‹ La chronique de NestorChapitre 24 sur 43 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

lAROSLAW.

Guerre contrôle prince de Folotsk. -^ Contre les Kaasognes. — Dael et victoire de BIstislaw. — Guerre ciyile. — Le Varcgue Iakun.-— Bataille de Litsyen. — Paix. — Expédition en Tchoudie ^ fondation dlouriew ( Dorpat), — Mort de Mstislaw. — Portrait de ce prince. — Im^>tion des Petchenègues. — Hs sont taillés en pièces. — Arrestation de Sudislaw. — Murailles de Kiew. — Fondation de la cathédrale Sainte-Sophie. — Construction de monastères. — Âiïiàur d^laroslawpour les moines et les lettres. — Guerres. — Expédition contre la Grèce. — Le brave Yiuchata. — Horrible tempête. — Sort de la flotte russe. — Alliance avec Casimir, roi de Pologne. — Hilarion, métropolitain.— Histoire de la fondation du monastère de Fetcherski. — Nestor est reçu moine à dix-sept ans. — Derniers momens d'Iaroslaw^ ses exhortations à ses enfans, sa mor(.

laroslaw reprit donc possession du trône de Kiew, puis fit reposer son armée des sueurs et fatigues caur sées par cette guerre.

Uan GSaS (loao) il eut un fils auquel il donna le nom de Vladimir.

Uannée suivante, Briatcheslaw, prince de Polotsk, fils d'isiasiaw et petit-fils de Vladimir, forma le siège de Novgorod, prit la ville, puis, ayant fait le dégât,

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s'en revint avec îin grand nombre de captifs en son pays de Polotsk. Mais comme il arrivait aux bords de la Soudoma^ laroslaw survint et Fatteignità sept ' jours de marche de Kiew, lui livra combat^ le vainquit, et délivra lesdits captifs qu'il renvoyai Novgorod. Briatchesla-w chercha refuge en son pays de Polotsk(0.

L'an 653o ( loaa ) laroslaw marcha sur Bérestow. Mtislavr^ qui tenait le pays deTmoutorokan, se porta contre les Kassogue$« A^ son approche^ Rodcdia^ prince desdits Kassogues , se mit en nyirche ^ et les deux partis furent bientôt en présence. Lors Rodédia^ s'étant avancé, dit à Mstislaw : a Pourquoi obliger y> nos gens à en venir aux mains? Combattons nousy> mêmes, mais seuls. Si tu reste vainqueur, tu pourj> ras prendre mes trésors, mes femmes , mes enfans ^ y> et lever tribut sur mes peuples. Si c'est moi, j'en j) userai de même à ton égard. — Eh bien , dit Mstis- » law, ainsi soit. — Mais, reprit Rodédia, combattons » sans armes, à la lutte (comme font les Mougiks). » Lors ils commencèrent à lutter opiniâtrement, et après de véhémens et singuliers efforts et souplesses de corps , Mstislaw , le premier, se sentit grandement faiblir : il est vrai que Rodédia était de très-haute stature et robuste a mâme. « O sainte Mère de Dieu! » s^écrie alors Mstislaw > sois moi en aide! Si j'obtiens )) triomphe^ je promets d'élever une église en ton » honneur et saint nom! » A peine a*-t-il fait ce vœu, qu'incontinent Mstislaw jette a teire son ennemi , tire ^on couteau, et le lui plonge au ^œur. Victorieux sui-

vant les conditions^ il s'enijiara des biens, des femmes et des enfans de Rodédia, et leva tribut sur les Kassogues. Puis, de retour à Tmoutorokan, il jeta les fondemens de Fëglise de la Sainte-Vierge, Mère de Dieu , à cette place où de nos jours elle est encore.

L'an 653i ( ^oaS), Mstislaw (^), à la tête desKho*^ zares et des Kassogues, déclara la guerre à laroslaw. L'annëe suivante, tandis que ce dernier ëtait a Novgorod, Mstislaw, de Tmoutorokan s'en vint aKiewj mais les habitans le repoussèrent, et refusèrent de le prendre pour prince, attendu qu'il possédait déjà Tchernigow. laroslaw, instruit des tentatives de Mstislaw, envoya de Novgorod quérir aide et secours de l'autre côté de la mer, chez les Varègues. Ce fut lakun qui lui amena des troupes. Ce Iakun était aveugle, et portait sur les yeux un bandeau d'étoffe brochée d'or. laroslaiif , ainsi secouru du brave Iakun , s'avança au-devant de Mstislaw. Ce dernier le joignît près de liitsven. Dès le soir de son arrivée il disposa son aimée en ordre de bataille, ayant soin de placer les Sévériens (Tchemigoviens) vis-à-vis dés Varègues, et réservant lés ailes pour lui et ses propres troupes.

La nuit arrivée , il survint aussitôt une obscurité profonde , avec accompagnement de pluie , d'éclairs et grands éclats de tonnerre. « C'est le moment ! dit )> Mstislaw à son armée, marchons! » Mstislaw et laroslaw se mettent donc en mouvement. Les Varègues et les Sévériens commencent l'action. Ils s'attaquent de front, et avec une animosité sans pareille, se tuent mutuellement un grand nombre de gens. Tout-à-

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cOup^ et au milieu du choc^ Mstislaw^ avec une partie des siens y tombe sur les Yarègues déjà si pressés. Cest alors qu'il se fait un affreux carnage* Gomme il éclairait, les armes reflétaient une lueur menaçante; d'effroyables coups de tonnerre retentissaient de part et d'autre ; en un mot, le combat était, sans aucune comparaison, meuitrier, terrible et vrai-ment épouvantable. laroslaw, vaincu, et Iakun, prince des Varègues, prirent la fuite. Mais durant cette déroute , Iakun perdit son bandeau d'étoffe brochée d'or, et gagna à grand'peine ses vaisseaux et le chemin de son pays. Quant à laroslaw, il se réfugia à Novgorod.

Lorsque le lendemain , au point du jour, Mstislaw vit le champ de bataille jonché de Sévériens et de Varègues, il dit : « Comment ne serais-je pas content! » Les morts sont, d'une part les Varègues, et de » l'autre les Sévériens ! Mon armée seide eit in- » tacte et sans dommage. » Néanmoins il fit dire à laroslaw : (( Viens occuper le trône de Kîew, puisque )) tu es l'ainé, mais du moins donne-moi part au reste » de la Russie. » Malgré cette offre, laroslaw appréhendait de rentrer à Kiew avant que la paix ne Mt signée enU*'eux. En attendant, Mstislaw se tint à Tchemigow, et laroslaw, qui restait à Novgorod , envoya un lieutenant à Kiew.

Cette même année le grand prince eut un second fils, qui reçut le nom d'IsiaslaW.

L'année 6534 (ioa6^ laroslaw, après avoir reconstitué son armée, s'approcha de Kiew, et conclut, à

Gorodez, la paix avec son frère Mstislaw. Ils divisèrent le territoire russe par le Danube. larosla-w eut la partie de Foccident, et Mstislaw le surplus. Les deux princes, réconciliés, vécurent alors en paix et aittitié fraternelle. Les guerres civiles et rébellions intérieures furent étouffées, et le pays vît la tranquillité renaître.

L'an 6535 ('0^7)^ le troisième fils d'Iaroslaw vint au monde , et reçut le nom de Sviatoslaw.

L'année suivante, on vit dans le ciel un signe extraordinaire : c'était la figure d'un serpent. Et ce signe frit remarqué par toute la terre.

L'an 6537 (ïo^), tranquillité générale.

L'an 6538 (ï<*5o), laroslaw fit la conquête de Belsu, et ent un quatrième fils auquel il donna le nom de Vsevolod. Durant le cours de cette année, ce prince fit une irruption dans le pays des Tchoudes, les soumit et fonda chez dux la vrlle d'Iouriew ( Dorpat ). C'est aussi cette année que Boleslas-le-Gi^and, prince des Lèkes, alla de vie a trépas. A sa mort il s'éleva une grande émeute et commotion populaire^ et, dans ce tumulte effroyable , le peuple fit un massacre général des prêtres, des évêqiies et des boyards.

