CHAPITRE IX
SVIATOPOLK (i).
Sviatopolk usurpe le trône. — Modération de Boris. — Fratricides. — Sviatopolk s^assure le peuple par des largesses. — laroslaw à Novgorod. — Ses cruautés. — Il apprend le meurtre de ses frères, et implore les NoTgorodiens. — Générosité de ceux-ci. — laroslaw marche contre Sviatopolk. — Railleries des Kiéyiens. — Bataille de Lubetch. — Fuite de Sviatopolk. — Boleslas arme pour luL — Victoire de ce prince. — Prise de Kiew. — Sviatopolk fait massacrer les Lèkes. — Boleslas quitte la Russie. — Sviatopolk, détrôné une seconde fois, se réfugie chez les Fetchenègues , et revient à leur tête combattre laroslaw. — Déroute de PAlta. — Fuite et terreurs de Sviatopolk. — Sa mort.
Au demeurant, Svîatopolk s'établit à Kiew, et manda près de lui les Kiéviens, auxquels il distribua force présens, que ceux-ci prirent, encore qu'ils ne lui fussent aucunement attachés de cœur, mais bien à son frère Boris. Ce dernier, sans avoir combattu ni-rencontré les Petchenègues, s'en revenait avec son armée , quand il ouït la nouvelle que son père était passé de vie a trépas. Il versa d'amères larmes , car de tous ses enfans c'était surtout celui que Vladimir chérissait; puis il établit son camp près del'Alta.
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Sur ces entrefaites , certains amis de son père vinrent le trouver, et lui dirent : « A cette heure, que tu » as de ton côte les amis et .soldats de ton père, viens- )) t'en à Kiew, et monte sur le trône. — • Je ne me » permettrai point, repondit Boris, de porter la main » sur mon aîné : mon père étant mort, c'est à lui à » tenir sa place. y> A cette réponse, les gens de guerre n'hésitèrent point à quitter Boris, qui ne resta plus entouré que de ses seuls serviteurs.
Cep^idant Sviatopolk, plein d'une abominable méchanceté, et nourrissant la pensée de Caïn, envoya un message a Boris , avec ces mots : « Je veux et )) souhaite entretenir avec toi commerce d'amitié ; » viens donc, que je te remette, avec la part d'héritage » qu'a fixée notre père, ce que ma tendresse pour toi i) te réserve. »
C'est ainsi qu'il le flattait : mais en réalité, le méchant ne pensait qu'a le faire mourir, et songeait au moyen de l'arrêter dans sa route. Plein de ce projet y Sviatopolk vint secrètement et de nuit à Vouitchgorod, puis ayant mandé près de lui Putscha et quelques boyaixis de ladite ville, il leur tint ce discours : . (( Voulez- vous me servir de cœur ? — Notre vie est )) à toi, dirent Putscha et les boyards. — Eh bien, » allés tuer mon frère Boris, et ne parlez de cela à » homme qui vive. » L'offre est accepté; ces misérables arrivent avec la nuit sur les bords de l'Alta, et s'approchent de l'endroit où le pieux Boris ( informé du projet qu'on avait de le tuer), commençait a'chanter matines; et tandis qu'il faisait sa prière, les per-
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fides^ comme des bétes féroces, tombent sur lui, entourent sa tente, tirent le glaive et le percent de coups, ainsi que le serviteur qu'il aimait de préférence; ce serviteur était d'origine ougre , et se nommait George; il servait affectueusement Boris, qui l'aimait fort, et qui lui avait donné une grande médaille d'or pour porter à son coL Or, comme les meurtriers ne pouvaient assez vite lui arracher cette marque d'honneur, ils lui coupèrent la tête. C'est ce qui fit qu'on ne put reconnaître son corps parmi ceux des autres serviteurs de Boris, qui furent tous pareillement massacrés. Et quand le crime fut accompli, les meurtriers enveloppèrent Boris, qui respirait encore, dans la toile de sa tente, le posèrent sur une voiture, et l'emmenèrent avec eux. Mais quand le méchant Sviatopolk sut que son frère n'était pas mort, il donna commission a deux Yarègues d'aller l'ache' ver. Ceux-ci donc s'étant