‹ La chronique de NestorChapitre 22 sur 43 · I. lO · texte numérisé non relu

I. lO

l46 CHRONIQUE DE NESTOR.

De 65i6 à 65i9 (1007 * '<>")^ ^'^ ^® "^^^ ^ trépas là princesse Anne, épouse du tzar Vladimir (»^),

De 65 20 à 6622, laroslaw, comme prince de Novgorod, avait à payer à Kiew un tribut de deux miile grivnas : déjà les principaux et possadniks de la ville en avaient payé mille, quand laroslaw refusa de payer le surplus; à cette nouvelle Vladimir s'écria: « Qu'on » prépare les chemins et qu'on jette les ponts! » Il voulait aller châtier son fils laroslaw.

L'an 6523 (ioi5), comme Vladimir était en projet de tirer raison de son fils, celui-ci envoya au-delà des mers demander secours chez les Varègues , car il redoutait la colère de son père. Mais Dieu ne permit pas que le diable eût la joie de voir le fils armé contre le pèilB : Vladimir tomba malade. Or, en ce temps les Petchenègues venaient de faire irruption en Russie, et Vladimir avait envoyé à leur poursuite son fils Boris, qui se trouvait alors auprès de son père, attendu sa maladie. L'état de Vladimir empira tellement, qu'il mourut le quinzième jour de juillet. Sa mort arriva à Bérestovv^ ; mais comme Sviatopolk se trouvait à Kiew , on en voulut faire sectet. Durant la nuit quelques-uns brisèrent le plancher de l'antichambre, puis on enveloppa le cadavre d'un tapis; on le descendit par le moyen dç cordes; ensuite, ayant été porté sur un traîneau, il fut mené en l'église de notre très- aimée Sainte-Vierge, église qu'il avait lui-même fait édifier.

Mais dès que la nouvelle de la mort de Vladimir fut répandue, une grande foule de peuple accourut

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verser des larmes sur lui : les boyards le regrettaient comme le vrai protecteur du pays, et les pauvres comme leur père nourricier. On plaça son corps dans un cercueil de marbre y et il fut enseveli au milieu des gémissemens et des larmes de son peuple (<^).

lO.

l48 CHRONIQUF. DE NESTOR.

VOTES

(1} Karamsin change en cet endroit le récit de Nestor. Il ne croit sans doute pas au miracle : « A ce discours du Yarègue, dit-il, le peus ple^ dans le délire de la fureur, égorge à-la-fois et le père et le fils, s qui furent ainsi les premiers et les derniers martyrs du christianisme » à Kiew. Notre Eglise les a mis au rang des saints, sous les noms de » Jean et de Théodore. » ( Histoire de Russie, tom. i, p. a55. }

(a) Dohrinia pensait sans doute que des hommes riches ont plus de motifs et plus de moyens de se défendre que ceux qui n^ont rien ou peu de chose.

(3) Allemands, en russe, nemez, nemù, nemtschin. Nous avons dit ailleurs, au mot slave , que les Busses, ne comprenant pas les peuples qui les avoisinaient, les avaient appelés du nom général niemtsi {niémii^ , c'est-à-dire muets, tandis qu*eui-mémes ils se nommaient sloveni, parleurs. Cest vraisemblablement par un motif analogue que les Grecs et les Romains donnaient le nom de barbares aux peuples exclus de leur civilisation , et dont ils méprisaient la langue. Ovide, exilé chez les Sarmates , écrivait :

Barbarus hic ego sum guia non intelligor illis.

Toutefois, si le mot russe ni'em signifie réellement muef, il n'en est pas moins vrai que, comme désignation de peuple, il semble n'avoir autrefois indiqué que l'idée ^étranger. Les Mogols, les premiers , suivant \eA apparences, en firent usage et l'imposèrent aux Tatars, qui le donnèrent aux Turcs, ceux-ci aux Slaves, qui, à leur tour, l'appliquèrent à tous les autres peuples. Anne Comnène appelle les Yarègues >c/xirfif(r. D'un autre côté, les Samoyèdes appellent une vache niam dota, béte étrangère, et rétain chup nemen , métal étranger.

