CHAPITRE XII
VSEVOLOD-IAROSLAVITCH. (i)
Apanages. — Mort de Romai»;STiatoslaYitcli. — • Oleg en Grèce. -— £iploiu de yiadimir.— laropolk prend 1^8 armes^ il est dé£iit et banni. — Son retour. -— Il est assassiné. -— Les deux Ivan.— -L'éréque Iphrûm. — Exhumation des restes de saint Thëodose.— Nestor parle de luir-méme. — Phénomènes et présages sinistres. — Irruption des FoIovtzi.~-Mort de ceux qui vendaient les croix des tombeaux. — - Maladie du grand prince. — Son portrait. — Sa mort. — Modération de Vladimir.
Vsévolod monta sur le trône de Kiew , précédemment occupé par son père et par son frère. En prenant l'autorité souveraine, il établit son fils Vladimir k Tchernigow, et céda les principautés de Tourow et de Vladimir a laropolk, l'un des fils d'Isîaslaw (^).
L'an 6587 ( 1079) , Roman ayant 'a sa solde une aimée de Polovtzi, se présente sous les murs de Kiew. Le grand prince, qui se trouvait a Péréîaslavle, parvient à traiter avec les Polovtzi ^ Roman alors veut s'éloigner d'eux • mais ceux-ci , mécontens de lui , l'arrêtent, et le massacrent. Ce fait eut lieu le deuxième jour d'août 5 les os de ce prince reposent encore de
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nos jours à Fendroit même où il fut tuë : il était fils de Sviatoslaw et neveu d'Iaroslaw.
Oleg, son frère, fait prisonnier par les Khozares, fut déporté au-delà des mers, à Tzaragrad. Vsévolod, profitant de son absence, envoya Tun de ses lieutenans, Ratiborn, occuper Tmoutorokan.
L'année suivante, après une attaque contre Péréiaslavle, les Torkes fixent une irruption en Russie. Ysévolod fît marcher contre eux son fils Vladimir , qui les mit en fuite.
L'an 6589 (loSi ^^ k dix-huiûéme jour d« mai, David, fib d'Igor, et'Volodar, fils de RostislaW, firent prisonniers Ratibpra, et s'étaïjlirent à Tmouto-
L*aiinée suivante, duraht l'automne, mourut le prince des !Polovtzi.
En l'année 65gi (io83^j Oleg, revenu de la Grèce, surprend Tmoutorokan, arrête David Igorévitch et Volodar Rostislaviich $ puis , après s'étfe rétabli en la principauté^ il punit de taort ceux iies Khosares qui av%itenl pris part au meurtre de son frère. Cependsuat, il qè voulut point retenir long-temps prisoimiars David et Voiodàr , qui bientôt furent r^adus k la li^ berté»
L'&nfiée suivfiÉite^ laropolk I&iaslavîtch vint célébrer lés fêtes 4e Pâques -avec son oncle Vsevolod. Profitant de son absence, les fil^ de Rostislaw se préseiiteat, et bannissent laropolk <le son gonvernemea^ ittaiiâi Yfitévdlod envoie son fik Vladimir^ qui eha^, À son tOHT, l«s enfens de Rostisla'w^ et rétablit lai opolk
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dass 8a principauté de Ylaidimir. Dans le même temps Oafid attaquait les Grecs à Olœchië, et pillait toutes leure propri^ës^ Instruit de sa conduite , Vsëvolod Iui:ordonne de le venir trouver, et lui cède la ville de Dorogobuge.
En Fannee 6598 (io86j, laropolk, excite par de mauvais conseils, forme le projet d'attaquer Vsëvolod: celui-ci, instruit à temps, envoie contre lui son iSls Vladimir. laropolk, à cette nouvelle , abandonne sa mère et ses gens a Lutsk , et se réfugie chez les Lèdkes. Vladimir entre dans Lutsk, soumet les halntans, puis il établit David a Vladimir, s'empare de toutes les richesses d'Iaropolk , dont il conduit la mère êc la SetosBoe à Kietr.
