vrai Dieu, au Dieu d'Abraham ^ » d'Isaac et de Jacob. — En quoi cousiste votre loi? y> leur demanda yiadimir,— rNotre loi ^ reprirent-ils , D. prescrit la circoncision, défend la viande de cochon D et de lièvre, et ordonne Fobservance religieuse du )). samedi. — Où donc est située votre patrie ?-r-A Jé- )) rusalem. — Qu'est-ce que Jérusalem? — Dieu s'est )) véhémentement fâché contre nos pères; il nous a )) dispersés, à cause de nos péchés, dans' toutes les » contrées de la terre, et notre pays est tombé en » partage aux chrétiens. — Comment! leur dit Vladi- D mir^ vous voulez enseigner les autres, vous que D Dieu a repoussés et qu'il a dispersés! S'il était vrai r> que Dieu vous pût aimer, vous et votre loi ^ il ne » vous eut point dispersés dans les pays étràngens : )) voulez-vous donc^ par hasard^ que nous éprouvions » le même sort? »
Bientôt les Grecs envoyèrent un philosophe à Vladimir : a Nous avons appris, lui dit le philosophie, y> que les Bolgares sont venus te trouver pour t'exci* » ter à adopter leur croyance. Leur religion est une » honte en présence du ciel et de la terre , et ils sont » maudits plus qq'aucuns autres hommes ,. car ils sont » semblables à ceux de Sodome et de Gomorrhe, sur » qui tombèrent des pierres de feu qi?.i les précipitè- )) rent dans l'abîme, et les firent rentrer soqs terre. » Semblablement viendra le jour.redoutsJ^le pour » ceux-ci, où Diçu, descendant du ciel sur la ten-e )> pour exercer sa justice, les frappera, eux et tous
)) ee\ït qui vivent ainsi honteusement et loin de lui. D Or^ c'est ce que font ceuiL qui appellent Mahomet » prophète.--^Vladimir, a cesmots^ cracha par terre » et dit : GVst vraiment une honte ! — Nous avons j> aussi appris ^ continua le philosophe , qu'il t'est » verni defif gens de Rome pour' t'endoctrîner. La )) croyance de ceux-ci diffère un peu de la nôtre : » ils disent la messe avec du pain sans levain , qu'ils » nomment! hostie; chose que Dieu n'a point ordon- J) née, car il a, au contraire, prescrit de faire le sér- » vioe delà messe avec du paipi levé, qii'il a donne a » l^pôtl*e, ^ disant : Ceci est mon corps, qui vous y^ éfst aharidonné; puis, prenant le calice, il a conti- » mxé'iCeci est mon sangy le sang du Noweau Tes^, j> tament. Les catholiques de Rome ne pensent pas 1» ainsi ; aussi ne sont-ils pas de la vraie religion. ))
Vladimir prit la parole, et dit: « Il m'est venu » aussi des Juifs qui m'ont dit : Les Allemands et )) les Grecs croient à celui que nous aidons crucifie. » —C'est vrai, reprit le philosophe, nous y croyons; y> car les- prophètes ont annoncé qu'il naîtrait Dieu; j> d'autres ont prédit qu'il serait crucifié et ense- D'Veli, que le troisième jour il ressuciterait pour !> monter au' Ciel. Les Juifs tuèrent les prophètes et » -leur donnèrent la couronne du martyre. Cependant » lear prophétie s'accomplit : Dieu vint sur terre, il }> y 'ftit crucifié; puis, étant ressuscité pour monter » au Ciel, il leur accorda quarante-six ans pour faire » pénitence. Mais les Juifs ne se repentirent pointjt et » Dieu envoya contre eux les Romains, qui détruîsl-
byGqoglc
I^Ç CHRONIQUE Dfi NESTOR.
i> rent leur ville. Ils furent alors disperses dai|s ttous y^ les pays, et devinrent gens de service chez lesî autres )) peuples. — : Mais, demanda Vladimir., pQurquoi y> Dieu descendit-il du ciel pour souffrir de. teilles » douleurs? — Si tu veux m'écouter, répondit le phiy> losophe^ je te raconterai tout, depuis le conunen-r )) cément. — Avec plaisir, reprit Vladimir. » Et le philosophe se mit a raconter tous les faits et gestes de Dieu depuis le commencement du miOnde jusqu'au septième concile général : jl définit la vraie croyance, et fit entrevoir la rémunération future des justes et la punition des impies. £t^ en même tenips il montrait à Vladimir une table sur laquelle était peint le dernier jugement, Puis, lui désignant à droite les justes qui, remplis de joie^ titraient dans le paradis, il lui faisait remarquer k gauche le^ pécheurs qui, pour pénitence, allaient en enfer. Vladimir poussa alors un soupir, et dit : (( Heureux ceux qui sont à ». droite, çt malheur aux pécheurs qui sont à gauche ! j> — Si tu veux^ reprit le [Jiilospphe, entrer avec les D justes^ qui. sont à droite, consens à recevoir le bap- )) téme.» Vladimir réfléchit mûrement, et dit: ccJTat- » tendrai encore un, peu. » Car il voulait aVyunt totit être instruit de chaque religion. Cependant il combla le philosophe de^prcsens, et le congédia après, beau-» coup de témoignage honorables.
