‹ La chronique de NestorChapitre 28 sur 43 · RELATIONS DE LA FRANCE AVEC LA* RUSSIE · texte numérisé non relu

RELATIONS DE LA FRANCE AVEC LA* RUSSIE

( Ext. des Manusc. de la Biblioth. du Roi. )

HÉNOIRE

T'éuCHANT LES ANCIENNES KfeLATlONS DE LA FRANCE AVEC LA RUSSIE;

Pae Ch. LEy£SQL'£(i).

. La première relati<m des Français avec les Russe$^ (kmt oh ait consejrvé quelque souvenir , remonte au neuvième aiècle : elle est antérieure à l'histoire suivie de Tempire de Russie, qiii ne commence qu'au dixième* Ce n-est qu'une relation accidentelle, non préméditée ^ et qui n'eut aucune suite : elle marque seulement l'époque à ^quelle nos pères eurent, pour la première fois, une connaissance encore vague d'un peuple qui devait tin jpur étonnçr l'Europe par l'étendue et la puissance de sa domination. En 839 > Fempereur Théophile envoya des députés a Louis-le- Débonnaire-, et lui adresaa en mêpse temps des hommes qui se disaient Russes de nation : Qui se, id est y gentefn suam y Rhos dicebarU. Le prince les avait envoyés négocier un tmité avec lu cour de Constantmople. Théophile priait Louis de leur accorder, pour léijkr retour, le passage par les terres de son eo^ire , parce que, dans la route qu'ils avaient suivie pour venir a Constantinople, obligés de traverser des

3oa CHRONIQUE DE NESTOR.

pays qu'occupaient des peuples féroces et livrés au brigandage^ ils avaient couru les plus grands dangers. Ofl les prit à la cour du Débonnaire pour des Suédois : on se trompait, et Ton peut former aujourd'hui sur leur patrie une conjecture dont la vraisemblance approche de la certitude (^).

La plus ancienne chronique de Russie nous apprend qu'un prince russe, nommé Kii, fonda la ville de Kiew y qui fut, jusqu'au milieu du douzième siècle^ la capitale de la Russie. Il avait des frères^, Stchek et Korif, et une sœur nommée Libed, qui fondèrent aussi des villes (3). La même chronique assure que Kii eut des relations avec l'empereur de Gonstantinople^ et fut en grand honneur auprès de ce prince. Des écrivains postérieurs rapportent a l'an^So la fondation des villes dont nous venons de parler. Cette époque me paraît fort incertaine, et je ne vois pas sur quelle autorité on a pu l'établir.

L'histoire garde ensuite un long silence sur les Russes. Mais enfin les historiens de Byzance rapportent, sous l'année- 85 1 , une expédition de ce peuple contre Constantinople (^). On ne doute pas qu'il ne s'agisse ici des Russes de Kiew. Heureusement pour la capitale de l'empire byzantin, leur flotte fut dispersée par une tempête à la vue de cette ville. On a lieu de présumer que ces Russes de Kiew , qui faisaient la guerre en 85 1 a l'empereur Michel III, étaient les mêmes qui avaient négocié un traité en 889 avec l'empereur Théophile, et que ce prince avait adressés a Louis-le-Débonnaire.

PIÈCES IMPORTAUTES. ' 3o3

Une relation intime, quoique de courle durëe, s'établit dans le onzième siècle entre la France et la Russie.

Si l'on ne considère les Russes que dans Pëtat d'obscurité où ils étaient tombés lorsque l'aïeul de Pierre I.^»" monta sur le trône, on est tenté de croire que, vers le onzième siècle, ils n'étaient encore que des sauvages , et l'on est surpris de voir alors un de nos rois demander à ce peuple une épouse. Deux causes influent sur ce jugement.

Fiers de notre patrie, respectable par ses forces guerrières, riche de ses productions et de son industrie, brillarkte de tout Féclat des sciences et des arts, libre et victorieuse de l'Europe coiljurée contre elle, notre imagination pfeut a peine se la représenter, au commencement de là troisième race , pauvre , ignorante, sans influence sur les nations voisines, presque sans communication avec les différentes parties d'ellemême, partagée sous une foule de petits despotes qui ne s'accordaient qu'a la déchirer.

Il nous est encore plus difiicile de nous peindre la Russie réunie alors tout entière sous im seul chef, puissante par l'accord de toutes ses forces mises en jeu par une seule volonté, éclairée par la nation qui fut la première institutrice de toutes celles de l'Europe ^ époque brillante, mais qui fut de trop courle durée par l'imprudence des souverains : tendres pères et monarques inconsidérés, ils partagèrent l'état à leurs enfans, en détruisirent la force en la divisant , et préparèrent une conquête facile aux armes réunies des hordes mongoles et lartares.

3o4 CHRONIQUE DE NESTOR.

La Russie é^t alors plus unie y plus heuneuse^ plus puissantiç , plus vaste que la France, Ses peuples n'étaient pas ce que sont aujourd'hui les nations éclairées de FEïirope ; mais ils avaient reçu des Grecs un cornmencenient d'instruction, Leur domination, moins abondante en hommes que celle de la France^ était rendue respectable par le courage entreprenant du souverain: ils avaient plusieurs fois porté la guerre en vainqueurs jusqu'aux portes de Çonstantinpple : ils avaient forcé les Grecs à leur acheter la paix; ils en^ tretenaiçnt avec eux un <5ommerçe lucratif, et s'enrichissaient encore ^n loùan^ des troupes aux empereurs, de Çonstantinople. L'un de leur prince, Vladimir, qu'ils reconnaissent en même temps pour leur apôtre, avait f<Hidé de§ maîlons d'éducation .pour la jeune noblesse , et ses bienfaits avaient appelé de la Grèce des maîtres qui passaient pour habiles, et qui possédaient du touÂns^les sciences cultivées dans leur siècle. Son exenjiple fut^ivi par laroslaw, son fils, qui fit traduire un grapd Éw>mbre de livres grecs, et les déposa dans le iemple.de Sainte-Sophie., dont il .venait de décorer .sa capitale. Il assura des revenus honnêtes aux .ecclésiasliquest^ a ;conditipn qu'ils s'appliqueraient à l'instruction de la jeunesse • car alors*, comme dans l'apcienne Egypte, toute la science était renfeimée dans le corps sacferdotaJtw

Cet laroslaw régnait en «n;ême 4^nips que Henri J .«>•,• celui-ci ne pouvait ignorer les chagrins qu'avait éprouvés son père pour avoir ^épousé Berthe , sa parente au quatrième degré. Si l'on en croit le récit du

t>IÈCES IMPORTANTES. 3o5

cardinal Pierre Damîen, ce monarque infortune s'é-< tait vu réduit aux secours de deux serviteurs, qui jetaient au feu et faisaient dëvorer par les flammes tout ce qu'ils avaient servi sur sa table. Le fanatisme de Damien rend son témoignage suspect : on a quelque peine a croire que nos ancêtres aient été assez superstitieux pour abandonner leur monarque excommunié. Mais enfin ce cardinal était contemporain de Robert : il mourut en loyS^ c'est-à-dire, quarante-deux ans après ce prince; et, malgré les objections d'un écrivain célèbre (Voltaire, Essai sur les Mœurs des nations)^ je ne vois rien dans son récit qui choque la vraisemblance. Cette terreur qui avait frappé la nation, et qui écartait les peuples loin du monarque excommunié, me paraît s'accorder parfaitement avec l'ignorance qui alors enveloppait l'Europe entière. Le timide scrupule de deux valets, qui jetaient au feu tout ce qui avait été souillé par le contact du prince excommunié, achève de caractériser ce siècle de ténèbres.