(4) L'authenticité de cette ambassade russe à Gonstantinople est attestée par un vieux manuscrit grec conservé à la bibliothèque royale de Paris. La seule différence qu'il y ait, est dans le surnom de l'empereur Basile, qui régnait alors, et qui y est appelé le Macédonien, au lieu de Porphyrogenèu .

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(5) £1-Mack raconte que Tempereur Baâile ^ craignaot les progrès du i-cbelle Pliocai^ qui «lors osait lui disputer la couroune , envoya deman» d^r des troupes au prince russe, ^ui avait d^abord été son ennemi ; que^ pour ce service, le prince avait demandé la main de la princesse Anne, et avait consenti à se faire chrétien. ( Hist, saraeerUca , pag. aSa. «-«^ Voyez, dans Bandouri , animad^ersiones in Comst. Porpkjrr., t. u, pag. laa et suiv. Nous n'avons pas le commencement de ceâragmient). « Le prince russe, dit Fauteur, afin de mieux tonnaltre la iwligion ckré» «tienne, envoya des ambassadeurs a Rome. Ils examinèrent avec beau- » coup de curiosité les omemens des temples, et s'effovcèrent de con- » nalore tout ce qui a rapport au service divin. Us y virent aussi le pa«> » triarcbe de Rome appelé le pape f et, après en avoir reçu de plus am> » pies instructions, ils retournèrent dans leur patrie,' où ils rendirent » compte de leur mission à leur prince , quUls tâchèrent de convertir à » la religion latine. Mais les boyards du prince , surtout ceux qui lui M avaient donné le conseil d'examiner les diverses religions , lui dirent : » Non, seigneur, il faut auparavant connaître la religion des Grecs. On » dit que Constantinople est encore plus illustre que Rome^ envoyez-y j> les mêmes hommes, et nous choisirons alors la meilleure de ces deux » religions chrétiennes. Le sage prince expédia à Constantinople les y> quatre hommes susdits ; ils exposèrent à l'empereur Basile le Macédo- » nien, qui régnait alors sur la Grèce, la cause de leur voyage. Ce prince » se fit un plaisir de les confier à quelques gens instruits, qui leur mon- » trèrentles curiosités de la ville, et répondirent à leurs questions. Les » Russes arrivèrent enfin dans la célèbre église de Sainte-Sophie, au » moment où Ton y célébrait un service solennel. J'ignore si ce fut le » )Oor de Saint-Jean-Chrysostôme, ou celui de l'Assomption de la Sainte- » Vierge. Les ambassadeurs considérèrent avec curiosité le temple et les » cérémonies religieuses. La multitude des lumières et le chant des u hymnes saintes les saisirent d'étonnement. Ayant entendu, après vé- » près et matines, la Lithurgie, les Russes voulurent savoir ce que signi- » fiait ia petite et la grande entrée {n ixm^cL xat A iityttxn ue^l^^) ; pour- » quoi les diacres et sous-diacres sortent du sanctuaire avec des flam- » beaux, et pourquoi le peuple tombait à genoux en s'écriant : Kyrie M eleison ! Les païens regardaient tout cela avec indifférence, quoique ]» avec attention. Mais le Dieu de miséricorde leur désilla les yeux, afin

» qu^ils vissent un grand miracle, et qu'ils connussent la vérité Eton-

» nés de ce phénomène extraordinaire, ils prirent leurs guides par la ]» main, et leur dirent : Tout était ici effrayant et majestueux^ mais ce » que nous venons d'apercevoir est surnaturel. Nous avons vu déjeunes » hommes ailés, vêtus de robes éclatantes, qui, sans toucher à terre,