approchés, et voyant qu'il respirait encore, tirèrent leur épée et la lui plongèrent dans le cœur. Ainsi mourut le pieux Boris, qui reçut de notre Sauveur Jésus la couronne des justes. Son corps fiit secrètement apporté à Vouitchgorod, et placé en l'église Saint-Basile. Pour ses maudits meurtriers , ils vinrent trouver Sviatopolk , et se firent gloire de leur méchante acdon. Les noms de ces misérables sont : Putscha, Talez, Elovitch et Lachko. Cependant le maudit Sviatopolk réfléchit, et se dit : « Je me suis défait de Boris; à cette heure, il » me faut penser comment j'aurai la vie de Glieb. » Ijors il fit traîtreusement dire à Glieb : a, Viens à la
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» hâtej notre père est grièvement malade^ et veut te » voir. )) Incontinent Glieb monte à cheval, et se met en route, suivi d'une petite troupe de gens, car il était toujours prompt à rendre obéissance à son père. Chemin faisant, près du Volga, son cheval étant tombé dans un trou, il se blessa légèrement au pied; néanmoins Glieb se rend à Smolensk, gagne le Smadin, et s'y embarque sur un petit canot. Pendant que ceci se passait, laroslaw reçut, par les soins de Predslava, fille de Vladimir, la triste nouvelle de la mort de son père j c'est alors que ce prince députa vers son frère Glieb un message afin de lui apprendre la vérité : ce Ne va pas plus loin, lui disait -il; ton père est » mort, et ton frère Boris a été assassiné par Svia- })topolkI .)) A cette nouvelle Glieb poussa un lamentable cri , et répandit des larmes sur son père et surtout sur son frère. Mais tandis qu'il était tout pleurant, surviennent les meurtriers qu'envoyait Sviatopolk; ils attaquent la chaloupe où se trouvait Glieb, et s'en rendent maîtres. Bientôt les iserviteurs de Glieb perdent courage; lors l'un des assassins, nommé Goraser, donne l'ordre de couper la gorge au pauvre Glieb; aussitôt son propre cuisinier, nommé Tortchin, prend un couteau et le lui enfonce dans la gorge.
Après ce nouveau crime, les meurtriers maudits s'en retournent et courent apporter à Sviatopolk la nouvelle de l'exécution de ses volontés. A leur récit, le misérable prince fait éclater sa coupable joie.
Cependant Glieb étant mort, comme on a vu, son corps, laissé sur deux planches, avait été jeté au ri-
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vage; quelques gens l'ayant recueilli, remmenèrent a Vouitchgorod, et le mirent côte à côte de son frère, en Féglise de Saint-Basile.
Bien plus, le méchant et maudit Sviatopolk tua encore son autre frère Sviatoslaw, au moment où il atteignait les monts ougriens pour se réfugier chez les Ougres. Ce dénaturé se disait en lui-même : ce Je » veux me débarrasser de tous mes frères, afin de » régner seul sur la Russie.» Ainsi pensait -il en son coupable cœur, mais il ne savait pas que Dieu donne la force et le pouvoir a qui bon lui semble.
Au demeurant, l'impie Sviatopolk commença à régner à Kiew; son premier soin fut de convoquer le peuple , de distribuer aux uns dés martres et des fourrures, aux autres de Fargetit , et finalement de faire de grandes largesses:
Or, vous saurez qu'avant que laroslaw reçût la nouveUe de la moit de son père , il y avait chez lui une bande de Varègues qui exerçaient force violences et excessifs abus contre les Novgorodiens. Ceux-ci ayant fini par se soulever, massacrèrent un grand nombre de Varègues dans la maison de Poromoni. Cette émeute excita la colère d'Iaroslaw ^ il se rendit en son palais de Rakom, où étant, il envoya quérir les Novgorodiens, et leur dit : <c Ne craignez rien, » car je ne puis ressusciter ceux qui sont morts. » C'est ainsi qu'il attirait vers lui les principaux de ceux qui avaient massacré les* Varègues; et, par cette ruse, il se saisit des coupables, et les fit tous exécuter.