> L'année ^^94 ( 10^4 ), laropolk sortit du pays des Lèckes, et fit la paix avec Vladimir, qui revint à Tehemigorw. laropolk, après quelques joues seulement , sortit de Vladimir et s'en vint a Zvénigorod. Mais comme il cheminait à cheval, et se tix^uvait non loin de la ville (c'^ait le viagt*huitième jour de ikh vembre ) , un infôme Irakre lui passa son sabre au travers du corps. laropolk, usant du peu de forces qui lui restaient , retira le sabre , et s'écria en gémissant : « Ah I )> ce misérable m'a tué! » Cependant, le meurtrier maudit s'enfuit, et gagna Pérémjsle chez Rurick. hes serviteurs d'Iaix>polk, Bx>dko et Ivan, et quelques autres, relevèrent son corps, le placèrent sur un cheval «t le conduisirent à Vladimir, et de la partirent potinr Kiew. Le pieux Vsévolod voulut aller au-devant du corps de ce prince infortuné. Il sortit donc , I* .i5.
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suivi de ses fils Vladimir ci Rostîslaw > de tons se» boyards , du vénérable métropolite Ivan , des moines, des prêtres et des habitans de Kiew, qui , tous ^ versèrent des larmes sur le sort du malheureux laropolk. C'est au milieu des psaumes et des chants religieux que ses restes furent portés au cloître de Saint- Dmtri, placés dans un cercueil, et déposés^ le cinquième jour de décembre, avec tous les signes d'honneur, dans l'église de l'apôtre Saint - Pierre , dont il avait hii-même jeté les fondemens. laropolk était pieux, humble^ affable, et donnait annuellement le dixième de ses troupeaux et de ses blés à l'église de la sainte mère de Dieu.
En Tan 6596 (xo88)^ fut consacrée l'église dé Saint-Michel du cloître Vsévolpd, par le métropolitain Ivan, en présence des évêques Lucas, Isaû et Ivan^ Lazare était alors abbé de ce cloître. Dans la même année , Sviatopolk quitta Novgorod pour.Tourow^ où il établit sa résidence : vers le même temps, Nikon, abbé de Petcherski, vint à mourir.
Les Bolgares s'emparent de la ville de Murom.
En Fan 6596 ( 1089 ) ^ fut consacrée l'église du cloître Théodose, sous l'invocation de la sainte mère de Dieu, par Ivan le métropolitain, en présence de Lucas , évêque de Biélogorod , sous le règne de Vsévolod, autocrate de Russie, et en présence de ses fils Vladimir et RostisLiw. lanew se trouvait alors gouveraeur de Kiew, et Ivan, abbé du cloître. Dans la même aimée, mourut le métropolite Ivan, personnage fort instruit, secourablc aux pauvres et aux
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vetives^ affable pour loiït le monde, riche ou pauvre; pieux, discret, et fort éloquent: il consolait les affligés par des citations des Saintes- Écritures (3). Quelque temps après, Janka ( Anna ) , fille de Vse'volod, étant allée en Grèce, ramena, pour métropolite , un autre Ivan; mais celui-ci était eunuque. Dès que les gens de notre pays le virent, ils s'écrièrent : « C'est un trépassé qui nous est venu. » En effet, il mourut moins d'un an après. C'était im homme sans érudition, sans esprit comme sans éloquence. Dans la même année, encore, fut consacrée k Péreiaslavle, l'église de Saint-Michel, que Pévêquè de cette ville, Iphraïm (*), y avait fondée. Il y avait ajouté depuis divers corps de bâtimens, et avait décoré l'intérieur de l'église d'un grand nombre d'omemens dde vases sacrés. Cet Iphraïm, outre cette fondation, fit construire encore divers édifices, notamment FégKse de Saint-Théodore, et celle de Saint- André. D fit encore agrandir la ville , y établit des bains de pierre, qui, avant cette époque, n'étaient point usités en Russie : enfin, il embellit la ville de Péreiaslavle d'églises, d'édifices et de monumens divers.
En Fan 6699 (*^0> l'^t^bc de Petcherski tint conseil aviec ses moines, et dit : « Il n'est pas convenable y> que notre père Théodose repose hors du moiiasj) lève et de son église, lui qui en a posé les fonde- )) mens, et dont les soins ont réuni les moines. » Et il fut décidé qu'on préparerait un endroit pour y déposer ses restes. En conséc^uence, trois jours avant la fête de l'Assomption de la Vierge, l'abbé fit faire
ll3o CH&OlîIQUE D£ NE&TOm.