Un anathème semblable à celui dont Robert avait été frappe, menaçait tout souverain qui oserait épouser sa parente, même au sixième degré, et Henri était lié par le sang à la plupart des princes de l'Europe.

Il avait perdu Mathilde, sa première épouse, fille de l'Empereur Conrad, dont il n'avait eu qu'une fille, morte dans la première enfance. Son âge, son devoir, l'intérêt de l'état, tout lui faisait une loi de contracter d^ nouveaux nœuds, et il ne voulait pas

3l|6 Cfi&ONIQtJC DE ttESTOft.

exposer sa léte aux foudres de Rome^ à ceuit de son prope der^. U demanda et obtint en mariage , Anne ^ seconde fiUe du souveraûi de la Russie. Peutr âtre le pape, qui cherchait a former des liaisons avec les Russes, dès4ors peu favorables au siège de Rome^ Gontribuart-il beaucoup à cette alliance.

Mais couuneo^ Henri, sur les bonds de la .Setne, put-il même oonnaître Texistence dlaiKulaw, spi Êusait sa résideneei à Kiew , sur \es rives du Boris*tnene •

U était difficile que le npm dlavoslaw ne fiit pas alors connu de presque toute TEurope : il avait porté «es armes victorieuses en Pologne , et avait repns sur Miécislas la Russie-Rouge, dont les Poloçais s'étaient emparés du temps de leur gloire. L'un de «es fik, pour venger l'insulte que des «larcbands russes avaient reçue a Constantinople, et la mort d^un am<bassadeur tué dans le tumulte, a^ait conduit une. flotte guerrière )usque dans le Bosphore de Thraœ. Cette expédition , qui avait rempli de crainte l'^wper reur Gonstantin*Moaoinaque, ne se termina pas heureusemenjt pour les Russes,. D'abord, «ftis.en dâeouÊer par le feu grégeois, battus ensuite p^r le» élémens, vainqueurs enfin d'une escadre de vingt-rqwatre g*- 1ères im^périales, faible dédommagement de leurs pertes et de leitirs travaux, xU acquirent au moins la gloire qui suit les eqtreprises^ audacieuses.

Mais les allianceis multipliées d'Iaro^aw^ qui sVt tendaient depuis la cour de Byzance jusqu'à celle d'Angleterre.^ devaient suffire pour répandre au loîa

Wùi nool et celui du jpeuple qu'il g;ouveniait. Veiné de ses fils avait épouse la fille d'Harold^ le dernier roi d'iVttgkterre de la racé saxonne^ prince célèbre par son courage^ et même par la triste dessinée qui le fit succomber sous le bras Ae Guillaume-le-Gonqnérant. Son troisième fils eut pour épouse une comtesse de iStadt^ sœur de Burchard^ évêque et prince de Trêves* Son quatrième fils épousa une fille de Gonstantin-Monomaque^ empereur de Constantinople. Il avait donné faînée de ses filles au roi de Norvège^ et la troisième à André^ roi de Hongrie* Enfin, Marie, la seconde de ses sœurs^ avait épousé Casimir, élevé sur le trône de Pologne, après avoir été en France moine dé -Cluny, et avoir reçu le diaconat.

Cette dernière alliance, contractée en io4i> contribua peut-être encore plus que les autres à feire connaître a la France le souverain des Russes*

Anne testa veuve en 1060, et se retira à Senlis. Mais elle était encore en âge de plaire y et le rang qu'elle avait occupé^ le haut crédit qu'il lui procurait^ auraient seuls été capables de lui prêter des cbarmes. L'amour ou l'ambition ^ peut-être l'un et l'autre^ mirent à ses pieds Raoul Iï> comte de Crespy et de Valois* Il avait pour femme Alix, comtesse de Bar^ur-Aube ^ qui l'avait rendu deux fois père. Mais ces gages de sa fécondité ne purent captiver son époux« Elle fut répudiée, et Raoul reçut en 1062 la main de la reine. Cette union causa dans le royaume des troubles dont le détail n'est pas parvenu jusqu'à nous.

3tO*

368 CHRONIQUE DE KEStOtl.

On a cru longrtemps en France, sur la foi d'ut» chronique, qu'Anne étml retournée dans sa patrie. Le président Hainaut, qui d'abord avait prudemment gardé le silence sur celte opinion, a cru devoir l'adopter dans la dernière édition de son Abrégé chro* nologique.

Cependant les Russes les plus instruits de leur histoire sont généralement persuada que jamais cette reine n'est retournée dans leur pays. laroslaw, son père,. était mort dès io54j la Russie était déchirée par les querelles des fils de ce prince, qui toyr4i-tour se renversaient du trône; l'Allemagne, qu'Anne eût été obligée de traverser, était encore plus tourmentée par les troubles qui marquèrent le règne du malheureux Henri IV.

D'ailleurs ce retour serait la preuve d'une disgrâce qu'Anne aurait éprouvée en France, et dont tous les monumens historiques éloignent le soupçon. Les troubles qu'avait occasionnés son second . mariage étaient dissipés depuis long-temps; sa dévotion la rendait chère au peuple, alors superstitieux; son attachement au rit latin parait avoir été trop sincère pour qu'elle soit retournée au rit grec, dès-lors ennemi de celui de Rome, quoiqu'il n'y eut pas encore de schisme formel entre les deux églises ; les papes , qui avaient alors une si grande influence sur les esprits, lui avaient prodigué des témoignages d'une confiance particulière; enfin, elle jouissait, sous son fils ^ du titre et des honneurs de la royauté, et, dans

IPIÈCES IMPORTANTES. Sôg,

les aele» publies^ elle joignait son nom à celui du monarque^ et confinnait les diplômes^ de sa marque ou de son seing.