Mais, la nuit même de ijes supplices, arriva la nou-
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velle que sa sœur Predslava lui faisait tenir touchant les affaires de Kiew : « Ton père^ lui disait-elle, est » passé de .vie a trépas ; S viatopolk commande à Kie'w; » il a assassiné tes frères Boris et Glieb; tiens-toi donc » sur tes gardes, et sois précautionneux*, d
A cette, nouvelle, laroslaw pleura son pèrej il pleura ses frères, et surtout ses gens, qu'il venait de faire mourir* Au point du jour il mande près de lui les Novgorodiens survivans^ et s'exprime ainsi devant eux : m O vous! chers amis, qu'hier j'ai fait » mourir, hélas! que ne puis-je vous ressusciter!*.. » Vous pourriez si bien en ce jour me rendre ser- » vice ! » Lors, essuyant ses pleurs, il dit à l'asseiaiblée : w Apprenez que mon père, est mort, et que S viatopolk » règne àKiew^, après s'être rendu l'assassin, le meur- » trier de ses frères I -r- Prince, répondirent les Nov- ))gorodiens^ encore que tu aies méchanunent ré- » pandu le. sang de nos amis > nous te promettons de >i combattre pour toi! »
Sur cette assurance , laroslaw assemble mille Varègue3 et quarante mille soldats de divers peuples, et se met en marche contre S viatopolk; puis, prenant Dieu à témoiu : u Ce n'est point moi, dit-il, qui ai )) tué mes frères, mais Sviatopolk : que Dieu venge D donc le sang de Glieb, de Boris et de Sviatoslaw, D le sang innocent qu'il a répandu sans aucune pitié % ni merci! Aussi bien l'assassin songe-t-il déjà peut- » être à me traiter de la même façon. »
Cependant dès que Sviatopolk apprit l'appro(:he d'Iaroslavr, il leva une innombrable armée de Russes
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et dePetchenègues, se mit à marcher à sa rencontrey et vint s'établir en-deca <Ju Dnieper, proche Lubetch, tandis qu'Iaroslaw campait à l'opposite, sur l'autre rive du fleuve.
En 6524 (^^^^)y larosla-w se trouvait, dîsons-notis^ par<-deçà le fleuve du Dnieper ; mais ni son parti ni celui de l'ennemi ne se hasardait a commencer l'attaque; et trois mois ainsi s'écoulèrent, les deux armées étant en présence. A la fin, un des voiévodes de Sviatopolk s'approchant des bords du fleuve, se mit à railler ceux de Novgorod, disant : a Que venez- » vous faire ici avec votre boiteux ? (laroslaw l'était » en effet). N'ctes-*vous tous que des charpentiers? » En ce cas approchez , nous vous bâiUerons maisons » a bâtir. »
Les Novgorodiens ayant ouï tels sarcasmes, s'en vinrent trouver laroslaw : a Demain , lui dirent-ils, y> nous passerons le fleuve, et gagnerons l'autre rive; » et si quelqu'un refuse de nous suivre, nous sauy> rons bien l'y contraindre. y> Or, les eaux commençaient déjà a geler. Sviatopolk, campé entre deux lacs, passa la nuit suivante a faire la débauche avec ses sc^dats.
Cependant, avant le jour, iaroslaw ayant fait prendre les armes à son armée, la dirige en personne sur le fleuve. La traversée opérée, il fait détacher toutes les barques qui incontinent abandonnant la rive. Bien* tôt commence la mêlée. Un horrible choc précède un horrible carnage. Les Petchenègues, resserrés entre les deux lacs, ne peuvent gagner le champ de bataille^ et
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les gens de Sriatopolk, vëhëmentement pousses, sont contraints, pour effectuer leur retraite, de s'aventurer sur la glace , qui soudain se rompt sous eux et les engloutit. Sviatopolk a grand'peine trouve son salut dans la fuite, et gagne le pays des Lèkes.
laroslaw vainqueur entre dans Kiew , et munie sur le trône de son père. Il était alors dans sa vingthuitième année.
En Fan 65^5 (1017) , comme latôslarw régnait à Kiew , advînt un violent incendie en cette ville.
L'année suivante, Boleslas, du pays des Lèkes, s'unit à Sviatopolk, et marcha contre laroslavr. Celui-ci (^) rassemble à la hâte son armée, composée d'à Russes , de Varègues et de Slaves , va a leur rencontre, pénètre en Volhinie, et établit son camp non loin des rivesr du fleuve. Or, il avait avec lui Boud, son vieux gouverneur et voiévode, lequel s'étant approché du rivage, se prit à dire, en parlant de Boleslas : « Nous percerons bientôt ce' gros ventre. » Boleslas, en effet, était gros, lourdaut, et pouvait à gratid'peine se tenir à cheval; mais il était brave et avait gratid génie (3). A ces mots, ce prince, furieux, dit à son armée : « Je veux mourir, si je n'ai ven- » géarice tf un pareil affront ! » Lors il monte a cheval, se jette en plein fleuve, est suivi dé son armée, et remporte la victoire, qu'IaroslaW avait à peine eu le temps de prendre les antaes. Seul, ou du moins lui quatrième, laroslavf s'enfuit à Novgorod, et Boleslas et Svîatopolk incontinent font leur entrée à Kiew (4).