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7t chantaienc dans les ain : Sanetusl sanotusl sanotus! et c'est ce ^i » nous a le plus surpris. — Gomme tous ignores tous les mystères du » christianisme, leur répondirent les guides, tous ne sayez pas que les ]» anges eux-mêmes descendent du Ciel, et se mêlent k nos prêtres pour » célébrer le service divin. -~* Vous dites Trai , répliquèrent les Russes , » nous n'avons pas besoin d'autres preuves, car nous avons tout vu de » nos propres yeux. Renvoyez-nous dans notre patrie , afin que nous » rapportions tout ceci à notre prince. » De retour en Russie, ils dirent » k leur souverain : « On nous a montré bien de la magnificence à Rome, » mais ce que nous avons vu à Gonstantinople met l'esprit humain hors ]» de lui , etc. » L'auteur ajoute encore que l'empereur gf ec envoya au prince russe un évêque avec deux aides , nommés Cyrille et Athanase, qui inventèrent pour les Russes trente-cinq nouvelles lettres.

(6) «Il ne fut pas plutôt sorti des fonts qu'il recouvra la vue, et il re- 2» mercia Dieu par un cantique qu'il composa suivie-champ. 9 ( Lomon.)

(7) Les historiens byzantins , arabes et allemands parlent du mariage de Vladimir avec Anne, sœur de l'empereur Basile. ( Hfem, popul., t. a, p. a5. — Herbelot, JBibL orient,, tom. 3, p. 187. — Dittmar, contemporain de Vladimir, Cfuvn., lib. 7. )

(8) Karamsin , que nous aimons le plus à citer, car ses études sur Fhistoire de son pays ont de la profondeur et de la justesse, ne traduit pourtant pas toujours Nestor avec fidélité. Voici, par exemple, ce qu'il dit à propos de Kherson : a Vladimir^ fidèle à sa promesse, envoya aux » empereurs une partie de ses troupes , et fit p(us , car il renonça à sa 3» conquête , rendit cette ville aut empereurs grecs, ojfin de leur proU" 3» ver sa reconnaissance pour la main de leur sœur. »

(9) ^ Vladimir, dif bénévolement K.aramsin, ne voulut point, à ce ipi'U 3» paraA, tyranniser les consciences. » Il ne s'agit alors que de s'entendre sur les mots.

(|o) C'est vraisemblablement à cette époque qu'il £sut rapporter la guerre que Vladimir eut à soutenir contre Eric, prince de Norvège, dont parle en ces termes l'Islandais Stronleson , dans ses Annales :

<c Astride et Olof s'étant embarqués pour la Russie , furent pris par 9 des pirates qui les séparèrent. Sigourd, epvoyé par Vladimir en Es- » landie pour y lever àa» impôts, y rencontra son neveu, le racheta de 3» la captivité, et l'ameua dans la capitale. Quelque temps après, le jeune j> Olof rencontra un des brigands qui avaient pris le vaisseau d'Astride 3» sur la mer Baltique , et lui coupa la tête d'yn coup de hache. Afin de » sauver son neveu, Sigourd le conduisit vers Arlogie, épouse de Vladi- 3> mir, et lui demanda sa protection. La princesse prit le parti du prince.

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» fit dfaperser le peuple qui «'était rauemblé pour chercher le meur- » trier, et la mère d'Olof paya une amende aux parens du mort. Aucun » étranger ne pouvait alorê demeurer en Russie sans une permission » expresse du souverain. La princesse obtint cette permission pour Olof, » et achera son éducation. Il étudia ayec beaucoup d'application Part 1» militaire , et mérita la confiance de Yladimir, qui lui conféra le corn- » mandement de ses troupes sur les frontières. Mais les bojards, jaloux, «persuadèrent au prince que cet étranger, aimé du peuple, pouyait n être dangereux, et le jeune Olof sortit de Russie. Plus tard, ajoute vStrouIeson (en citant une yieille clironique intitulée : Imago mundi), M Olof ayant embrassé le christianisme, alla de nouveau chez Vladimir ^ » de chez lui il passa dans la Grèce , d'où il ramena un homme savant 3» nommé Paul , qui, avec le secours de la grande princesse Arlogie, » persuada à Vladimir et à ses sujets de se faire baptiser : cela arriva » sous le règne de l'empereur Othon. » Cette dernière partie du récit de Strooleson s'accorde quelque peu avec celui de Nestor, si , sous le Dom de Paul, on veut entendre ce philosophe qui, selon l'annaliste» eipUqoa à Vladimir les dogmes de la religion chrétienne.