Au commencement de Tannée suivante, laroslaVf et Mstisla-^ envahirent le pays des Lèkes : ils reprirent la ville de Tchervenskoï et soumirent le pays k leur domination , emmenant avec eux en Russie un grand nombre de prisonniers lèkes , qu'ils se partagèrent, laroslaw distribua ceux qui lui échurent en différentes contrées de la Russie, là où ils se trouvent encore de nos jours.

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L'an 654o (k»^^)^ laroslarw jeta les fondemens de (kliisieurs villes en Russie.

L'an654i (io35)^ mort d'Ëustache^ fils de Mstislaw.

De 654a a 544 (^<>^4 ^ ^^^)9 Mstislaw^ après une partie de chasse y fit une maladie dont il mourut; son Qorps fîit inhumé dans cette église de notre Sauveur, qii^il avait commencé lui-même à faire édifier. Cette église^ a sa mort, était déjk assez haut bâtie pour qu'un cavalier^ la laoïce a la main^ y put entrer.

Mstislair avait la taille élevée^ le visage brun, les yeux grands; brave à la guerre et miséneordieux après le combat, il aimait le soldat, cpii le chérissait, et Élisait grand mépris de l'or. Au demeurant, joyeux convive ^ il aimait la bonne chère et banquetait vo*loatians.

Par cette mort, le pouvoir souverain échut en en^ tier a laroslarw , qui r^;iia seul en Russie.

Vers cette époque, ce prince se rendit à Novgorod ; il y établit son fils Vladimir, et nomma Sdottdiat évéque. Lors lui naquît encore un fils qu'il nomma Viatcheslai/f. Ce fut pendant son séjour à Novgorod ^'ilreçvl la- nouvelle d'une irruption des Petcbenègués, qui déjà menaçaient Kiew* Immâiiatement laroslaw se crée une armée de Yarègues (^) et de Slaves, marehe sur sa capitale, y fait son entcée malgne la présence d'une innombrable, troupe de Pet« chenègues qui Faasiégent. Après s'être consulté, ce prince ne tarde pas a. paraître en plein champ, et à venir offrir le combat a ses ennemis. Il dispose son armée en ordre de bataille, place les Yarègues au

centre 9 les Kîëvîens à Taile droite, et les Novgorodiens a Faîle gauche ; puis les Petchenègues s'étant avances^ le combat s'engage à l'endroit où se voit actuellement la cathédrale de Sainte-Sophie. Cet emplacement était encore extra muros, et ne formait alors qu'une simple prairie* C'est la que se livra cette mémorable bataille^ où laroslaw n'obtint la victoire qu'après de rudes efforts, et seulement à l'heure du soir. Les Petchenègues, taillés en pièces, abandonnèrent le terrain et s'enfuirent en telle épouvante, qu'ils ne savaient quel chemin tenir. Un grand nombre y périt j beaucoup se noyèrent dans la Setômba, et beaucoup encore en d'autres fleuves ; quelques-uns seulement s'évadèrent.

C'est durant le cours de cette année qu'Iaroslaïf fit arrêter son frère Sudislaw^ et le fit mettre en prison a Pleskow, pour avoir mal parlé de lui.

L'an 6545 (1037), laroslaw entoura la ville de Kiew de murailles dont les tours étaient dorées. Pais il> construisit l'église Sainte*Sophie , qu'il érigea en métropole. Il fit en outre élever, près de la Porte-d'Or , l'église de l'Annonciation, le cloître de Saint-George et celui de Sainte-Irène. C'est de cette &çon que la religion chrétienne commença a se propager et à prendre accroissement; que l'on vit les moines se multiplier et les monastères ouvrir leurs cellules. Il est vrai qu'Iaroslaw se plaisait beaucoup aux réglemens d'église, et qu'il aimait singulièrement les prêtreé; mais son penchant pour les moines était surtout extraordinaire. Au demeurant, il passait son

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t^ps sur Ijes livres, et lisait nuit et )our^ sans relâche. Eji outre, il employait une infinité de gens de lettres, auxquels il faisait translater les livres grecs en langue slavonne ; il les excitait k en composer eux-mâmes, afin d'étendre et de faciliter renseignement de la morale chrétienne. Puis, à mesure que les livres se faisaient^ il les plaçait dans l'église de Saînte-Sophie , qu'il af^ait lui-même édifiée, et qu'il avait enrichie d'or, d'argent et de tous les vases sacr& nécessaires aux cérémonies du culte (4^. De ce non ccmtent^ il faisait élever des églises en différentes villes et localité ; nommait et choisissait les prêtres, qu'il entretenait de sa propre bourse. En un mot, c'était un prince pieux, dont la joie s'augmentait avec le nombre des églises et des^shrétiens.

L^an 6546 ( ioî8 ), laroslaw eut la guerre contre les latviagues.

, L'année suivante, l'église de la Sainte-Vierge, précédemxnent bâtie par Vladimir, père d'Iaroslaw , fut pourvue du métropolitain Téopemptos.

L'an 6548 ( 1040), laroslaw fit une irruption enLitfauanie. L'année suivante il s'embarqua pour aller combattre les Masoviens.

L'an 655o (^•^a), Vladimir, fils d'IarOjskw, porta la guerre che» les lames , et les su1)jiigua. Mais, du^ rant cette expédition, une maladie contagieuse se jeta sur les chevaux. On était obligé de les tuer dès qu'ils étaient malades, tant cette peste causait de ravages.

L'année sjuivante, larosla-w chargea ce prince d'àl-

1er, à la tête d'une année nombreuse , attaquer les Grecs. Il lui nonuna à cette occasion, pour voiévode, Viuchata, père d'Ianeus. Vladimir, embarque sur le Danube, était déjà aux environs de Tzaragrad, lorsqu'une furieuse tempête détruisit toute la flotte russe, sans en excepter le propre vaisseau que montait le prince, et qui fut entièrement fracassé. Heureusement , Ivan Tvorimitch recueillit Vladimir sur les débris du sien, ainsi que Viuchata le voiévode. L'armée, l'équipage, tout fut jeté à la côte, au nombre de plus de six mille ; les naufragés prirent la résolution de rentrer en Russie par terre : cependant, une partie de l'armée paraissait s'opposer a cette entreprise. Au milieu des contestations, Viuohata, s'élançant du vaisseau qui l'avait recueilli, saute k terre et s'écrie : « Eh bien, mes amis, nous ne nous quit- » terons pasj je Vais avec vous! Si je vis, vous vivrez » également 5 mais si vous périssez, je veux partager » votre sort et périr avec vous! » A ces mots, il ouvre la marche, et tous, pleins d'espoir, reprennent le chemin de la Russie.

Mais à la nouvelle du naufrage des Russes, Mono* mack avait fait partir a leur poursuite quatorze vaisseaux équipési. De son côté , Vladimir, informé du projet qu'avaient les Grecs de venir lui disputer Je passage, revira de bord, et, tombant tout-à-coup sur les ennemis, coula bas leurs galères, et s en revint tranquillement en Russie avec ceux de ses bâtimens échappés au naufrage. Viuchata et ceux qui l'accompagnaient à travers le pays ne furent pas si heureux ;

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poursuivis et arrêtes^ il furent conduits à Ts&aragrad, où beaucoup d'entr'eux perdirent la vue- Trois ans après, la paix ayant été conclue, Viuchata fut racheté et s'en revint en Russie (^). .

C'est vers cette époque qu laroslaw maria sa sœur à Casimir (6), roi des Lèkes, qui, pour dot, rendit huit cents hommes, faits autrefois prisonniers par Boleslas le brave.