Lors Boleslas dit à Sviatopolk : a Distribue mon
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» anuëe par les villes environnantes^ aiin qu'elles y » trouveùt leur entretien (5). » Ainsi fut fait. . laroslaw^ arrivé à Novgorod, s'en voulait fuir pardelà les mers ; mais il y avait un possadnik nommé Sniatinn, lequel était fils de Dobrinia^ qui, avec l'aide de quelques Novgorodiens, mit le feu à ses vaisseaux, disant : « Nous pouvons bien encore une )i> fois nous mesurer avec Boleslas et Sviatopolk. » Cela dit, les Novgorodiens se mettent à rassembler des bestiaux, à exiger des contributions et k prélever, savoir : quatre martres par tête, cinq grivnas par vieillard, et quatre-vingts par boyards^ puis ils portent le tout aux Varègues, et forment ainsi une armée redoutable.
Mais tandis que Boleslas était à Kiew , l'insensé Sviatopolk dit a ses gens ^ a Tuez tous les Lèkeâ y^ qui se pourront trouver en vos villes. » Et partout les Lèkes furent massacrés. Boleslas, à cette nouvelle, s'enfuit de Kiew, emmenant avec ses richesses, les boyards et les sœurs d'Iaroslaw {^). C'est alors qu'il établit pour administrateur de ses biens cet Anasthase, dont il a été souvent parlé^ et qui, par ruse et finesse^ s'était introduit dans ses bonnes grâces^ Boleslas en outre, suivi d'un grand nombre de gens (ju'il emmenait par force > s'empara chemin faisant de la ville de Tchervinskich., et rentra dans son pays '(7).
Sviatopolk conoutnençait à régner seiû a Kiew^ lorsqu'Iaroslaw, à la tête de son armée, se présenta de rechèf pour le combattre. Sviatopolk ne l'attendit pas; il se réfugia au pays des Petchenègues.
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L'année suivante (1019), Syiatopolk étant parvenu à réunir une troupe de Petchenègues , revint essayer la fortune contre laroslaw. Celui-ci, à la tête de son armée, alla au-devant de lui jusqu'aux environs de TAlta : puis à Tendroit où Boris avait été misérablement occis, s'arrétant pieusement, laroslaw éleva ses mains vers le ciel, et s'écria : ce Mon Dieu ! le sang y> de mes frères t'implore; venge le sang de l'innocent y> comme tu vengeas celui d'Abel, en jettaht en l'âme )) de Caïn la crainte et l'épouvante ! »
Après cette prière, les deux partis s'avancèrent à rencontre l'un de l'autre , et la plaine de l'Alta fut bientôt couverte et rougie du sang des guerriers de chaque côté. Or, c'était un vendredi ; dès le point du jour le clioc avait eu lieu, et le combat devint terrible et véhément, et tel qu'on n'en avait jamais vu de pareil en Russie, ILs se prenaient au coips et s'entr'égorgeaient : deux fois se recommença la mêlée, et avec une telle cruauté que le sang des morts coulait comme le torrent des montagnes. Finalement, sur le soir, laroslaw remporta la victoire, et Sviatopolk, mis en fuite, chevaucha au large. Mais au milieu de sa fuite, le diable s'empara du misérable, et il tomba en tel affaissement qu'il ne pouvait plus se tenir sur son séant; il fallut le porter en chaise, et continuer ainsi la fuite jusqu'à ce qu'on eut gagné l'Alta; et durant la fuite il s'écriait: ce Ah! » vite, vite!... Fuyez, ils me poursuivent!» Or ses gens regardaient derrière, afin de voir si l'ennemi suivait; mais on ne voyait personne qui le pour-
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chassât. Toutefois ils fuyaient à la hâte^ ce qui n'empêchait que^ tout malade et couché qu'il était, lorsque par hasard on arrêtait un peu, il s'écriait : oc Ah, » ah! ils me poursuivent, les voilà ! Fuyez, fuyez! » C'est ainsi qu'il ne pouvait rester nulle part, et fuyait à travers les champs^ car il était poursuivi par la colère de Dieu. Il gagna les déserts qui se trouvent entre le pays des Lèkes et celui des Tchèkes (la Pologne et la Bohême ), et y finit dans les tourmens sa misérable existence (s).
