‹ La chronique de NestorChapitre 27 sur 43 · CHAPITRE Xin · texte numérisé non relu

CHAPITRE Xin

SVIATOPOLK IL

Les PoloTtzi, à l'athietneot «leStiatopoIk, demandent la paix. -^]perfidie dm grand prîBoe. ^^Yengcvinoe et teprétaiUei d«» •Pôiottad. «^ Sriatopolk appelle à son secours Viadimir. — Jobction des troapes de Vladimir et de tlostislaw. — Bataille de Tripool. — Défaite des princes russes. •— > Rostislawsenoîe dans la Stougna. — Siège de Tortchesk. — Bataille de &iew. «^NouTteUe défaite de âvtatopolk. -^Pràie et mine de Tortchesk. — Mort de Rostislaw-^Isiaslaritch. — Paix avec lei PoloYlzi. — Le grand prince épouse la fille de leur chef Tougorkhan. — deg ttssiége Tefaerùigow, «n expulse Tladtmir, tft t'y établit. — Satiterelle». w^EspéditiOn des Pok>ytsi ««ntre \m Gkrcc». -^ Rimâbie trahison de Syiatopolk et Vkdimir.^-^ Ils pressent Oleg de les seconder, refus de celui-ci. — i^iége d'Iuriew par les PoIovtzL — Fondation de Snttopolgorod.-^ Ruine d'^uriew. — lies NoTgo»>dfe&s dhasscnt leur prinoe David, «t iul préftrentx Mftislaw^ -^Propositiona de paix. — Réponse hautaine d'Oleg. — Il est battu. «— N^uyelles incursioiis dek f^oloYtzi. — Bataille delaTroukschka. — Mort de Tugorkhan. — BkMnak aMiége Kiew. -h- InceadifB du iiMiiMtèf« de Fetdierflkî. — Origine des PoloTtxi. — -Singulière opibioâ. — I^ouyellfe -guerre ^vik. — Mort dlsiaslaw. —Conduite d^Oleg. — Il est défait. — Générosité de Mstisla'vt'. —Congrès. — Nouvelle désunion. — Horrible perfidie de Sviatopolk «t de David. -— il* crèvent ies yeux è Vassilko» — in* dignation générale. — Ligue contre les coiçables. — Intervention des K.iéviens.*— Nestor chargé d'une mission près de Vassilko. — Grandeur ^àme de «e prince. — Paix entre Vladimir et Sviatopolk. — Volodftr, frère de Vassilko » marche «eatre David. -^ Vassiiào rendu il la liberté. — Vengeances qu'il exerce. — Paix ayec David. — Svia-

topolk Patuque. — David a recours aux Polonais, qui le trompent. — Guerre ciTÎle, mort de Mstislaw-SviatopolkoTitch. -— NouTeaa congrès. — Résolution des princes à Tégard de David. —- Sa mort. — Traité avec les Folovtaû. "— Caractère des Novgorodiens. — Phénomènes. — Heureuse expédition contre lèà Polovtzi. — Inflexibilité de Vladimir. —Mariages.— Mort du sage Jan. — Nouveaux succès contre les PolovUi. — Piété de Sviatopolk. — Ia colonne de feu sur le monastère de Petcherski. — Fin du travail de Nestor. — Supplément de Tatiscltefl*.

Le premier lundi de Pâques, le vingt-quatrième jour d'avril 6601 (1093)^ S via topolk fit son entrée dans Kiew. Les habitans allèrent à sa rencontre, l'accueillirent avec de grandes démonstrations de joie, et le laissèrent prendre possession du trône qu'avaient occupé son père et son oncle. Dans le même temps, les Polovtzi faisaient une irruption en Russie ; instruits de la mort de Vsévolod, ils envoyèrent à son successeur des députés pour conclure avec ce prince une paix qu'ils disaient vouloir durable. Sviatopolk, sourd aux avis des vieux conseillers de son père et de son oncle, et ne prêtant l'oreille qu'aux imprudentes sollicitations des jeunes fous dont il s'entourait, fit saisir les députés des Polovtzi, et donna l'ordre de les jeter dans les fers. A cette nouvelle, les Polovtzi, irrités, commencèrent leurs hostilités en dévastant le pjiys et en incendiant la ville de Tortchesk. Sviatopolk, instruit des excès des Polovtzi , leur fit à son tour demander la paix; mais ceux-ci, usant de représailles, tuèrent son ambassadeur, se répandirent dans les campagnes et y portèrent l'épouvante et la mort. Aux plaintes qu'on lui en fit, Sviatopolk ne songea plus

SVIATOPOLU. 2/11

qu'a rassembler une armëe et à les repousser. Cepen- ' dant ses vieux serviteurs lui disaient : <c Ne va pas » tenter le sort des combats; tu n'as pas assez de y> monde. — Comment^ s'écria-t-il, n'ai-je pas huit )) cents hommes déterminés, et. ne puis-je avec eux » tenir tête à Fennemi? » Cette résolution fut encouragée par ses plus jeunes officiers qui lui criaient: « Marchons, prince, marchons! — Mais si tu n'as que ]» huit cents hommes, répliquaient les gens sensés, » cela ne peut suffire. Notre pati'ie n'est-elle pas déjà » épuisée par tant de guerres? 11 vaut mieux avertir D ton frère Vladimir, et lui demander du secours. » Sviatopolk se laissa persuader; il fit instruire celui-ci de sa position. Vladimir, en effet, se hâta de gagner Kiew. Ayant rencontré Rostislavir près Saint-Michel, ils s'unirent pour la même cause, firent le sacrifice de leurs inimitiés personnelles, et baisèrent la croix, en signe de réconciliation. Cependant, les Polovtzi portaient l'effî^oi dans les campagnes: les vieillards dirent aux princes : (c Vous étiez en désunion , et les D idolâtres, pendant ce temps, ravageaient la patrie; )) aujourd'hui que vous êtes reconciliés, unissez- vous, » faites la paix avec les Polovtzi , ou marchez eny^ semble pour les combattre. y> Or, Vladimir inclinait pour la paix; Sviatopolk, au contraire, ne voulait qu'en venir aux mains.

Au demeurant, les trois princes gagnèrent la ville de Trepol, et vinrent s'établir sur les rives de la Stugna. Ayant alors convoqué les principaux officiers de leurs troupes respectives, ils tinrent conseil s'ils

24^^ CHRONfQtJE DE NESTOR.

deTaîent on hôn passer le fleiivë ': t( Ûë l'uh» et de 5) l'autre côté, dît Viad?ïmîi*, le dâïlgér hdu^ prëfee> )) et Je suis d'avis dfe deihaildér là paîi. i> Ge cohseii Tut gôutë de -la plupart des genis raisonnables , tels que Jean et autres; ifaais les KiëViem le mëprisènèntf, et se mirent à -enter 'v à La guerre! là guerre! eii ïàis^ » seï-nous gagner la rive! M Getté résohitioii ayaiit été accueillie par la foule, Ton entreprit le passage du fleuve, dont les eàui , poiir le moment^ ëtaietit en pleine crue; ce qui n'éjiîpêcha pourtant pas l'année d'atteindre là rivé opposée, où lès "princes là rangèrent en bon ordre. Sviatbpolk commaiidait l'aife droite, Vladimir l'aiïe gauiclie, et Rbsti^laW les divisions du centre. Ainsi disposées, les ti*oupes russes s'établirent au bas des reriipàm de TrepoL De leôr côté , les PoloVtzi se rattgteht en bataille , et font commencer ràttatjùè par leurs àrchèrs; mais les riôtrcis, rangés sous les miirs de là ville, étàîeAt k Fabrî êës flèches. Cependant, les eiirieniîs avàticietit -leurs légions, et fondent sur Svîatopolk, dont ils mfetlèm ^aussitôt l'at-mée en déroute. Eh Vain lé grand prinée oppose-t-il uhe vive et généreuse résistânfee;' ses troupes, déconcertées piar 'rirapéhiôsité dePattawjué, prennent la fuite et etitraîheiit letif fehef avec elte§. Les Polovtzi , victorieuit sur ce prenoier point, dbargent aussitôt l'aile gauche que dirigeait Vïadinklr. L'action s'engage, et il se fait tih carhage horrible. Finalement, Vladimir et Rostislàw, vaîhcus surtotte les points, prennent la fùité a leur tout. Arrivas Stîr les bords de la Stugna , les deux pririces s'y jettebt

Digifized by CjOOQ IC

s.viATOPOLï. a43

a la nage; mais bientôt, sou» les yeun de Vladimir, Rostislaw perd ses forces, et disparaît sous les flots. Vladimir, épii voit le danger de son frère, veut le secourir au râsque de se noyer lui-itaême; cependant, après de pénibles eflfokts, il parvient à l'autre rive, suivi d^un irèis^^petit nombre des siens; eair kv plus glande partie de ses boyards et soldats létaienk restés^ sur le champ de bataille. Pleins» du cbagrin que leur eaosaitlamort de Rostislàw, Vladitaîr et ses compagnons atteignirent les bords du Dnieper, d't^ù' ils gagnèrent ïchemigovir. Quant a Svîatopolk, réfilgié dané les naurs de Trepol, il pi'ofitËi de la imitponlr s'échapper et reprendra le chemin de Kiew^ Les Polovtzi , après cette déroute des princes ruaaslés , se répandeai dans les campagnes , et y renouvellent leurs horribles cruântéi, tandis qu'une pattiedës leuh» s^n vient assiéger Tortcbesk* Ce désastre eut lieii le ft6 mai , jour dé l'Ascension de Notre-Sleignèur.^

On a v^ cpielle fut la mort de Rosfidaw : son -corps ayaât é(é retrouvée dans le fleuve^ xyù, le tecueillti poil^ le porter à Kiew. Sa mfère et tout le peu^e r^ahdirent d'abohdantes larmes sur ce ^lïce, dont la pthnesse 6x)citait la'f^.ampassîoii. Les évéqurès, tes 'popés et lés moines 's'étant réunis-, 6n lui chanta les prièfeis Ordinaires des Tuorks^ et son corps, «dnduît à l'église Sainte*SopfaÂ6^ fnt déposé préside eielui dé k)n ^rë.

Cependant les Polovtzri faisaient le siège de lV>rtchesk 'y les Torkes , résolus à se défendfre , opposaient , de la ville-, une longue et vigoureux résistance, et

tuaient beaucoup d'ennemis. Maïs ies assiégeons n'en pressent pas moins la ville : ils détournent le courant du fleuve^ afin de prendre les habitans par la famine. Les Torkes , réduits à l'eitrémité , demandent du secours à Sviatopolk : « Si tu ne nous fais » parvenir des vivres, nous^ serons obligés de nous » rendre. » Sviatopolk leur envoya des subsistances; mais, en raison du nombre d'ennemis qui occupaient les avenues ,' il ftit impossible de les faire entrer dans la ville.

Il y avait déjà neuf semaines que les Polovtzi se trouvaient devant Tortchesk, lorsqu'ils se divisèrent en. deux troupes; l'une resta aux environs de celte ville , pour en presser le siège, et l'autre se dirigeant sur Kiew, se mit a ravager, et détruire tout ce qui se trouvait sur son passage ( depuis Vouitchgorod jusqu'à Kiew^.) Sviatopolk, obligé d'agir, sort enfin de la ville , et s'avance à la rencontre de l'ennemi. Les deux armées en présence , on en vint aux mains,- l'aiBaire fut des plus sanglantes. Les nôtres, battus de rechef, prirent la fuite devant l'ennemi , et laissèrent leurs blessés au pouvoir des Polovtzi. Cette fois- ci notre perte fut encore plus grande qu'à TrepoL Sviatopolk rentra. dans Kiew, suivi seulement de deux hommes. Quant aux Polovtzi, ils se repKèrent sur Tortchedt, Ce;nouvcau dâastre nous advint le deuxième jour de juillet. Le lendemain, jour de la fête des martyrs Boris et Glieb, la viUe ne retentit cfae de pleurs et de gémissemens.

Les Polovtzi, s'étant rétmis sous les murs de Tort-

SVIATOPOXK. 245

diesk, cette malheureuse ville, pressée par la famine, fut contrainte d'ouvrir ses portes. Les ennemis s'en voyant maîtres, détruisent, incendient tout ce qui s'y trouve. Poursuivis par le fer et la flamme, les infortunés habitans allèrent mendier un asile sous d'autres cieux. C'est de cette sorte que notre pauvre pays se vit châtié, puni. Nos iniquités sans doute en furent cause; car combien de fois, moi-même, misérable pécheur, n'avais-je point irrité notre Sauveur! combien de péchés n'avais-je pas commis! Cependant, ô mon Dieu! ayez pitié de nous, selon votre infinie miséricorde!

Le !.««■ octobre de la même année, logS, mourut Rostislaw-Isiaslavîtch. Son corps fut déposé dans l'église de Notre-Dame , dite Désiatine , ( c'est-à-dire qui se célèbre le dix ).

En l'an 6602 (1094) Sviatopolk fit alliance avec les Polovtzi, et prit pour épouse la fille de Tugorkhan, leur prince.

£n ce temps-là, Oleg, prince de Tmoutorokan, suivi d'une troupe de Polovtzi, vint assiéger la ville de Tchernigow^. Il en incendia les faubourgs, détruisît les monastères et leurs dépendances. Cependant Vladimir, qui s'était renfermé dans la ville , obtint la paix, à charge par lui de quitter la ville, et de se contenter du trône de Péréiaslavle, qu'avait occupé son père. Le départ de Vladimir mit Oleg en possession de Tchernigow, qui en effet semblait devoir lui appartenir comme héritage paternel. Mais les Polovtzi, dispersés dans les environs de cette ville, se

livraient à toute sorte de brigandages y auxquels pieg rie savait comment s'opposer, car lui-même, en les amenant devant Tcheruigow, les avait encourages au pillage ('). C'était la troisième^ fois «{ue Dieu permettait a ces prïens l'invasion de notre territoire.

La même année encore, le s6 août, des milliers de sauterelles apparurent çn Russie : les hlës et les pâturages en furent tout dévores. On n avait jamais, en Russie^ connu un semblable fléau : il nous était réservé de le voir de nos propres yeux.

Le vingt-septième d'avril de la même année , à six heures du soir, mourut Stéphane, évêque de Vladimir. Il avait précédemment été abbé de Petcherski.