En l'année 6495 (987) , Vladimir manda sesboyards et les ai]Lciens de la ville, et leur dit : a Vous saurez )) que les ^olgares sont venus me trouver et noi'ont » dit : Adopte notre croyajiçe; qu'ensuite sont arri-
» véà des Allemands^ qui lif^ont pareillement fait » sûovi; leur religion; puis les Juifs, à leur lour^ » et enfin, en dernier lieu^ les Gi^ecs, qui bJtoent » tontes les religions, louent exclusivement la leur,' » et a Tappui m'c«t raconte' l'histofre du mondé dc-^ » puis' sa création. Leurs discours m'ont paru sensés, » et je les ai entendus volontiers, (Juoique avec sur-^ » prise. Ils disent qu'une autre vie nous attend, et )) que celui qui fait profession de leur foi ressuscitera » après la mort, et ne périra pas pour l'éternité,- mais » que celui qui suit une autre croyance doit brûler » éternellement. ...Que penSez-vous de tout cela ?» Les boyards et les ^anciens répondirent : a Tu sais, prince, )) que personne ne parle mal de sa religion,* mais )) que tous^ au contraire, en f9nt l'éloge. Si tu veux » connaître l'exacte vérité, tu as des hommes sages ; li envote4es examiner la croyance de chacun de ces )) peuples et la manière dont ils servent Dieu. y>
Ce discours plut au prince et à tout le monde. Il choisit donc des hommes prudens et observateurs au nombre de dix, et leur dit : (( Allez d'abord chez les ï> Bolgares, et examinez lotir religion. »
Ils y allèrent^ mais quand ils furent arrivés et qu'ils eurent vu toutes les choses honteuses du culte des^mahométans, et surtout con>me ils prient Dieu, la tête couverte , ils revinrent en Russie : « Allez maintenant )) en Allemagne, leur dît Vladimir, et donnez votre » attention aux choses de la religion de ce pays-la, » puis après dirigez vos pas vers la Grèce. » , Les dépiUés vinrent donc en Germanie, et exami-
I^Ç CHRONl^QUE DE NESTOR^
nièrent tpiit jte servioe divin, puis de la se rendirent à Tzaragi;ad, et allèrent trouver le tzar», Celui-ci leur djûnt demande le sujet de leur voyag^e, ils lui dirent Tobjet de leur missifon. A ee récit le tzar parut fort réjoui^ et leur fit aussitôt un grand et honorable aqcueiL Le lendemain, dès le matin, il envoya quérir le patriarche et lui dttt <c Les Russes sont 3> ici venus pour examiner notre croyancej prépare is> donc toutes choses dans l'église et dans le choeur; D toi-même revêts tes omemens d'évéque afin^ju'ils ^ voient k majesté de notre Dieu. }^
A Ces mots le patriarche fit aj^peler 3e$ clercs; il ordonna le service divin comme pour un jour de fête, fit fumer les , encensoirs et entonner les canti^ (jue^ et les chants religieux. On conduisit les Russ^ à Téglise, et l'on eut soin de les plader dans un aidroit commode, de telle sorte, qu'en entrant^ ils pussent admirer toute la décoration et la beauté magnifique de Téglise, lès chants et les orneinens du patriarche et des diacrei, et, en un mot, la manière dont Ie$ Grecs adressent k Dieu leurs prières. A ce spectacle imposant, les députés furent comme transportée , et ne purent assez louer cette façon de servir Dieti.
Les t2ars Bazile et Constantin les firent ensuite mander, et leur dirent : a Retourne^ maintenatit dans )> votre pays. » Et ils furent congédiés, comblés de présens et de marques d'honneur (4).
De retour en Russie, Vladimir convoqua ses boyards et les an<$iens de kt ville, auxquds il dit ; a Nos dé-^ » pûtes sont de retour, écoutons ce qu'ils ont vu.
VLADIMIR. lag
n Voyons, ajouta^t-il en parlant a ceux-ci^ dites-nous » ce que vous avez recueilli. »
Les députés répondirent : oc Nous visitâmes en » premier lieu les Bolgares> et vîmes comme ils font )) dans leurs temples le service de Dieu, la tête cou-. » verte, et sans ceintures; puis après des révérences, » ils s'aisseyçnt, regardant de côté et d'autre comme » des insensés. Il n'y a aucun plaisir a les voir; il rè- » gne autour d'eux une insupportable puanteur, et » tout y cause de l'ennui; en un mot, leur religion » n'est pas belle. Nous allâmes de la chez les Aile- » mands : nous vîmes leurs églises et leur manière de » prier; mais il n'y a lànon plus ni omemens ni beauté. » Enfin nous arrivâmes chez les Grecs :.on nous con- » duiât dans les lieux où se célèbre, le service divin : » nous ne savons pas trop si nous n'étions pas- dans le » ciel; car, en vérité,. sur la terre il est impossible de » trouver tant de richesse et de magnificence. Nous » ne pourrions vous raconter ce que nous avons vu : » tout ce que nous pouvons croire, c'est que vraisem- )) Uablement on se trouve là en présence de Dieu, et » que le service divin des autres pays y est totalement » éclipsé. Nous n'oublierons jamais tant de grandeur. «Quiconque a goûté d^un si> doux spectacle, ne )) trouvera plus nulle part rien qui lui plaise; aussi ne » voulons-nous jdus demeurer ici. »
Les boyards alors prirent la parole, et dirent : « Si » la religion grecque eût été mauvaise , ton aïeule » Olga, la plus sage des mortels, ne l'eût pas adoptée, w — Où voulez-vous donc recevoir le baptême? dit
l3o CHRONLQITB DE NB8TOR.