Anne^ qui confirmait encore de sa marque un diplôme en îoySy n'aurait pu retourner en Russie que vers 1076 ; et c'est précisément le temps où son frère, Isiaslavr, détrôné, errait dans la Pologne et dans l'Allemagne^ mendiant les secours de Boleslas, du pape <jrégoire VII, et de l'empereur Henri IV, qui aurait eu grand besoin luinncme d'être secouitu

La question serait décidée, s'il était vrai que le jésuite Menestrier eût découvert en i68a, à la Ferté- Alais en Gâtinais, le tombeau de cette reine : mais il s'est permis un faux pour appuyer sa découverte. Le tombeau était celui de la veuve d'un certain Henri ,. et il a eu l'audaee d'ajouter le mot régis. Cette veuve se nommait Agnès, et jamais en Russie une femme n'a porté ce nom. Agnès, martjrrisée à Rome, n'est pas comprise dans le calendrier des Grecs, ni reconnue de leur église: et il est prouvé, par la signature même de l'épouse de Henri I.«', qu'elle n'a pas changé en France le nom qu'elle portait en Russie. Enfin, la prétendue découverte du jésuite a été eurtièrement détruite sans retour par les savans auteurs, du GalUaChristiana,

. On . ne peut donc démontrer rigoureusement que la reine Anne ait terminé ses jours en France, mais on a de fortes raisons .de. le présumer j.et, dans Fhis* loire, de telles présomptions sont bien voiames, aux

3lO CBKOfflQUE DE ABST^IA.

yeax de k erhique, de la certitude cpe fbumtAâeRl dès monumeos* (^)

Si, en effet, cette reine ëtait retournëe êsoi» » patrie^elle l'aurait troayëe bien changée. Nous avons dit qu'Iaroslaw, son 'père, avait réuni $M sa tête la ' domination de toute la Russe; mais en mourant, il fit entre ses einq fil&le partage de ses états. Cet usage,adopté dans la suite par tous les princes russes ^ de partager entre leurs enfans leur domination, qudque iàible qu'elle pût être, finit par morceler la Russie en une foule de petites souverainetés, et aucune Vl'%Ues ne fut asses puissante pour conserver des relations extérieares. Cette contrée, devenue étrangère à toute TEurope, et en quelque sorte aux diff(â*ent8S parties* d'eUe^méme, fut, dans le douzième siècle, so&ijfii-J guée par les Tatares : mais quand, au semèmt^ elle' eut soumis à sa puissance ces mêmes vainqueurs qui^ l'avaient si loi^-temps dominée, quand la déoonverte du port d'Arkhangel, faite par les Anglais, lui eut procuré, pour ses productions^ d'utiles débouchés ^^ elle contracta des liaisons avec une pâme des souve^ rains de l'Europe.

Nous ne voyons pas qu^elle en ait eu aucune a^ec la France avant le règne de Henri IV. (^) Il ^ trouve dans le recueil de pièces rassemblées par M. Novikol> sous le titre $ Ancienne BMiothèfuè rause, une ld;tre deœ prince^ écrite de Paris le 7 avrils i5g5 au taar Fédor Ivanovitch» Henri prie le laar de peroiet^^ tre à un marchand finoifais^ nommé Michel Moucher

byGooglc

riÈQBg IMPOIlTAlfTEa. 3li:

roQ^ de eomnlercer librement dans la Russie. U lui demande aussi ^ pour un médecin français/ noi!mnë Paul Citadin^ la perinifisian de retourner dans sa patrie^ et promet de lui envoyer un autre mëdectUé

Cette lettre ne fut point apportée par un ambassa**: deur^ mais seulement par un hdhime atitorisé; cW ce tjUe les Russes appelaient /k>I^. Elle nous montre u& commencement de liaisons commerciales entre la France et la Russici Elle nous apprend aussi qu'alors les siédettns français étaient en possession de la con^ fittice des tzars* (7)

Les troubles de la Russie, déchirée par dés impor^ tuns^ et touttnentée par les armes et les intrigues de la Pologne et de la Suède ^ rompirent des liaisodà avec les étrangers (^); mais elles se renouèrem quand la oauponne eAt été transportée a la dynastie kKmvdHedes Romanofs«

Nous devons à un Allemand du Holsletit^ Adam CHéarînià, h connaîsKi&Ge d'une relation an moins entaonée par la France avec le premier tsar de cette dynastie. li nous apprend qtfe trois ans après son arrivée à Moskou^ c'es^à-di^e vers i63i, Louis XIII y avait envoyé une ambassade, qui devait aussi passer en Turquie. L'ambassadeur se nommait Jactipes RbusseL Oléarîus lui donne pour coU^ue un sei«gneur qui , probablement, avait suivi ia légatic»! poiur s'instruire 5 et visiter un pays alors inconnu aux Fninçm: il se nommait Charles de TaUeyrsnd^ etprenait la qualité de marquis d'Ëxideuil, prince de Gkalaîs,: ooRite de Grignol, b;iron de Mareuil et de Bmsville.

by.Googlc

5ia CHRONIQUE DE NESTOR.

Roussel le desservit si bien auprès du patriaFche^ qu41 le fit envoyer en Sibérie. Talleyrand passa trois ans dans ce rigoureux exil : enfin^ il recouvra sa liberté .après la mort du patriarche, et lorsqu'on eut reconnu les menées de Roussel, qui ne travaillait qu'à mettre les princes eif mauvaise intelligence. (9)

Voici comment Voltaire s'exprime sur ce récit : n Oléarius prétend, dit-il, que le tzar MichelFédo- :» rovitz relégua en Sibérie un marquis d'Exideuil , y> ambassadeur du roi de France Henri IV : mais » jamais assurément ce monarque n'envoya d'amba»- 3) sadeur a Moskou,- et jamais il n'y eut en France de » marquis d'Exideuil. ^ (^Histoire de Russie sous Pierre-le^GrandfCh. ^.)

D'abord il est prouvé que si Henri IV n'envoya pas d'ambassade à Moskou, il eut au moins, ainsi qu'Elisabeth, reine d'Angleterre, quelques relations avec la cour de Russie.

Ensuite, Henri IV ne vivait plus, quand Mikhail Romanof monta sur le trône : l'ambassade, dont parle Oléarius, fut envoyée en Russie dix-neuf ou vingt ans après la mort de ce roi. . .

Enfin, je veux croire qu'il n'y ait jamais eu en France de marquis d'Exideuil, mais.il se peut qu'entre tous les noms que, par un abus trop familier à la noblesse, prenait Charles de Talleyrand, il y en ail im qu'Oléarius a mal retenu, ou mal écrit, ou altéré^ ou qui a été coiTompu par le copiste ou l'imprimeur. Pour; nier le fait qu'il rapporte, il faut supposer qu'il a fait un impudent mensonge, en racontant qu'il

PIÈCBS IMPORTANTES. 3l3

avait renconcrë Talleyrand à Rîga^ qu'il l'avait eu pour co^ipagnon de voyage à son retour de Moskou^ que c'était un homme d'environ trente-six ans, d'une agréable ^humeur, et qui s'ëtait amuse, pendant sa détention^ a apprendre pai^ cœur les quatre premiers livres de l'Éneide. Ces détails ont le ton de la véritë : on n'a jamais attaque la véracité d'Oléarius, et il paraît même s'être piqué, dans son ouvrage, d'une grande exactitude. Mais s'il est véridique , il faudra * donc supposer que le prétendu Talleyrand était un imposteur, qui est parvenu à le tromper. C'est encore une «ipposition qui ne peut guère se soutenir, car il est peu vraisemblable qu'Oléarius n'eut pas appris à Moskou, avant de rencontrer Talleyrand, l'aventure de ce seigneur, ainsi que les manœuvres de Roussel, qui avaient été découvertes pendant son séjour dans cette viJle. Il est donc difficile de croire qu'il ait été trompé par un imposteur qui aurait pris une fausse qualité et de faux noms. ('<>)

Le second tzar de la même dynastie, Alexis, père de Pierre I.®"", appela dans le pays qu'il gouvenïait, les lumières, les arts, l'industrie, la tactique, le commerce. D tourna les yeux vers l'Espagne et la France. Un même ambassadeur fut chargé de ses pouvoirs pour établir des liaisons commerciales avec les deux états : il se nommait Potemkin , et était de la même maison que ce Potemkin que nous avons vu, malgré son extrême indolence, exercer, pendant près de vingt années, un ministère si puissant sous la dernière impératrice de Russie. Le secrétaire de cette ambassade

3l4 CHEONIQUE D£ HKStOR.