L'année suivante (6603)1095, les Polovtai, ayant à leur tête D^rgénevitch, dirigèrent leurs armes contre la Grèce. L'empereur, les ayant joints, tomba sur eux et se saisit de leur chef, auquel il fit crever les yeux (a) . ' C^est vens cette époque qu'Itlar et Kitan, autres chefs des Polovtzi, vinrent proposer la paix à Vladimir. Itlar, a cet effet, entra dans Péréiaslavle; il avait laissé Kitan et ses troupes a l'entrée de la ville, sous les remparts. Il était convenu que tant qu'Itlar, accompagné de ses principaux officiers, resterait dans l'intérieur de Péréiaslavle, Vladimir laisserait, pour étage, a Kitan, son fils Sviatoslaie. Or il arriva que, durant les pourparlers, Sviatopolk, pour certaine affaire, envoya à son frère Vladimir un député nonnné Slaviata. Cet homme et un certain Ratibcu:, son compagnon, donnèrent à Vladimir le conseil de tuer Itlar et ses gens. Vladimir repoussa d'abord une telle per-

SYlATOfOL^L. 247

fiflie. a Comment pourrai-JG me rdsoudre,leur4it-ili u à commettre qn pareil crinie! JN'aî-je pas jure .l'in- » violabilit^ de$ envoyés PoJovVzi ? — frinçe, dirent n ^ leur toiir se^ çourtî^ans , ce ne serait pas là pQiPr » mettre un crime : combien de fois ces païens p^pnt- 9 ils pas fait le siermeat de respecter les traités ][ et 9 pourtant quels i^aux n'oi^t-ils p^ suscités ^ la R^is- ]^ rie? Ponobien de sang chrétien n qntrils pas versf5? m Ces r^isopQpiiiefis pef^qadèrent Y]^dimir^ à la nuit dQftc, il pnvQy^Slayiatç^^ açcppipagpié de Torkes et da quolqiies ^ut^es des siens;^ vers l'endf oit des rei^'* parf^ où se tenaient l^s iPolovtzj. Ils commencèrent pfir enlever Syia^oslaTir^ puis ils égorgèrent Kitan et tous ceux qui Tentpuraienv^ Ceci se passait un samedi, soir*

Cepeni^nt Itjar et |es siens repo3{iient dans la maison dudit^ {latibpr^ s^ris squpçoniier le sort dç Kitan. Le lepdefnaia dimanche ^ dés trois heures du matin ^ Ratibpr arn^e ses gens et donne l'ordre de faire ^u feu âax^ unç des salles de sa maison. Vladimir alprs cBîjrgeî son v^et-de-cl>ambre Bajdx^cV, d'j^ller porter k Itlar 6|; à ses gens le message suivant : « ¥12^4^^^'* p Youi^ fait di re de vous ha))iller, d'aliër prendre votre y> déjeûner dans la salle que Ratibor a fait cl^aujQer » pour vous recevoir, et ppi^ dp venir le trquver. » itlar pçpoîidit : (( J'exécuterai l|i yolpnlé 4^ votre j> pfînce. » Mai^ à peinp çpp)^-ils entrés dans ladite salle, qv'on ep ferme Jes issues^ et, par une secrète ouvepturp, pffitiquée en haift, Oleg-Ratiborpvitch , arnie de son are, dirige une flpche contre Itlar : le

il48 CHRONIQUE DE NESTOR.

coup lui porta droit au cœur; il en mourut incontinent. Le même sort attendait tous les siens. Telle fut la misérable fin d'Itlar. Il mourut le dimanche de la semaine de Carême, vingtième de février, à une heure du jour.

Après c[uoi Sviatopolk et Vladimir envoyèrent vers Oleg , pour le presser de marcher avec eux contre les Polovtzi. Celui - ci promît de se joindre à leur entreprise; mais il n'en fit rien. Quoi qu'il ai soit , Sviatopolk et Vladimir attaquèrent les habitations des Polovtzi, enlevèrent leur bétail consistant en chevaux, chameaux, etc., firent un grand nombre de prisonniers , et revinrent dans leur pays chargés de butin. Ils n'en conservèrent pas moins rancune à Oleg, qui n'avait pas voulu marcher avec eux contre les ennemis de la foi. Ils lui mandèrent donc : ce Tu t'es refusé à nous suivre contre les infini dèles, qui tant de fois ont ravagé la Russie, et » maintenant même notis savons que tu recèles chez )) toi im fils d'Itlar. Il faut que tu lui donnes la mort, » ou que tu nous le livres, car il est notre ennemi et y> celui de toute la Russie. » Oleg ayant refusé d*obéir à cette injonction, la haine et la désunion se mirent entre ces princes.

Les Polovtzi ne tardèrent pas à se présenter devant luriew, dont le siège les tint toute la durée de l'été. Cette ville allait tomber en leur pouvoir; maïs Sviatopolk sut tellement les occuper, que tandis qu'ils cherchaient à s'établir le long du fleuve Ross, les habitans abandonnèrent en secret luriew, et se

SVIATOPOLK. 249

retirèrent du côte de Kîew. Svîatopolk accueillit ces malheureux,. et leur abandonna la colline Vititch sur laquelle ils bâtirent une ville qu'ils appelèrent Sviatopolgorod , du nom du grand prince. Puis l'evêque Murin reçut l'ordre d'aller y fixer sa résidence. Cette ville réunit bientôt, dans son enceinte, les habitans d'Iuriew d'abord, puis des Sasakovzi et d'autres individus de divers pays. Quant à luriew^, abandonnée de ses habitans , les Polovtzi s'en rendirent maîtres , et la livrèrent aux flammes.

A la fin de cette année, David-Sviatoslavitch quitta la ville de Novgorod pour celle de Smolensk. Les Novgorodiens, mécontens de lui, avaient envoyé des députés jusqu'à Rostow pour y chercher Mstislaw^- Vladimirovitch: ayant donc amené ce dernier à Novgorod, ils dirent à David : a Nous ne voulons plus )) de toi. y> David fut obligé de s'éloigner : il vint à Smolensk , et Mstislaw prit possession de Novgorod. Dans le même temps, Isiaslayr, autre fils de Vladimir, quittait Koursk pour la ville de Murom.

^ Les habitans de cette dernière ville l'accueillirent, et mirent en prison le lieutenant d'Oleg.

' Durant l'été de cette année, on revit encore les sauterelles; elles couvrirent en quelque sorte tout le pays. C'était réellement une chose effrayante : elles allaient toutes dans la direction du nord.

En l'année 66o4 («096), Sviatopolk et Vladimir envoyèrent dire à Olag : ce Viens à Kiew te joindre à » nous, afin qu'en présence des 4réques, des abbés » et des conseillers de notre père, nous tombions

a5o , CHRONIQUÇ: dç nestor.

)i d'accor4 sur les mesurer à prendre contre les V paiiep§« » Oleg le\ir fit cet^ folle réponse qui peignait ^n orgueil et sa présomption ; M II serait in- » digne de moi 4e comparaître devant un éyéque, ,>) un abbé^ ou tel autre sujet qiie ce soit. » C'est çiin^i qvi'inflviencé par quelques mauvais conseillers, il refusf^ de se réwnir à ses frères. Sriatopolk et Vladifnir lui envqyèreat un nouveau message avec ces mp^ : « Si t\i pe tçu% pas marcher avep nous y> contre ies païens, n^y te réunir à nos délibérations, » c'est que tu veux soutenir contre notis Ie« enpemis » de notre ppiys, cç$ païens, dont Dieu, notre juge, » veuille nous délivrer! » . .

Efi conséquence, ils marchèrent sur TcJ^emigpw. Oleg, h h PQpvelle de leur approcbe ( c'était |p troisième jour de pi^i? un samedi), abaudonu^ s^ réai*deuce et prit la fuite. Voyapt Sviatppolk et Vladifpir décidés à le poursuivre, il atteignit Staradoub qù il parvint à ^e renfermer. Les deu:[^ princes assiégèrent la ville, qui fif^ UHfi vigoureuse résistance, lui dpnnèreut ressaut, ^t livrèr-tiut aux partisan» d'Qleg.un furieux combat, à la suit^ duquel fiei cbaïup de bataille fut cquvert d'une naultitude de monts et de ^ b|es^s 4^ chaque p<(rti. Le ^iége n'eu 4ura pa^ moins treute trois joups* Vifît ^ufin le moment ou les habitans ne purent plus tenir. Qleg alqr^ ^rtit de \^ vjlle et vint ifuplorer la paii^ que lui ficcordèreut: Sviatopolk fît Vlj^dimir, gn lui disant: a II faut que tu » vienne3, avec tqu fr^re David ,^ à Kieiy, dans cette ^ demeure ^ UQtjr^ pèms et de notre ^ïeul? dans cette

SVIATOPOLK. a5i

h ville }a plus an<iienpe ^^ notre pays, et qui nous a )) vus naitï-ç. Assefnblons-nous y pour mettre enfin » prdre à nos affaires. » Qleg promit de s'y riénA-e, et pQnfinnasa proniesse par un sernient^ et en bs^jsant la croix. u %

Cependant !Ek>niak, '^ la tête d'une troupe 4e Polovtzi , vînt k paraître devant Kîew : c'était un samedi soir. Il commença par butiner ^\ fuire le dcg^t aux environs de la ville, puis mit le feu au palais du prince à Berestow. Dans le m^me temps, Kufia^ qui conduisait une autre bai^de de Polovtzi , ne traitait p^ mieux les environs de Përéiaslayle : le vi^gt-qua* triènie JQur de mai, il en incendia les fauboprgs.

Compie nous l'avons dit, Oleg, forp^ d'abandonner St^radoub, voulut se retirer à S^ôleqsV; mais les luibî^Q^ }ui Ay^T^t r^usé leurs porter, }\ se rendit à {l(ézap< Sviatopolk et Vladimir^ de l^ur cote, avaient gagné leur résidence respective. Or, le dernier Jour d]x mois f}ç niai, Tugorkan? |>eau-père de Sviatoppllc, se présenta devqpf Péréraslavle pour en faire le sif^ge. Les geps du pays, résolus à se défendre, prévinrent SviatQpolk et Vladimir qui marchèrent k sa rencontre en suivant le Dnieper. Arrivés à une des cataractes , ils passcx^^nt le fleuve sans avoir été aper-çns des Polovtzi ; car Dieu les protégeait. Après q|ipi, s'f^tant mis en ordre de bataille, ils marchèrent çiir la yillç. A l^eur approche, ]es habitans, transport \és dfe joip, allèrent anrdevant d'eux, pendant que 1^ Polov^i fajsî^ient nnp.expur4on çl^ l'autre côté de la Trub»cka; Ips troupes rqsses Ips jqignirent sur

aSa CHRONIQUE DE NESTOR.

les rives de ce fleuve. Vladimir voulait qu on se réunît et qu'on se mît en ordre de bataille; mais les soldats, impatiens^ ne surent attendre, et se précipitèrent au grand galop sur les ennemis. Les Polovtzi, a ce choc imprévu, ne purCTit^ni résister ni se défendre; ils prirent la fuite. Les nôtres se mirent a les poursuivre avec vigueur, et triomphèrent de ces païens, le dixneuvième jour de juillet. Leur prince, Tugorkhan, son fils, et beaucoup d'autres des principaux restèrent sur le champ de bataille.

Le lendemain, on retrouva Tugorklian parmi les morts. Sviatopolk fit relever son cadavre ; car, quoique ce fut celui de son ennemi, il n'en avait pas moins été son beau-père. Il le fit transporter à Kievf, et de là à Bérestow, où il fut inhumé sur la montagne, à l'endroit où la route se divise en deux chemins, qui conduisent, l'un à Bérestow, et l'<iutre au monastère.

Le vingtième du même mois, qui était un vendredi, vers une heure après midi, l'impie Boniak vint une seconde fois, et à l'improviste surprendre Kievf, et il s'en fallut peu que les Polo vtzi, ses soldats, ne pénétrassent dans la ville. Ils mirent le feu aux maisons des faubourgs, puis au monastère Saint-Stéphane, qui précédemment portait le nom de Saint- Herman; ensuite ils arrivèrent au monastère de Petcherski : nous venions de chanter vigiles, et nous commencions à goûter le repos dans nos cellules. Au milieu d'horribles cris, ils établirent devant la porte leurs machines de siège. Effrayés, nous nous retirâmes

SVIATOPOLK. 253

dans Farrière-cour du monastère ; d'autres se réfugièrent sur les toits. Alors ces farouches enfans d'Ismaël battent en brèche lesmui^s du cloître , donnent l'assaut à nos cellules^ détruisent et enlèvent tout ce qu'ijs trouvent à leur convenance. Outre cela, ils. mettent le feu à l'hospice de la Sainte-Vierge, mère de Dieu, pénètrent dans l'église, brûlent les portes du sud et du nord , profanent le portique où reposait le corps de saint Théodose, en arrachent les images, et se répandent en imprécations contre Dieu et notre sainte religion. Ils poussait plus loin leurs dévastations, et réduisent en cendres l'hospice alors appelé Maison- Rouge ou Maison-Belle. C'était une fondation qu'avait faîte le pieux Vsévolod, sur la montagne de Vudobitch. C'est ainsi que ces damnés enfans d'Ismaël, ces impies Polovtzi semèrent l'épouvante, détruisant, incendiant nos édifices, et massacrant un grand nombre de nos frères.