Uan 655a (1044)^ Ol^g ^^ laropolk, fils de Sviatoslaw, vont de vie à trépas : leurs os sont baptisés . et déposés dans Téglis^ de Sainte-Marie. Briatcheslaw, fils d'Isiaslaw et petit-fiils de Vladimir, meurt également, et laisse sa principauté a son fils Vseslaw^.

TL'année suivante , Vladimir construit à Novgorod l'église de Sainte-Sophie.

L'an 6554 ^^ 55 (1046 et 47), laroslaw attaque les Masoviens, tue leur prince, Moïsla"w, et donne leur pays à Casimir.

6556 à 6558. L'épouse d'Iaroslaw meurt le dixième jour de février.

L'an 6559 ( io5i)^ laroslaw, en présence des évêques, élève Hilarion, né en Russie, à là dignité de métropolitain de l'église de Sainte-Sophie.

C'est à-présent que nous allons raconter d'où le cloître de Petcherski a pris son nom. laroslaw prince craignant Dieu, aimait la ville de Bérestow et l'église du saint apôtre qui s'y trouve : si bien qu'il la pourvut d'un grand nombre de prêlres , entre lesquels figurait, au premier rang, Hilarion, homme de grande naissance et de haute doctrine , qui pratiquait

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le jeûne et allait fréquemment de Bérestow au Dnieper y sur la montagne où se voit aujourdTiui le vieux cloître <îe Petcherskiy et la faisait sa prière. Or, vous saurez que tout près se trouvait certaine grande forêt en laquelle il se creusa une petite caverne ^ en manière de grotte, profonde de deux brasses, où, venant de Bérestow , il se retirait pour y chanter ses heures et faire secrètement sa prière. Çe^X peu de temps après que le Seigneur inspira au grand prince • ridée de le nommer métropolitain de Féglise de Sainte-Sophie, ce qui contraignit ledit Hilarion à renoncer à sa caverne.

Peu après, un laïc, qui demeurait à Lubetch, chez qui Dieu fit naître Tidée d'un pèlerinage, se mit en marche pour aller visiter la sainte montagne. A peine y fut-il arrivé, que ledit laïc alla examiner les cloîtres, sortant de l'un, entrant dans Fautre; tant il y a qu'il prit goût a la vie monastique. En conséquence, il vint en l'un desdits cloîtres, et supplia l'igumen de vouloir bien le tonsurer et le revêtir de l'habit monaCal. L'igumen y consentit, il lui fit la tonsure et lut donna le nom d'Anthoine; il l'instruisit en outre, et l'endoctrina touchant les devoirs àes moines, et finit en lui disant: « A cette heure re- » tourne au pays de la Russie, tu es béni de la sainte » montagne, car par toi se multiplieront les moines. » Lors il lui donna sa bénédiction et finalement le congédia.

Amhoine, de retour à Kiew, semit a Fenquête du lieu qu'il aurait pour demeure : 3 alla d'un cloître

DigitJzedby VjOOQIC '

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à Fautr^ j iziais- œ trouva rien qui lui >coavint (Dieu rordoûiidiU auisi) ^ si biea qu'il eboninaû; par moau et par vaux^ cherdi^oait toujours T^ndroit qu'il plairait a JDieu de lui Êûrç choisir, Enfin, il aiuriva «ur la moutagae où procédammeat Hilarioti avait creuse $a grotte. Cet eudjroit lui parut convenable, il y établit sa demeure, priant et implorant le Seigneur avec force larmes, et disant : a Mon Dieu! affermis ton M serviteur eu ce lieu , et fais que la bénédiction de » la faillite montagne ^ de l'igumen qui m'a tonsuré w descende ici. » Dès-lors il commença à vivre en cette solitude et à prier Dieu, ne mangeant que du pain sec et ne buvant qu'un peu d'eau; et là se creufift une grotte en laquelle, ni jour ni nuit, il ne prenaijt repos, mais sans i^Iâche travaillait, veillait et priait.

Quelques bonnes gens ayant su cette nouvelle, vinrent lui apporter le nécessaire pour vivre, l'appelant le grand Anthoine, et ne l'abordant jamais sans lui demander sa bénédiction.

A.U .demeurant, le grand- prince laroskw étant morc^ sein fils, qui lui succéda, établit sa résidence en la ville de Kiew» En ce temps-là, le père Anthoine était déjà célèbre en toute laRussie. Le grand prince, ayant entendu qu^elque chose de sa vie, vcmlut le voir. Il vintidonc^ accompagné de toute sa cour, le visiter pour implorer ses prières et sa bénédiction* Ainsi , déjà connu et honoré de tout le monde , Anthoine vit venir à lui une gmnde affluence de personnes, parmi lesquelleç il s'en trouva qui voulurent devenir

ï8a CHRONIQUE ÉJE KESTÔR.

ses frères. Il en vît bientôt douze, qui, réunis à lui ^ , creusèrent de grandes cavernes, et commencèrent à bâtir l'église et les cellules qui se voient encore de nos jours dans les souterrains de Tancien cloître.

Alors Ânthoine dit à ses compagnons ; (c Mes frè* » res, voici que le Seigneur vous a réunis par l'effet 1) de la bénédiction de la sainte montagne et par suite y> du pouvoir que me donna l'igumen, en me tônsu- )> rant j de vous tonsurer pareillement : fasse donc que )) la bénédiction du Seigneur et de la sainte mon- » tagne reste avec vous! Moi, je vais vous quérir un » abbé 3 adieu, car je veux vivre seul en la montagne, }) comme je l'ai fait précédemment. »

Bientôt il leur choisit un abbé qui se nomillâit Vaarlam ; après quoi il se retira en la montagne pour y vivre solitairement. Il s'y creusa une grotte, qui se trouve encore sous le nouveau cloître, et dans laquelle il passa quarante années, ne sortant jamais, et mettant en pratique toutes les vertus. C'est en ce même endroit qu'ont reposé ses os jusqu'à nos jours.

Cependant le nombre des moines s'accrut à un tel point, que bientôt il n'y eut plus assez de place pour les contenir. Alors il leur vint en la pensée d'édifier un cloître par-dessus lesdites cavernes. A. cet eflFet, ils s'en vinrent, avec leur abbé, trouver Anthoine^ auquel ils dirent : ce Père, le nombre des moines s'est » tellement augmenté, que nous ne pouvons plus » habiter nos souterrains. Plût à Dieu , ému par tes » prières, que nous pussions édifier une petite église )) par-dessus lesdits souterrains ! y> Anthoine accueillit

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leur prière, et leur permit de bâtir une église. Les moines, joyeux et reconnaissons, se mirent aussitôt k bâtir une petite église, qu'ils dédièrent à FÂssom^rtion de la Sainte-Vierge Marie.

Mais, par Tintercession de la sainte Mère de Dieu, le Seigneur permit l'accroissement des cénobites^ au point que, de rechef, ils se virent contraints de délibérer, avec leur abbé, au sujet de la consiruction d'un monastère, qui leur parut désormais indispen* sable; ils revinrent trouver Anthoine: c< Père, lui y> dirent-ils, le nombre des moines s'accroît de jour )) en jour, et il nous faudrait permettre de construire T> un monastère... » A ces mots, Anthœne fut comblé de joie, et incontinent il députe vers le grand prince un desdits moines , avec un message portant ces mots : a Prince, Dieu a permis l'accroissement de y> mes frères, mais la place leur manque ; ne veux- tu D pas leur octroyer cette montagne, sous laquelle » sont leurs caverites? »

Isiaslaw, plein de joie à la réception de ce message, envoya un de ses officiers, qui fit aux moines l'abanr don de ladite montagne.

Ainsi autorisés, l'abbé et ses frères construisirent une grande église, entourèrent leur monastère de haiesvives, et creusèrent encore aux environs de nombreuses cavernes ; et quand l'église fut achevée , ils l'ornèrent de belles et riches images ; et c'est de là que vint à ce monastère le nom de Petcherski, pour rappeler que ses moines n'avaient auparavant habité que des ca* vernes (?).

t84 CHRONIQUE DE NESTOR.