était Sîmëon Roumiantsof > ancêtre de ce marëchal Roumiantsof > devenu cëlèbre par la victoire qu'il i*emporta sur les Turcs eu I774> victoire décisive qui amena la paix de Gâlvadgî.

Potemkin^ après s'être acquitté de son ambassade à Madrid I vint en France^ par Bayonne^ en 1666. L'usage était que les ambassadeurs de Russie^ comme ceux de toutes les nations orientales^ fussent défrayés^ par les puissances auprès desquelles ils étaient en» voycs. dépendant^ on ne put défrayer Pot^nkin dèt Rayonne^ parce que sa mission n'^ayant pas élé pré* vue^ on n'avait pas reçu d'ordre delà cour^ Il lui fut accordé de ne pas payer la douane du roi : mais idors^ par un réiste du gouvememem féodal^ de» seigneurs avaient autei leurs douanes : l'ambassadeur fut traité ' avec la rigueur ordinaire > et connue un simple par-^ ticulieri par le ferinier de celle du maréchal d# Grammont. Il ne fiit pas seuli^menf dbKgé de lut payer le droit de passage pour ses propres effet» y mais même pour les ^résens qu'il portait au roi^ et^ ce qui lui cau^ surtout un grand scandale^ pour une image de Jésus^hrist et de la Vierge^ enrichie de diamans. Tout ce qu'on l'avait forcé de payer 4 Rayonne lui fut rendu à Paris; Il fut cbnduit de Bor*deaux à la capitale, aux frais du gouvernaEnent* A deux lieues dé Paris, lé maréchdl de Rellefonds viilt Hu-devant de lui avec un earosse du roi , un dé la reine, et plusieul*s autres voitures pour la suite de la légation. Il faudrait ne pas connaître le caractère de Louis XIV pour he pas sentir combien ^n orgueil

FIÈCES I H POU TANTES. 3lâ^

fpt Aattté de recevoir cette ambassade. Aussi PoterAkin^ tout pokitilleux qu'il était^ n'ëprouva-t^il au-^ Guae difficulté pour l'ëtiqtiette : seulemeM^ ap^ès avoir reçu son audience de congés il fut très-àâligé d'apprendre^ de ses interprètes^ que les titres du tzar n'avaient pas 4lé transcrits exactement tels que les prenait ce souverain. Il se montra d^espén^ ^e têt affront :' il refusoit de prendre aucune nourriture; ei Ton peUfe croii*e qtie'Sa douleur était sincère, car il n'aurait pasi manque d'étfe ptrtii à soii reloui*^ et de recevoir le knout^ pour n'avoir pas du faire respecter la pei'sofiue d^ sonr prince* Mais le nfml fut bientôt rëpar'és olf» s'excusa sur la négligence deis seci^étaire», et 3a ktti'e fiit écrite' de nouveau avec la longue page de titt-eà (fgue prennent l€Ss souvenrins de Russie^ Fotetnkin répéta plusieurs fois, tant au roi dans ses auctienôes^ qu'aux ministres et au maréchal de Bellefonds, que ^il avait le boribeur de revoir lesjreux tres-^hrillans du, tsar, il lui rendrait témc^gnage des bontés de sa

ma^té<

L'objet de cette ambassade était d'engager LôuisXI V à recevoir dans ses états des marchands russes^ et à faire passer en Russie des marchands français. Cette proposition ne pouvait être que fort agréable a Colbert, attentif à saisir tous les moyens d'étendre le conmierce de la France. Cependant, on ne put faire un traité définitif, parce que Potemkîn n'avait pas reçu le pouvoir de le signer. Cela n'empêcha pas que dès le lendemain de la première audience^ il ne vint des négocians trouver l'ambassadeur, pour apprendre

3l6 CHRONIQUE DE NE&TOR.

de lui de quelle manière ou pouvait éommeroer avec la Russie^ quelles marchandises ou y pouvait importer, et quels pourraient être les objets de retour. Ces marchands promirent d'envoyer, dès l'année suivante,, au moins un vaisseau a A.rkhangel.

Potemkin assura que les Français auraient en Russie autant de liberté pour l'exercice de leur religion qu'au milieu de la Fraude : la même assurance fut donnée pour les Russes par les ministres de Louis XIV {Vrei^niaia, Rossiiskaia, VivUophicay U v-) C'est à quoi se borne aujourd'hui cette tolérance si vantée -de la Russie. Tout étranger peut exercer librement sa religion, avoir ses temples et ses ministres ^ mais un Russe serait puni, s'il embrassait le rit des latins^ ou s'ilse joignait à quelqu'une de^ sectes qui( partagent en Europe les adorateurs du Christ.

Les' relations politiques et commerciales de la France et de la Russie , sous les règnes de Pierre L*^ et de ses successeurs, sont assez connues. Nousn'a^^ vions pour objet que celles dont le souvenir s'était;

efiacéOO-

AECUBIL DB PIÈCES. 3l7

VOTBS.

(l) On remar({ttera peut-être arec surprise que nous commenciontf C6 Becaeil de Pièces inédites par un Mémoire déjà connu et imprimé. Ce «oreeau, en effet lu par Fauteur , le 17 floréal an 5, à Tacadémie des sciences morales et politiques, se troure dans les Mémoires publiés de cette académie, mais. seulement U, ce qui le rend assez rare. Notre intention, eu le réimprimant ici , est moins de le critiquer que de compléter des recherches sur un .poiat historique peu approfondi jusqu'à ce jour.

(a) Aujourd'hui, comme au temps de Louis-le-Débonnaire^ il faut penser que ces hommes étaient des Busses Suédois ( Tarègues ou Scandinaves), ou tout au moins des descendans des Suédois , établis depuis quelque temps en Prusse, sur les bords de la Baltique, et non point des Ansses-SlaTes de Novgorod ou de Kiew, comme semble l'insinuer Lèvesqae. Mais, avant d'«Uer plus loin^ il est à propos de citer textuellement ce passage des Annales de Berlin , si souvent invoqué par des écrivains curieux d'y trouver un argument favorable à leurs systèmes.