On prétend qu'ils sortent du fond des déserts Edvéens,qui se trouvent du levant au nord «Ils formaient quatre souches : les Torkméniens, les Petchenègues, les Torkes et les Polovtzi. Méthode assure qu'ils composaient huit peuples , et que lorsqu'ils furent battus par les armées de Gédéon, quatre d'entr eux se séparèrent des autres et se réfugièrent dans les déserts. On a encore dit qu'ils étaient les enfans d'Ammon ou de Moab; mais cette dernière opinion est sans fondement. Car les enfans de Moab ne sont rien autre que les Khvalisses, et ceux d'Ammon forment aujourd'hui les peuples Bolganes. Quant aux Polovtzi , ils

descisndéntd'Isimaâl^etlesSdrralsins, de Sera , cothitie le nôrn dé Sàrrasihs qù'îïs prennent Pindiquë assez. Eh Se disant Sarrasins^ c'est conime s'ils disaient: JVô'us sommes les enfans de Sàrà. Or, les Khvalîsses et les Bplgares sont issus des filles de Loth, qui les eurent de leur propre père, ce qui rend Forigine de ces peuples infâme. Pour Isthaël , il eut doute fils; de quatre d'entr'eùx- stont veiitis les Torkih'énîeils , les Ptetchéhèguès, les Torkes et les PôloVtzi. Quant attx déscendans des htiit autres, ils ftii'eiit repousses par Alexandre de Macédoine, au centi-e des ihoiAagttés, d'où ils ne sortiront qu'a la fin du monde. Je lé pense, du moins aîhsi, d'aprfe ce que me dit, il y a quatre ans à Novj^orod, Sura, fiU de Toiigor : « J'envoyai » un jolir, me dtt-îl, moii vblét dta ,cêtë èes plaines y> de Petchora , dont les habitahs paient tribut a «cteùt » de Novgorod. Il y alla, et poussé hiême jusque » lugoriew. Les lugorietts, peuple «ativagë, restent T) dahs le voisinage des Saihoyèdés. ils habitent les 1) pays les plus septentriônatix. Voici ce qu'ils dirent ï) à riiôn valet : Nous avons découvert une chose » extraordinaire dont, avant nous, on n'avait pas )) l'idée ; il n'y a pas plus detï'olsansque nous avons, a i> cet égard, une pleine certitude. Imagine^ qùé sur » là route de Lukoihorie, il y a dés taonlaignes dont i> les Somtnilés semblent toucher au ciel. Or, du sefn » de ces montagnes, on etitend pâttir d'eflfroyinblèi? w cris> d'a<ïVèut géânsseitkèns. Ce sont dés génfe qui » s'y troriVeht éhfferbiiés, et qui se remùeht et j)ky- )) ch'ent comme s'ils vbulaieht îse pratiquer un chemin

SVlAtO^OLKi ' !ï55

» an travers. Ott îte^r à quelquefois jetë ^ pour leis » aider, du fer, des iiistrtihieris tels que cOutéàlnt et » autres ustetisilesj alors ils «thalaient , comme ^n » échange, des tou^billt^hs de ftiikiée. Ce qui rend D tmpratieable le eke^n de ce^ xâohtagnies, ce^ont » les gouffres remplis de neige, et les abîmes ccmi-^ » verts de forêts qu'on y rencontre. — Mais, dis-je à ^ Gn^iat, il n'y a pas déboute, ee sont les hommes » qu'Alexandre, tiar de Macédoine, a refoulés dans » les montagnes, comme nous l'a enseigné le pa- )) triarche Methodius. Alexandre, nous^a-t-il ditj vint » en Orient^ il y trouva une nation d'hommes abjects )) de la race de Jûphet; il chassa ces peuples vers les » contrées septentrionales, et les refoula dans le sein » de hautes montagnes; Ges misérables paîetis, ajouia- )) t-il, se trouvîent actudlement enfermés dans l'inté- ^) rieur des-moniaghes du nOrd, d'où ils ne pourix)nt 9) sortir qu'à la £n des siècles. »

Actûellen^ent reprenons le cours de notr^ rédt : Nous avons vu comment Oleg avait piKMtiis d'aller {H-endre à Smolensk son frère David, et de se rendre îâvec lui à Kiew, pour y régler les intérêts gériéraux; mais telle n'était pas son intention. Il alla bi^n à Smôlen^k) mais' ce fut pour y lever des troupes et de la marchter contre Mourom , qu'occupait alors Isiaslà^-^ Vladimirovitch. Ge dernier, apprenant les intentions hostiles d'Olég, ïit des levées daiis les villes deftostoW, Sûsdaletfeiétesérô^ el parviM-à réimir une armée nioihbreuse. Oleg lui entoya un message contenant ce qui suit : « Retourne a Rostow, la vraie résidiénce

nSS CHRONIQUE DE NESTOR.

)> de ton père. Moiirom est rhéritage que m'a laissé » le mien; j'y veux fixer ma demeure, et prendre à D ce sujet de justes arrangemens avec ton père. C'est » déjà lui qui m'a chassé de Tchemigow, ma ville » paternelle : à ton tour, voudrais-tu me dépouiller )) entièrement et m'enlever jusqu'à mon dernier mor- » ccau de pain? »

Isiaslaw ne se laissa point persuader, et résolut de s'en rapporter au sort des armes : Oleg s'en référait a la justice de sa cause, et le droit était, en effet, de son côté. Les choses en étant donc à ce point, il commença l'attaque de la ville. Isiaslaw sortit en rase campagne, et les deux armées, en présence, en vinrent aux mains. Il se fit un effroyable carnage , où périt Isiaslàw, fils de Vladimir Monomack et petit-fils de Vsévolod : son armée, mise en déroute, prit aussitôt la fuite. Ce combat eut lieu le 6 septembre. Oleg, victorieux , fit son entrée dans la ville , et reçut dés habitans.un fort bon accueil. Le corps d'Isiaslaw fut relevé et déposé dans le monastère de la Transfiguration, de Jésus-Chrit; de là, porté à Novgorod, et placé dans l'égUse de Sainte-Sophie, à main droite en entrant.

Le premier soin d'Oleg fut d'affermir son autorité dans la ville : cela fait, il ordonna l'arrestation d'un grand nombre de Rostoviens, de Bélosériens et de Souzdaliens, qu'il fit jeter dans les fers. Ensuite^ il porta ses armes contre la ville de Souzdal, dont les habitans se soumirent aussitôt. Après s'y êti-c affemai, comme à Mourom, il fit saisir quelques-uns de ses

SVÏÀTOPOLK. aSj

adversaires^ qu'il exila et dont il confisqua les biens. Rostow subit le même sort , ainsi que tout le pays dépendant de ces villes. Dans chacune d'elles, il établit un gouverneur de son choix , et imposa des taxes sur leurs; habitans.

Sur ces entrefaites, Msdslaw de Novgorod (Viadimirovitch) lui fit :dire : (( Oleg, retourné à Mouf- D rom, et sors des antres villes que tu viapis de sou- » mettre. Je me charge d'écrire à mon père etidé le » déterminer à ^re la paix a^fec toi. Je sais que tu es j>laL cause de la mort de mon frère ^ mais cela) ne 30 m'irrite point. : car , sur les champs de bataille , )) la mort ne ménage pas plus les princes que les sol- » dats. » •

Oleg resta ^soiird a cette injonction ; loin même d'y souscrire, il forma le projet de surprendre Novgorod. A cet eifet, il fit marcher en avant son irère laroslavf^ qui commandait un corps d'observation; puis il fit adosser son . armée aux forets de - Rostoww Mstislaw, instruit de ce plan^ tint ccNDseil avec ses-Novgorodiens , et résolut d'aller a la rencontre d'Oleg : il chargea Dobrina, fils de Raguilow^ d'éclairer la mardbe^ ce que fit cdui-cl, qui parvint à se saisir de quelqi^es espions. laroslaw, qui se trouvait alors sur les rives de la Medtreditsa pour observer les mouvemens des ennemis^ les voyant approcher, prit la fiiite y à la faveur de la ]!iuit, et vint trouver Oleg auquel il annonça la prochaine arrivée de Mstislaw. Oleg^ instruit que Farmée de son adversaire se grossissait de continuelles recrues, ne jugea pas à propos de l'atten-

a58 CHRONIQUE DE NESTOR.

dre, et se replia sur Rostow. Cependant Mstislaw^ ayant atteint les rives du Volga et appris la retraite d'Oleg, résolut d'attaquer Rostow. Oleg, se voyant poursuivi, gagna Souzdal qu'il détruisit, saccagea et réduisit en cendres. Il n'en resta que quelques bâtimens appartenant au monastère de Petcherski, et ceux de l'église de Saint- Dmitri, qu'Iphraïm avait fondée près des faubourgs* Après ces cruautés, Oleg continua sa fuite jusqu'à Mourqm.

Cependant, Mstislaw approche de cette ville; il s'en empare, y fait reconnaître son autorité, et n'en demande pas moins à faire la paix. Il écrit a Oleg : « Je né veux pas m'agrandir à tes dépens, arrangey> toi avec mon père. 'Je ne demande que ce qui )> m'ap]f>artient, et que tu m'as pris. Pour le surplus, )) je souscrirai à ce que tu voudras (j). »

Oleg, feignant de se laisser persuader, envoyé des députés à Mstislaw, conmie pour traiter de la paix. Celui-ci, qui ne soupçonnait aucune embûche, avait pennis à ses troupes de se répandre ça et là dans les villages environnans. Tout4i-coup, le samedi de la première semaine de carême , tandis qu'O se mettait à table pour dîner, il apprend qu Oleg, à l'insu de tout le monde, est arrivé sur les rives de la IQiasma. Plein de confiance en la bonne foi de son enii?mi , Mstisl^W n'avait autour de lui nulle garde, nulle défense. Mais le Ciel sait mettre les hommes justes et qui ont confiance en lui à l'abri des embûches des médians. Oleg se campa donc sur les rives de la Klîasma, persuadé qu'instruits de sa présence , Mstîsr-

SVIATOPOLK. 259

laW et les siens ne tarderaient pas à faire retraite. 1 n'en fut rien, car aussitôt se réunirent autour du prince de Novgorod de nombreux partisans , tels que- Novgorodiens, Rostoviens et Biélosériens^ auxquels il distribua des armes, et qu'il fit camper au pied de la ville. Les deux armées^ en présence Fune de l'autre, différèrent pourtant de s^attaquer, et reslèrent quatorze jours a s'observer- Au bout de ce temps , Mstislaw apprit que son père lui envoyait une troupe de Polovtzi , commandée par son frère Viatcheslaw. En effet, ce prince arriva le jeudi de la deuxième se^ maine de carême. Le vendredi matin, Oleg ayant fait prendre les armes à ses gens , effectua une manœuvre hostile. Mstislaw, à la tête de ses Novgorodiens, met aussitôt ses guerriers en mouvement : il confie les troupes auxiliaires, que son père lui vient d'envoyer, k un certain Polovtzi, nommé Kunia, qu'il place, avec l'infanterie, sur Faîle droite de l'armée. Oleg alors remarque le nombre de ses ennemis, l'effroi' s'empare de lui, aussi bien que de ses soldats. Cependant, l'ordre est donné, et les deux partis s'élancent au combat, Oleg contre les Novgorodiens, et laroslaw contre les troupes que dirige Viatcheslaw. Pour Mstislaw , il laisse s'engager l'action; puis à la tête de la cavalerie novgorodienne, il vole aux bords de la Kolatcha , où , après un combat opiniâtre , il reste maître du terrain. Oleg, de son côté, pressait les troupes auxiliaires de Vladimir, et venait de les obliger à la retraite ; il les poursuivait vivement , lorsqu'une terreur panique s'étant emparée de lui , il

2^0 CHRONIQpE DE NESTOR.

pre^d la Cuite j etl^îsase le, champ dç b^^t^jUe et la vic^ içk^e a son enneijtii^ Pi£»s Sfi frayeur^ il passe devant Mojt^rom , où il laisse son frère larosîaw, let se hâte degagper.Rqzan,^ i. . / >

j M^ti^law, victorieuf 3, eut; bientôt soui|^îs Mourom et,pacifié flwimçur belliqueuse ^çs habi^tjan^ j. accoifl'* pagne (^e §çs fidèles Susdalîens et Rostoviens.^ il ^futt Içs rives du Yoîga,, et pénètre jusqu'à Rëz^ : OJpg €jH était déjà parti., M^tislaw s'empare de la ville ^ donne: la paix aax habitans^ rq>rend le& prisonniers qu'Oleg avait fait5 sur Im^ puis fait parler en ces fermes a ce prince : (c Ne fuiç pas plus loin, mais )) implçre tes frères, ^t prie-les.de ne pas te d^pouil- » Jer de ce que^lu possèdes en Russie. Je vais, de » mon côté, écrire à mon père pour le toucher en ta ■ )) faveur. » 0kg promit à Mstislaw de feirç ce qu'Q lui conseillait; de son côtéjj le fils de. Vladimir s'en retint à Susdal, et delà gag^gia sa principauté de Noygofod. Ceci se passait à la fin dçl'ànnée 66o4.

En l'çfn Ç6p5 ( i<>97 ) , larppolk-Isiaslavitch et VJadimiï^V§éyolodqvitch, Dayidy fiJs d'Igor, Vassilk^ fils de Rostislaw, Pavid, fils de Sviatoslijiw et Jes frèr^ 4'01?g se réunirent à Lubetch, et tinrent conseil pour La conclusion d'uaepaix générale : « Pour- » qiipi , se direntrils^ causer nous-mêmes à notre pays j> tant de calamités?,.. Pourquoi, parmi nous entre- » tenir la, haine et la rancune?... Les Polovtzi proy> fitent seuls de nos divisions,- de nos guerres ciyiles, y> etduraa^ ce temps pillept et ravagent la Russie.*. )> Renonçons à nos dissensions, oublions nos haines.

SVIATOPOLK. 261

)) et sauvons la Russie des maux qui l'accablent l.j. » Que chacun rentre dans Fheritage de son père; que » Sviatopolk, filsd'Isîaslaw^ conserve Kiew; queVla- » dimir^ fils de Vsëvolod, David y Olég et laroslaiv^ » fils de Svîatoslaw, reprennent les apanages que leur y> avaient désignés Vscvolod ; que David ait. la ville y> de Vladimir^ les fils de Rostisla-vr celles de Volodar » et dePérëmisle, et que Vassilko reste à Térébol.» Le partage ainsi' réglé, ils baisèrent la sainte croix, et dirent : c< Si Fun de nous vient à violer. la présente » convention , et qu'il attaque l'un des princes ses » frères, que cette sainte croix, nous tous et la Russie 7) entière s'élèvent contre lui! w Après quoi ils s'ôtnbrassèrent les uns les autres et se séparèrent.

Sviatopolk et Dîjtyîds'çnrçy lurent eç^mble à Eaew, où ils furent reçus par teshabitansàbras ouverts; car cette alliance remarquable semblait avoir déjoué tou^ tes les espérances du diable. Mais, Satan se glissst dans le cœur dés courtisans, qui vinrent trouver Darvid, fils d'Igord ; ce Ne sais- tu pas , Itii dirent-ils, )>'que Vladimir et Vassilko ont juré ta perte et celle » de Sviatopolk? » David ajouta foi a ces abominables pomles, et résolut d'éveiller les alarmes de Syiatopolk : (( Vassilko, lui dit-il, a déjà tué ton frère » liaropolk, et présentement, de concert avec Vladii& nair, il complote t^ mort et la mienne j songe à ta y) conservation ; il en est temps! » Sviatopolk, troublé par ces horribles déclarations, dît : ce Qui me prouve

» que tes craintes sont fondées? Si ce que jtu

y> dis est vrai, Dieii viendra bien à notre secours; si

7> ta haîne seule, au contraire, te fait parler contre » Vassilko , c'est Dieu qui te punira. »

Cependant Sviatopolk ne croyant pas David capable d'une mëchante action, se disait intérieurement : a II pourrait se faire qu'il eût raison. y> Si bien qu'il se laissa persuader, car il nourrissait aussi une vieille haine contre Vassilko. Celui-ci , non plus que Vladimir, ne pouvait se douter de ce qui se tramait. David ajouta : « Si nous ne trouvons pas le moyen de nous » assurer de la personne de Vassilko, bientôt nous ne » serons plus princes, toi de Kiew, moi de Vladimir. » Sviatopolk résolut de prendre ses mesures.