Mais à peitie le monastère de Petcherski, dont Vaarlam étmvùbbéy se trouva-t-il achevé, qu'Isîaslaw, de son côté, fit bâtir tin cloître en Fhonneur de saint Draitri, et qu'il lui donna Vaarlam pour directeur, pensant être utile k ce père en lé choisissant pour chef d'un cloître qti'il voulait doter de grandes richesses ; car voila connue les princes et les boyards fondent des monastères^ par prodigalité: mais aucun ne songe à les fonder par le moyen des larmes, des prières, des ^ûnes et des veilles. Pourtdiit Anthoîne n'avait ni or ni argent, et si^ <9omme on dit, il vint a bout de son œuvre, ce nefut que par lesprières, ïes jeûnes et les larmes. Quoi qu'il êti soit, Vaarlam, s'étant rendu audit eloître Saint^Dmitri , les frères tinrent conseil entre eux, et s'en vinrent trouver de nouveau le Vieux Anthotne. « Dorttte-nous un abbé , lui dirent-ils. — Eh ]!> qui doue votile»-vous? — Celui que Dieu veut et » que tti désigneras. — Eh bien , dit Anthoine , qui y> peut se dire, entre vous, plus grand que l'obéis- D aant, l'humble et pieux Théodose? C'est lui que ly'Vous devez élire. » Les frères, satisfaits. du choix, remercièrent le vieillard , et élurent Théodose abbé. 'Or, en ce temps-la, les frères se trouvaient au rtombre de vingt. Théodose, ayant pris la direction du cloîlt*e,'-Yécut en très-grande austérité, pleurant et priant sans cesse; et il réunit tant de moines, que bientôt ik dépassèrent le nombre de cent. Théodose se. mit alors a la recherche de lois et réglemens monastiques: Il finit par trouver un moine du couvent de Studite, qui s'appelait Michel , et qui venait d'ar-

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river de Grèce avec le mëtropolitain Georges. Théodose le pm de lui donner la règle des moines de Studite, laquelle règle il fit prendre et copier- en double. Par ce mbyen, il établit en son cloître les chimts d'église, apprit à faire les révérences, a lire los psaumes^ a se tenir debout en Téglise, assis au réfectoire. En outre, il fiïa le genre de nourriture de i^ertains jours de la semaine; finalemetit, il régla tou» ce qui 9e rapporte à la lithùrgîe. C'est de cef;Je sorte que Tbéodose institua son monastèi^, duquel tous les autres empruntèrent leurs règles ; aussi ledit monastère est-il regardé teomme le premier et le plu^ célèbt^ de Russie. Théodose poursuivit sa vie exemplaire^ gérant son doître avec sagesse, observant lai-imémela règle établie, afin de mieuî là faire observer, et faisant accueil à tous venans. Ainsi vinfe-je, moi, très-indigne moine, qu'il accueillit, comme j^entrais dans ma dixseptième année.

J*ai donc écrit et fixé Fépoque de la fondation de notre monastère, et d'où lui vint son nom de Pet-cherskL Je remettrai à parler encore de la vie . de Théodose a un autre endroit (^).

En l'année 656o ( ïo5a), le i4 octobre, mourut, à Novgorod, Vladimir, l'aîné des fils dlaroslaw : il fut inhumé en l'église Sainte-Sophie, qu'il avait lui-même feit construire.

En l'année 656i (»o53)^ Vsevolod, marié à une princesse grecque, eut un fils, auquel il donna le nom de Vladimir.

En l'année 656^ (ïo54)^ mourut le grand prince

l86 CHRONIQUE DE NESTOR.

de Russie, laroslaw. Se voyant a la fin de sa vie, il mandasses fils près de lui, et leur donna les conseils suivans : <( Mes enfans,Jeur dit-il, voilà que je vais » quitter cç monde : airaez-vôus les uns les autres, » puisque vous êtes enfans d'un même père et.tf une )) même mère^ Que l'union et Familié régnent entre )).vousî aîlors notre Seigneur restera parmi vous, » vos ennemis seront écrases, et vous vivrez en paix. y) Mais .{ ce que Dieu ne veuille! ) si vous vous portez » haine les uns les autres, et que vous soyez divisés, » alors ^vous vous détruirez mutuellement; et ce pays, y> que votre père et votre grand-père ont avec tant de y> peine conquis et gouverné, sera renversé de fond » eii cotmble. Vivez donc en paix à l'égard les uns des » autres; frères, ne méprisez point votre frère. Je » nomme Isiaslaw,.mon fils et votre frère, pour me » succéder à Kiew^^ obéissez -lui ponctuellement » comme vous m'avez obéi, et qu'auprès de vous il » tienne entièrement ma place. Je donne Tcbemigow )) à Sviatoslaw, Péréiaslavle à Vsevolod, Vladimir à )) Igor, et Smolensk à Viatcheslav^^ (9). »

Ce fut ainsi qu'il partagea les villes entre ses fils , leur recommandant de ne jamais outrepasser les limites du territoire fraternel, et surtout de ne pas songer à se vouloir mutuellement déposséder. Puis il ajouta, parlant à Isiaslaw : ce Si l'un cherche à nuire à )) l'autre, porte secours à celui qu'on attaquera. » Après avoir de cette façon exhorté ses enfans à vivre en bon accord, se sentant plus malade, il se fit mener à Vouitchgorod, où son état vint bientôt à empirer.

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Ses fils, alors abseiis, se trouvaient : Isiaslaw à Novgorod, Svîatoslaw à Vladimir 3 Vsevolod seul était resté près de son père, qui faifeait aiSeclueusenient, et plus que ses autres fils; aussi l'avait-il continuellement à son côté. Cependant s'approchait la dernière heure d'Iaroslaw : il rendit son âme à Dieu le samedi de la première semaine de Carême, vingtième jour de février. Vsevolod prit-soin des restes de son père: il les mit sur un traîneau, et les conduisit à Kîew, où ils furent déposés en l'église Sainte-Sophie, dans un tombeau de marbre (^^). Vsevolod et tous les Kié viens furent dans la désolation. Il était dans la soixante-sixiènie année de son âge (").

î88 CHRONIQUE DE NESTOR.

HOTES

(i) Torfeus, dans ses Contes Islandais, fait mention de cette guerre. Defrl^rtnands qiii s'étaient tronréB an service des prîntes, t-acfonteût ce <j^ui^t ; « Le valeureux. £inu»und, fils du roi de I}fideinii*k, rendit de » grands services à larisleiw, dans une guerre qui dur^ trois ans, contre * Bourîslaw (Sviatopolk), prince de Kièw! Ei'mound, ayant enfin em- » ;bnBsé le panti de Bratislaw, détint efaet les Riissè» lin- sujet d'âdmira- » tion plu- «bn.xsotirage et son adresse. Un jour ^^'il^é^it. mis en émir » buscade dans un endroit où. devait passer la femme d^Iarisleiw, il tua » le cheval qu'elle itiontait, enleva'cette princesse au milieu de la foule » nombreuse qui l'entourait, el l'amena à Bratislaw, qui conclut la paix » avec son cousin, et donna une province entière au brave Eimound ^ » pour récompense de ses services. » (Torfeus, Hist. norv., pars m, p. 97)»