» Vladiitttr. «^Ou tn youdras toi^fhéme^n rëpon-^ direntrils.
Or advint que dans le courant de Tanziëe raivante, l'an 6496 (9^), Yladimir, av^c son arin^e^ fit une irruption sur, Kherson. Les^ habitans s'enfermèrent datns les murs de leur ville ^ et Vladimir dtablit son campr de chaque cote, proclie du Limen^ èppeu^près à la portée du tnât de ladite vilW. Les^ assiégés se dëfendifent vaillamment* Cependant Vladimnr pressant toujours le siège ^ ils commencèrent à perdre courage) lors il leur fit dire : « Si vous ne Tou» ren^ » dez pos^ je pire, que, s'il le< faut, je resterai trois » ans ici. 3» Lesaasiégés ne fireKM;nul cas de la menace. Vladimir lors fit prendre les armes a ses soldats, et ordonna l'assaut ; mais tandis qu'ils livraient cet assaut, les Khersonésîens, ayant pratiqué une issue dans les fossés, en enlevèrent la terre cpie les assîégeam j jetaient pour les combler^ puis la portèrent et repous* aèrent par la viUo; et plus les Russes en jetaient dam les fossés, pltis les assiégés en enlevaient.
Mais cependant. qiao Vladimir assiégeait .Khefson et pre$0ait ses habitans, voUa qu'un certain Anas** thase projeta sur le camp ennemi urne flèche portant cet avis : («Tu peus arrêter ou détourner le courant n dès sources qui sont deroiène toi vers Fest f c'est de » là que nous viennent les eaux de la ville. >i A cette nouvelle Vladimir éleva les yeux au ciel, eo s'éeria: » Si c'e^t vrai^ îe promets de recevoir ici le baptême! n £t dé suitjé il donna l'ordre de boucher les con« duit^ eli de détourner l'«am Bientôt les assiégés, «x-
TLAa)IMtRi i3t
4énU^ et mowant dé 0ovf 9 ^rendmnt^ et Vladimir avec les sieoB^ fitson. entrée dans la yill^.
X^continept Ykidinar envQysl message aux txats Basile letCoiistaQtm., avec leesmois : « J'ai einporté j) iinteij^ Yos^pluscçlc^cei iriUeft; mais comB^ fen^ I) tends dire que vqu& la^vwK «une sœur nsn encore ')) pour:vu/e^ je vous &is'k:$airotr ipie jerla veux epou** )>ser; et que^ s^il ivous pcend &ataijsie de me la }) rçfus^r^ j'en a^rai à l'jégQvd .die. votre {ûnopre capîr ^) taie comme aTegard de Khenon.: n
Ji ^C0Ue nouvelle, les déuïtzatô (1^) funsnt tout ébahis ; cependant ils répondirent: «U n'est aucune- » ïfàef^t perlais à d^s chrétiens de icontracter m|ariage » avec des païens; faia^t^i bajpdser^ adopte notre fof^' » et m pourras obtenir notre^çeur, et: bien plus avec p» elle la lOQuronne i:â«bte9qQe si tu ne le vcux'pasy » $Sifcbfi qjuefiCMflS ne ladonnçndus pis à lin idc^Utre. >>
Y|adîmir> aussitôt ceiteTépbnse^ dit aux ambâs-^ sadeurs des tzaçs : «Allez assurer votre m»hre que je » veux recevoir le baptême; car f ai d^a iait conn naissance avec votre Tdigion^ qui me plaît; j'aime » et:voti?e croyance et vietremanière de servir Dieu, » si toutefois ce quem'en -oiit rapporté «nés <x>mmis-^ » saires esivrai.)) .
Les tzars ayant oui Isette déclaration, s'en réjouirent beaucçup , et >admonei$tèrent leur sœur Anne, afin qu'elle épousât Vladimir : « Fais-toi donc bap- » tiser, firent-ils encore dire à Vladimir,, et hous t'en- » verrons notre sœur, w Mais Vladimir leur répondit : « Venez vous-mêmes avec elle ici, et me baptisez. »
l33 CHRONIQUE DE NESTOR.