Sur ces entrefaites, le 4 novembre, arrive Vassilko. Il descend a Vidobutch, et se rend d'abord a l'église Saint-Michel pour y faire sa prière. Après quoi il se met à souper. Il avait laissé ses gens à Buditza, où il devait passer la nuit. Le lendemain, il reçoit de Sviatopolk le message suivant : « Ne veux -tu pas )) rester ici jusqu'au jour de ma fête? » Vassilko rérépondit : (K Je ne puis différer mon retour, car la » guerre est dans mon pays. » De son côté, David, appuyant les sollicitations de Sviatopolk, lui faisait dire : « Frère, ne t'en va pas encore, cède aux vœux de ton frère aîné; nous irons te joindre. » Mais Vassilko restait sourd à leurs prières, et paraissait vouloir partir. Alors David dit à Sviatopolk : a Vois-tu le peu y> de cas qu'il fait de toi, même sur ton territoire? )) Quand il sera au milieu de ses États, que ne tenteray) t-il pas pour te déposséder?... Suis mes conseils, » n'hésite pas à le faire arrêter, et livre-le-moi. »

SVIATOPOLK. !i63

Sviatopelk se rendît 5 il députa un nouveau message à Vassilko, avec ces mots : «Puisque tu ne veux )) pas attendre le jour de ma fête, du moins viens' » un instant chez moi, que nous nous embrassions. » Avant ton départ, il faut bien que nous rendions » une visite a notre frère David. » Vassilko promit de venir, car il ne soupçonnait rien des affreux projets qu'avait contre lui David. Il monte donc à cheval, et se met en marche, Mais bientôt un. de ses (serviteurs l'atteint et lui dit : «Prince, au nom du 'ciel, ne va pas plus loin^ ils veulent t'arrêter! » Vassilko refusa de croire cet avis : a Comment pourraient-ils songer, » dit-il, à me faire prisonnier?... N'ont-ils pas baisé » la croix? N'ont-ils pas dit : Si l'un de nous attaque » son frère, que la sainte croix, nous tous et la Russie » entière s'élèvent contre lui ! » Plein de ces pensées, Vassilko fit le signe de la croix , et dit : a Que la » volonté de Dieu soit faite! » , '

Il arriva donc suivi d'une faible escorte au palais du grand prince ; S viatopolk se rendit au-devant de lui, et le conduisit à sa chambre ; bientôt arrive David, et l'un ^t Fautre lui disent : a Reste avec nous. — Mais, » répond Vassilko, vous savez, frères, que je ne puis » séjouraer, car mes gens ont déjà sur moi une grande » avance. »

Cependant David s'assied silencieusement, et S viatopolk ajoute : a Du moins, frère, tu resteras avec » nous pour dîner. » Vassilko y consent, oc Assieds-toi »donc ici, reprend Sviatopolk, je vais aller com-

» mander le festin. y> Il sort, et David se trouve seul avec Vassilko, Gelui-ci entame fe conversation. Mais David, la trahison au cœur, plein de trouble et d'inquiétude, ne aait écouter ni répondre. Après un moinent de silence : «Où donc est allé înon frère? — » Il est d^ns l'antichambre. — Eh bien,.frère,^ ajoute- » t-il aussitôt ^n 3e levant, je vais le joindre un in- » stant; attends-nous ici. » A ces mots il quitte Fappart^tnent. Mais a peine est-il sorti ^ qu'on enferme. Vas- 3ilW, on lé ihiarge d^ chaîna, et des soldat^ sont coi&mis à sa gàrdje pour la nuit.

Au point du jour, Sviat^opolk fait assembler les boyards et le peuplej il publie ce que David lui a dit ^ que VassUko veut tuer celui-ci, ^t qu'il a même juré avec Vladimir de le tuer lui-mêmç, et de lui jenlevet" sa principauté. «Prince, s'écrient aussitôt les » boyards et le peuple, il est de ton droit de'pourj> voir à ta sûreté. Si David a dit vrai, Vassilko mé- »• rite d'être puni ; mais s'il a menti> que la justice et » la colère de Dieu retombent sur lui! »

Au bruit de* ce qui se passait, les popes et les abbés vinrent implorer Sviatopolk en faveur de Vassilko 5 ce qu'apprenant le fils d'Igor, il parle de creve^ les yeUx au? prisonnier^ et dit à Sviatopolk : (c Sois sûr » que, si tu ne fais pas ce que je dis, et que tu. le » laisses partir, d'ici à peu nous ne s^oûs plus princes » ni Fun ni l'autre. » Sviatopolk penchait pour la douceur, et voulait rendre Vassilko à là liberjté. Mais David is'y opposa formellement, et le fit garder a vue

SVIATOPOLK. 265

par ses gens. La nuîl arrivée, on le mit sur une vOiturie, et on le conduisit de Kiew à Biélogorod, où il fut enfermé dans, une petite chambre.

Là bijentôt Yassilkovoit un Torke occupé à effiler un <x)titedu ; deidnant de juite qu'on lui voulait crever .le$ yeux , U se nii); à implorer Dieu avec Ibrce krmes et cris lameipitahles. Incoùtinent entrèrent ceu-K que fSviatopolk et David avaient envoyés^ Snovid Isetçjievitz, garçon d'écurie de Sviatopolk^ et Dmitri^ autre domestique de David ^ ils étendent par terre* un tapis ^ puis^ saisissant l'infortuné Vassilko, ils» essaient de le renverser.. Au même instant entrent plusieurs dutites hommes. qui, ise joignant aux assassins^ parviennent à le jeter à terre; ils lui lient les bras:, saisissent Mne^ planche de cloison, la lui appliquent sur la poitrine > et fdût monter dessus Snovid et Dmitri ; cependant ils n'en étaient pas eneore maîtres, lorsque deux nouveaux assassins arrachent une seconde planche, la lui placenta sur le. corps, montent dessus, et le pressent avec tant de poids, que les os de la poitrine lui en craquent.. 'Au milieu de Ce supplice, le Torke Bérendi, affîdé de Svîatopolk , tire son couteau, et veut lui crever roeilj le coup porte à faux, et lui fait une estafilade dans la figure. De rechef l'assassin porte un autre coup; cette fois il plonge le fer dans l'orbite, et en arraclie la prunelle; l'autre œiljéprouve le même sort, et la victime reste aussitôt sans mouvement, comme privée de la vie (^). . Les méchafls^lorsk soulèvent, l'enveloppent dans le tapis comme s'il était mort, le chargent sur une

voiture, et le conduisent à Vladimir. Arrivé au pont de Vsdvischenstisch (exaltation de la croix), ils font une halte, ôtent aVassilko sa chemise ensanglantée, et la donnent à la femme d'un pope pour qu'elle la blanchisse. Cette femme la nettoie; mais quand il faut en revêtir la victime, elle se met à pleurer et a gémir. A ces cris Vassilko reprend ses esprits; et quoiqu'il ait plutôt l'air d'un mort que d'un vivant, il dit : ce Où » suis-je ? » On lui répond : ce A Vsdvischenskisch. » — J'ai soif. D On lui donne del'eati, il boit, revient peu à peu à la vie , et commence a se recueillir. Lors, s'apercevant que sa chemise lui manque , il dit : Xi Pourquoi m'avoir dépouillé de ma chemise? Je » voulais mourir, et paraître devant Dieu, mon juge, » avec ce vêtement ensanglanté. » Enfin on le remet à la hâte sur le traîneau , et ils arrivent à Vladimir le sixième de décembre. David , cependant , suivait sa victime conmie une bête farouche suit sa proie; il fait déposer Vassilko dans la maison d'un nommé Vakievs, et charge trente hommes et deux valets du prince, Ulan et Koltch, de veiller sur lui.

Lorsque Vladimir apprit comment on avait crevé les yeux de Vassilko, il fut saisi d'horreur, et ne put retenir ses larmes : «^ Est-il bien possible! s'écria -t-il; » mais on n'a jamais vu en Russie, chez nos pères, » chez nos «mcêtres les plus reculés, un crime aussi y> atroce I » Il envoie aussitôt un message a David et à Oleg, les fils deSviatoslaw, et leur fait dire : « Ar- » rivez à Gorodez; il faut que, d'une manière ou de » l'autre, nous vengions l'attentat qui vient d'épou-

SVIATOPOLK. 267

D vanter la Russie^ et qui nous a tous consternés. Ouî^ » le couteau qui a blessé Vassilko nous a tous frappés )) au cœur. Si nous laissons les choses en cet état, )) bientôt les plus affreuses calamités viendront nous » atteindre; le frère sera le meurtrier de son frère, la )) patrie sera ébranlée dans ses fondemens , et nos en- » nemis les Polovtzi, profitant de nos troubles, acy> courront envahir la Russie. »

David et Oleg, à la réception de ce message, furent accablés de douleur; ils se mirent a pleurer, et s'écrièrent^ ce On n'a jamais rien vu de pareil en Rus- )) sie! » Aussitôt ils rassemblent une armée, et s'en viennent joindre Vladimir, qui déjà avait mis sur pied la sienne. Ces trois princes, réunis, écrivirent tl'abord à Sviatopolk pour lui reprocher son crime : « Comment as-tu pu, lui disaient-ils, commettre une » aussi méchante action, et nous frapper tous du » même coup de poignard? Pour quelle raison as-tu » crevé les yeux a ton frère?... S'il t'avait offensé, y> ne pouvais-tu pas l'accuser et le traduire devant » nous?... Coupable, nous l'eussions puni selon sa » faute; actuellement, du moins, parle : quel est son » crime, et pourquoi l'as-tu frappé? »

Sviatopolk répondit : «David, fils d'Igor, me dit » que Vassilko, qui déjà avait tué mon frère laropolk, » en voulait encore à ma propre vie, et convoitait mon » héritage et mes villes de Tourow, de Pinesk, de ))Bérestow et de Pogorinn; que, de concert avec )) Vladimir, il avait juré notre perte , et résolu de » s'établir, lui Vassilko à Vladimir, et Vladimir à

» Kiew. D'après cela, je me trouvais bien obligé de » me défendre. Au. surplus, ce n'est pas moi qui ai » crevé les yeux a Vassilko , c'est David qui l'a fait » venir, et qui s'en est emparé. »

Les envoyés de Vladimir, d'Oleg et de David reprirent : « Nous n'avons pas entendu dire que tout y> ceci fût l'œuvre de David. Ce n'est pas dans les )) domaines de David que Vassilko s'est présenté, ce » n'est pas sur son territoire qu'il s'est arrêté', et c'est » au contraire dans une des villes de ton apanage » qu'on lui a crevé les yeux. » Après ces mots, les députés s'éloignèrent.

Le lendemain, Vladimir, Oleg et David-Sviatoslavitch se di^osèrent a franchir le Dnieper, et à marcher contre Sviatopolk ; et déjà celui-ci songeait à la fuite, lorsque les Kiéviens se réunirent, et s'opposèrent à son départ. Ils députèrent auprès de Vladimii l'épouse de Vsévolod et le métropolitain Nicolas, qu'ils chargèrent de lui dire : « Nous te supplions, » toi, prince, et vous, ses frères, denepointexcîterde » nouveaux troubles en Russie ; songez que, si laguerre » recommence entre vous, les idolâtresnos ennemis s'en )) réjouiront; nous les verrons se ruer de nouveau » sur cet empire, que votre frère et votre aïeul ont » acquis par tant de travaux et de hauts faits , qu'ils » ont soutenu, non-seulement en défendant l'intégra- » lité du sol russç, mais encorç en sujbjugant d'autres y> pays. Vous, leurs enfans, ne saurez-vous donc que X> ruiner votre patrie ? d

Voilà ce que l'épouse de Vsévolod et le métropo-

SVI^TOPOLK. ^69

Utain dp |LieW,vinrentîdîre àyi^imk, leiSUjpjyliant de ne pas rompre la paiiC , maî^ .de yeiller aux intérêts de la Russie^ et de ne déclarer la guerre qu'aux païens ses enujsmis.

Vla4ia?ir, à ces e^^bprtationS; fondit en larmesi> et dit : «En veVitie', noeî ancêtre^ ont fait la force et là )) gloire de la Russie, et nous, nous voulons la lloù: M leyersçr! » 11 'sç laissa flédiir, par les prières de la princesse, qu'il honorait comme $aimère, ainsi que le lui avait, recommandé sop père, qu'il ayàit teiylre-* ment aimé pendant; sa yieL, ,et aaïquel il nci voulait faillir d'obéir aprcs sa nfiort, même dans les pins pe*. tiies choses. Il se fit donc pi devoir d'exaucer les vœux de la princcisse et ceux du métropolitain, pour lequel il avait égales^iei^tui^ graiid respect. Il est juste de dire, que le . prince Vladimir était tm. homùae craignantJDieu, qai aidait l'état ecclésiastique y ethono* rait le§ nçioines; iip homn^e qui accueillait lesiétran^ gers .et çpurrîssait les pauvres, /comoie ferait une mère i, regard de.^es enfans. Bie];i:plus, venait-il à ren(X)ntrer un homme ivre ou dans un ,état répréhei> sible^il ne l'ipjuriait p^3, niais il lui donnait des conseils , et le ramenait au bien. Ceci ,dit, revenons à notre narration. ,^. . ; . . : î

, ;I^a prinçesjse ,. ayant rempU.sa mission près de Vladimir, s'en revint à Kiew, et fit à.Sviatopolk et aux Kiéviesps le récit, d^e tou^ ce qu^ lui avait di^l Vladin^ir, et de l'assurance qu'il lui, avait donnée que la paix ne serait pas troublée. Les boyards et principaux de la ville tinrent conseil ; et, après s'être consultés ,

ils dirent à Sviatopolk : a Puîsqu'en effet c'est David » qui a conçu et exécuté le crime, Sviatopolk , il )) faut que tu marches contre David, que tu le mettes D en prison ou que tu le bannisses* y> Sviatopolk déclara que telle était son intention; il jura de le faire, baisa la croix, et obtint des princes la continuation de la paix.