Venerunt etiam iegati Grœcorum à Theophilo imperatore directi , Theodosius vidélicet Calcedonensis metropolitanus episcopus , et Théophanius Spaîkariits , *Jhrentes cum donis imperatore dignis episiolam, Quos in^erator quinto dedmo kalendas junii in Ingulenheim Jionorifieesuscepit.,. Misit etiam eumeis quosdam qui se, id estgeniemsuam, Bhos voeari dictant. Quos rex illorum Chacanus vocabulo ad se andciiiœ, sicut asserehanty causa direxerat. Petens per memoratam episto^ iam quaUnus henigniUOe imperaiaris redenndifacultalem atque auxî^ lium per imperium suum totum habere possent : quoniam ilinera per quœ ad illum Constaniinopolim vénérant, inter barharas et mmiœfe" ritaiis gentes immanissimas habuerant , quibus eos, ne forte periculum ineiderent, redire noluit. Quorum aduentus causam imperator diligent

3l8 CItRO£lIQtJE DE IiÊS>rO«.

tius Mi^estigùns, œmperit eos gentis esse Sueoaum , explorûiotes pôtiitl regni illius nostrûfue, quam amicitiœ petltores'ratus , pênes se eo ns-» ifue retlnendosjudicavit, quotid veraciter inuerUri possei , utrum fide-* hier eo necne pervenerint. Idque Theophiloper mentoratos legaios suos atque epistolam inlimare non distulit , et/juod eos illius amore lihcnler snsceperitj acsijfideles invenirwiÊHr, etfacultas ahsque illorum periûulo in patriam rem^andi dareiur, cum uuxilio remittendos : sin allas unà cum missis nostris ad ejus prasentiam dirigendos , Ut quid de talibusjieri deherel , ipse decetnendo.^fficeret.

Maintenant , je le demande, comment des Russes-ShiTes , retenant de Constantinople , eussent-ils tl-oUT^ si commode de traverser toute l'Aile-» magne et la France pour regagner Kiew ou Novgorod ? N'avaient-ils pas le Dniépier, do.qt JU Q^yigiition lem* 4^itfaix)i]|tÀre ? ou T^ppiii ds i'esipe* re^r qe pouT^i^-U l^JPf fluvjrir un pas^s^g^jkav M^ongniiey^oiil'le^halii'ttans étaient Slaves cpmii^e ev^x? Au sqrpUis, cette pr^^ntÎQn de<ir«ir des Busses-Slay^^ 4^3 ces députés qui p^rur^Qt «n 'Et^hc ^o â% mk en cpptjrudictipn {Q^ni^este ^ec |eç?oii?-q^ Iii9i9ciqit«9!dç lu Buasû. . L#s gpqaJe» de cppayA et U Chiromqiie 4o>N«itor) .en particulier^ étal>liBfeat quç ^ §{aT<9 ^«curent le Aoni d£ Roues des trois IrèriM 'Varè^ gués, à qui, vers 86a, les Slaves allèrent offrir la souveraineté. tt-Pour I» trovver Pli prince qui les £QUT.e^ty ditj^ejii^r {^ so), les Sli^ves » pfMsèrfnt la in«r» «t «e r«ndûcen| fà^^ luf Y«pi^wm^ 4|u'on pomBsét ;i Yarègves-Russes^ comme d'autr^»^ IH»mm«nA Y«règnaiB<^é4oift^llr>" I» m((Qiens (Normands), Ingliens çt d'«|itres Gotjia.» Puis plus Imm : «^reu- » Tor s^étabjit à Ishorsk; cette partie d^ .1» RiMfie reçut plna «ard des i> Yarèguçs le nom 4? Novgorod j ip^aia InMiUii» <1» ciel«|r 4»atré«v ». iiiyant Tarrivée de Rprik, n'étaû»)t4^?mU9Lqoii aoua la nom <de>Si»ft«s. 9 Puis enfin (p.C|o):« Olegpïit p90se9«ioDd9K.iew,«t]fiétaldalMréudeu€». » Puis il dit : Cette ville «era désormiûs lu m^e i)e |kiu(«^ 1«« .«tlletf i> russes... Or, comme û avait avec lui d«s Ywèguf» e^ qudQtiff « ««tri» » gens du pays russe, celte cOnUrée^ntle nom dejf^4 4tif Jtmm» #

1^9 Yarèguea-Rfissea habi^ien^ iii«QUtM»l>lefliBnt usa des pnorâeea de la Suède, où, (lepuis uu temps iopmém^riali Uctùste une province appelée Rps^X^gen. LeAPinpis, qui jf^if ^VfMiitplnt de vtlattoaf avec le ^os-Lagen qu'avfsc toutes les autres çontFiâet de la SfiaBdin»n« ou Y«* régie, en appellent encore ai^jourd-Uw 1## babitaus Bhoê^ R^Mnetct Eououes, Dans la Stepenmù'af^n^<t, çjifpulqua russe du trciaième aièda , il est dit qu^ Rui^ik et jiea frèriss étaient xism» de la Prusse, où, depuis fort long-temps, le K^riscbr-baff s'Aj^bût Ronioa.,Jo>bras Bepteairional du Niémen ou Mémel Huss, et les environs PomstU. il faudrait suppo^

ftEClTElt D£ PIÈCES. 3ig

•er alors , cd qtii n^a rien dHoTraisembUble , que ies Yaregut^Busset y •eraiept Teoua de la Seafedinayie ott du Ros^Legen , et cette supposition lerait d'autant mieux fondée que les chroniques de la Prusse assurent que l^premiera habitans de leur pays furent civilisés par des émigVés scandinav^s qui sayiûent déjà lire el écrire. Il suit de tout cela que les dépu*' tés russes qui parurent à la cour de IiOuis*le«D^>onnaire en SSg étaietit des Russes ^e Varégiç ou de Foi-ussie , et roq point dçs Russes de Slato« nie, puisque les habitans 4e cette dernière- contrée ne portaient alors que le nom ^e Slaves, et ne re^rpnt celui de Busses queyttrs 869.

(2) Vojez ce que dit Nestor (p. 7 et 8) des trots frères Polabîens et <itt vo^FagiB de Kii à Tsanigrad. Dans la note 9 du chap. 10 > p. , nous «vous cité , nik •u}et de Fongine de Kiew> {^opinion de Lamartlnière et dt quelques «utrea écritains , opinion qu'aucun monument ne justifie. C^ede II«aloyr n» présente pas, à layérité, beaucoup plus de Traisemi^k«ce,

(4) Yoici en quels térines Zonare s'elprime , dans la traduction que lensaT^His dé|à eitée, au sujet de cette première eipédhîon des Russes:

c Les Russiens qui sont habitans deScytbie^et voisins de la montagne èa Thvtr, ayant assaiUi la mer Eujùne et toute leur flotte ,. commençaient i menacer le pays Toisin de'Gonstantinople. Totttefois, leur dessein ne î$t exécoté ^ la ditin? PioTidenee y- remédiant^ donnant oi'dré que ce» Wcbaftti forent oontrainta de s'en retourner sans rien faire > après avoir' «nti la main poissante do hi vengeMace céleste. »