Et les tzars y consentirafit^ et voulurent lui envoyer leursœur^ accompagnée de personnages maiv:{uans et de gens d'église. Mais la princesse hésitait d'aller parmi les païens : « Non, dit-elle, j'aime mieux mourir »ici.^ — ^Mais, dirent ses frères, peut-être introdui- )) ras-tu le vrai Dieu dans ce pays de la Russie, et » délivreras-tu le nôtre d'une terrible guerre. Déjà ne » sais^ta point tout le mal qu'ont fait les Russefs aut >) Grecs? Et si tu ne vas pas avec eux, n'agiront-ils » pas encore de même à notice égard? » Enfin, après beaucoup ^^^eSotts et de prières, ils parvinrent à l'émouvoir^
La princesse, alors > non sans toutefois force larmes, et après avoir embrassé ses pbrens et amis, se rendit à bord d'un vaisseau, et se mit sOus voile. Et étant arrivée dans le Khersonèse , les halntans de ce pays allèrent au-devant d'elle, lui firent bon accueil, l'accompagnèrent a la ville , et la conduisirent au palais. Or, par une volonté de la Providence, il advint qu'en ce temps-là Vladimir eut mal aux yeux tellement qu'il n'y pouvait rien voir : et il se lam^itait et ne savjait que faire. La princesse ayant appris son mal^ lui envoya message avec ces mots : a Si tu veux avoir » soulagement, fais-toi donc baptiser, sinon tu rieiï » seras jamais délivré. — Si, en efiet, dit Vladimir, » je dois être guéri par ce moyen, c'est que le Dieu » des chrétiens est vraiment grande » Et il donna commandement qu'on le baptisât. Ce fut L'évêque de Kherson, assisté des gens d'église, que. la princesse avait amenés avec elle, qui lui conféra le baptême.
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Et tandis que ledit évêque lui imposait les mains^ ses yeux s'ouvrirent. Vladimir, rëflëchissant comme il avait été inopinément guéri, prit Dieu en grande estime, et dit : c( C'est à cette heure que je connais » le vrai Dieu (^) !»
Et lorsque les Russes virent cela , beaucoup se firent baptiser. Le baptême de Vladimir eut lieu dans l'église de la sainte Mère de Dieu, à Khcrson, située aumilîjeu de la ville, sur la place du marché. C'est là, près de l'église, du côté de l'autel, qu'on voit encore aujourd'hui le palais de Vladimir et celui de la princesse.
Incontinent après le baptême, l'évéquè amena la princesse pour l'autre cérémonie, celle des épousailles (7).
Quelques personnes qui n'ont point eu parfaite connaissance de la chose, ont publié faussement que Vladimir s'était Êiit baptiser à Kiew, quelques-unes à Vassilievf ^ «et d'autres ailleurs encore.
Au demeurant, sitôt qu'il fut baptisé, ce prince vécut suivant la religion chréti^me. Il emmena avec lui la tzarine, cet Anasthase dont ci-haut nous avons parlé; des prêtres de Kherson, les reliques de saint Clément et de son disciple Phiva, comme aussi des vases et des encensoirs, ainsi que des images; le tout pour son salut* U fit aussi édifier une église dans Kherson, sur la montagne^ avec la terre que les habitans avaient amoncelée au sein de la ville durant le siège qu'il en fit, laquelle église on peut encore voir de nos jours. Il prit avec lui deux idoles d'airain et quatre chevaux de métal, qui sont aujourd'hui
l34 CHRONIQUE DE KESTOR.
derrière l'église de la sainte Mère de Dieu, et que les ignoraos croient faits de marlnre. Et pour dot de la tzarine et en son honneur, il reçut des Grecs la ville de Kherson (^) • Après quoi il revint à Kiew, où étant arrivé, il fit renverser les imagés des faux dieux, qui furent, les unes mises en pièces et niorceaiix, les autres jetées au feu et brûlées.
Quant a Fidolé dePérôune, il cômnvaada qii'on l^ttachât à la queue d'un cheval, et qu'elle fdtt^pai* née par les* montagnes du Borit^he^ et du Rutchaï; et durant ce trajet^ doiizè bomm)», montés dessus, lit 'flagellaient de verges et rinjûriaient de }Mmles. Toutefois Vladimir n^en agitpointde lasorte, comme aucuns pourraient penser, pour que ces statiies faites de bois le ressentissent , mais par pur mépris du. démon, qui avait à ce point égaré les hommes, et pour que, par semblable affront, il reçût lui*méme la rémunération méritée. Mais au moment où l'oii entraîna Fimage de Pérouhe du Rutchaï dans le Dnieper, les incrédules coniménpèrènt à pleurer et gémir, car ceux-là n'avaient pas recule baptême. Ce nonobstant, arrivée siu^ les' bords du fleuve, elle y fut précipitée, et Vkdinnr, à l'endroit même, -çhnca dés gardes avec Tordre suivant : « &i l'idole revient au rivage, » vous la repoussera jusqu à ce qu'elle ait passé les )) cataractes, apt-ès quoi vous pourrez Fabandoimer. » Ainsi firent les sentinelles, attentif à repousser l'idole jusqu'au passage dès cataractes, d'où elle fut par le vent entraînée dans une baie qui de nos jours s'appelle encore la Baie^-Pérourie:
VLADIXIiU l3£
Auprès quoi Vladimir fit crier par tome la ville : a Celui qui^ demaiiiL dc6 le niattii^ ne paraîtra pas an M bord cLu fleuve ^ riche ou pauvre, mendiant oii » journalier^ sera coiisidcré eomne rebelle^ et traite » eomme tel (9). y>
Les habtfcans ayant oui «eUe meiiaoe, vinrent sans retard^ dî^nt: aSi lebaptémen'ëtaitflvanftageuiL^ nos Il princes et nos boyards ne l'eussent point; accepte, n Le lendemain donc^ Vladimir^ accompagne des prêtres^ de. la txarine et de cèui de Kherson^ ae reor dirent au Dnieper^ où vint ausâi une foule innombrable d'hommes qui entrèrent dans Tean^ les uns jus^ qu'au cou^ les auti^es jusqu'à la poitrine. Les enfans, re^:& sur la riVe, furent couverts d'eau; ceux-ci étaient plon^s dans le fleuve, d'autres nageaient çli et là^ tandis que. les prétras lisaia^ les prières. £t cela formait un spectacle grandement curieuK et beau à voir. Enfin ^ quand tout ce peuple Ait baptise, chacun s'en retourna cheK se» ('o).