(a) C'est à cette époque, ioa3, qu'il faut rapporter la mention que fait Lebeau d'un nouveau démêlé de la Russie avec Constantinople. Selon l'historien du Bas-Empire , le mariage d'Anne avec Vladimir avait formé une liaison entre les Russes et l'empire j ils fournissaient grand nombre d'auxiliaires dans toutes les expéditions. Mais cette princesse étant morte quelque temps après son mari, les liens de cette alliance se relâchèrent, et Chrjrsochir, parent de Tladimir, les rompit tout>à-fait. (Quel ^est ce Chrysochir? Il est bien difficile de le démêler dans ce que nous a raconté Nestor ). II vint par la mer Noire à Constantinople avec huit cents Russes bien armés, offrant ses services à l'empereur. Basile, soupçonnant quelque mauvais dessein, refusa de l'écouter jusqu'à ce qu'il eût désarmé. Chrysochir n'y voulant pas consentir, fit entrer ses barques dans la Fropontide, s'approcha d'Abide, battit le commandant de la côte maritime, qui était venu au-devant de lui avec une petite flotte , et alla mouiller à Lemnos. U y fut attaqué par David d'Achride, préfet . de Samos, et par Nicéphore Cabasilus, duc de Thessalonique. Obligé de céder à des forces supérieures , il se rendit à certaines conditions , mais elles ne furent pas observées^ et par une insigne perfidie, qui devenait ordinaire aux Grecs, il fut passé au fil de l'épée avec tous ses soldats. »

(Lebeau, tom. 16, p. 35i.)

lAROSLAW. 189

(3) liebeao consigne, dans son Histoire, bn trait à flionncur des Varègnes, et qui sVtant passe sous le règne" de Michel IV, en io34 , doit trouTer sa place ici : <r Tandis que les mœurs des Grecs se corrom- » paient de plus en plus, par le refâchenient qui pre'cipite la chute des » Etats, et paf l'exemple de leurs souverains, une mUice barbare établie » dans l'empire fit une action de justice qui montre que les principes » d'équité natur^e se conseryent avec la rudesse nationale. Un corps » de Varangues ou Varinges avait ses quartiers dans ce qu'on appelait » alors le Therme des Thracésiens : c'était la Lydie et une partie de la oPhrygie. L'un d'entr'eux rencontrant une femme dans un chemin » écarté, voulut la corrompre j et la trouvant rebelle à ses désirs vou- » lut la forcer. Pendant qu'elle se défendait , elle trouva moyen de se » saisir de l'épée du barbare, et la lui plongea dans le cœur. Le bruit » de ce meurtre s'étant répandu dans le voisinage , les autres Varangues )) accourent; et s'étant instruits du fait, au lieu de venger leur cama- » rade, ils prononcent qu'il a mérité la mort , com-onnent la femme qui , » par son courage, a sauvé son honneur, et lui font présent de la dé- » pouiHe de ce malheurenx ; ils le jugent même indigne de sépulture, et » jettent son corps dans le lieu d'horreur destiné pour ceux qui se sont » eux-mêmes donné la mort. » (Tom. 16, p. 433.)

(4) On voit encore dans deux églises fondées par laroslaw, .l'une à Kiew, Pautre à Novgorod, des peintures et des mosaïques dues à l'amour de ce prince pour les arts. Ces mosaïques, composées de petites pierres carrées, représentent^ sur un fond d'or, avec des couleurs d'une étonnante fraîcheur, des figures et des costumes de saints personnages : travail aussi singulier que précieux, et digne des regards des connaisseurs.

(5) Nestor entre rarement dans les motifs qui déterminaient les grands princes à porter la guerre chez les peuples voisins de la Russie. H se contente^ la plupart du temps , de transzvettre les points principaux «t les résultats de ces expéditions. Le lecteur en veut souvent savoir davantage. Les historiens byzantins attribuenl: cette nouvelle agression des Russes au mécontentement qu'avait dû ressentir laroslaw du OMissacre de Ghrysoehir et d'un autre de ses boys^rds^ plus réoeBoment» an«ov«^ tué dans une émeute. Lebeau, que guide ici Cédrenus, nous donne de cette guerre le récit suivant : « Lifs Grecs , environné» de Jbar- » bares , et trop faibles pour résister à tous , achetaiexyt .la paix de » plusieurs de ces peuples. Ils payaient tribut aux Ëuata^ qui leur four- » nissaient des troupes, et entretenaient avec eux un commerce- utile » aux deux nations.. Des marchands russes, 4]ui. étaient toujoura en gvand » nombre à Constantinople , ayant pris querelle avec quelques habitans,

igO CHRONIQUE DE NESTOR.

» on en Tint aux mains, et un aeigneiur russe des plus distiogués fut tué M dans ce tumulte. laroslaw régnait alors en Russie. Ce prince guerrier^ u qui venait de vaincre les Fatzynaces et de dompter le» Lithuaniens , u irrité de ce meurtre, fait prendre les armes à ses sujets, appelle à son » secours les autres barbares septentrionaux, assemble une armée de » cent mille hommes, et la fait embarquer sur le Borysthène. U en M donne la conduite à son frère Vladimir. Tous les canote .qui compo- ».saient cette flotte (car les Russes n^avaient pas d'autres navires) de- » valent traverser le Pont-Euxin, et se tenir à l'entrée du Bosphore, i> pour aller ensemble attaquer Gonstantinople. A cette nouvelle, l'em- » pereur députe à Vladimir; il lui fait représenter qu'il n'a point de » part à l'injure dont les Russes ont à se plaindre ^ qu'une querelle sur- » venue entre des particuliers ne doit pas rompre une paix depuis long- » temps établie entre les deux nations, et qu'après tout il est prêt de » donner aux Russes telle satisfaction que peut exiger la plus rigoureuse » justice. Ses députés sont renvoyés avec insulte, et l'empereur^ per-> M dant toute espérance d'accommodement, se prépare lui-même à la i> guerre. Il commence par faire arrêter et mettre en prison tous les » Russes qui étaient k Gonstantinople , et donne le même ordre pour. » toutes les provinces. Gomme les vaisseaux de la flotte impériale étaient » dispersés en diiférens parages, et que le temps manquait pour les ras- » sembler, il fait équiper à la hâte les navires de toute espèce qui se trou- » vaient dans le port de Gonstantinople 5 il j fait embarquer tout ce qu'il » avait de soldats dans la ville , avec une ample provision de feu gré- » geois; il" monte lui-même sur sa galère, et s'avance vers les barbares, » qui se tenaient sur les ancres à l'entrée du canal. Deux grands corps » de cavalerie l'accompagnaient à droite et à gauche, et marchaient le M long du rivage. Les deux flottes s'observaient sans faire aucun mou- » vement, et chacune attendait l'atuque. Enfin, l'empereur voyant que » le jour se passait sans rien faire , envoie encore proposer un accomi) modement; il n'est pas mieux écouté que la première fois. Vladimir » répond seulement que, pour avoir la paix , il lui faut payer trois livres » d'or pour chacun de ses soldau. Une réponse si peu raisonnable dé- » termine l'empereur à combattre. U ordonne à Basile Théodorocane » de prendre trois trirèmes, et d'aller harceler l'ennemi. Basile fait plus 1) que l'empereur ne lut a commandé ; il se jette au travers de la flotte, » brûle sept vaisseaux, en coule à fond trois avec leur charge, saute » lui-même dans un canot russe, et tue ou jette à la mer ceux qui le » montaient. ]>s Russes, voyant en ce moment l'empereur venir sur eux » avec toute sa flotte, prennent Ift fuite , se font échouer contre des ro-