Cependant Vassilko était encore a Vladimir, quand le grand carême arriva. A cette époque, je me trou- Vxirs aussi dans cette ville (5). Une nuit, David-Igorévitch m'envoya quérir. Je me rendis chez lui, je le trouvai entouré de ses courtisans : <( Cette nuit, me » dit-il , Vassilko a déclaré à ses gardes Ulan et » Koltch qu'il avait appris que Vladimir et Sviato- » polk devaient se liguer contre moi. Si donc , a-t-il » ajouté, David veut me promettre de faire ce que » je lui dirai, j'écrirai à Vladimir, et je suis sûr qu'à » ma prière il renoncera au projet de le poursuivre. » Voila ce qu'a dit Vassilko : Maintenant, moine, tu » vas aller avec ces serviteurs trouver Vassilko auquel )) tu diras de ma part : Si tu veux écrire à Vladimir, )) et qu'il consente a ne pas m'attaquer , je le céderai » une de mes villes, celle que tu voudras; Vsévolod , » Térebovle ou Pérémitchel. »

Je me rendis en consécjuence auprès de Vassilko pour lui déclarer ce dont David venait de me charger. D me répondit : a Je n'ai pas dit un mot de tout t> cela; mais n'importe, j'espère en Dieu, et consens )) à écrire à Vladimir pour lui dire que je ne veux )) pas qu'à mon sujet il soit versé une seule goutte de

SVIATOPOLK. 271

» sang chrétien. Toutefois, j'admire que Ton con- » sente a me laisser tme de mes villes. Térébovle, a » cette heure même que je suis prisonnier, n'appar-

y> tient qu'à moi; c'est mon héritage paternel »

En cet endroit il garda un moment de silence, puis enfin il ajouta : oc Retourne vers David, et dis-lui qu'il y> m'envoie Kulméje, l'homme que je veux dépêcher » vers Vladimir. »

Mais David ne voulut point consentir a lâcher Kulméje , et il me renvoya pour déclarer a Vassilko qu'il s'était échappé. A mon retour, celui-ci congédia tous ses servans, me fit asseoir, et me parla en ces termes : ce J'ai entendu dire que David veut me V livrer aux Polonais; il n'est pas encore rassasié de » mon sang; il pousse plus loin la férocité: il veut » me livrer aux Polonais, parce que j'ai fait beaucoup y> de mal à ces peuples, et que mon intention était » de leur en faire encore plus, pour venger la Russie. » S'il agit ainsi, je m'abandonne à la volonté de » Dieu. Mais il faut que je te confesse une chose. D Sachant que les Bérendéens, les Petchenègues et )) lès Torkes allaient venir se joindre à moi, je pen- )) sais intérieurement que si , en effet , ces peuples » devenaient mes auxiliaires, je pourrais bientôt dire » à Vladimir et a David : Frères, donnez--moi seule- D ment quelques-uns de vos jeunes guerriers, et, » quant a vous, buvez, réjouissez-vous ,v et ne prenez » nul souci. Été comme hiver, j'aurais combattu les » Leckes, je me serais emparé de leur pays, et j'au- )) rais vengé la Russie....^ Après cela, traversant le

» Danubq^ je serais aile subjugner les Bôlgares^ et » les; eusse ramenés esclaves en fiussiè. Ensuite, fàu- )} rais demandé quelques secours à mes frères Svia- » topolk e^t yiadimîr, puis, je me fiisse précipité sur » l^s Polovtzi. Oui, voilà quels' étaient mes projets; » acquérir de la gloire, ou mourir pour mon pays. » Je n'avais aucune autre pensée datas le cœur, ni )) contre Sviatopolk, ni contre David, et je jure par » le Bieu vivant et par le Nouveau-Testament que je D n'ai jàmâi^ nourri dans mon sein la moindre idée )) de notai ctotre aucuu de mes frères; mais, je lé vois,. » le Seigneur a voulu humilier moti orgueil, ))

jCepeiiid^nl^ quelques joiirs avant la fête de Pâques^ David.se mil fin marche pour prendre possession des^ états de Vassilkb; mais^, aux environs de Biitchesk, il rencontra Vblpdar, frère dé ce prince^ qui venait s'opposer à.«ou usurpation. David, n'osant tenter le sort des ctombats, s'enferma dans la ville dé Butchesk , où Volodav vînt aussitôt l'investir, ce Après tant de >) mauvaises actions, lui fît-il dire, que ne songes-tu » a faire pénitence? Rentre enfin en loi-même, et y> confesse t^s crinies. y> Mais David rejetait tous les torts sur Sviatopolk. «Tout cela, disait-il, s'est-il » donc psi^é chezi moi? Au moindre préteîite n'étais- )) je pas e^osé au même sort? Bon gré malgré il nie y> fallut sousc^re à tout ce qu'exigeait Sviatopolk; )) car, ainsi >que VassUko, f étais etotre ses mains. » Volodar rqprit : a Dieu seul connaît le véritable crii- » minel; du moins, actuellement) rends la liberté a » mon frère, et, a ce prix, je t?accorderai la paix. »

SVIATOPOLK. 273

David, {dein de joie, envoya quérir Yassilko;il le remit entre les mains de Volodar, et ces princes ayant conolu la paix, ils se séparèrent. Vassilko rentra dans Térebovle , et David se tint à Vladimir.

Mais à peine le printemps fut-il arrivé , qne Yolo* dar et Vassilko se liguèrent de nouveau contre David; et, tandis que celui-ci se tenait renfermé dans yiadimir, ils formèrent le siège de Vsévolosh, li* vrèrait plusieurs assauts, mirent le feu aux faubourgs. Les habitans, oblige dé fuir, tombaient entre les mains des as^iégeans^ qui les massacraient sans pitié. C'est aitisi que Vassilko se vengea sur des innocens, et répandit le sang de gens qui ne Pavaient point offensé. De Vsévolosb , les princes se rendirent à Vladimir, dont ils. formèrent aussi le siège, après avoir toutefois donné cet avis aux habitans : a Ce n'est » poiqt à vous, ni à votre ville que nous en voulons; m mais à nos cruels ennemis, a Turiack, a Lazar, à » Vassilk, en un. mot, a ceux qui, donnant de faux » avis à David, l'ont excité à nous faire tout le ma) )) qu'il aous>a £iit. Voulez-vous combattre pour de i> tels hommes ? arrivez. Dans le cas contraire, il y> nous les. faut livrer. »

Les habitans tinrent conseil , et dirent a David : tt Abandoane ces hommes-lk, livre-les à Vassilko; )) aussi .bien ne voulons-nous pas mourir pour eux : » nous voulons bien combattre pour toi, mais jamais ]> pour de tels méchans. Si tu n'y consens pas , nous » allons ouvrir les portes de la ville; malgré toi nous » les livrerons , et tu seras obligé de pourvoir à

!3t74 CHROlfIQVE DE NESTOR.

D Ui propre sûreté. » David répondit :.« Vous savez » bien qu'ils ne sont point ici^ puisque je les ai en- » voyës à Luzk. » Incontinent les habitans envoyèrent a Luzk ; mais Turiack ëtait dëja réfugié à Kievr , et Lazar et Yassilk avaient gagné Turinsk. Les Viadimiriens^ irrités^ crièrent à David: ce Livre-nous )) ces gens*la, ou nous ouvrons les portes! y> Alors David envoya saisir Vassilk et Lazar; on les livra aux assiégeans, qui accordèrent aussitôt la paix : c'était uii dimanche. Le lendemain, au point du jour, Lazar et Vassilk furent pendus et percés de flèdies ; leurs corps furent depuis enlevés et inhumés. C'est ainsi que se vengèrent, à deux reprises, Volodar et Vassilko; puis ils rentrèrent dans leurs états.

L'année d'après (^^5), suivant la promesse qu'il avait faite de marcher contre David, Sviatopolk pénètre jusqu'à Bérest, ville située près du territoire des Leckes. A la nouvelle de son arrivée, David se réfugie chez Vladislas, roi de ce pays, dont il implore le secours. Les Leckes, ayant reçu pour ce service cinquante livres d'or, lui promettent de le soutenir, et lui disent : a Viens avec nous à Bérest : » Sviatopolk y tient une diète ; là, nous travaillerons » à te réconcilier avec lui. » David y consent, et accompagne VladisLis. Sviatopolk, en eflFet, occupait Bérest; les Lcekes, étant venus camper sur les bords du Bog, les pourparlers commencèrent, et Sviatopolk leur fit de grands présens, afin de les détacher du parti de David. Vladislas alors dit à David: « Sviato- » polk ne veut rien entendre j tu feras bien de re-

SVIATOPOLK* ^75

» tourner sur tes pas. » David s'en vint a Vladimir. CependsmtSviatopolk tint conseil avec les Leckesy et marcha sur Vladimir, où venait de se renfermer David. La^Ue étant bloquée, David supplia Sviatopolk de lui permettre d'en sortir, ce a quoi celui-ci consentit. Les deux princes s'entrevirent et baisèrent enfia[nble la sainte croix, a la condition que David abandonnerait Vladimir, et se retirerait a Tchervr. Sviatopolk entra à Vladimir le dimanche avant Pâques ; quant à David, il se réfugia de nouveau chez les Polonais.

Ayant ainsi ccmtraint David à la fuite, Sviatopolk résolut d'attaquer Volodar et Vassilko , car, se disaitil, ils m'ont dépouillé des possessions de mon père et de mon frère. Il marcha donc contre eux. Volodar et Vassilko, informés de ses projets, s'avancèrent au-devant de lui , et lui livrèrent combat (6). Le choc fut des plus violens, et le carnage horrible. Sviatopolk, vaincu, s'enfuit a Vladimir, entraînant avec lui ses deux fils Mstislavir et laroslaw^, et ceux de laropolk, laroslaw et Sviatosch. Ayant établi Mstislaw à Vladimir, il députa laroslaw vers les Ougres, afin d'obtenir de ces peuples un secours contre Volodar et Vassilko (7).

laroslaw se rendit ensuite à Bérest chez les Leckes : David, qui y possédait lujetsk et Tcherven, apprenant la désunion des princes, vint lui-même à l'improviste assiéger Vladimir. Mstislaw^, dont la garde se composait de Bérestoviens, de Pinéens et de Vi- Çochevziens, résokit de soutenir l'attaque. David,

aprës avoir cerné la place, lui livra de fré(]uens a^ sauts; mais le zèle des assiégés ne se refroidissait pas. L'un de ces assauts coûta cher k chacun des deux partis. Les traits obscurcissaient le ciel, et tombaient comme la pluie. Ce jour-là Mstislaw-, protégé par un retranchement, allait lui-même décocher Une flèche^ lorsqu'un trait parti du camp ennemi perça la planche derrière laquelle il se trouvait, l'atteignit, et lui fit a la poitrine une profonde blessure. On le transporta aussitôt au palais, et la nuit même il succomba. Durant trois jours, ses ofQciers tinrent sa mort cachée^ le quatrième, enfin > ils se déterminèrent à laVendjçe publique. c< Notre prince est mort! s'écrièrent y> les habitans; faut -il donc nous rendre a David, 3^ qui nous fera périr ? » Dans cette extrémité , ils députèrent un message à Sviatopolk. a Ton fils est D tué, lui dirent-ils^ et nous mourons de faim ! Nos D gens ne peuvent plus se soutenir; et si tu ne viens D à notre secours, nous serons obligés de nous ren- » dre. » A cette triste nouvelle, Sviatopolk leur envoya son commandant Putiat. Arrivé à Luzk., celui-ci alla trouver Sviatosch, fils de Liropolk, qui venait de promettre à David, dont les gens occupaient toute la contrée, de l'avertir des mouvemens que pourrait faire contre lui Sviatopolk. Au lieu de tenir sa promesse, Sviatosch fait arrêter l'envoya de David, se joint à Putiat, et marche contre les assiégeans. David venait de s'étendre pour prendre un peu de repos ^ lorsque Sviatosch et Putiat se présentent à l'impro* viste^ tombent sur ses soldats, en tuent un grand

/ SVIATOPOLK. 277

nombre, et facilitent ainsi une sortie aux habitans, qui se prf^cipitent aussitôt sur leurs ennemis, et en font un horrible carnage. Ge fut à grand'peine si David et son neven échappèrent au massacre. Sviatosch et Putiat, ayant ainsi délivre la ville, y établi-J rent gouverneur Vassili, fils de Sviatopolk; après quoi, Fun reprit le chemin de Luzk, et l'autre celui de Kiew. Quant à David, il alla se réfugier chez les Polovtzi.

Il fut accueilli chez ces peuples par leur chef Boniak, qui lui offrit son secours. Par leur moyen, il ne tarda point à se représenter devant Luzk, dont il forma le siège. Sviatosch, incapable de résister, demanda et obtint la paix, mais à la condition qu'il abandonnerait la ville , et s'en retoiu'nerait a Tchernigow, où régnait son pète laropolk. Maître de Lutehesk , David marche contre Vladimir, en forme le siège , et contraint le nouveau gouverneur Vassili à prendre la fuite et a lui abandonner cette ville, où il rétablit son autorité.

L'année suivante, Sviatopolk, Vladimir, Oleg et David, d'un commun accord , déclarèrent injust^es les conquêtes de David-Igorévitch^ ils lui défendirent de retenir sous son autorité les villes de Vladimir et de Luzk, et ne lui laissèrent que celle de Dorogobouge, où il finit ses jours. A la suite de cette décision , Sviatopolk rétablit son fils laroslaw à Vladimir.

En l'année 6606 ( »o9^), Vladimir, Oleg et David- Sviatoslavitch se réimirent contre Sviatopolk, et l'as-

ayS CHRONIQUE DE NESTOR.

siégèrent dans Gorodez; mais ces deux princes ne tardèrent point à se réconcilier.

L'année suivante (1099)^ Sviatopolk, à son tour, marcha contre David, le poursuivit au-delà de Vladimir, et le contraignit à se réfugier chez les Leckes. Vers la même époque, les Ougres furent battus à Pérémischel.

En Fannée 6608 (1100) le dixième d'août, les princes Sviatopolk-Isiaslavitch, Vladimir-Vsévolodovitch^ David et Oleg-Sviatoslavitch firent entre eux un trailé de paix. Le trentième du même mois, étant tous réunis , David-Igorévitch survint au milieu d'eux, et dit : c( Vous m'avez trompé ; mais enfin que » me voulçz-vous? Pourquoi suis- je' ici? Qui de )) vous a à se plaindre de moi? » Vladimir lui répondit : (( Ce n'est pas nous qui t'avons demandé ; tu » nous as toi-même fait dire: Frères, je vais me » rendre au milieu de vous , car j'ai à me plaindre » d'une injustice! Eh bien, David, te voilà parmi )) nous, assis avec tes frères sur le même tapis, qu'as- » tu à nous dire? de quoi te plains-tu? » A cette interpellation, David ne sut répondre un mot. Les princes alors montent à cheval : Sviatopolk assemble ses gens, Oleg et Vladimir les leurs; le fils d'Igor reste seul , car ils ne lui permettent point de se réunir à eux ; mais ils se mettent à délibérer à son sujet. Après s'être consultés, ils lui députent quelques-uns de leurs courtisans, savoir: S viatopoJk, Putiat, Vladimir, Orgost et Ratibom, David et Oleg-Torschine. Ceux-ci s'étant ajiprochés de David, lui dirent : u Voici ce que

SVIATOPOLK. 279

» nous sommes chargés par tes frères de l'apprendre: » Noiis persistons à vouloir que Vladimir te soit re- » tire ; le couteau dont tu nous a frappés par un crime » horrible, et dont on n'avait pas d'exemple en Rus- » sie^ a laissé chez nous une plaie qui saigne encore. » Nous ne voulons pas t^arréter ni te faire mal, mais » nous exigeons que tu t'éloignes de notre voisinage, » et que tu te contentes, pour apanage, du château » de Butchesk. Outre cela , Sviatopolk consent » à te céder Duben et Tchertoruçk. Vladimir te » paiera 200 grivnas , et les frères Oleg et David )) autant. » (^)

Après ces conventions, les princes firent dire à Volodar et Vassilko : « Volodar, prends avec toi ton » frère Vassilko, et allez demeurer ensemble a Pé- » rémysle^ sinop, que Vassilko vienne ici, afin que » nous pourvoyons à son entretien. » Mais les deux frères refusèrent la proposition.