Alors Yladbfiir fot merveilleusement sa^sfiiit de penser que tous ses gens connaissaient enfin le vrai JDieu; il éleva les yeux au Ciel^ et s'écria : ((Grand » Dieu! créateur du ciel et de la terre, jette les re- » gards sur ton nouveau peuple, et fais, Seigneur, » qu'il te reconnaisse pour le vrai Dieu, connue le » fontlesautres pays chrétiens; afiermi$*le dans cette » juste et raisoniuJ^le croyance; pour moi, Seigneur, n défend»-moi contre l'ennemi (jui me combat, afin » que je puisse en ton nom et par ta puissance l'em<^ » porter sur ses traits, nudices et méchan(^és! »
l36 CHRONIQUE DE NESTOR.
Après cette prière, Vladimir fit édifier une ëglise à Fendroit où prëcëdemment on voyait Fimage des faux dieux. L'église de Saint-Basile fut élevée sur la montagne où se trouvait naguère Péroune er les au- V très dieux , auxquels lui et son peuple avaient sacrifié* II. fit également élever dans les autres villes des égli-* ses où il envoya des prêtres; et il n'y- eut point de ville, de bourg ni de village où le peuple ne fut amené à la foi par le baptême. Puis il choisit les enfans des personnes distinguées, qu'il fit instruire, et auxquels on apprit a écrire i mais les mères pleuraient sur leurs enfans comme s'ils allaient mourir, car elles n'étaient pas encore affermies dans la foi.
C'est ainsi que furent éclairés Vladimir, ses fils et le peuple russe. Or, Vladimir avait douze fils, savoir : Viatcheslaw, Isiaslaw, Sviatopolk, laroslaw, Vsevolod, Sviatoslaw, Mstislawj Boris, Glieb, Stanislavir, Posvid et Sudîsla-w. Il établit Viatcheslaw a Novgo^ rod; Isiaslaw à Polostkj Sviatopolk a Tourov; laroslaw àRostow; Glieb à Mourom; Sviatoslaw chez lesDrevliensj VsevolodàVladimir; Mstislaw à Tmoutorokan, et puis dit : « Il ne convient pas qu'il y ait y> si peu de villes autour.de Kiew. )) Et il commença à bâtir les villes de Desn^, Vstri, Trubetch, Sula et Stugna; puis il choisit les meilleurs des Slaves, des Krivitcbes, des Tchoudes et des Viatitches, dont il peupla ces villes, qui devinrent des barrières contre les Petchenègues, avec lesquels il était en guerre, et qu'il vainquit plusieurs fois.
Puis en Tannée 6439 (9B9), comme Vladimir vivait
VLADIMIR. l3j
selon la loi chrétienne ("), il songea à construire une église en l'honneur de la Sainte-Vierge Marîe. A cette fin il envoya en Grèce quérir des architectes, puis commença k édifier ; et quand il eut achevé cette église, il l'orna de plusieurs belles images^ y établit Anasthase du Kherspnèse, auquel il adjoignit quelques autres prêtres aussi Khersonésiens, pour y servir Dieu convenablement ; en outre il abandonna à l'église les images, les vases et les croix qu'il avait apportées de Kherson.
Durant l'année 6498 (99<>) y il jeta les fondemens de Biélogorod, qu'il peupla de sujets pris en d'autres villes ; il y fit venir des Drevhens, un grand nombre d'individus, et y demeura souvent lui-même, car il aimait fort cette, ville.
Durant les années. 6499 9 65oo et 65oi (de 991 à 93)^ Vladimir eut la, guerre avec les Chrovates; mais a peine eut-il terminé cette guerre, que les Petchenègues arrivèrent du côté de la Soula.