des fouilles à l'endroit où reposait le corps de notre père Théodose. Je fus témoin oculaire de l'exécution de cet ordre ; et ce que je vais écrire, je ne l'ai point a{^ris des autres, car je me mis le premier à l'œuvre : L'abbé vint donc à moi , et me dit : « Bendons-nous i> à la grotte de Théodose. » J'allai donc avec l'abbé, sans que personne le sut; et d'abord nous cherchâmes ens&nble la place où l'on avait pu l'enterrer. L-abbé me dit alors : « Ne dis rien à nos frères de l'endroit » où se doit trouver le corps : que chacun ignare nos '» travaux; prends seulement , si tu veux , quelques s> hommes pour t'aider. » Jefis &ire sept bêches pouc exécuter dos ibuilles, et le mardi soir à la brune, ayant pris avec moi deux frères, nous nous rendîmes aux cav^tJies sans que personne le sut; et, après avoir chanté des psaumes^ je me mis à creuser ; quand je nie sentis fatigué, je cédai ma place aux deux frère^, et nous travaillâmes ainsi jusqu'à minuit. Cependant , malgré nçs recherches, nous ne découvrions encore rien, et je commençais a me désoler, pensant que nous ne creuâons peut-*être pas a la bonne place. Je r€|>rls cependant la bêche; et tandis que les autres se reposaient à l'entrée des grottes, je nie remis à fouiller avec plus de zèle encore. Tout^a-coup l'un d'eux me crie : <x On sonne la cloche des matipes! 3^ Cçimme il me disait ces mots, j'arrivais au corps de Théodose ^ et lui dis : ce Eh bien! moi, j'ai trouvé ce que je cher- » chais. » lÀ-dessus^ j'envoyai aussitôt l'un d'eux vers Yshbé pour le prier de venir relever le corps. L'abbë vint donc accompagné de deux frères , et nous nous
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mîmes à creuser ^^core plus profondément et nous achevâmes de découwir Je corps ; il était dans sop entier^ et entouré de ligamens; les oh^venx étaient liés^ et, aussi bien que le corps, entoures de bandelettes. Nous plaçâmes ces restes dans le manteau dePun des moines, puis nous portâmes ce précieux fardeau sur nos épaules, et le conduisîmes hors des eaTemes. Le jour suivront se réunirent les évéqims : Iphraîm^ de Péréiaslavle I Tbéi^ane, ée Vladimir; Ivan, de Toliemigorw; Marinus, de luriew^ les abbés ei 1q« moines de tom les cloîtres, ainsi que tous les fidèles. Les gens d'église, munis d^ eiergesi et d'encenaoîrs^ pfHtèr^nt les restes du saint dans son église, ^t les dé« posèrent sous le portique a mtrin dK)îte. Ceci se passa le jeudi i4 août a la première heure éi% matin, et toilt )e four fut consacré à célébrer dignement cette translation.
Elans la même année, il y eue des signes diois le sdeil, qui en obscurcirent tellement la lumière, qu^bo n'y voyait pas davantage qu'à la darté de la lune : eeei«rriva le vingtième de mai, à deux heures. A la ¥néme époque, il se fit aussi dans Fintérienr de la terre un violent retentissement, que beaucoup de gens entendirent: il y eut encovedies signes dansk del^ on y remarqna un ah\ei d'nne grondeur estr(iot« dinaire. Cette année fut encore maorcpiée par uiie si grande sécheresse, que le sol de la terre était brûlant, et qu'un grand nombre de marais et de forets senflammèrent d'eni^-mémes, et furent consumrés par Fîncendie. On observa encore, de coté et d'autre.
23a CHRONIQUE DE IIESTOR.
beaucoup de signes analogues (5), à la suite des^ quels fondirent de toutes parts les Polovtzi, qui ruinèrent et ravagèrent les villes de Pésotchen ( ville de sable ), de Pérévolek, et beaucoup de villages^ bourgs et pays des bords du Dnieper.
La même année^ les Polovtzi s'unirent a Yassilko^ fils de Rostislaw^ pour porter la guerre chez les Lèckes. Rurik^ autre fils de Rostislaw, mourut vers la même époque^ enfin^ cette année fut signalée par la fin d'im grand nombre d'individus qui moururent de différentes maladies^ notamment ceux qui avaient fait commerce des croix, lesquels avouèrent que depuis la fête de Saint-Philippe jusqu'à la veille du Carême, ils avaient vendu sept mille des croix qui sont placées sur les tombeaux des cimetières.
En l'année 6601 (lod^), la première de l'indiction et le treizième d'avril, mourut le grand prince Vsévolod, fils d'Iaroslaw et petit-fils de Vladimir. Il fut déposé le lendemain i4; jour du jeùdi-saint, dans la grande église de Sainte-Sophie.