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NOTES
(1) Nous ATOOft -VU que STÎatopolk, fruit de tadukèrcy avait reçu, lors du partage que fit Vladimir entre ses fils> la yiUe de Tourow en apanage. Nestor a soin de nous apprendre que Vladimir n'aimait pas ee prince I car, ajoute le naïf hislorien, il pouvait être lefiU de laropqilk OÊtssi bien que de VladinUr. Il est Traisemblable donc qu'il ne lui réserrait pas le trône de Kiew. Voiei, à ce sujet, ce que Ton trouve dans Bittmar, liistorien allemand contemporain : « Sviatopolk, gouverneur de » la province de Tourow, dont l'épouse était fille de Boleslas, roi de Po- » logne, voulut, à Tinstigation de son beau-père, se soustraire à la do^ » mination de la Russie ^ mais ce projet de révolte étant parvenu à la » connaissance du grand prince, celui-ci fit enfermer l'ingrat dans une » prison avec sa femme et un évéque allemand nommé Rheimberg^ qui » avait accompagné la fille de Boleslas. » U paraU qu'avant de mourir, Vladimir avait pardonné à cç prince dénaturé : on va voir l'usage qu'il fit de sa liberté.
(s) Les historiens polonais rapportent que, loin de s'attendre à l'attaque de Boleslas, ce prince péchait tranquillement dans le Dnieper lorsqu'il reçut le courrier qui lui apportait la nouvelle du danger dont il était menacé, et que, jetant à terre sa ligne et ses hameçons, il dit : « Ce V n'est pas le moment de songer à ses plaisirs ; il faut sauver la patrie. »
(3) Dlougosch et Kromer disent que Boleslas reçut des Russes le surnom de braire, a Chrabri, hoc est aeris appellaUonem , propter excellentem viriutem etanimi magnitudinem a Rassis tributam accepit), et qu'il fonda, près de la Visletsa, un diàteau qu'il nomma Chràbrets. Chrabri^ mot dérivé de krabrost, qui signifie courage, valeur.
(4) Suivant Dittmar^ les habitans de Kiew ouvrirent leurs portes à Boleslas. L'évéque, accompagné du clergé en habits sacerdotaux, la croix en tête, alla au-devant des vainqueurs, qui, le i4 août, entrèrent en triomphe dans cette capitale de la Russie, où se trouvaient les sœurs de laroslav. L'historien allemand ajoute que Boleslas députa à l'instant l'é-
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yêqne deKiew yen ce prince, pour lui proposer rechange de ses soenrs contre la princesae fille de Boleslas, et femme de Syiatopolk, qui probablement se trouvait en son pouvoir. Le même historien Diitmar dit que neuf soeurs d'Iaroslaw et sa femme se trouvaient alors à Kiew ; mais Nestor ne fait mention que des deux filles de Yladimir. Les historiens polonais donnent a la sœur de Predslava le nom de Metchisleva on de Mstislava. (Dlougosch, Hitt, polon,, tom, i, p. i540 Ils assurent aussi que l'^ouse de Sviatopolk resta en Russie, lorsque ce prince s'enftiit en Pologne. ( Dittmar, Chron,, liv. tiii. )
(5) Les historiens polonais racontent que , pour attester son triomphe, a Beleslas pourfendit la porte d^or de Kiewàyec son cimeterre : illam in êutmedio dwidensf que cette arme formidable, donnée à Boleslas par un ange (Bogoufal , p. a5 , et Kadlubeck , Hist, pohn.. Ut. n, p. 645), fut appelée ébréchée, à cause de l'entaille qui lui fut faite lorsqu'elle eut servi à fendre la porte de Kiew. Ils ajoutent que, dans des temps pins modernes, ce cimeterre était conservé en dépôt dans Tarsenal de Cracovie, et que les rois de Pologne s'en servaient toujours lorsqu'ils allaient à la guerre. »
(6) En parlant des sœurs d'Iaroslaw, Diitmar écrit : Quorum unam, prius desideratam, antiquus fornicator Boleslaus, ohlita contectali sua, injuste duxerat.,.. Enfin, Martin Galles, l'un des plus anciens annalistes polonais , assure qu'elle fut la principale cause de la guerre, et que le roi ne devint aussi terrible ennemi d'Iaroslaw, que par suite du refus que lui fit ce prince de la main de sa sœur. Lederc fait, au sujet de la conduite qu'il suppose que tint Boleslas à l'égard de la sœur d'Iaroslaw, de spirituelles, mais étranges réflexions : «Boleslas, dit -il, était iussi » galant que brave ^ vainqueur, il fit l'amour en makre. Les prévenances, » les égards, les attentions délicates que Pon doit aux femmes, et suT" » tout aux princesses, ne formèrent pas la brèche quHlJit à Phonneur