(il) « L^anhée 989, dit Lebeau, passa en négociations inutiles et en )> préparatifs de guerre de part et d'autre. L'empereur, allié de Vladimir, » prince des Russes, auquel il avait donné en mariage sa soeur Anne, en » tira des secours considérables. (Guerre coptre i^ard. Phocas. —"His* toiredu Bas- Empire^ tom. 16, p. 377. }.

(la) Il y a vraisemblablement ici erreur, ou de Nestor, ou du copiste. La ville de Féréiaslavle existait déjà depuis long-temps , puisqu'il en est question dans le traité d'Oleg avec les Grecs, et que^ suivant Nestor luimême, le grand prince Sviatoslaw faisait son bonheur d'y demeurer. Dans les contes et chansons populaires , qui immortalisèrent chez les Ruàses la mémoire de Vladimir, comme chez nous celle de Charlemagne> il est question de Jan le tanneur, la terreur des Petchenègues, Il est évident que ce Jan n'est autre que le jeune Féréiaslavle de Nestor, qui déchire si deztrement la peau des buffles. Les traditions ne sont pas de l'histoire) mais quand l'histoire manque ou trahit la vraisemblance» il faut accorder à la tradition le crédit qu'on se croit obligé de refuser à l'histoire.

(i3) Le clergé rusae, pour légitimer le pouvoir q^'il s'attribuait de connaître d'une infinité de délits, a long-temps cité un règlement qu'il attribuait à Vladimir, et qui mettait hors de la juridiction séculière les moines et hommes d'église, les hôpitaux, les auberges et autres lieux publics, les médecbs et gens estropiés. Toutes leurs afifaires étaient du

iSt. chronique de NESTOR.

ressort des évéques seuls , qui connaissaieQt aussi des poids et mesares des villes, des dissensions maritales, mariages illégaqx, sorcelleries, cmpoisonnemens, idolâtries, vols sacrilèges, etc., elc. Mais ce prétendu règlement est aujourd'hui réputé apocryphe, et bien postérieur.

(i4) Kvass, boisson ordinaire des Russes, composée de farine fermentée dans de l'eau.

(i5) Nestor donne ici la qualité de tzar à Vladimir. Cependant, ainsi que je l'ai dit dans une précédente note , les grands princes de Russie ne commencèrent à prendre ce titre qu'à dater d'Ivan Vassiliévitch , au xv« siècle.

(i6) Vladimir, ainsi qu'on vient de le voir par le récit de Nestor, eut quelques titres à l'amour de ses sujets, à l'admiration de ses contemporains, à Testime de la postérité. Peu de princes méritèrent plus que lui d'occuper l'imagination des poètes et des conteurs. Aussi les Annales de Bjzance ne sont pas les seules qui parlent de ses exploits ^ on retrouve sou nom dans les chroniques arabes, dans les sagas des Scandinaves et dans les chansons islandaises j en un mot , la renommée aux cent Toix s'est plue à relever la gloire de ce prince , dont l'Eglise a fait un saint, et que l'histoire a surnommé le Grand, Dans les chants populaires de la Russie on retrouve les héros du règne de Vladimir : Rogvold et Dobrinia y Péréiaslavle le taneur, et quelques autres preux guerriers qui forent les paladins de cet autre Charlemagne. La Russie lui dut beaucoup. Il faisait défricher les déserts, en y établissant des colons. Sous son règne, les Russes prirent connaissance de la fonte des métaux et de la sculpture en bois : il élevait des villes qu'avec l'aide des artistes de Con- «tantinople , il embellissait d'églises , de palais et d'édifices publics ; il fondait des écoles où la jeune noblesse était élevée sans doute par les plus habiles maîtres de la Grèce ; en un no^ot, la Russie lui dut tout ce que la civilisation de cette époque pouvait permettre. L'Eglise russe célèbre la fête de saint Vladimir le i5 juillet de chaque année.