Ce prince, élevé dès son enfance dans des sentimens de piété et d'amour de Dieu, chérissait la vérité et la justice; il prenait soin des pauvres, qu'il nourrissait : honorait singulièremait les évoques et les prêtres, aimait extraordinairement les moines, et partageait son bien entre les plus nécessiteux ; il était ennemi de l'ivrognerie et de la volupté : enfin ses bonnes qualités l'avai«it rendu l'objet des -prédilections de son père, qui lui dit un jour : ce Mon fils, » tu seras heureux , car je sais que tu es rempli 'de
VSEVOLOD-IARQSLAVITCH. 2^3
» piété. Je m'en réjouis; tu seras la consolation de me^ » vieux jours. Si Dieu veut qu'après tes frères, selon » la justice et sans recourir à la violence, tu montes y> sur le trône, conforme toi à sa volonté; et quand n il te retirera de ce monde, viens partager le tomr » beau de ton père, car il t'aime plus qu'il n'aime » aucun de tes frères. » Ces paroles paternelles furent accomplies, car il monta sur le trône après ses frères, et gouverna Kiew. Mais alors il éprouva plus de chagrins et de soucis que lorsqu'il ne régnait qu'à Péréiaslavle. En effet, sur le trône de Kiew, il eut beaucoup à souffrir de ses cousins, qui lui .suscitèrent toute sorte d'ennuis, essayant tantôt une chose, tantôt une autre, pour lui ravir la souveraineté. Afin d'avoir la paix, il fut contraint de leur céder beaucoup de provinces. Ces inquiétudes réitérées causèrent sa maladie, et le firent vieux avant le temps. Ses cousins, livrés aux conseils de jeunes fous, méprisaient les conseils des gens sages et expérimentés ; ils ne rendaient raison à personne, et ceux qu'ils établissaient magistrats, vendaient la justice et rançonnaient le pauvre peuple. Vsévolod, malade, ignorait tout cela; cependant, sentant son état empirer, il envoya mander son fils Vladimir, qui régnait à Tchemigow. Ce prince , a son arrivée, trouva son père si faible, qu'il répandit un torrent de larmes. Bref, Vsévolod s'éteignit doucement et sans regrets dans les bras de ses enfans, Vladimir et Rostislaw. Il alla rejoindre ses pères après avoir régné un an a Péréiaslavle, un an a Tchemigow, et quinze à Kie-w.
Vladimir et Rostislaw le pleurèrent long-temps, et ^conservèrent son corps jusqu'à ce qu'ayant assemble les ëvéques^ les abbés , les moines et les prêtres, les boyards et le bas-peuple, ils firent célâ>rer le service ordinaire des morts : les restes de Vsëvolod forent déposes dans l'ëglise de Sainte-Soj^ie (^).
Après quoi Vladimir réfléchit, et se dit à lui-même : (( Si je monte sur le trône de mon père^ il est certain )) qu'il me faudra entrer en guerre avec Sviatopolk, )) attendu que son père l'occupait avant le mien. » Il se résigna donc à annoncer la vacance du trône de Kiew àSviatopolk^ qui régnait à Tourow; quanta lui, il reprit le chemin de Tchemigow, et Rostidaw celui de Péréiaslavle.
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VOTES
(i) Ysévolod est le premier prince russe qui ait ajouté le nom de son père an sien, et cet usage s^est perpétué en Bussie jusqu'aujourd'hui. La religion grecque ne donne à chaque nouveau -né qu'un seul nom de baptême, et cet usage faut sans doute celui de nos pays, qui attribue ^elquefois sept on huit prénoms au même enfant. En i^efanche, la langue russe tient de la langue slavoune , et celte-ci des langues orientales, ia comtome de dire , eu nommant une personne : Un tel , fils d'un tel. On a mille exemple d'une pareiHe dénomination dans TEcriture sainte. On y voit souvent : David, fils de Jessé ^ Salomon , fils de David, etc. Ainsi, en russe, Jean, fils de Pierre^ Ivari Petrouiich^ Praskovie, fiHe de Jean, Praskovv* Ivanovna^ alors on omet le nom de famille. Il n'est pas séant d'appeler autrement les gens de distinction. Un Français se choquerait volontiers de cette désignation; cependant elle est, en Russie, la plus respectueuse. Le subalterne russe ne se permet le mot Monsieur k regard d'un Français que quand il devine le peu de conaidéi'a- Uon dont cet étranger jouit dans la maison de son maître. La plupart des écrivains français, faute de connaître cet usage, ont étrangement défiguré les noms des princes et des personnages dont Fhistoire russe fait mention. Quelques familles même, en Russie, prenaient autrefois, pour leur surnom, celui de leur grand- père. La famille Romaiiow, ent'autres, qui occupe le trône de Russie depuis i6i3j avait cette coutume, et n'a conservé le surnom de Romanow que parce que le grand-père du patriarche Fhilarète NiLitich, dont le fils Mikaël monta sur le trône, s'appelait Roman.