Vladimir maçcha au-<levant d'eux, et les rencontra non loin des bords de la Troubége, où se voit aujourd'hui Péréiaslavle. Ce prince campa d'un côté et les Petchenègues de l'autre, de telle sorte que, ni de çà ni de la, nul n'osait avancer. Pourtant, le prince des Petchenègues s'approcha de la rive, et cria à Vladimir : « Ordonne qu'un de tes guerriers se pré- » sente, j'en ferai avancer un des miens^ et ils com- » battront l'un l'autre;, et si l'homme de ton pays » L'emporte, nous, Petchenègues, serons trois années >) sans te faire la guerre;, si c'est le nôtre qui triom-
l33 CHRONIQUE DE NESTOR.
» phe^ alors nous te ferons , durant le^ trois aimées^ n une guerre sansuvercL »
Vladimir, de retour à «on camp, envoya sonh^éraut
parmi ses guerriers, et celui-ci se mit à crier t tt Se
)i trouve-tnl quelqu'un cpii veuille d'un combat à oii-
>i tranjBe avêfc un Petçbenègttë? ih Mhis nul n'accep-
iuit4 Cependant/dèsle matiii, les Petchènègues ame-
nèt*en( lein'diampion, timdis qwe de notre coté pei^
.sonne œ bougeait, ce dont Vladîmif i^ trouvait
grandement fôchë ; et de rechef il envoya faire lé cri
panni «es ac^klats^ A la Q^n, se ptësente un vieilkrd,
qui Itii dit : t( Je suis venu a la gitetre avec <^tiatre
» de m^ fibj mais f ai laisisë à la maison mon plus
» j^eMne^ ^ui, depuisson enfance juvSqu'a ce jour, n'a
» encore trouvé personne qui ait pu le terfrassèr. Un
)) jour qu'il teùait une peau de boË^f , eft que je le
» grondais^ il se fôcha contre moi,, et, dans ëa ôoière,
» il déchira la peau en deux. ï>
A ce récit, le prince, plein d'espérance, ^voya quérir le jeune garçon, qui dès son arrivée confirma les paroles de son père : ce Prince, dilnil ensuite, je » fee connais pas mes forces; faisJe^ moi éprouver : » est-il ioi un fort et puissaivt bœuf? j^ On amena au^ silïOt devant lui un bœuf d'une force extraordinaire, que le prince fit irriter au iprioyen d'un fer rouge, puis on le lâcha dans l'arène. Incontinent !^ bœuf s'élance sur le jeune garçon^ mais cekii-^i, l'arrêtaiït d'une main, lui arrache, de l'autre, un aussi grds naoi*ceau de chair qu'il en peut saisir. A cette vue Yladimir s'écrie : a Allons, t» peux combattre a Ou-
TLÂDIMIB. 1.39
j) tjrmuce ! >) Et dès le matin les Pefti^etiègues vinrent, et coBarajencêrent de recliiéf à crier : « N*àTez-vous » point enfin votre champion? Le nôtre est pt*êt. » Or Vladimir aivait fait passer la nuit sous les annes.
lies champions s'avancèrent su? k me du fleuve; le Petchenègue ëtait pour la taille un véritable gëant^ et pour la figure hbirible à voit*. Quand le- champioh de Vladimir parut ^ le Petdbenègué l'aj^ant aperçu, se prit à rire^ car près de lui ee n'ëtant rien. Au defibeurant, on fil entre lès deui^ arînëe^ un champok)8, et les deux champions marchèreiit Fuii contre l'autre, et s'empoignerait a bras-le-eorps* C'^t aïors^ que le Rus9e étouffa contre sa poitrine te géant son ennenài, et le jeta raide^mort suv la place. Incontî^ lient les Petchenègneis |)ou8serent d'effrojaMes cris, et se prirent a fuir. Mais les Russes les poursuivirent, et les mîrdit en piècest.. Après cette victoire, Vladimir/plein de joie, éleva une ville à l'endroit même diL dtiel, et lui donna le nom dePéràlaalavle (^^), qui ^lait celui du jeune adilète; bien pkis, il le fit, lui et son. père, ses grands-officiers, et s'en revint k Kiew couvert de gloire et d'honneur.
De 6602 k 65o4 (994 * 99^), Vladimir voyant son «église achevée, entra dedans, puis y fit la prière qui suit : oc Mon Dieu! du haut du ciel, où tu sièges, » daigne descendre en cette vigne, toi^ par qui nos )) ceeiirs furent amenés k la raison, afin que nous te n reconnaissions toujours pour le vrai Dieu. Jette un » regard sur ce temple, que ton indigne esclave a 'j> édifié en l'honneur et nom de ta Mère, la bonne
l4o CHRONIQUE DE NESTOR.