Quoi ^'il en soit, David-Igorévitch fut relégué à Butchesk. Depuis, Sviatopolk lui céd^Dorogobouge, ou il termina ses jours. Quant a la ville de Vladimir, on a vu que le grand prince y rétablit son fils laroslaw. En l'année 6609 ("oi), mourut Vseslaw, prince de Polotsk. Dans la même année ^ laroslaw, fils d'Ia*ropolk, déclara la guerre à Bérestow; Sviatopolk mareha contre lui, lui livra combat dans la ville même, le fit priqonnier et charger de chaînes, et l'emmena a Kiew. Le métropolite et les abbés implorèrent pour lui, et Sviatopolk s' étant laissé toucher, on le conduisit sur le tombeau de saint Boris et de

a8o CHRONIQUE DE NESTOR.

saint Glieb, où ses chaînes lui furent ôtées^ et où il fut mis en liberté.

Dans la même année encore, se réunirent de nou^ veau les princes Sviatopolk , Vladimir, David , Oleg,. laroslaw et ses frères^ dans la ville de Solotez, où ik reçurent des ambassadeurs desPolovtzi, qui venaient demander à conclure un traité de paix. Les princes russes répondirent : m Puisque vous voulez la paiif> » rendons-nous ensemble à Sakovf . » Et le quinzième de septembre, la paix fut faite avec les Polovtzi, et tout le monde se sépara.

En Tannée 6610 ("oa), le i.e^ d'octobre, laroslaw, fik de laropolk, prit la ftûte de Kiew. Au commencement du même mois, laroslavez^ fils de Sviatopolk , fit ce prince prisonnier a Noura , et le ramena à Kievr, en présence de Sviatopolk , qui le fit charger de chaînes.

Dans la même année, le vingtième de décembre, Mstislaw-Vladimirovitch et une députation de Novgorodiens vinrent à Kiew. Il avait été convenu entre i^viatopolk et Vladimir que Novgorod appartiendrait à Sviatopolk, qui y placerait son fils, tandis que Vladimir établirait le siai dans la ville qui portait son nom (à Vladimir ).

Mstislavr vint donc a Kiew ; il entra dans la chambre où se tenait Sviatopolk, s'assit près de liii^ et les gens de Vladimir dirent à Sviatopolk : (cVladinair » t'envoie son fils Mstislaw, que ces Novgorodiens )} ont accompagné ^ il s'agit d'envoyer ton fils, et de » l'établir a Novgorod, afin que Mstislaw prenne pos^

SVIATOPOLK. 281

n session de Vladîmir. >) Le grand prince Svîatopolk » leur répondit : « Que Dieu et la justice soi^it en- » tre nous! Nous somnoes convenusi avec Vladimir » que Novgorod m'af^rtiendrait ; donc j'ai le droit M d'y établir mon fils. » Les Novgorodiens aussitôt dirent à Svîatopolk : a Prince, voici, nous, quelle » est notre mission près de tx)i : c'est de te dire que » nous ne voulons ni de Sviatopolk ni de son fils; ») si ton fils a deux têtes, alors tu peux nous l'en* jo voyer (9). Vsévolod nous a donné Mstislaw, et nous » l'avons pris pour prince; car toi, tu nous avais )) abandonnés. » Sviatopolk discuta long-temps avec eux , mais ils ne voulurent rien ciéder ; et prenant avec eux Msti$lavfr, ils le reconduisirent à Novgorod.

Dans la même année, le vingt-deuxième de janvier, il y. eut un signe dans le ciel, qni dura trois jours, et qui, semblable a un incendie, brillait de l'ouest au sud, et de l'est au nord: on eut dit, la nuit^ la lune en plein quartier.

La même amiéc encore, le cinquième de février, il parut un autre signe dans la lune, et le septième du même mois un autre dans le soleil ; cet astre paraissait conune entouré d'un triple cercle, qui finit par se joindre et n'en former plus qu'un.

En l'année 661 1, Dieu inspira aux princes russes Sviatopolk et Vladimir de déclarer la guerre aux Polovlzi , et d'en débarrasser le pays. Us se réunirent donc à Dolobsk , et tinrent conseil à ce sujet. Sviatopolk et Vladimir, ainsi que leurs officiers, s'assirent sous une tente, et se consultèrent. Les généraux de

a8a GHRON>1Q0E DE HESTOR.

Sviatopolk s'exprimèrent ainsi : « Il ne faut pas com- )) mmcer la guerre dans cette saison du printemps ; x> car nous y perdrons des chevaux^ ce qui portera » grand dommage à la culture de la terre. )» Yht^ dimir leur répondit : a Je suis surpris, mes amis, que )) vous vous occupiez des chevaux avec lesquels le » cultivateur laboure^ et que vous ne songi^ pas que, » souvent, quand le paysan est en train de cultiver » la terre, un Polovtzi survient, qui le perce d'une )) flèche , s'empare de son cheval , entre dans le vil- D lage, lui ravit sa femme, son enfant et tout ce qu'il » possède. Ne vous occupez-vous donc seulement que » du cheval , et nullement de son maître? » Les généraux de Sviatopolk ne surent que répondre. Le grand prince alors prit la parole , et s^écria : « Je suis » prêt à tout. » Il se leva donc, et Vladimir lui dit : « Frère , tu feras la une chose grandement utile à la » patrie, m Là-dessus, ils envoyèrent un message à Oleg et David, fils de Sviatopolk, qui leur dit : « Venez avec nous contre les Polovtzi, car il s'agit de M la vie ou de la mort. » David s'y montra de suite disposé; mais Oleg refusa, et fit répondre à ses parens qu'il était malade. Vladimir embrassa son frère, et les princes David-Sviatoslavitch, David-Vseslavitch, Mstislaw-Davidovitch, petit-fils d'Igor, Viatcheslawlaropolkovitch et laropolk-Vladimirovitch firent de même, et se rendirent, par terre ou par eau, jusqu'au-dessous des cataractes. Ils établirent leur camp près de Protochech , le long de l'île de Chortîtch , puis ces princes montèrent à cheval. L'infanterie eut

SYIATOPOLK. 283

l'ordre tle se rendre, par eau, a Sutjîe, cec[u'elle exécuta en quatre jours. Quand la nouvelle de leur marche fut répandue parmi les Polovtzi, ceux-ci s'assemblèrent en nombre extraordinaire , et se mirent à tenir conseil. Urusoba prit la parole, e^ dit : c( Il faut » demander la paix, car nous avons fait tant de mal » à leur pays , que les Russes, cette fois-ci , nous preste seront terriblement. » Le jeune Urusoba reprit : <sc Si toi, tu trembles devant les Russes, que ferons- » nous donc, nous autres? Il nous faut les tuer, entrer » chez eux, et prendre d'assaut toutes leurs villes : » qui donc résisterait aux braves Polovtzi ? ts)

Cependant les princes russes et leur armée étaient en prières, et suppliaient le Seigneur et sa Mère la sainte et pure Vierge, à qui ils adressaient leurs vœul. Les uns promettent des aumônes, et les autres d'enrichir les monastères. Mais , tandis qu'ils adressent leurs prières, les Polovtzi viemient les attaquer, conduits par Altunop, commandant des avant-gardes, et qui souvent avait fait preuve de courage et d'intrépidité. Les princes russes à l'instant lancent aussi leur avant-garde: celle-ci ayant atteint Altunop, l'attaque, le met en déroute lui et toiis les siens, si bien qu' il n'en échappe aucun. Cependant l'armée des Polovtzi s'avançait serrée comme une forêt, de telle sorte qu'on n'y pouvait rien distinguer. L'armée russe vient à sa rencontre; mais Dieu, notre Seigneur, inspire aux Polovtzi une terreur subite, et l'épouvante s'empare tellement d'eux, qu'ils tremblent à la vue de l'armée russe, et relent comme engourdis? leurs che-

vaux mêmes semblent ne pouvoir plus avancer. Les noires, au contraire, remplis de joie, se précipitent sur eux, a pied, à cheval et de toutes parts. Les Polo vtzi voyant avec quelle impétuosité les Russes les attaquent, n'attendent pas le combat, et se mettent aussitôt a fuir; mais les nôtres les poursuivent et les massacrent. Ce fut le quatrième d'avril qtte le Seigneur tout-puissant nous délivra de nos ennemis, et nous fit remporter une si éclatante victoire. Vingt de leurs princes restèrent sur place : Urusoba, Kotschii, laroslanop, Kimam, Kurtok, Tchenegrep, Surbaret autres. Veldjusa, l'un d'eux, fut fait prisonnier. Les princes russes s'arrêtèrent enfin, heureux et tranquilles, après avoir ainsi subjugué' leurs ennemis. Veldjusa fut conduit devant Sviatopolk, auquel il ofint, pour sa vie, de For, de l'argent, des chevaux et d'autres animaux, faisant en outre le serment que jamais, tant qu'il vivrait, il ne porterait les armes contre la Russie. Mais Sviatopolk le fit conduire à Vladimir; et comme il implorait la même faveur : « Combien de fois, lui dit Vladimir, n'avez- vous pas » juré de ne plus faire la guerre à notre pays? Pour- » quoi n'avoir pas appris à vos enfans et a vos ne- » veux a conserver inviolablement la foi jurée ? Que de sang chrétien n'avez-vous pas verse ! Allons, » que le tien coule aujourd'hui, et que ta têi&p nous » venge! » Incontinent il fit signe de le tuer, et en un instant il fut mis en pièces. Après quoi l'on emevft les chevaux et le bétail , les béliers et les chameàjix, des vêtemens , des esclaves et toute sorte de butna ?

SVIATOPOLK. 265

ûD prit même des Petchenègues et des Torkes qu'on trouva dans les camps , el l'armée ^ chargée de dépouilles , couverte de gloire , fit sa rentrée en Russie (ïo).

La même année^ le i.®^ août^ parurent les sauterelles.

Le 18 du même mois de ladite année ^ Sviatopolk rebâtit luriew, que les Polovtzi avaient brûlé. Quelque temps après^ laroslaw-Sviatoslavitchlivra combat auxMordviens^ qui le battirent le quatrième jour de mars. ««

En Tannée 6612 (1104), Marie, sœur de Vladimir, fut conduite à Constantinople, où elle épousa, le vingtième jour de juillet, Léon, fils de Tempelreur Alexis.

Dans la même année, Predslava^ fille de Sviatopolk, fut conduite eh Ougrie, et mariée, le vingtième d'août, avec le prince royal.

A la fin de cette année, Sviatopolk et Vladimir envoyèrent, le premier, Putiat, le second, son fils laropplk contre Menesk. Oleg, de son côté, déclarait la guerre à Glieb, et engageait dans son parti David- Vseslavitch. Ils se séparèrent toutefois sans avoir rien décidé. Cçtte année -la encore, Sviatopolk eut un fils auquel il donna le nom de Briatcbeslavv. On vit aussi des signes dans le ciel : le soleil parut entouré d'un cercle, au milieu duquel était une croix j au milieu de la croix brillait le soleil, et au<<lessus du cercle paraissaient deux autres si^eils, sur chacun desquels était un demi-cercle dont les pointes allaient

Digitlzed by LjOOQIC

vers le nord. Les mêmes signes furent observés dans la lune^ et cela fut remarqué durant trois jours et trois nuits^ les quatrième^ cinquième et sixième jours de février.

L'an66i3 (ii<»5), le métropolitain établit Amphilok évéque de Vladimir ; semblablement Lazare à Péréiaslavle^ et Mina à Polotsk.

L'an 66 1 4 (iio6), les Polovizi portèrent la guerre dans les environs de Sarjetchesk^ et Sviatopolk envoya contr'eux Jacob Vutchatsévitch et Johan Secbar|^tch^ qui chassèrent les Polovtai, et firent sur eux beaucoup de butin.

Cette année-lk mourut Jan, vieillard respectable (moine de profession) qui avait vécu quatre-vingtdix ans^ selon la loi de Dieu^ et méritait d'être comparé aux premiers patriarches : c'est de lui que je retins les précieux discours insérés dans cette Chronique. C'était véritablement un brave honmie^ humble , paisible , plein de piété , et détaché de toutes les vanités de ce monde. Son tombeau est dans le monastère de Petcherski^ sous le portique; c'est là que repose son corps.

Cette même année encore , Simégola vainquit les fils de Vseslaw, et tua neuf mille hommes de leur armée.

L'an 66 1 5 ("07), Boniak^ suivi du vieux Scharukan et de beaucoup d^autres princes Polovtzi , déclarèrent la guerre aux princes russes, et vinrent assiéger Lubny. Sviatopolk, Vladimir, Oleg, Sviatoslaw, Mstislaw, Viatcheslaw et laropolk marchent sur

SVIATOPOIK* 287

Lubny contre les Polovtzi, traversent en six heures le fleuve de la Soula^ et tombent sur l'ennemi en jetant de grands cris. Les Polovtzi, effraya de cette attaque y et remplis d'inquiétude, ne savent se ranger en bataille^ et prennent la fîiite. Les uns se sauvent sur leurs chevaux , et les autres à la nage. Cependant les nôtres tombent sur leur dos^ en tuent un grand nombre^ font de nombreux prisonniers, les poursuivent jusqu'à Khorol, tuant le frère de Boniak, Tasac : Sugra et son frère sont faits prisonniers; et le vieux Scharukan parvient a grand'peine a se soustraire au même sort. Battus de tous côtes , les Polovtzi aban* donnent leur camp et leurs bagages, dont l'armée russe s'empare, le douzième jour d'août , après quoi elle rentre dans son pays couverte de gloire.