Avant de finir ce chapitre, nous pensons devoir mettre sous les yeux du lecteur un extrait d'une des Chroniques de Novgorod, qui nous donne sur la religion des anciens Russes quelques précieux renseignemens :

DE SIMULACRISDEORUM IN BUSSIA GULTIS VLADIMLRQ DUCE.

(Ex manuscriptis russorum annalibus.)

« Anno ab orbe condito 6486, post Christum natum 978, magnus Russiœ dux Vladimirus,fratribus suis Oîgo etiaropolko, vitafuuctisj utriusque ducatum , atque adeo totam Russiam in sitam vindicavit

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potefUtUm, Sic unuê rerum Russia pcftUus, auxitsc Utulo cxariset magni ducis atque autocratoris Russorum, sedemqut ducatuA NovogardUnsis Kioviam transiulit, ubi superstittosa reiigione duotus, passimper vicos ac pleatas cwitatis, et in montibus campisque qui adjacebant ei, caspit Deorum simulacra erlgere, quibus ipse divinos exkibens honores, ad eumdem cultum ciwes atque plebem edictis ooegerat» Quieumque autem norem gérer e detraetassent , ex iis quorumdam prmtUa proseripserai, alios exturbaueratfortunis, nonnuUos de grctdihus dignitaiis defecerat»

Primum omnium, in loco editori super torrentem, sie dictum, Buriu êchow, erexit Idolum, oui inter alla primas deferebai, nomine Perun, tonitruifjiilmini, nimbisque prœcesse creditum. Trunous simulacre erat eligno affaire elaboratus, capul ex argento, aures conflaUs ex auro, pedes de ferra ousi^ manibus gestabat lapiUum gemmis igneo colore Julgentibus adornatum, ipsumfulmen reprœsentantem. Ex adversa si-> mulacri parte perennis servabatur ignis, qui si forte per negligenliam Sacerdotis fuisset extinctus, Sacerdos ille, tanquam inimicus Deo, suo capite luebat.

Secundum" idolum erat nomine F'olos'y peoudum atque jumentorum Deus,

Tertium Posvisd, quibusdam F'ichor, qua voce turbo russis denominatur, eo quod aeris, serenitatisque ac procellarum erederetur Deus.

QuartumLado, quem Deum Icetitice omnisque felicitatis agnoscebant : et hic quidem eolebatur eorum potissimum thure, qui contrahebant de matrimonio ineundo, ut qui ope ejus vitam mutua amicitia serenam acturos sese opinarentur, Fœda erga hune Diuum supestitio originem suam debere antiquis quibusdam idolâtrés perhibetur, qui Diis nesoio quibus Lelo et Polelo suppUcaverant, quorum detestanda nomina adhuc in ludioris oonventïbus rudis plebecula inter canendum eocprinUtfidentidemLelum, Polelum ingeminando^ quemadmodum matrem quoque Leli ac PoleU, cui Lada nomen, itidem in carminé: Lado, Lado , audire lieet, lYec immunis est ab hac superstitione nuptialis quorumdam celebritas, ubi, qui ad cohonestandas nuptias inwitati sont, oomplodentes manibus, memamque puisantes, laudes ei accinunt.