» Vierge Marie, qui t'a conçu; daigne, enThonneuret » par l'intercession de cette très-chaste Vierge, exaucer » ceux qui viendront ici t'invoquer ! » Après sa prière, il ajouta : (( Maintenant, je donne a cette église de n Sainte-Marie la dixième partie de tous mes biens et » die toutes mes villes. » Puis il en fit placer dans ladite église le serment écrit, et dit : a Que cehii qui » violera cette disposition soit maudit! y> Et il paya la dimeà Anasthase-le-Khersonésien ("î). Puis il invita à une grande fête tous ses boyards et les anciens de la ville, et fit distribuer de grandes aumônes aux pauvre. Cependant les Petchenègues ne tardèrent pas à revenir; ils se montrèrent devant Vassiliew. Vladimir aussitôt marcha contre eux avec un petit nombre de troupes; mais quand oh en fut venu aux mains, ce prince ne put long-temps résister; il prit la fiiite, et se mit a couvert sous un certain pont, à l'aide duquel il put a grand'peine se cacher aux ennemis. C'est alors qu'il fit le vœu d'édifier, qviand le combat serait fini, une église eji l'honneur de la Transfiguration de Jésus, dont, en efiet, ce jour-là était l'anniversaire. Et, selon sa promesse, Vladimir ayant échappé au péril, fit construire l'église, et célébra une grande fêle. A cette occasion, il donna Tordre qu'on apprêtât trois cents tonneaux d'hydromel, et convia au banquet ses boyards et possadniks (qui étaient restés à la ville), ainsi que les anciens de toutes les villes, et une infinité d'autres personnes. Quant aux pauvres, il- leur fit distribuer 3oo grivnas. Quelque temps après cette fête, qui dura huit jours, arriva encore la fête de
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l'Assomption de la Vierge Marie, pour laquelle^ de rechef ^ Vladimir fit faire de grandes réjouissances, où fut conviée grande multitude de peuple. Lors, réflé-" chissant que tant de gens étaient chrétiens, Vladimir manifesta sa joie, et bénit le Seigneur. Au demeurant, il établit de semblables fêtes pour les années suivantes, afin de prouver son respect pour la parole de de Dieu. En e£Pet, il avait souvent entendu dire « :Heu- » reux sont les miséricordieux , car il leur sera fait » miséricorde! y> et puis : «Vendez vos biens, et.do-
)^ tes les pauvres N'amassez trésors sur la terre,
» car la rouille et les vers peuvent les ronger, et les » larrons les prendre : mais amassez trésors dans le Ciel, » où ne sont ni rouille ni vers qui rongent, ni larrons » qui dérobent; » car, ainsi que dit David : c< Bienheu- » reux celui qui a pitié des auU:es^ et leur vient en, » aide I » et Salomon : « Qui donne aux pauvres donnq » à Dieu, n
Quand donc, ai-je dit, Vladimir entendait ces paroles ou de semblables, alors il laissait approcher les pauvres et indigens jusqu'en la cour palatiale, et leur faisait copieusement distribuer nourriture, boisson et fourrure. Bien plus^ comme les malades et nécessiteux ne pouvaient arriver au palais^ il faisait charger des voitures de pain, viande, poisson, avec force légumes et fruits; il y joignait des vases remplis d'hydromel et de kvass('4); et les voitures ainsi chargées étaient menées par la ville par des gens qui criaient : . « Où sont les malades mendians ou tels autres qui ne » peuvent marcher? x> Et de suite on leur distribuait
l4l CHROlir^UE BE l^ESTOR.
le nécessaire. Celjte dJMribution au peu{>lê se t^ouvelait dbMique semaine; il faisait dresser des tables dans les gridnitza du palais^ où venaient s^asseoir ses boyards et gridni^ les sôliiiks^ désiàbld et autres persomiages dé distinction^ qu'il fut présent ou non ; et à ces tables tout se trouvait en abondance^ la chair de bétail comme celle de gibier.
Or, un jour qu'on s'était un peu enivré, quelquesuns se prirent à murmurer contre le prince, et a dire t « Est^il donc beau nous Voir mangéfr ainsi avec deé D cuillers de bois, et non, comme il conviendrait^ I) avec des cuiflers (f argent? m Vladimir ayant entendu cette plainte, fit faire des cuillers d'argent pour sa compagnie; « car, disàit-il, on n'acquiert pas tou- A jours des amis avec l'or et l'argent ; mais avec des amis n on acquiert Fun et Fautre : c^est du moins ainsi » que mon père et mon aïeul en ont agi. »
Voila connue Vladimir aimait son peuple; il le consultait fréquemment pour le bien de l'Etat, les choses de la guerre, et même pour les lois du pays. Qumit à l'extérieur, il vivait en bonne intelligence avec les princes ses voisins^ Boleslas le Lichtianien, Stéphane leÔugre et Ândronikde Bohême : tl existait entre eux paix et amitié.
Vladimir avait donc la crainte de Dieu. Cependant, le nombre dès larrons et voleurs de grand chemin s'augmentait grandement. Les évêques vinrent, à ce sujet, trouvei* Vladimir, et.lùi dirent: w Les voleurs et » larrons se sont étrangement multipliés : pourquoi » ne les point châtier? — Je craindrais, dit-il, de
TLAUlMIli. 143
» eommétlPe un pecfaë.^m^Mais^ dirent leg ëvéques, y Dieu t'a plaoé pour châtier les mëohans et rëcom* » penser les bons ; ainsi la poursuite et le ehfttimenl » des larrons t'appartiennent. » Vladimir aloi»s exauça le vceu de ses sujets ^ et eomtnença a pourchasser le^ krrons. uH y a autre diose h faire^ direiit leis évê^ n cpies et anciens de Vladimir : tu as un peujple guei^ » rier et tÈaaJbrevni ; donne-lui des armes et des chen vaux. ♦^ J'y consens^ » dit Vladimir. Et il suivit l'exemple de son père et de son aiçul.