Sviatopolk , à son retour à Kiew, vint au monastère de Petchersli , vers Matines, le jour de l'Assomption de la Sainte -Vierge, et les frères l'embrassèrent avec grande joie, car, par l'intercession de la sainte Mère de Dieu et de notre père le grand Théodose, Il avait de nouveau triomphé de nos ennemis. Il faut savoir que Sviatopolk avait l'habitude, quand il allait en gueiTe ou qu'il voulait voyager, de venir d'abord au tombeau de saint Théodose faire sa prière. Après quoi il se faisait donner la bénédiction par l'abbé du monastère, puis se mettait en route. La même année, Vladimir, David et Oleg se .rendirent chez Aeppa, et firent la paix avec les Polovtzi. Le douzième de janvier, Vladimir maria George avec la fille d' Aeppa, petite-fille d'Olsenen. Oleg aussi prit pour son fils

•288 CHROHIQTJE DE NESTOR.

SvîatoslaWj aucre fille d'AepjKi et petite -fille de Grigen (ïi). Le 5 février, avant le lever du soleil, il y eut un tremblement de terre.

En l'année 6616, le onzième de juillet, Svîatopolk jette les fondemens de l'église Saint-Michel, dite aux toits d^or; et, sous l'abbé Théoltiste, le réfectoire du monastère de Petcherski, qui avait été détruit sous le gouvernement de Glieb, est remis en bon état.

Cette année les eaut^ du Dnieper, de la Desna et de la Pripète sont très-élevées. On rétablit la coupole de l'église de la sainte Mère de Dieu a Klova , laquelle avait été abattue tandis que Stéphane était abbé du monastère de Petcherski.

L'année 6617 (u 09) meurt Euphrasie Vsévelovna, en état de religieuse. La même année, le deuxième de décembre , Dmitri-lvorosoviich se rend maître des habitations des Polovtzi sur le Don.

En l'an 6618 (mo), au printemps, Sviatopolk, Wolodimir et David marchent contre les Polovtzi. Cependant, arrivés à Voinia, ils retournent sur leurs pas. Dans la même année, le onzième de février, un signe céleste parut sur le monastère de Petcherski. Cela ressemblait a une colonne de feu, qui , du ciel , s'abaissait sur la terre: la foudre éclairait toute la contrée, le tonnerre grondait dans le ciel : c'est ce que tout le monde put voir vers une heure de la nuit. Cette colonne panit d'abord placée sur la salle du réfectoire^ de sorte qu'on ne pouvait plus distinguer la croix qui la surmonte; ensuite elle se plaça sur l'église, au-dessus

syiATOPOiiK. a8g

du tombeau de Saiat-Théodose^ et, après être mnsi restée dans la direction du nord, die disparut toutà-coup (»î>).

En Tannée 6619(1111)) Sviatopolk-Isiaslayitch, Vladimir-Vsévolodovitch , David -Sviatoslavitch et son fils Rostidaw, David-Igorévhch, Ysëvolod-CHgovitch, et leurs parens Sviatosla-w et laroslaw-Svia^ toslavitcb, M^slaW et laropolk-Vladimirovitçh, s'unirent de nouveau contre les PolovtKiy^t s'appro* obèrent de la ville de Scharukan^ les habitans sortirent aussitôt, vinrent saluer les princes russes, et leur apporter du poisson et du vin. LeleioKleiiBaii):, ils^ pres^tèrentdevantla villede Siigrow, qu'ils incendièrent. Enfin, le vingt-<|uatriènie jour de nlars, les Russes et les Polovtzi s'étant rencontrés près d'un ruisseau nommé Degéja , on en vint àuK ^mainç : nos princes triomphèrent encore des Pplovtzi, et en rendirent^ fe jour même, grâces à Dieu. Cependant, le luiidi de la semaine delà Passion^l'àrméedes idolâfres se i^fdlia^ et vint, composée d'une foule innombrable ^^attiiqtiisr la nôtre ^ il se fit aussitôt un horrible carnage, ^ beaucoup tombèrent des deux côtés. Les Polovtzî furent enfin défaits et prirent la fuite. Ceci arriva près du fleuve Salniz, le vingt-septième jour de mars. C'était Monomack (Vladimir) a qui Dieu avait inspiré d'exciter ses frères a déclarer la guerre à ses ennemis.

Vers cette époque, la partie de la ville de Kiew située dans la plaine fut réduite en cendres. lie feu exerça également ses fureurs a Tchemigow, a Smo-

!kgo CHRONIQUE DE NESTOR.

lensk et a Novgorod. Dand le même mois , le vingttroisième jour de mars, molirul Jehan, évoque de f Tchemigow.

L'an 6620 ( ma ) ^ laroslaw- Sviatopolkovitch triompha j)Oiir la deuxième fois des latviagues. Après cette campagne, il revint a Novgorod, et prit pour épouse la fille de Mstislaw , petite-fille de Vladimir.

La même année , lé vingt-unième de mai , mourut DavidJgorévitch ; le troisièuie de novembre mourut aussi laiita-Vsévelovna ; et le douzième de janvier suivant de la même ailnéé, Théoktiste fut élu évoque de Tchemigovr.

En Tannée 6621 ( in3), le dix-neuvième de mars, il y eut une éclipse dé soleil^ a une heure après midi ; elle fut remarquée par tout le peuple : le jour était sombre et semblait celui de la lune, quand elle est dans son premier quartier.

La même année, le seizième d'avril, mourut le pieux grand prince Michaël, dit Sviatopolk, et le vingtième du même mois, le prince Vladimir fil son entrée à Kiew (*').

sviATOPOïK. . agi

NOTES

(i) Cest id qu'D faut placer cette rarianté de Nestor, lue par Karaiiisin , dans quelque autre copié que celle de Kœnigaberg : « Des Tilles » Paient désertes , on voyait dé tous côtés les villages eo feu , les égli- » ses, les maisons, les granges réduites en monceaux de cendres, et les » citoyens infortunés expiraient sons le fer des ennemis, ou attendaient » la mort arec effiroi. Les prisonniers , diargés de chaînes , étaient en- » traînés sans habits et na-pieds , dans les contrées lointaines des bar- • barcs. Ils se dînaient les uns aux autres en pleurant : Je suis éPune 9 uUe ville mise; je suis d'un tel village,,.. On n'apercevait plus dans » nos prairies ni chevaux ni bétail. Les champs étaient couverts d'her- » bes , et les bétes féroces peuplaient les mêmes lieux habités naguères .» par des chrétiens. »

(3) Tandis que la Russie , peu connue encore des puissances étrange-^ res , était livrée aux discordes civiles , à des guerres sans éclat comme sans retentissement, la France, entraînant avec elle les autres na|ions européennes, marchait à la conquête du tombeau de Jésus-Christ. La Russie, quoique chrétienne, resta étrangère à ce sublime mouvement.

Cest à cette date (lOgS) quHl faut ratUcher la croisade dont Raimond d'Agile, moine français^ et contemporain de Nestor, nous a laissé l'hisloire. Nous citerons dé son intéressante chronique ce qu'il écrit du passage des croisés à travers la Slavonie.

Après avoir dit , dans une' Préface , que les croisés prirent diiférentes routes pour aller en Palestine , que les uns marchèrent à travers la Sla« vonie , les autres par la Hongrie , ceux-ci par la Lombardie , ceux-là par mer, il avertit qu'il ne rendra compte que des opérations de l'armée Conduite par le comte de Saint-Gilles et par l'évêque du Fuy, dont il était le fidèle compagnon..^.

«c En ti'és en Slavonie , dit-il , les croisés eurent beaucoup à souffrir du

292 CHRONIQUR DB NESTOR.

» chemin, surtout à CAUse de la saMon de l'hiver, où Ton était alors.... )> La Slavonie est un pays désert y montagneux et sans route....* Pendant » trois semaines, les croisés ne virent ni bétes fauves ni oiseaux.... Les » habitans sont si agrestes et si grossiers, qu'ils ne voulaient faire aucun i> commerce avec les croisés , ni leur prêter un seul ducat. Ils sortaient » de leurs villages et de letin VmÀieaox , et tombaient sur les gens fai- » blés on infirmes qui suivaient de loin l'armée , et les tuaient comme » des troupeaux. Il n'était pas facile à nos soldats de poursuivre ces » brigands sans armes qui connaissaient les lieux, et se sauvaient sur » les montagnes ou dans les forêts. Cependant , il fallait leur résister » chaque jour. Le comte ayant été enveloppé avec quelque»-uns de ses » soldats par les Slaves, fondit sur eux, et en fit six prisonniers. Les j» autces le poursuivaient avctc plus d'ardeur ^ maiâ, le. comte «yant fait A arracher les yeuit ou couper. les .pieds ou les, mains ou le nf^ à ces » prisonmecs, cet exemple dé sévérité itifiniida «t> afflige» lèà Slavet , et » l'armée poursuivit «lors, sa marche avecpitis d« èécuvité.!^ :v,

Pendant quarante 'jours qae les croisés passènfnt «n la 8iarrùWÊi&, ils eittrent un brouiihrd si. épkis, «fu'ils^ pouvaient ^ dit lUimoird , le^palu per et ledisèipèr pètfdant q^eSqué temps ^parle ftioiivemeiit... lie chroniqueur yappo^fe aussi qu^étant arriWs«uprl« du roi dU' p«;f s > ««nmé flkodï^ , ce prince fit kivéc eûX îm traité- d'attiitié ^ et leur pevmiè'd'a^ chéter^oïlt ce qui leur serttit nécessaire.;.. Mais les croisé» 00 profite^ rént']^ long- temps des favorables dispositions de ce prinbc'; car i'urméc sortit de Slavonie avec les mêmes difficultés qu'elk avait éf^irouvées en la traversant.

llli igitur Sclauoniam ingressi, multa dUpendia itineris passi sunt, maxime propter hyemen quœ tune erat, Sclauonia etenim est tellus déserta et initia et montuosa, ubi necjeras nec volucres per ires hehdomadas vidimus. Incolœ regionis adeo agrestes et rudes sunt, ut née éommercium nobis, nec ducatum prœbere vàlùerini : sèd, fiigientes de vicis et castellls suis, déciles, anus, pàuperes et infirmos , 'qUi'à longe prœ inflrmitate suasequebantur exerciturfi , acti multuiA hoààis' sent, ut pecora trucidabant: nèc facile nostri» nUlHihus trat latrort^ thermes , looorum s^enteê, per abrupta moroium et condensa silvahim persequi ; sed assidue €ùs 'sutHnebant, nec pugitare- valentes^ nec tùte pugna esse poterant. Quoddaht \oêro faànus egregium eomùis non prœiereamus, Cîtm conclusus esset aliqùando- cotnes à Sclawis xum quihusdam mUitibus suis' ; iïripeinm feoit in Sclavos, atque usqûe ad sex ex eis cepit. Cùmque propter hoc Sclaui vehementOis i/àminerent , et cornes sequi exereitum compellereiur , erui oculos eorum, et aliorum

SVIiLTOPOLK. 293

p€des ahteidijussit, et nasum et manus àlionim iruncaii prœcepit^^ut tûUur atiis deterritis et doioris oognitione oooupaU* , teoure eofnes ef" Jifgtte bum êodU suis posseU, Jtaquep^ JDà graliam de morUs aiff^ÈU* tia et de loci diffleuilate liheratus est. Quanta vero tbijortitudineet cdnsiiio cornes clantèiit, non facile référendum est Quadragintaete' niifH 'fête dies in Sùlatfoniafuèmus, in 'tfuiikus tantam spissitudinem tMbuiatam passi sumus, ut paiptu^ et per motuni removère eas à noiis âUtflù^éhàé pàs»emus,'Inter hœc, cornes, assidid in postremis, pùgnans , sêSfnper popuium defendens eraf, : einunquampr^or, semptfuUimus hos piXàbatuti'Ei Heet alU metidte; aUit/e^pere'i eofnes itero frequenUr nse dia Haute, t>e/ galli eantU ad hospitiuf^vtBnieBat: Tandem per DeimiseMéOrdianieteomitistaborem et ifptscopioonsiHum'^ sic exerdtus trans* ii4t, ni nutlûm famé nUlium'tn aperta congreswione ièi perderenms. Oh iHàrà' teor^cdusatn volait Ùéus ', exèTbitttm sùum transiré per Sekt» t*Oniàfn, u^' A^reitféB'hotïdn'éi qui Deumfgtlord^ânt, cog/tito virtute et patienUa miiiiUni' ejus ;' aut aliifuand&'â firitau rts^Hscant^ aut;inex' cusaèilét Dèi Judicià aâducantuf: Tandem, posé muita iaborum peri^ e^ala'apud Seôdrafn, regâ^' SetàPorum perfenùmis} ao cum eo eomes. frétfuèiiter fratémhatem éonfirmatfit, et rmdta ei retriifût, utexerçUus seearé emere et quœrére' necessaria posset, Sed hœe opinio, soiajmit ; nom pâeis petitee iVôs ptinituit. Gkm per tjus aoeasionem S^iiofi , de more sàlitofwrenief y nostroi inierfibtunty et'^uœ poterunt àb inernû' bus arripiunt. Quœsit^imus looumfngoB' non ubionis,' Haotenus de Sela-^ vonia. -^ (Gkata Dei per FfaDQos. — - IfAnoTia^ , l6| 1 . t— Biiiiiioiidi .de Agiles HistorU Fr«n€or|im qai ceperuot JlieiW^Çi^» P* ^^9 ^^ >4p*}.

(3) Lés historiens rasses ont conservé uae lettre fort remarquable que Vladimir Monômak écrivit^ en ces circonstances, à Son -cousin Oleg Mstislaw , plein de modération et d^attàchenieRt pour Qe*^priiice , avait adressé les plus vives instances i son père, pour qu^il duMi&t set griefs contre ce prince remuant. Yladimir,' en faisant partb sou fils cadet, Yiatchdslavè , pour Sonzdal , avec un détathément* de 'cavalerie de ses alliés , les Polovtzi , le chargea , ditH>n , de là lettre suivante pour Oleg.

« Mon cœur, déchiré, a lutté long -temps contre «les préceptes de' la » religion chrétienne , qui ordonnent de pardonner et de s^eotr^ttitaeri » Dieu veui que Ibs frères' aient Pun pour Faùlf e Un sineère- tfitacbe* » tuent. Mais, séduits p^ Tennemi de Tésus-Christ , le«'p!u8 sages de » nos a'ieùx et les meilleurs de nos pères armèirent Ibiin Jfnains eiCAitre » leurs parens.... Te t^écris d'après les instances de ton filleul, qui me i> supplié, au nom dêTintérét'dëla patrie,'deTe(ioD<rer à tout resien» » timent, et de remettre au jugement' de Diett là no'rt dé' son frère.