Quintum idolum erat Kupalo, Deus frugibus terrenîs prœesse creditus, cui victimœ prima quoque messe cadebant gratiarum actoriœ : nec adhuc desunt in Russia, qui usque nunc hujus divi memoriam refricent, quod maxime usu venit pridie Natalium s. Joannis Baptistœ, quœ dies ordinarie cadit in Vlll cal. julii, eaque solemnitas sequenîi riiuperagitunCadente sole viliorpars hominum utriusquesexus confluit, ei eorollis de quodam graminis génère eonsertis, tum capita décorât sua, tum lumbos sibi prœcingit. Interea ftammam excitant, factaque inexis

'l54 CHRONIQUE DE NESTOR.

ad inuicem mambus corona eam circumeunt ac salumt, adhihito intérim carminé, in quo sœpius nomen Kupalo répétant, rogumque transiliunt JYon nullos anliquorum torrentibus quoque ae lacubuè sacrijicassefama vulgat, imo quandoque homines aquis absorhendos dédisse, feracilatis gratia agrorum Jrugumque ubertatis,

Sextum idolum Kohda feriatorum dierum Deus , in eujus honorem s^t splendida^feriœ eelebrahrantur IX cal. januarii, qui nobis dies est immédiate prœcedens NaUvilatem Domini.

Prœter hœe dœmonia compluribns aliis Russorum antiquitas supplicavit, qualia erant Usljadseu Osljad, Chorscha alias Chars, Pasehuba nonnuliis Dasèhba, Striba, Simargl, Makoschsive Mohosck, quorum singuUs, tanquam diis, cadebant victimœ, laudesque canebantur.

Hœcfœda superstitio per omnes sceptri Vladimiriani regiones, populo jussu principis ad id ooactOf sese propagaveraU »

DBABftOGATO IDOLORUH CULTU I H R U 8 S I A.

(c Magnus autocrator F'iadimirus post spiritualem in Christo regenerationem tam civium Kiot^œ, quam universi populi Russiœ quibus ipse prior ad id/acem prœtulit, nulla interjecta mora edixit , ut simulacris Deorum abolitis, eorumque.delubris funditus eversis, erigerentur templa Deo œtemum viventi» J)e principe suorum JYuminum, Peruno, id tulit sententiaSy utcafijdœ equorum àlligatus adjluvium Boristhenem in aquas prœcipitandum traheretur, Addi4it prœtçrea duodecim lictores, quifUstibus abeuntem hospitem prosequerentur, id quodeo anima faciendum. duxit^ ut dœmonem^ qui tali instmmenio. ad imposturam suam in vulgus hominum exerçendam usus fuit , ignominia qjffîceret. Hinc ubi ad ripam Soristhenis ventum est, populus inftumen prœcipitem dédit. Interea mandauit Vladimirus , ne uspiam ei appulsus ad ripam pateret, usque dum tranaret cataractasftuvii^ quibus post se re-r lictis vi ventorum impulsus est ad quemdam magnœ moUs montem, qui ejus rei occasione usque nunc Perun audit. Post hœc magnus J^ux yiadimirus alia plura peragravit oppida, in quibus, ut it^totaquoque Russia, omnia simulacra tolli, et hceo quidem confringi, iUa dari, ignibus, alia demergi in aquis jusserat ^ eorum autem vice vero Deo tem^ pla erigi. Porro cum urbem Novogardiam ingressus, simulaçrum Perun ilidem ligatum funibus trahi influvium fustibusque cœdi prœceperitj dœmon, qui intra illud simulaçrum delituerat, impatiens tçntçs, ignominiœ, clamore ingenii vocijhrari cœpit : Vœ mihi! incidi in mamis vrudelium hominum, quipridie in me divirto ferebantur^cultu , sedjam jam nonjerenda me afficiuntcontumelia^ quidfaetu opus sitj iffUNroI

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Cumitaqu9 périr acium esset ad pontem, et hinc in aquas prœdpita' tuniy idolum sub pontem adverso notons Jlumine ingentem vocem edi» dit : Ecce vabis, cives JYovogardienses , monumentum nominis mei! His dictis illico in conspectu omnium haculum quemdom defkiyio jecit in pontem,

Jtque ita obolitis falsorum Deorum simulocris, quam late potehat Russorum ditio, religio ehristiana mogna in dies incrementa ceperat, »

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