Zoiuuw {Mègne de MivhetJUâ de^ f%é&phife et de néod&ra , p. 63). ' (S) Sttifrsit-la plus commune opinion, ce fbt Gautier Saveyr, évéque de Bleaux, accompagné de Goscelin de Ghalignac, qui fut chargé, en 1048 , dPafier chercher la princesse de Russie. Toussaint du Flessi», dan» Mm HiaCOtir« de l'église de Meauz, nous donne, au sujet de cet évéque ^ les détaib suivaos : « Oaatièr, dit-il , succéda à Dagobert avant le mi- » liea du onzième siècle, car on a des chartes de lui de Tan io45. Le » nom de Saveyr, c'est-à-dire de sage on de savant, qui lui fut donné » d* son temps, et que la postérité lui a coMerré, ne renferme pas un » petit éloge. U souscrivit, en 1047» ^ *^" acte du roi Henry l'r, en tà-^ » \^^t à» l'abbaye S.*Médard de Sèissons. La même année ou la sui- ^ iftnie f a aaaitta k uâ ccmcfle tenu & Sen», et y souscrivit à Pacte par » le^oel ce même prince oonirma la fondation dû monastère de Saint-'

* Ayoïd de ProTtos, faite par Thiband III , comte de Champagne. Au»« » sitâk après, Henri 1«' ayant jeté les yeux sur hi princesse Anne, ûBhr

* delaroslaw, roi de Russie, pour dionner une reine & la Frakice, Saveyr » fiit diMsi pav ce prince , stco Gdseetin de Ciulignac , pour eu aHe^ fa» e

» la denMnde. H l'obtint, et revint aTec elle en France, en '1049) com- » blé de caresses et de présens. Le roi Fépoiua Yers la Pentecôte , et de » ce mariage na<|uit, l'année suivante, Philippe I^r. »

Cette opinion est appuyée par le plus grand nombre des historiens qni ont abordé cette question. ( Voyez Rerum gallicarum et frctnciseanim scriptores, t, TU, ip, iS'], etc.)

D'un autre c6té, cependant, Bolland, dans wb Acta Sanctorum , (mois de mars, t. ii, p. i5) , cite une note qu'il a trouvée sur les' marges d'une vieille légende manuscrite de l'église de Saint-Omer, d'après laquelle ce ne serait plus Grautier Saveyr, mais bien Roger II , évêque de Châlons-sur-Mame, qui aurait été envoyé en Russie. En' voici le texte : Anno incamati Verhi io43^ quando Henricus , rex Fnmoorum , misit in Rabastiam ( Russie ) caialaunensem episœpum Rugerum, profiliâ régis iUius terrœ, Annœ nomine, quem debebat ducere uxorem, deprecatus est Odalricus, prœposiius Sanctœ-Mariœ Remensis eccltsiœ^ eumdem episcopum quaienus inquirere dignaretur, utrum in iUis parti'' bus essetÇersona (Cherson), ubi S. Clemens requiescert legjitur : vd si adhuc more partiaJUir die nafalis ejus, et pervUim esset euntihus? Quod^fecit : nam à rege illius terras , scilicet leroslava^ hoc didi-citquod Julius, papa, etc., etc.

Pour concilier ces deux opinions, on peut supposer avec les auteurs de la Crollia ChrisUana que ces deux prélats lurent envoyés ensemble.

On n'est pas d'accord sur l'épo^ie du mariage : les. uns leiplaceot en l'année io48, tandis que d'autres le font remonter à l'année io44*

Quoi qu'il en soit, la reine Anne eut trois fils: Philippe, qui succéda au roi son père^ Robert, qui mourut jeune) et Hugues, qui, par sou mariage avec Adélaïde , fille d'Herbert , devint le chef, de la seconde branche des comtes de Vermandois. On lui connaît aussi une fille du nom d'Emma , dont , au surplus , la destinée est restée ignorée. L'époque de. la naissance de ces princes n'est pas non plus bien connue j on sait seulement par la pièce suivante qu'ils vivaient déjà en io53.

Jn nomine sanctœ et individuœ TrinitaUs , Pairis et Filii et SpiriiûsSancU. ,

Ego Henricus, Francorum Dei graSid rex , nolum esse volo prœsentibus acfuiuris, quia meam adierunt prcesentiam monachifosso' tensesy meque petierunt, quatenus eis perdonarem consuetudines de hobus, de carne , €fuas mei ministri, in Mosyniaco et in Curciolis injuste, et per vint rapiebant. Quod etfeci, ita ut à modo nemo meorum servientum in his diiabus viUis aliquid accipiat, neque rapiat ullam Omnino rem, neque intusper violentiam intrent. Quod si fecerint , axit

t»lÈCES IMPORTANTES. 3at

tiHéndeni, aiU corripiantur. Quod si mù coeci eamem accipere volue* riiU in campiSy si iiwenerint, accipiant et entant: in viUis vero nequa^ quam intrent, Istam concessionem pixt remedio animcb meœfeci, an» nuente mea çonjuge Anna et proie Philippo , Roberio ao Sugonct Quam si guis infringere voluerit, viginti aurilibras tomponat. ActumMele* duno lY Idus juUi.,.. ( Historiens de France, t* xi,p. 600.}

M. le prioce Alex. Labanof , à cpii Ton doit un recueil des pièces histO'» riqnes où figure le nom de la reine Anne de Russie , établit, d'après les diyers documeus qu'il publie, «pie cette princesse asftista , le a3 mai xo5g^ au sacre de son fils Philippe, a Béims^ que, bientôt après, elle confirma la charte qui autorisait Hugues , un deé gardes du roi , à céder l'église de Sainte-'Marie, dite Villa-Mile, aux moines de l'abbaye deCoulombsj et que, l'année suivante, elle agréa pareillement celle qui fut donnée au couYent de Saint-Martin-des-Champs.

On sait que Henri !«' mourut à Vitry , le 4 AoAt 1060. La régence tie fut point confiée à la reine<^mère, qui, sans doute, l'eût pu reveudi-» qner. Mais, dépounrue d'ambition, comme Yraisemblablement elle l'était d'autorité , dans un ps^s si éloigné , si difiiérent du iien , la reine Anne -fit le sacrifice de ses prétentions : ce fut Baudoin, comte d6 Flandre , prince sage et d'une brillante Yaleur ^ qui fut déclaré régent ^ sous le titre de marquis de France.

Ainsi que le disent les chroniques, Anne de Russie embrassa , aussitôt après la mort de son époux, la Yie retirée... « Li roi Henriz prit à famé a Anne, la fille au roi rufiin... Icèle dame pensait plus aux choses à Yeoir j» que aux choses présentes; dont il aYint quele fitestorer à Senlisune » ygliseen l'enor saint Vincent.... »

H paraît certain qu'elle ne fonda ce monastère qu'aprèsia mort de son époux, et dans la Yue de s'y ménager un refuge. En Yoici la charte de fondation, que les auteurs de la Gallia ChrisUana ont datée de lob^, ce qui ne paratt pas exact, puisque son contenu prouYe qu'elle fut donnée sous le règne de Philippe !«>*, qui ne succéda au roi son père que le 39 août 1060:

Nùtum est omnibus Sanctœ Ecclesiœ jftHis , quoniam uniuersitatis Creator omnia ad ornatum compositionemque saoratissimarum hupUor rum unigenili sui Deus Pater condidit, non solum genitor, sed et ipse genitns concordia SancU-Spiritûs sibi sponsam apiat^it; sieut ipse in Canticis Canticorum eidem sponsœ dixit : « Feni de Lihano , veni , et . » coronaberis de capite Amana, de vertice Sanir et Hermon, » Ego outem Anna, corde intelUgens , mente perlracians tantam putchriiU" dinem, tantumque decus^ alque recolens illud quod scriptum est: I. 21

3a!l CHRONlQ^tJfi DE 5ï:STÔR.