lAROSLAW. 191

a chen et des bancs de sable, et gagoent le bord, où la cavalerie grec- » que en fait un grand carnage. On y compta ensuite plus de quinze » mille cadavres. L'empereur étapt demeuré dem^ jours en cet endroit , u retourna le troisiibme k Constantinople » laissant à liicolas et à Basile » sa flotte bien garnie de troupes, avec ordre de garder Tentrée du » canal , et d^ empêcher les descentes. Il restait encore aux Russes un » très^grand nombre de canots qui se rassemblaient dans un port voisin ; s et tandis que la flotte grecque courait le long des rivages pour jeter j» ceux qui avaient échoué, et dépouiller les cadavres que la mer jetait « sur ses bords, vingtf>quatre vaisseaux détachés, à la poursuite des » fiijards allèrent insulter les Busses jusque dans le port. A peine y vfurent^ils entrés, qu^ils se virent environnés d'une prodigieuse multi- » tude de canots, qui les assaillirent de toutes parts comme un essaim » d'abeilles. Bientôt les vaisseaux furent iovestis et couverts de Busses M qui montaient à Tabordage; et les Grecs, fatigués du travail de la » rame et de la poursuite, pouvaient à peiqe rendre quelque combat j » ils voulurent sortir et regagner la pleine-mer, mais ils trouvèrent le 9 passage fermé. Ce fut là que le patrice Coostantin Callabure, com- » mandant de la flotte de Gibyre , qui consistait en onze vaisseaux, fut » tué en combattant avec courage. Quatre vaisseaux furent pris, entre «lesquels était Tamiral; tout l'équipage fut passé au fil de Fépée; les » autres é,chouèrent contre les rochers, où ils se brisèrent. Des sol- » dats qui les montaient, les uns périrent dans les eaux, les autres par » le fer ennemi^ quelques-uns furent faits prisonniers. Ceux qui purent » échapper en grimpant sur le rivage, revinrent nus, meurtris, déchirés, u rejoindre leur flotte. Les Russes, consolés de leur défaite, reprirent la 1» route de leur pays. Comme la perte d'un grand nombre de leurs ca- » nots en obligeait une partie de retourner par terre, ils furent arrêtés » près de Varna par Catacalon, gouverneur de ce ce pays, qui en fit un 9 grand carnage, et en envoya huit cents à Constantinople. Ce guerrier, » aussi vigilant que brave et hardi, les avait déjà fort maltraités à leur » premier passage, lorsqu'en allant à Constantinople ils avaient fait une » descente sur cette côte. » (T. 7, pag. 47, an io43. )

On va voir que ce récit s'accorde en tout point avec celui de Zonaras. Nous donnons cet extrait sur la naïve et fidèle traduction que fit de l'annaliste byzantin, au xvi® siècle, J. Millet de Saint-Amour :

« Jusques icy nous avons discouru les guerres civiles, maintenant il est » besoin que nosti'e propos se tourne aux externes, récitant en premier » Ueu le voyage de Russie. Cette nation ayant souventes fois envahi les » Romains, demoura vaincue, si que finablement faisoit alliance et » traittés de paix les uns avec les autres , ilz continuèrent longuement

» leur amytié mutuelle, traffiquMu les uns parmy \ea autna. Et tonte i> durant le temps susdit plusieurs Tauro-Scythes verdoient l«urs mar- » chandises en Gonstantmople , et les nostresles acheptoient, advint que M noise s'esunt élevée entre eux et quelques Romains , l'on monta des » paroles aux coups de poing , des coups de poing aux playes, des plajes » aux menrdres ; si qu'entre les autres l'un des plus grans de la Scjdiie » y tomba mort par terre. Le prince des Russiens se resMntant de ce » tord, et y fondant Toccasion de la guerre qu'il touIoîC Daire, «près » avoir b&ti plusieurs nacelles, et mettant là^dessns un nombre infini » d'hommes, passé la Propontide , il va assaillir les Roniatna par arases, » premier que les avoir deffîez. L'empereur, acertené de leur venue, leur » envoyé ses ambassadeurs, les prie vouloir oster les armes, estant prest » de les satisfaire s'il les avoît offensez en quelque manière que ce fust. » Au contraire, le barbare receut fort incivilement , contre lesquels » ayant vomi tout plein de paroles insolentes et mordantes, il leur donna » un congé honteux, et suivi de grande ignominie. L'empereur, déses- » pérant de pouvoir venir à quelque bon appoiutement, se prépare aussi » à combattre par mer; et parce que la flotte estoit escartée bien loing, » pour la défense des provinces, il fait sortir plusieurs galères et navires » marchands chaînez de feu grégois , pour aller trouver les ennemis , » se trouvant lui-même au port principal. Et comme bonne partie du » jour estoit désja passée sans que les barbares fissent semblant de von- » loir combattre, ne rompant toutefois leur esquadron, l'empereur corn- » mande i Théodorocane de les aller harceler avec trois galères, pour » les attirer an combat, ce qu'il fit, et ne les escarmoncha tant seuleu ment, ainçois donna an milieu de la troupe, embrasant plusieurs de » leurs vaisseaux avec le feu grégeois qu'il leur jetoit contre, mettoit » les autres à fond , et sautant dedans l'une il tua tout ce qui estoit » dedans, sans y trouver non plus de résistance que s'ils fussent en- » chaînez. Troys galères ayans osé combattre les ennemis, ainsi que » l'empereur donnoit le signe , un nombre de gros navires leva les an- » cres, et va d'un droit fil contre eux; tellement que les barbares les » voyans venir, oobliansle désir de combattre, se rompent et s'enftiyent; » les Romains divinement aidez & ce conflict, car s^estant levé un vent » oriental enflant la mer et ponssant les flots et ondes contre les navires » barbaresques, envoya un gros nombre à fond, et si en brisa plusieurs » autres contre les rochiers. Quant aux soldats qui estoient dedans, a partie Aemoura submergée , partie fut taiHée en pièces par les Ro- » mains, qui les attendoient sur le gravier. La multitude des barbares, » débettéé à là manière susdite, l'empereur, victorieux , retourWa en son » palais.'» ■•'•.. 1 '

CeOie ti:«^«tioil, •ujoiira'hui fort nir#,6tt riwH indiquée dans ia Bio^ §M^Me uflwfinfi^é. L^am^tir de rartidepigîo/wreaditiîqào I» Clrfonîque de cet liiftorieM lut traduite, en fran^ pour U: jifeini^re fofc èii ï56o par Jeap de Mamnonti >etiMdr Jea» Miller en 1 593: : c'èèt Une err«*ar. Ce fut ceU&«i quiparat U première en :i5«6. Eta Wci le titre curieuii Chronique* ou AnHfdtâ de Jean Zànare^ jadis et quatre cens ànsy ha, ff-and drungnire du guet; eî prenUtr secrétaire de Cônstmùinoplt, esiptelUs, sont discourues ttmtes histoires mémorahlts adi^enues en «e mtmdft, en la révolution de six mille six cens ans et plus, disposées en .trois parties^ aaToiry etc... CEwnre rccommandahle et longuement désirée, trad* par J. MUletde Saint-Amour, au comté de Bourgogne, ^ Lyon, 1660, i»-fol.)

I^'inaoyaifl ntccès de Texpédition des Bnises d^^oûta vraisemLlaLlement les grands princes de toute nouvelle agression contré la Grèce • car depuis cette époque Consuntînople ne vit plus dans le Bosphore les terribles flottes des descendans de Burik et d'OIeg. Cependant, dès la fin du x« siècle, il circulait une prophétie qu'on disait écrite, 'on ne sait par qui^au-dessus ât la statue de Bellérophon, sur la place taurique, a Conttautinople, et qui annonçait «t que lés Busses devaient sVmparer un » jour àe Tenspire d'Orient,» tant le nom dès Rosses inspirait «ï'épouvante aux Grecs. «Cette statue, dit Gibbon (B»|<. oftheDecL, c. 55, note 66)9 était en bronze, «Qe avait été amenée d'A«tioche, et repré^ sentait Jésus Narin ou BeUéroplum (anolddilemna, dit Gibboh ) vainqueur 'de la fabuleuse Chimère. Lors dé la prise de Constantinople an xui siècle, les Français la firent fendre.... La statué n'existe donc phM^ mais on -prétend que-roTade vit encore dans la méttioii'e des Russes du X»* siècle.

(6) On lit dans les annalistes polonais que Casimir, petit-fils de Bo* leelas, exilé dans son enfance avec sa mère , avait quitté sa patrie et s'était réfugié en France, où, perdant tout espoir de remonter sur le trône, il s'étiait fait religieux ; mais qiie les troubles civils et les malheurs de l'État ayant forcé les seigneurs polonais k recourir à la générosité de ce prince, il se fit relevor 'de ses vœux par le pape, et quitta la cellule pour retenir occuper le palais des rois. Les mêmes annales ajoutent que son msiriage avec la princesse' russe se fit à Cracovie, et que la belle Marie Dobrognera embrassa ia religion catfaoUque-^romaîne , et apporu en dot à son époux une grande quantité de vases d'or et d'argeqâ, des harnais d'an grand prix, et beaucoup de choses précieuses.