» La générosité de ce jeuoe homme est pour son père un reproche : en » effet , oserioas-nous rejeter Texemple de modération que notre dÎYÎir j» Saoyeur nous a donné, nous périssables créatures, aujourd'hui cou- » Yertes de gloire et d'honneur, demain dans la nuit du tcmibeau , et » dont les richesses seront partagées par d'avides héritiers ? Souvenons* i> nous , mon frère, de ceux de qui nous tenons la vie. Ont-ils emporté » avec eux d'autre bien que leur vertu? Tu es cause de la mort de. » mon fils^ ton propre filleul, et ni le sang de cet enfant, ni le regret » de voir tomber cette jeune fleur n'ont pu t'attendrir : sans pitié pour » moi et pour sa mère , tu dédaignas de m'adresser la moindre conso- » lation ; tu retiens mon innocente belle-fille, au lieu de m'euvoyer cette » infortunée, qui serait venue verser ses chagrins dans mon cceur. , » J'aurais mêlé mes larmes aux siennes, moi qui n'ai pu jouir du tableau » de leur félicité conjugale, moi qui n'ai jamais entendu leurs chants » d'hy menée!.... Au nom du ciel, mon frère, laisse partir cetjte pauvre » affligée , qui viendra comme une triste colombe soupirer ses douleur» » dans mon palais... Pour moi, je n'attends de consolation que du Tout- » Puissant. Je ne te reproche pas la mort prématurée d'un fiU que je » chérissais. Les plus illustres des humains trouvent la mort dans les comi> bats. Trompé par d'avides courtisans, il voulut s'emparer du bien d'aui> trui , et il m'a plongé dans la douleur et la tristesse. Après t'étre rendu » maître de Mourom , tu ne devais pas prendre Rostof , mais , au cou- » traire , alors faire la paix av^c moi.

» Réfléchis si c'était à moi à faire les premières propositions I Si tu » suis la voix de ta conscience , si , pour calmer les chagrins que tu as i> causés , tu consens à m'écrire avec cordialité et franchise , et à m'en- » voyer ta lettre par un ambassadeur ou par un prêtre, tu rentreras » alors dans ta province , tu reprendras tous tes droits sur mon cœur, i> et nous vivrons dorénavant dans la plus ^troite amitié. Je ne fus ja- » mais toQ ennemi, et je pe voulais pas verser ton sang dans les champs j» de Starodoub (o» ce prince Jutassidg^ par Çt/Uaopolk et Monçmak). » Dieu, veuille que mes frères ne songent pas non plus à répandre » le mien ! Hîous. n'ayons eu pour te chasser de Tchemigow d'autre » motif que l'alliance que tu avais contractée avec les infidèles , et j'é» » prouvai depuis de vifs regrets d'avoir cédé alors aux conseils de mon » frère (Sviatopolk). Tu domines maintenant à Mourom j mes fils gou> » vejrueut la province de leur grand-père ; voudrais-tu donc être cause ».4<t. leur mort? Les moyens sont en ton pouvoir.f Dieu seul peut aa> » voir « quel point je désire la prospérité de ma patrie et celle de mes » frères. Puisse-t-ii être pour toujours privé de la tranquillité du cœur

SVIATOPOLK. 295

M celui de nous dont les plus ardens désirs ne sont pas de voir régner j» Ja pais entre les chrétijens ! Ce n'est ni la crainte ni le besoin qui me » portent à te parler ainsi : je cède aux vœux de ma conscience et de » mon cœur , choses qui me sont plus précieuses que tout au monde. » Je ne sais si cette lettre porte bien le caractère de haute antiquité qu'on lui assigne : ce style si prolixe et si larmoyant ne répond guère à l'idée €[u'on se fait de Vladimir Monomak , un des princes dont Vhurtoire russe aime le plus a louer la bravoure et l'audace.

(4) « L'annaliste , dit Karamsin , cherche à excuser le principal au- » tenurde ce forfait abominable , en disant qu'il fut égaré par la calomu nie ; mais il n'y a que des moustreti qui se laissent séduire par de sem- » blables moyens. »

(5) Nous avons dit, dans notre Notice sur Nestor, que Karamsin, on ne sait sur quelle version , attribue ces paroles au moine Basile, qu'il dit être vm des continuateurs de Nestor. Nous avons démontré que cette allégation est toui-4-fait dénuée de fondement, et que Nestor ne cessa d'écrire qu'en l'année 1111. ( ^o^cs la Notice en tête de ce volume, pag. X. ) Levesque, en cet endroit, ne croit pas plus que h s autres cornmeotateun de Nestor que ce «éeit puisse être l'ouvrage de Basile. Voici comme il a'exprime au sujet de l'épisode de Vassilko : « Ijestor, auteur » de la <^rQnique d'où ces £ûts sont tirés, fut le négociateur, et eut, B plusieurs fois, l'occasion de s'entretenir arec le malheureux Vassilko, » etc. » ' • '

(6) Au moment du combat , dit un autre annaliste , on vit tout à coup parattrè sur le champ de bataille le malheureux Vassilko, tenant un crucifix à la maio : « Vois, t>arjure, criait-il d'une voil élevée à Sviato- » po!k, vois mon vengeur ! Après m'avoir privé de la vue, tu voudrais » avssi m'arracher la vie ; mais cette sainte image du Sauveur sera ton » juge et le mien. »

(7) Karamsin, aidé des chroniques hongroises, auxquelles il a eu recours po|ir l'histoire de cette guerre des princes russes, accompagne son récit de quelques circonstances qu'on ne trouve pas dans Nestor.

«r A l'instigation d'Iaroslaw, fils du grand-prince, Goloman, roi de » Hongrie, se décida à faire la guerre aux fils de Bostislaw, et il entra » dans la Bussie-Rôuge à la tète d'une armée formidable. Volodar n'eut » que le temps de se jeter dans Pérémysle. David Igorévitch , qui » atait inutitèment cherché à l'étranger des amis et des alliés, revint u alors de là Pologne. A lai vue du danger général , il courut se réfu- » gier chez les fils de Bostislaw, dont la probité lui était bien connue. » Pour preuve de son extrême confiance , il remit sa femme à Volodar,

agfi CHRONIQUE DE NESTOR.

» et alla solliciter des secours chez les ?olovtzi. Il rencontra aux fron- » tières le Khan Boniak, qui consentit à agir contre les ennemis de la » Russie. S'il faut en croire Tannaliste , le nomLre des PoloTlzi ne se » montait qu'à trois cent quatre-vingt-dix, et Darîd n'arait^que cent y soldats. Il dit aussi que Boniak , habile dans Tàrt de connaître Tare- » nir, s'éloigna du camp pendant une nuit obscure; qu'il serait à pous- » ser des cris, auxquels les bêtes du désert répondirent par leUrs hurle- » mens , et que le Ithan , au comble de la joie , prédit à Darîd une » n'ctoire certaine. La superstition peut , quelquefois, avoir des snitcïs » heuteuses. L'intrépide Boniak, nyai)^ encouragé ses soldaU, les par- » tagea en trois parties. Il ordonna k son compagnon Altounopà de maru cher contre les Hongrois avec cinquante archers. Il confia le com- V mandement d« son principal corps de troupes i Dairid, et se mit » lui-même en embuscade, des deux o6tés du chemin', avec kf cent » hommes qui lui restaient. AJtounopa ne tarda pas à apercevoir le« » nombreux ennemis , dont les anfaes et les cuirasses étinedaient anx » premiers rayons du soleil , et dont les rangs oceapaieat une Tastè » étendue. Il les attaque avec audace; mai», à peint ses soldats avaient » décoché quelques flèches , que tout à cMip il tourne le dos , et se met à » fuir avec eux. Les Hongrois, trompés par cette ruse, s'élancent à sa » poursuite. Dans Fardeur qui les entraîne, ik courent en désordre^ il» » oublient le soin de leur propre sûreté , et ne s'aperçoivent de leur impru- » dence que lorsqu'ils voient Altounopa faire volte-face, et revenir sur eux. a Eu même temps, Boniak se découvre; il se jette sur leurs derrières, » tandis que , sans perdre un seul instant, David engage le combat avec » les troupes sous ses ordres. Yolodar, assiégé dans Pérémysle, profite » de l'occasion, et, par une sortie faite à propos, il vient accéiér«}r la » défaite des Hongrois, qui, attaqués de toutes parts, dans une entière » déroute, se jettent les uns sur les autres, et se précipitent , poussés M par la frayeur, dans la rivière de San, où le plus gri^nd nombre » trouve la mort. Les vainqueurs poursuivirent pendanl^ deux jours les » débris de leur armée. Goloman lui-même parvint à peine à sauver sa 3» vie y il perdit dans ce combat la moitié de son armé^» plusieurs barons 3» et gardes-du-corps. Le fils de Sviatopolk se réfugia à Brest. Les ;ib- . » nalistes hongrois prétendent que l'on doit attribuisr ^e désastre inouï » à l'imprudence de leur prince , trompé par les larmes feintes de >» Xjonka, princesse russe, qui s'éuit précipitée à ses genQi)^,et|ivait » imploré sa miséricorde pour son peuplç. Ils ajoutent que les Hon» » grois, ne croyant plus trouver de résist^pce, et ne s^attendant pas à » une bataille, étaient plongés dans un profond sommeil^ lorsqif'à la

SVIATOPOLK. 297

i) fay«ur d'une nuit obscure, lekhandes Polovtzi mrprit leun troupes, 11 el «n tua un grand nombre, avant qu'il leur fût poMÎble de se mettre ^ en défense.. GoJoman s?était imaginé, sans doute, que cette entreprise » allait mettre la. Bussie-Rouge tous sa domination; car il avait à 0» » suite plusieurs évéques destinés à convertir les Busses à la religion » qVil professait. ITn d'eux, noi^pm^ Gqupan, perditJa vie dans le combat.

]> Pour profiter des malheurs de Sviatopolk et de la défaite de ses al- » liés , David s'empara de la ville de Tcherve^^ et vint inopinément u mettre le siège deyant Vladimir. La gamisou , pleine de con(ance » dans la rare intrépidité de Rostislaw» m p(épar|iit à fj^ir^ une vigou*- M reuse r4*i«tf ne? : mfJheureusefqeot ce valeiu>eux jeime bomme tomba 9 percé d'une, fiècbe, au raomef|t on il tendait son arc, e|, quelques » bf lires s^près , il rendit le dernier «oupir^ etc. »

Le récit des annalistes hongrois est un précieux document pour Phistoirede c« r^pe,' puisqu'il remplit tme'laeùae, et 'qu^il- donne quelques notivelles' notions sur ce règne , d'ailleurs' si amplement décrit par Nestor» Maââ, suivant l'bistorieii Pray, que cite Karamsin, on ignorait en Hongrie les motifs de cette guei^e: « Quidcausœ ehmoti hellifiterit , n^n^Ofnperiti, p Quelle est cène ItOnka-^ pt>incesse.r«sf0^^u<vd<le/î<^£o mâtito rerum isthiv paUebaiur ?^ «Seraitrce la vewe du frère de yoli>d«r, q^i avait régné d'abord à Pérémysle? La perte des Hongrois fat pr«digi«u»e , dit Pray xNm^iùim alUn tam mtignem jài^r<$m tib hqs^ tiottros aecepissé dQmcsUei anMUeê m^morunu {A^m\* reg. bung. lib. Il , p. 99 ft 100.) L'biMfOrieo bongrois Tbwroez ôn^e daU9 quelque» détails:: il raconte que ]a ducbesse de. Russie, surpriite de cette irrupti^on , vint au-devant de Coloman , et que, s'étant jetée à ses pied4, elle le siipplia avec l^nie^ d'épargner un peiqple qui ne lui ^vait donné aucun sujet de plainte. Le féroce monarque eut la barbarie de la repousser avec le pied, en disant ^ue la majesté du trône ne devait point éitre souiUée par les larmes d'une femme. Lanka, ainsi indignement ti'aitée, se retire le dépit dans le coeur, ;implore le secours des Valaques, qui, toujours prêts à marcber contre la Hongrie , viennent , sous la conduite de Mircode, leur cbef , se ranger çn foule autour d'elle. Pressés et défaits par ces troupes, les Hongrois, au rapport du même historien, manquèrent bientôt de vivr.es , et se virent réduits à raai^ger le cuir de leurs souliers, etc., etc.

(8) Ce congrès, où figurent des évéques, des abbés, des personnage» que l'âge et l'expérience ont rendus sages et prudens, et qui s'occupent des intérêts de la patrie, prouve, il me semble, que le gouvernement n'était rien moins que despotique en Russie.

(9) Les traducteurs de Karamsiu, MM. Saint-Thomas et Jouflret , n'ont pas osé conserver a Texpression des Novgorodiens son énergique originalité; ils ont écrit : Que tonJUs ose venir à Novgorod, s'il est las de la vie! Le goût français , disent-ils en note, ne s'accommoderait pas du texte.

(10) Levesque n'approuve pas les continuels manquemens de foi des princes russes à l'égard des Polovtzi. Il s'indigne contre la férocité de Vladimir et la perfidie de Sviatopolk.

«c Ces sortes d'infidélités ne se présentent pas encore à nos jeux pré- » venus dans toute leur horreur; mais il viendra peut-^e un temps n où l'on regardera généralement comme des furieux lès peuples et les » souverains qui ne se sont point fait un crime de manquer à la foi » qu'ils avaient donnée , qui ont joué avec la vie des hommes, qui por- » tant, sans une juste raison de défense naturelle, la désolation chez » leurs voisins, l'ont ensuite attirée chez eux-mêmes, qui ont regardé M conune des exploits glorieux les nonubreux assassinats commis par » les armées. Puissent nos neveux , plus fortunés et plus sages que nous, » rougir un jour de la férocité de laurt ancêtres ! u

(11) On est tout surpris qu'après des succès aussi'positifs que paraissaient Fêtre, au rapport de Nestor, ceux des princes russes « sUr les Polovtzi, la Russie ait cru de son intérêt de ménager encore ces redoutables voisins. <r U aversion naturelle, dit Karamsiu, qu'inspiraient aox » princes russes ces païens parjures cédait aux conseils d'une prudente » politique, et à Fespoir de contr^uer^ par ces alliances, à assurer mo- » mentanément le repos de l'état.. ... Cependant cette paix dura à peine » deux ans. i)

(12) (?est ici que nous avons fixé la fin du travail de Nestor. (Voyez ce que nous avons dit dans la Notice^ et sur ce qui précède , et sur ce qui termine ce chapitre.)

(i 3}Karamsin se montre sévère dans son jugement sur ce prince: «rll avait, » dit-il, tous les défauts des âmes faibles : la perfidie, l'ingratitude, les )> soupçons , l'orgueil dans la bonne fortune et la pusillanimité dans le » malheur : son règne servit à avilir la dignité de grand-prince , et la » main puissante de Monomak , en fixant la victoire sous les drapeaux de » la patrie , fut seule capable de le soutenir sur le trône pendant viogt » années. »

i^itàsss

Page 1