(a) Depuis k foodaticMi d^tà mônardiie rosse jusqu'au règoe dlsîaslaw ineinsîveiiietit, ou a vu que les -fis atnés des grands printes héritaîetit du trôoe et de l'autorité de leurs pères , et qtie, si ces demiem laâsMÎent dtes SiuscesseiirB en bas4ge, ils lenr-Horamaient pour tuteurs leurs plus proches parens. Oleg fut tuteur d'Igor, Olga tutrice de Svîiftoslaw. SmvMit Karamsin , cependant , Ponde obtenait toujours sur ses neveux
le droit de priorité , tant était grand , dit cet historien , le respect général pour les prérogatives de Page et les liens du sang. Lévescpie, à cette occasion , s'exprime ainsi : ir Quel était donc alors Tordre de suc- » cession ? Gomment les fils cédèrent-ils à leur oncle ThériUge de leur i> père? Gomment furent-ils contens de quelques apanages que cet onde » leur donna? Gette question^ qui parait d'abord difficile, est éclair- I» cie par la suite de l'histoire ; on y Toit qu'il y avait, sinon une » loi, au moins un usage plus fort même qu'une loi, par lequel les frères » des souverains étaient préférés aux fils dans la succession. G'est que » les Russes roulaient être gouyernés par celui de Jeurs princes à qui • l'&ge avait donné le plus d*expérience. Ainsi le trône ne quittait jamais » la maison de Rourik, mais il appartenait ordinairement au phis âgé de » cette maison. » (Tom. i, p. ai8. )
Leclerc, dont on connaît l'animosité contre Lévesque, ne veut point accepter le commentaire de son rival. A son ordinaire, il cherche des exemples dans Thistoire des peuples les plus éloignés ; il cite les Français , le Traité de Mersen , Charles-le^Chauve , Louis de Bavière, les Visigoths, le Sénégal^ les nègres Jalofs, le gouvernement de Macassar, etc., etc. Toutefois, au milieu de ce torrent d'érudition, on croit trouver enfin une allégation qui, par extraordinaire, ne manque pas de quelque vraisemblance : «r Pendant le séjour, dit-il , que fit en Pologne laroslaw » détrôné, ses frères ne. bornèrent pas les malheurs de ce prince à la » durée de son règne; l'usurpation devait les perpétuer encore jusque » dans la postérité. Il fut établi , contre le droit naturel et le droit du » sang, que les fils n'hériteraient plus du trône de leurs pères; que ce » serait le frère qui succéderait à son frère, avec cette clause néanmoins » que le trône ayant été rempli successivement par tous les frères , il » appartiendrait, à leur défaut, aux enfans du frère aine. L'histoire uu- » mismatique de Russie vient encore à l'apui de ce fait historique. La » médaille d'Isiaslaw dit que n ce prince, après avoir été chassé deux D fois du trône par ses frères, ne le recouvra que par composition avec » eux. » Et cette composition , c'était le droit de lui succéder au pré- > judice de ses enfans.
(3) Ivan était Grec de nation : l'éloge que fait ici Nestor de ce personnage ne parait point exagéré; c'était un homme illustre autant par sou érudition que par ses vertus. Il reste de lui un ouvrage qui a pour titre : Canon ecclésiastique. Ce livre est extrêmement précieux pour les renseign«mens qu'il peut fournir à l'historien sur l'eut moral de la Rns«îc à cette époque. L'auteur y reprodbe avec chaleur aux princes russes la coutume où ils sont de marier leurs filles à des princes de la religion
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romaine : il prouve aux marchands qu^ils commettent un péché en faisant le commerce des esclaves chrétiens dans les pays idolâtres ( ceux des Polovtzi)^ et lorsqu'attirés par Tapplkt du gain, ils s'y rendent eux-mêmes, et se souillent de le A mets impurs. Il lance l'anathéme contre ceux qui se marient ayec des parens au quatrième degré , ou sans les cérémonies prescrites par Péglise pour le sacrement du mariage, persuadés qu'eUes ne sont inventées que pour les princes et les hoyards. Il met eu interdit les prétrtn qui donnent leur bénédiction a un mariage en troisième noce ^ 0 leur ordonne, ainsi qu'aux moines, d'être pour tout le monde un exemple de sobriété : enfin, suppléant aux lois civiles, il établit la pénitence spirituelle pour ceux qui auraient péché contre la chasteté et les bonnes mœurs.