(7) On sait que Voltaire s'est appuyé sur La Martinière pour appeler Kiew Kisoine et ville grecque. Voici en effet ce qu'en dit l'auteur du

grand Dictionnaire historique et critique : « Riow, autrefois appelée » Kisovie, fut jadis une des anciennes* villes de TEurope, comme les M antiques vestiges le donnent à connaître , la hauteur et la largeur de » ses remparts, la profondeur de ses fossés , les ruines de ses temples, » les vieilles sépultures de plusieun rois , qui s'y trouvent. De ses tem- » pies il n'en est resté que deux, Sainte-Sophie et Saint-Michel^ car de » tous les autres il ne s'en remarque que des ruines, comme dé Sainte » Basile, dont il j a encore des murailles de cinq à six cents pieds de » hauteur, avec des inscriptions grecques de plus de quatorze cents ans, » sur des albâtres, mais qui sont presque effacées , » etc. Nous ne relèverons pas les erreurs de- cet article^ nous dirons seulement que les murailles de cinq k six cents pieds de hauteur et les inscriptions grecques sont de l'invention du bon lia Martinière. Saint-Basile, fondée par Vladimir I^r, sous les ruines du temple de Féroune, existe encore. Ceux qui voudront connaître la vérité sur cette ville célèbre et ses curieuses antiquités, devront consulter le petit Recueil in-8o de Jean Herbinius> que nous avons déjà cité ailleurs, intitulé : Religiosœ Kioviensiœ Criptcs (lenœ, 1675). Voici en outre un petit morceau qui m'a semblé assez curieux pour être mis sous les yeux du lecteur. Il est extrait de Michow : (t Ab oppido Cainaw 18 nUll, est Chiowia vêtus Russiœ metropolis, quam magnificam et plane regiam fuisse , ipsœ ciuitatis ruinas monumentaque, quœ in vicinis montibus ecclesiarum monasteriorumque desolatarum vestigia^ prœterea cavemœ mulUXy in quibus vetuslissimasepulchra corpora que in his nondum ahsumpta, visuntun,.. Ab hominibusfide diffiis accepi, puellas ibi ultra septimum annum raro castitatem servare : rationes varias audivi, quorum nuUa mihi satisfacit, quibus mercatoribus abuti quidemsed abducere minime licel, JYam si quis abdueta puella deprehensus fiierit, et vita et bonis nisi prinçipis dementia servatus fuerit, privatur..,. Hœc omnia D. Albertus Gastold palatinus Vilnensis, régis in Lithuaniœ vice-gerensy mihi retuUt. » — (MiGHOW, Descriptio Sarmatiarnm. Voyez CoUect, scrip. polonicorum, tom. I, Varsovie, 1761, fol. p. ai8, )

(8) Nestor a en effet composé la vie de saint Antoine et celle de saint Théodose, tous deux abbés et fondateurs du célèbre monastère des Cavernes. La première se ù*ouve à la date du 10 juillet, et la seconde à celle du 3 mai, dans la légende connue sous le nom de.paterik de Petcherski. ( Voyez notre Notice. )

(9) Bratislaw, roi de Bohême, surnommé VAehile, contemporain d'Iaroslaw, avec qui il eut plus d'un point de ressemblance, suivit de près au tombeau le grand prince de Russie. Au milieu des préparati6 d'une

lAROSLAW. igS

ap^tion contre les Hongrois, il tomba malade à Ghmdin, et mourut le 10 janyier io55. Gosme de Prague, son historien, nous a transmisses dernières paroles aux officiers de sa couronne. Elles méritent d'être citées à côté des adieux dlaroslaw à ses enCans. On y Terra que ce prince, instruit par Texpérience, et plus sage qu'laroslaw, redoutait pour ses sujets et son empire, le partage de Tautoritë et la diyision de son royaume :

Quia meajula vocant, et air a morsjamprœ oculU volat^ volo vobis auignare et vestrœfldei commendare, gui post me débeat rempuhlicam gubemare. Pos scitia quia nostra principalis genealogia partim sterilitote, partim pereuntibus immatura œtate, me usque adunum/uit reductà. JVunc autem ( ut ipsi cemitis) sunt mihi a Deo dati quinque natij inter quos dividere regnum Bohemiœ non videtur mihi esse utile, quia omne regnum in se ipsum divisum , desolabitur. Quia vero ab origine mundi, et ab imtio Romani imperU, et usque ad hœc tempora Jueritfratrum gratia rara, testantur nobis exempta rata. JYam Cayn et Ahd, Romulus et Remué, et mei atavi Boleslaus et sanetus Venceskus, si spectes quidfuerintfr aires bini, quidfacturi sunt quintemi ? Ros ego quanta potiores ac potentiores intueor, tarUo mente prœsaga pejora auguror. Heu mens semper pavida genitorum de incertis Jatis natorum, Unde prœvidendum est, ne post mea fata cdiqua inter eos oriatur discordia propter obtinenda regni guhernacula, Qua de re rogo vos per Deum, et obtestorjideivestrœ p^f^aoramentum^ quatenus inter "uos natos sive nepotes semper major natu summum jus et solium obtineat in prœcipatu , omnesque fraXres sui, sive qui sunt orti kerili de tribu, sint sub ejus dominatu.

Ndlle des chroniques russes ne fait mention des filles d'Iaroslaw, que Jet historiens étrangers citent si fréquemment et d'une manière si positiye. Trois sont connues : Elisabeth, Anne et Anasthasie , ou Agmounda. 1^ première, au rapport de Strouleson , se fit aimer du valeureux Harold, prince de Nonrége, dont la jeunesse s'était passée au serrice d'Iaroslaw. Afin de se rendre plus digne de celle qu'il voulait obtenir. Hafold alla sous les drapeaux de l'empereur combattre les infidèles en Afrique et en Sicile. Il fit le voyage de Jérusalem pour y adorer le tombeau du Sauveur, et s'en revint épouser la belle Russe, pour qui, selo.n ie même historien, il avait dédaigné l'amour de l'impératrice Zoé. Harold, depuis roi de Norvège, était poète et guerrier. Yoici un fragment d'un poème de ce héros Scandinave , dans lequel il se plaint des rigueurs de (S jeune fille de Russie , qui dédaigne son amour :

CHANSOir DU Xl« SliCLB.

mes navircft ont TOgué sur la mer sicilienne ; leur carène brunie, chargée cTintrépicles guerriers, nous portait, pleins d'espoir, et rêTantles glorieux combats. Je Toyais, à ma voix, mon esquif fendre les flots et je projetais de lointaines navigations. N'y pensons plus... Hélas! f aime, et celle que j*aime, la fille de Russie, dédaigne mon amour!

Jeune encore j'ai connu les dangers. Lliabiunt du DroTntein éprouva

mon courage ; ils étaient cent contre un. Qu'il fut terrible notre

combat!... Soua mes coups expira leur chef orgueilleux... Vains succès! Une fille de Russie dédaigne bm>q amour.

Sur mon esquif rasant les flots, un jour, nous étions seize!... Soudain le ciel gronde , le vent mugit, la mer est agitée , et notre bord est submerge. L'adresse et le courage nous sauvent du trépas , el déjà mon cœur rêvait un brillant avenir. G' fille de Russie! pourquoi dédaigner mon amour!...

J'ai hnittaleas dont je pomrai» faife gloire : audacieux au combat , je sais dompter un coariier ombrageux : je fends de mes bras la vague difficile, et sur le poli de la glace je sais m'aventurer; au but fixé je lance un javdot, et ma barque 4(1^ soumise aux caprices de ma rame. Et pourtant la fille de Russie dédaigne mon amour!