En Tannée 65o3 ( 99^ ) , Vladimir partit pour Novj[orod ayec l'élite de ses troupes ( car il avait en tcmt temps une grande armée ), et marcha a l'encontre des Petcfaenègues; mais ceux<*ci, apprenant que le prince élait absent, s'ten vinrent aussitôt bloquer Bialogorod. Ils empêchèrent les faabitans de coinmuniquer avec le dehors^ et bientôt parmi eux se fit sentir une hor* rible disette* Vladimir étans, oomme nous avons dit, âoigné, ne pouvait leur être d'aucun secours. Les PetohenegueS' continuèrent à presser de plus en phis la viUe^ et la &mine s'y accrut au point que les: habitans prirent conseil entre eux, et se dirent : u Nous » voilà réduits à telle extrânité quesous peu de temps » nous aUons nourir de faim! Nous ne pouvons es- )» perer âuc^m secours du prin^^e. Voulons-nous dfonc » mourir? Ne vam-ii pas mieux se reiidre a ces Pet-* » cbenègtt^, qui peilvent, par fortune, nous laisser Il la vie? Le pit^ sera qu^ils nous tuent; mais évite- )i rons-àôus de mourir de feim. 1» IVaocord sur ce point^ ils allaient incontinent se rendre.
l44 CHRONIQUE DE NESTOR.
Or il y avait un certain vieiHard qui n'avait point
assiste à cette délibération. Il demanda nëaùmoins :
« Qu'ônt-ils résolu? » On lui répondit que le lendemain
au matin on se voulait rendre aux Petchenègues. A
ce récit il envoya aussitôt quérir les anciens de la ville^
et dit : u J'ai entendu que vous avez résolu de vous
» rendre ! — Le peuple ne peut davantage endurer la
» faim. — Eh bien! écoutez ceci : Ne rendez pas la
» ville avant trois jours^ et faites ce que je'vous dirai. »
On accepta la proposition; lors il dit: « Que chacun
» emplisse sa main^ soit d'avoine^ soit de froment^
» soit de son. » Ceci fait^ il donna commandement
aux femmes de mettre le tout en fermentation^ afin
de le réduire en bouillon^ puis de creuser une fosse
et d'y placer une cuve remplie de cette pâte fermen-
tée. En outre il fit creuser une seconde fosse où l'on ,
mit une autre cuve dans laquelle il commanda de
verser du miel. Lors on alla à la cave de Vladimir,
où, par fortune, on trouva, caché sous terre, un
tonneau rempli de miel. Le vieillard fit délayer ce
miel dans de l'eau et verser le tout dans la cuve qui
se trouvait dans la seconde fosse.
Puis le lendemain, dès le matin ^ il envoya porter aux Petchenègues ce message : « Choisissez parmi » nous des otages, et envoyez en notre ville dix » hommes d'entre vous pour y voir certaine chose. y> Les Petchenègues se réjouissent et s'imaginent déjà que l'on veut se rendre ; ils prennent des otages et députent les meilleurs de ]a nation , en leur donnant la charge d'aller a Biélogorod. Quand donc ces députés
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furent venus : « Pourquoi, leur dirent les habitons^ )) vous fatiguer inutilement? Pensez- vous donc nous » contraindre? Vous resteriez-là dix années durant, » que vous n'y parviendriez pas ; car nous tirons de ^ la terre une nourriture plus que suffisante, chose )) que, si vous Be croyez, vous pouvez voir de vos )> propres yeux. » Lors on découvrit devant eux la fosse où se trouvait la fermentation : il en fut tiré un seau, que Ton mit ensuite sur le feu pour le réduire en bouillon. Après quoi l'on conduisit les députés a l'autre fosse , où quelqu'un ayant puisé du miel délayé avec de l'eau, commença par le goûter, puis l'offrit auxPetchenègues, qui ne purent assez se récrier : c( Notre prince, disaient-ils, ne voudra pas le » croire, k moins que lui-même n'en goûte. » Lors on emplit un vase de la fermentation, puis un autre du miel délayé, et le tout fut donné aux Petchenègues. A leur retour, ayant fait le récit de ce qu'ils avaient vu, le prince petchenègue fit cuire et goûta ce mets. Enfin, il fut si surpris, qu'après avoir repris ses otages, il fit lever le siège et décampa.
De 65o6 k65o8, mourut Malfrida ; c'est aussi vers la même époque que la princesse Rognéda, mère d'Iaroslaw , alla de vie k trépas.
En l'an65o9 (looi) arriva la mort d'Isiaslaw, père de Briatscheslaw et fils de Vladimir.
De 65io k 65i I mourut Vseslaw, fils d'Isiaslaw et petit-fils de Vladimir.
De 65i2 a 66 1 5., des images de saints furent apportées en l'église de la sainte Mère de Dîeu.