(c BtMi ïfuiad cœnam AgrUveoaii tuM !, » etquod ^f»é ChrùfH 9pon9a aUâa dioit : « Qui ehieidant jnt;n)iuun œternam habe^nt, » déliherat4 apud me quomodo iUarum epuhrum^ iUiuàque heaUiudinis ac vHat ÉBterhœ particeps eaeistere possem : cumque demum sMevatum tsset coY nùumadfabricandam Ckristo ecclesîam, ut intus incorporari et quod* lihét memhrum ilUus sanctœ sodetatU, quajide Christù adjuncia ett,eùnnecU voluisaem , in honore Sanola TrinitaU» et ptœ Dei geniUieU Maries et Prceeurtorts Domini , et sanoti yincentU, nuutjrris., Chrisfo eam fahrieari et dedicari prœcepi , attfue dein depùtari i^i defacuita^ iibus mets, et de his quœ matrimonio Henricos rex , coo)ax meos , milà dedertit. Quœ omniafavoreJUii méi PhilippiDêi gratid régis, etômh nium optimatum, sîti regni concilio atiitulari conoedo, quatenus ibi quietiei tranquilli reiigiosi viri Domino sert^ientes, mundo rénunoian» tes, regularem, id est sanctorum apostolorum et beati Augustini, qum soripta est, vitrnn canônici amplectenies vivere valeant, et propecoatis Hernici régis ac//tliorum et amieorum meorum, atque meis , die aa nocte Dominum exorent, et ut sine macula aut ruga, sicut à Chrisio op»> taxur Ecclesia, suis precihus me Domino exhibeant : ierràm sciUeety quam juxta eeêlesiam Ivo prœpositus possidebat, ab ipso pretio emp^ tamcum^mo et omnibus consuetudinibus y quas terra reddere sobets novem hospites cum omni consuetudine, quas priusin eodem hco possi^ débam , de oensu monetœ très libras prœdieUe eiwitatis, in cujus suburèio prasfata oonstruda est ecclesia^ et quod àd dt^itatem pertinet, moiendinum unum in vtUaquœ dioitùr Guuils, villam unam quaidi" eitur mansionale Blavum in territorio Laudunensi dlhdium unum in villa quœ dicitur Crespis, Sed ne quid deinceps eis molestum sit, oon^ eedo omnes omnino consuetudines sancto Vineentio et canotUcis ejus. "Levidimus «uivânt da rei Philippe !«' ne doil; «iF0ir été d^naé-^e ▼ers 1071 ^ car ce n^estqa'en cette année qu'il éponsaBerlhede SoUmide^ doiit ià est question dens cette pièce.., . ,

£^go PKUippùs , Dei gratiâ Francorum rex, mutuauimùsab ipsis eànonicis sancti Fincentii triginta libras, et eis inde quamdam viltùidm -^nosttami, quœ vocatur Burberiacus , in vadimonium concfissimm, ea €ondiXione ut quamdiu prçsjalas libras canonicis usque ad noyissimum 'tquadnmtem non reddiderimus, villulam illam , ^um omnibus ad eam \peninenUbus teneant et possideant quietam et solutam ; dum vero per- -sàlverimus , ex toto prœfaUtm vadimonium redeat in dominium nostntm, sieut prius fuerat, sunt autem denarii siluaneetensis mtmeUe S. Beriaregina. S. Philippus'rex. ' ,

Ce fut dans ce monastère qu'Anne de Russie alla s'enfermer. Gepen-

PIECES IMPORTANTES. 3s3

émty Mtte retraite ne Fempéelia point d'^outer Râonl de Péronue, fnrnommé le grand , comte de Crcspy et de Valois, qui, comme le rapporte l'auteur du Mémoire, répudia sa femme Alix, pour épouser cette prÎDC^^ Une telle mésalliance nous parait une tache k la gloire de la reÎDe Anne : on n^en jugeait rraisemblablement pas ainsi au onzième siicle. Les grands allaient presque de pair avec les rois, et nul plus que Raoïnl de Crespy, comte de Valois, du Vexin , d'Amiens, de Bar<-sur«>Aul>e, de Vitry, Péronne et Montdidier, ne pouvait se dire puissant, redou* table et digne de riraliser avec une t^te couronnée. « U ne reconnais- » sait, dit Carlier, t. i, p. aSg, de puissance au dessus de la sienne que » celle qu'il pouvait faire servir à Paccon^lissement de ses. deueinsr II 9 ne craignait ni les armes du roi, ni les censures de l'église.... il des* » cendait de Charlemagne par Hildegarde ou Hédelgarde, dame de » Cretpy. ». Cependant, chose étrange ! Henry W, redoutant les foudres de Rome, q\ii frappaient d'interdittion tout souverain qui osait épouser sa parente, même au sixième degré, n'avait. recherché la main de la fiUe de Russie que dans l'imyossibilité où .il s'était vu de trouver en Ett<* rope une princesse avec qui il n'eut pas quelque parenté. Et vmci que Raoul de Péronna contracte mariage avec la veuve de Henry , dont il était proche parent ! U faut croire, comme le dit Garlier , qu'il se souciait bien peu des remontrances. ecclésiastiques.

Il est certain toutefois, que sa conduite irrita le clergé de France, qui se crut obligé d'excomouier les deux époux. Gervais, archevêque de Reims, écrivait en ces termes, en 1063, au pape Alexandre : « Regnum » nostrum non metUocriter conturbaium est : regina tnim nosira » conùti Rudolpho nupsit , quodfaetum rex nàsUrguam minime 1» dolet.,. De uxore uero comilis Ruâolphi, quœ vestrœ eonquesta est » paUrhiuai, se a vira injuria esse dimissnm,id i*obis notum esse po- I» iumMts, etc« j» Le mécontentement des évéqçes et la violence de leurs censures , ne firent que resserrer davantage les nceuds des deux 4poux : l'obstination de Raoul allait allumer une guerre civile, si la mort ne l'eut enlevé quelque temps après son mariage et n'eut rendu Anne ,de Russie veuve une seconde fois. Le prince Labanof a publié, dans le recueil cité plus haut, une charte de Raoul, donnée en 1069, au château d'Amiens ^ qui porte le nom de ce seigneur et de son épouse : hao autem [eartula mea manu atque uxoris meœ Annœ, etc. , et qui est signée Anna uxor ejus,,. Le comte Raoul mourut à Mootdidier, le 8 septembre I074i ^' T fut inhumé dausla chapelle du château : mais le 33 mars 1076, son fils, le comte Simon , fit exhumer son corps pour le transporter dans le caveau de l'église de S. Arnoult de Crespy , ainsi qu'il résulte d'une charte de Simon, datée du 33 mai 107 7.