(4) Ephralm, métropolitain de Kiew, seloi^l'^rt de vérifier lei dettes, établit la fête de la Translation des reliques de saint Nicolas à Bari. Une bulle du pape IJrbain II, qui avait envoyé ces reliques par un évêque nommé Théodore, fixait la célébration de cette fête au 9 mai, jour auquel les Busses la célèbrent encore aujourd'hui. Les Grecs ne l'ont jamais célébrée, ce qui prouve que la Bossie, alors, avait plus de commerce avec l'Eglise romaine qu'avec FEglise grecque. Frisius^ dans son ouvrage De Episcopatu KiovUnsi Commentario , écrit que laroslawle-Grand avait demandé un évêque au pape Benoit YIII, lequel avait, en loai, envoyé à Kiew l'évêque Alexis, Bulgare de naissance, et fort Tersé dans les langues grecque et slavonne; il ajoute que cet Alexis fut le fondateur de l'évêché de Kiew, et qu'il officia le premier ^ans l'église de Sainte-Sophie^ mais qu'enfin, lassé des persécutions du clergé grec, il quitta la Russie , et alla finir ses jours en Bulgarie. Frisius cite Orlovius, Nicanor et Gassien, qui ont écrit: De initiis Religionis chriatianœ in Russia,
(5) Suivant d'autres chroniques russes^ à ces terribles manifestations du courroux céleste, s'en joignirentabien d'autres. On racontait qu'un énomoe serpent éuit tombé du ciel au moment où le grand prince était à la chasse; que des esprits invisibles ou malfaisans parcouraient, jour et nuit, les rues de Polotsk, à cheval, blessaient les citoyens, et que beaucoup de personnes avaient perdu la vie de cette manière.
(6) Ysévolod, en mourant, laissa de sa seconde femme, bellc-mère de Vladimir, trois filles : Anne, Euphrasie et Catherine. La première renonça au monde, et embrassa la vie monastique. On sait, par les annalistes allemands, qu'en 1089 l'empereur Henri lY épousa une princesse russe qu'ils nomment Agnès, et désignent comme veuve d'un margr;fve lie Stadt. On peut croire qu'elle était une des filles de Ysévolod. Voici
ce qiM ]« chroniqueiir racoate i m» «ujet : « Jaloux d^épronTer b vtrUi j» d'Ago^, Henri ordoon* à im de ee« baroiifl de rechercher les faTeur» » de cette priaceMe, qui relàea eoueUMnineiit de eeudeicendre aux d^ » sirt dm séducteur. Sa patience s'étaat eufia lassée , elle lui doane ua » readcorYoua, Au Ueu duiMTOn, ce fut l'empereur qui entra lui-même 1» pendaat la nuit et dans robscufitéf mais^ au lieu de fimpératrice, Js » prince ne trouva que dêi Talets vigoureux déguisés en femmes» et i» qui, d'après les ordres d'Agnès , le fouettèrent à outiunce comme un tt suborneur. Agnès -ayant enfin reconnu son mari, lui dit : e Pourquoi » Teniez-Toufl trouwr votre ^^use légitime sous la âgure d'un aduJ- » tère? j» Irrité d'un traitement aussi honteux, et dans l'idée qu'il avait H été trompé , Henri fit mourir le baron , et accabla «a vertueuse » épouse des injures les plys grossières^ il la fit paraître toute nue de- » vaut des jeunes gens auxquels il avait également ordonné de se désha- » biUer. a» (Leibniu, Script, Brunswig tom. a, p. IO9O9 anno 1089. yoyez aussi la Chronique ITie Engelluuen. )
Les historiens polonais pvlent de la princesse Eupharasie, mariée, disent-ils, au fils de Boleslas, empoisonné dans sa jeunesse. Mais, selon eux* cette princesse était sœur de Svîatopolk-Isiaslavitch.
SYiATOFOLK. aSg