» de Predslawa, sœur d'Iaroslaw Le viol de Predslava, s'il eut lieu,
» servit de prétexte à Sviatopolk pour soulever ses sujets contre son » bienfaiteur, et pour faire massacrer les troupes qui venaient de le
a> replacer sur le trône Ainsi le viol de la princesse russe produisit
2» à peu près le même efièt que le viol de Lucrèce par Sextus , fils de V Tarquio. Cette violence a presque toujours fait chasser les tyrans » €Pune ville où ils ont commandé. Le peuple, à qui une action pareille u fait si bien sentir sa servitude, prend d'abord^une résolution ex- » tréme. u ( Pag. 3a8. ) Il semble, qu'en admettant même les suppositions de M. Lederc touchant l'outrage fait à Predslava, le soin de la venger regardait. bien plutôt laroslaw, et que Sviatopolk, dont le caractère est
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B eonnn, ne devait pas être si chatouilleux sur le compte de la sœur de son ennemi.
(7] Cette guerre est décrite ayec plus ou moins de détails dans Kadlubeck, Dlougoschy Kromer, Strikofsky ; et Dittmar lui-même, historien contemporain, confirme le récit de Nestor. DIougosch prétend que ces faits militaires se sont passés en 1008 et 1009^ ™^^ Martin Gallus met la prise de Kiew à Tannée ioi8.
(8) On sait que Fauteur de V Histoire physique, morale, civile et politique de la Russie aime beaucoup les parallèles. Eu Toici un nouveau, qui n^est guère moins curieux que celui de âviatoslaw et de Charles XII, de Lucrèce et de Predslava : «Ici, dit Leclerc à la fin du règne de Syia- » topolk , Thistoire romaine ofire de singuliers rapports avec les faits que > nous venons de décrire. !<>. Auguste épousa Livie lorsqu'elle était eu- I) core enceinte de Drusus , surnommé Germanicus. L'enfant qui sortit » de son sein fut Tibère, et ce fut par les intrigues de cette femme arti- M ficieuse qu'Auguste Tadopta. La beauté grecque qu'Iaropolk avait » épousée fut obligée de partager la couche du meurtrier de son époux, » lors même qu'elle était enceinte; elle accoucha de Sviatopolk, et le fit » adopter par Vladimir : ses charmes avaient un empire absolu sur lui. » ao. Le caractère de Boris, fils aîné deYladimir, ressemblait parfaitement a à celui de Germanicus : les qualités du cœur et de l'esprit de ces deux » princes répondaient à celles de leurs âmes. 3^. Germanicus avait eu » neuf enfans, parmi lesquels on compte Caligula , qui déshonora le nom j» de son illustre père. Vladimir en a neuf aussi ; mais, plus malheureux u encore que Germanicus, il eut un fils rebelle dans laroslaw, qui le fit » mourir de douleur, et un Caligula greffé sur un Tibère, dans le neveu a qu'il adopta. Caligula se livre aux plus inf&mes débauches, et Sviato- » polk l'imite. Des cruautés barbares, l'efiiision du sang humain étaient » pour Sviatopolk le spectacle le plus agréable : l'&me féroce de Cali^ » gula porta la démence et la rage jusqu'à souhaiter que Rome n'eût » qu'une tête, pour la couper. Ces deux princes ofirent deux tyrans 9 » deux monstres, deux lâches, deux insensés. Tout ce que dit Caligula » sur la fin de ^n règne, tout ce qu'il fait n'est qu'extravagance et » cruauté. La conduite de Sviatopolk est la même; il devient un fou » mélancolique, et Caligula un fou furieux; la terreur fait mourir le » premier comme enragé, et Chérias, tribun des gardes prétoriennes, » délivre Home du second à la quatrième année de son règne, et à la » vingt-neuvième de son âge. »
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