Le nieras-tu? jeune et dédaigneuse enfant! iTest-ce pas moi qui naguère, sous les mvLts de la cité méridionale , ai livré cent combats glorieux? Cest là que je fis sentir la force de mes armes, et que je laissai de mon nom Fétemel souvenir? Pourquoi donc, ô fille de Russie, dédaîgtter mon amour?

On doit cette saga à Mallet, auteur d'une Histoire âe Panemardi pleine de recherchés et d'érudition. Bladame de Genlis en a (ait une jolie romance, qui se trouve dans son l^ouveàu Cours ^éducation.

Four revenit aux filles d'iaroslaw, Agmounda , l'une d'elles, suivant le chroniqueur Praî {jânnal, reg., Hungariœ, lib. i, pag. 54), devint l'^ouse d'André I»»", roi de Hongrie : £rat hœo NasJLasia Yarosiai Vladinùrovichii Jilia, a nostris deinde Agmunda dicta.

Quant à la princesse Anne, on sait qu'elle épousa Henri P', roi de France, et qu'elle fut mère de Philippe, aussi P** du nom. Nous ren-

lAROSLAW. 197

voyons le lecteur, pour réel air cissement de cet important point hiftori^ que, à Texamen critique du Mémoire deLéyesque, qu'on trouvera à la fin de ce premier volume.

(10) Ce monument, le plue ancien d« ce genre que possède la Russie, est encore l'objet de la curiosité des voyageurs; il est fait de iparbre blanc et bleu , et se trouve dans une chapelle de Sainte-Sophie , à Kiew, à gauche du mat^e-autel. > La moitié du monument est cadiée dan» le miut ; sur la pierre sont représentés divers omemeiur de sculpture. On y voit le» lettres J. G. X-G., des olieaux, des arbres, etc.

(11) Tous les historiens s'accordent' dans les éloges qu'ils font du grand prince laroslaw, et son règne peut être en effet considéré comme un des plus glorieux de la Russie. On a vu, par le récit de Nestor, que ce prince , à Pexemple de Yladimir-le-Grand , institua des écoles publiques où la jeunesse du pays acquérait les connaissances nécessaires pour remplir les fonctions sacerdotales et des emplois civils. Il répara, par ses conquêtes et son administration, les ravages qu'avait causés dans la Russie méridionale Finvasion de Boleslas. Après ayoir restauré, agrandi Kiew, il fonda plusieurs villes qu'il dota d'établissemens publics; il aimait les arts, et sous son règne les artistes grecs ornèrent les églises de peintures , de mosaïques et de sculptures que l'on admire encore dans plusieurs églises de son temps. Enfin , laroslavr laissa de son règne un monument impérissable , un recueil de lois connu sous le nom de Droit russe y le plus ancien code écrit de la Russie, et qu'on peut regarder comme l'image fidèle de l'état civil et moral de ce vaste pays au onzième siècle. En voici un extrait pris dans les chroniques de Novgorod, et que nous donnons avec toute la simplicité du texte :

LOIS d'iaroslavit (*^).

1.0 ai un hooime tue un autre homme, le frère aura le droit de venger le meurtre de son frère; le fils, celui de son père; le père, celui de son fils, de même que le neveu, soit qu'il soit fils du frère ou de la sœur.

a.o Si le mort ne laissait point après lui de vengeur, le meurtrier re« connu paiera 4o grivnas, soit que le mort soit Russe ou Slave , homme de guerre ou de chancellerie , marchand national ou étranger, et même liigicif d'un antre pays.

(^) Les loia qUe ce prince donna è la Russie l'an 1016, sont intitulées Bouskaïa pravada, on Vérités russes; elles commencent par ces moU : Respectez ce règlement f il doit étte la règle de votre conduite : telle est ma volonf^.

3.0 Un homme battu par un autre, qui aura des contUBÎoiM on qui géra blessé jusqu'au sang , n'a pas besoin de témoins pour être cru en justice ; mais si le plaignant n'a ni blessures ni contusions , il doit au moins fournir un témoin, sans quoi la plainte sera nulle. En la supposant Talable , et avec impuissance de se venger personnellement, le battant paiera au battu 3 grivnas, et les frais du jugement.

4.® Celui qui frappera quelqu'un à coups de poings, & coups de bâton, à coups de perche, ou qui lui jetera^ à la tête une tasse, une coine, etc., paiera à l'offensé 13 grivnas, quand même les meubles jetés n'auraient pas atteint la personne; la même peine aura lieu envers celui qui frappera avec la poignée ou la pointe de son épée nue ou de l'épée dans son fourreau.

5.^ Si un homme est blessé au bras, s'il perd ce membre ou qu'il reste estropié de la blessure , l'auteur du dommage lui paiera 4o grivnas. Si la blessure est au pied, et que le blessé devienne boiteux, ses enfans ou sesparens les plus proches en tireront vengeance. On paiera 3 grivnas pour un doigt coupé, et la grivnas pour avoir coupé à quelqu'un les moustaches et la barbe.

6.0 Celui qui tirera son épée ho.rs du fourrçau sans même en i(rapper personne, paiera un grivnas.

7.0 Si un homme en pousse un autre, ou le tire 9 lui avec violence, l'offenseur paiera 3 grivnas à l'offensé, si celui-ci a deux tépioins de la violence qu'où lui a faite ; mais si ces témoins sopt Yarègues ou K.0Ibégiens, on leur fera prêter serment de la vérité de leur témoignage.

8.0 Si un domestique s'enfuit de chez son maître, et qu'il aille «e réfugier chez un Yarègueet c^ez un SLoIbégien, l'un et l'autre sont tenus de le renvoyer à qui il appartient, dans trois jours pour tout délai, sans quoi le maître reprendra son domestique dès qu'il l'aura découvert , et ceux qui lui auront donné asile paieront 3 grivnas pour cette injustice.

9.0 Celui qui montera un cheval qui n'est pas à lui, sans la pennissioD de celui a qui il appartient, paiera 3 grivnas.

10.^ Celui à qui on aura volé un cheval, des armes ou des habits, et qui les reconnaîtra pour les siens, a le droit de les reprendre partout où il les trouvera. Le voleur lui paiera 3 grivnas pour ce tort. Mais si celui qui a recouvré son bien ne peut le recouvrer par lui-même, il doit dire à la personne qui s'en est emparé : « Ceci m'appartient ; tu le nies : » dis-moi donc l'endroit où tu les a achetés^ produis des témoins qui 3> l'attestent, ou viens avec moi devant le juge. Si tu ne peux pas y » venir aujourd'hui, fournis-moi caution que tu j comparaîtras dans » trois jours. »

j i^'. Bans le cas où un débiteur refuserait de payer ce qu'il doit à son

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créancier ) U contestation sera portée devant douze perflonnes, qui en seront les arbitres. S'il s'agissait d'une béte volée qu'on ne voulût pas rendre, le détenteur injuste paiera 3 griynas au propriétaire.

la.o Si quelqu'un perd une de ses bétes, que son serf la reconaisse appartenant à son maître , et que celui qui s'en est emparé ne veuille pas la rendre, dans ce cas on le mènera chez la personne de laquelle on aura acheté l'animal ; de celle-ci chez une autre, et même chez une troisième^ et ces trois personnes rendront justice & qui il appartiendra 9 mais le propriétaire laissera son domestique au pouvoir du juge comme un gage de la justice de sa demande , jusqu'à ce que l'affaire soit terminée.

i3.o Si un serf osait battre un homme libre, et qu'il trouvât un asile dans la maison d'un boyard ou d'un noble, l'un ou l'autre paiera 10 griv* nas d'amende, et le serf sera rendu à son maître.

i4«*' Celui qui brisera la lance ou les armes de quelqu'un, qui lui déchirera ses habits ou l'en dépouillera, sera condamné à une amende en bestiaux^ quand même le coupable voudrait rendre les effets pris ou endommagés , il n'en sera pas moins tenu de payer ces effets par le nombre d'animaux désignés pour leur valeur.

âOO CHRONIQUE DE NESTOR.

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