3^4 CHROiriQUE DE NESTOR.

n parait certam que la reine Anne , éloignée de U cour durant U Tiè de son deuxième nuiri, y npanrot «uiitôt après la mort de celnirci. Cest du moins ce qui résulte d'une charte de Tannée io35 , concernant la fondation du monastère de Notre-Dame de Pont-le-Voy , à laquelle est annexé un vidimus du roi PLilippe I^r^ ^e l'année 107 S , conçu en ces termes :

In nomine Domini, Dei gradd, Philippus Franeorum rex, Jioc êerip' tum etjirmamentum supradiclœ donationis eoncessimus , et manu nos^ ira propria signauimus publiée Parisiis, in palatie nostro , anno net" tri regni xyi^ et si^Uo nostro corroborari prœcipimus, anno incamati Verbi m. «.xxv. Signum Anus , matris Fhilippi , régis. Sig. Frederid reg^s dap^eri, signum Henrici régis oonstabularii , etc, (Gall. Christ.^ t. Yiiiy preuT. col. 4^3)*

L'absence de documeus authentiques sur cette priocesse, depuis cette époque, a fait supposer, ainsi que le dit Léyesque, qu'elle 'était retournée mourir en Russie. Cette supposition , qui repose sur une phrase ^une chronique latine (esc vtteri exemplari Floriacensi, apud Duchesne , t. tVfp, 87.}, est toutr-à*£ait iHTraisemblable , et Léyesqne déreloj^ assez cette opinion , pour que nous n'arrêtions pas dayanUge le lecteur sur ce point historique : non pas que non* croyions beaucoup plus que lui i U découverte du P. Ménestrier, dont 00 connaît assez le goût pour les singularités, mais parce que les liaisons de famille de cette princesse et la religion catholique romaine, qu'il lui avait fallu embrasser en épou'sant Henri I*', comme aussi les changemens survenus en Roasie depuis son départ, lui faisaient une loi de rester en France.

Nous ne terminerons pourtant pas cette longue controverse sans mettre sous les yeux du lecteur les deux pièces importantes du procès, je ▼eux dire l'extrait du Journal des Savans où le P. Ménestrier mit le public dans la confidence de sa belle découverte , et la réfutation que firânt de cet article les frères de Sainte-llarthe.

Nouvelles découvertes pour Phistoire de France, par le P. Ménestrier, de la compagnie de Jésus, publiées dans le Journal des Soyons, du ^2 juin 1683.

« Ceux qui ont écrit l'histoire de France ont donné jusqu'ici pom' a> femme à Henri le»*, fils de Robert, une fille d'un roi de Russie , qu'ils » nomment Anne, et ils ont dit qu'*après avoir épousé en secondes nopj> ces Raoul de Péroune, comte de Crespy et de Vallois, elle s'en rei> tourna à son pays. Cependant, depuis peu de jours , le P. Ménestrier

PIÈCES IMPORTANTES. 3a5

9 a découvert le tombeau de cette pf iucesse dans Téglbe de Tabbaje de ]» YUIiors, de Tordre de Gisteaux, auprès de La Fertë-AXeps, en Gati^ 9 nois, à une lieue d'EsUmpet. G^est une tombe plate dont les extrémi* » tés sont rompues. La figure de cette reine y est gravée, ayant sur sa » teste une couronne & la manière des bonnets que Ton donne aux élec- » teurs : il y a un retour en demi-cercle où commence son épitaphe en » ces termes : Hicjacet domina Agnes y uxar quondam Henrici regis^ J» Le reste est rompu , et sur l'autre retour on lit : Eorum per misericorm » dûnn Dei requiescant in pace.

» L'on apprend par cette épitaphe, !<> que le véritable nom de cette » reine était Agnès ^ quoique MM. de Sainte-Marthe aient dit (première » édition de la Gai» Christ, i656) : Environ Fan de grâce io44> ^^ ^^ » Henri fut conjoint par mariage avec Anne de Russie ^ aucuns la nom- » ment mol Agnès t d^autres Matkiide...,.^ n^ on voit qu'elle est morte » en France, u

I^otiee sur Fabhaye de ViUiers^ eontenant la réfutation de la pièce précédente , traduite de la Gallia Ghristiana , t. xn , p. a3a.

» Jean Bréard, seigneur de Bréteuil, et sa femme âmicie, avoient » concédé, au commencement de Tan laig, à Pabbé et aux moines n de S.-Roman, de Tordre de S. Dominique, les dîmes de YilHers, près 3» La Ferté-Aleps; mais ceux-ci, préférant souffrir la pauvreté, et re» » nonçant à leurs revenus, firent en avril laao, une libre cession des a dimes de la maison qu'ils avoient à Yilliers, afin qu'elles fussent cona ' sacrées à rétablissement d^un couvent de femmes, de l'ordre de Gisteaux.»

» Pierre^ archevêque de Sens, à la sollicitation de ladite Amicie, apa prouva la cession, au mois de mai j et Pierre, prieur de l'ordre de saint » Dominique , la confirma en I2;35. Saint Iiouis, en laSS , lui donna le » sceau de l'autorité royale, augmenta les biens-fonds du monastère. » Blanche, sa mère, et Marguerite, son épouse, comblèrent aussi de » bienfaiu cet établissement....

»'U est à propos de dire quelque chose d'Anne, seconde femme du » roi Henri I«r^ dont Claude-François Ménestrier, prêtre jésuite, crut » avoir découvert le tombeau dans l'église de Tilliers, en i68a :il prétend 9 y avoir lu l'épitaphe suivante ; Hic jacet domina Agnes uxor quona dam Henrici régis. Mais , en 1642 , M. Magdelon Theulier, délégué » du -vicaire-général de Tordre , y avait lu : Hic jacet domina Agnes^, n et à ces mots, on avait ajouté ensuite: quœfuit uxor Henrici. Enfin, tt en 1749, d'après mon inviution , D. P. F. Nicod, prieur de Loya , y

3l6 CBRONIQUE DE NESTOR.

)» lut ce qui suit : Hiejaceî domina Agnes , quafidî uxor Henrià. » Aihii, i.o ni l'un ni l'autre de ces deux derniers individus n*y- ont tn » ces paroles Henriei régis, parce qu'en effet cela n'a jamais existé^ 3» 3.<> dans toutes lès chartes et dans les ouvrages qui ont parlé de U » seconde femipe du roi Henri , elle est toujours appelée Anne , et ja- » mais Agnès (^) j 3.o il s'écoula au moins cent quarante ans de la mort » d'Anne à la fondation de Villiers; 4*® il ne parolt pas que èette reme » ait été, par la 'suite y transférée dans ce lieu, aitendu qu'elle étoit re- » tournée dans sa patrie , d'où rien n'annonce la translation de la 3è défunte.

» Henri I«' avoit eu pour femme Mathilde , fille de l'empereur Conrad » et de Gisela ; il en eut une fille unique , qui, morte avant TÀge de cinq j» ans, fut suivie de près par sa mère, qui expira a Worms, où elle fut 3> enterrée. Après la mort de Mathilde , Henri épousa Anne, fille de Ge- » risele ( Jaroslaw), roi des Russes, et cette nouvelle reine fut sacrée et » bénie à Reims le même jour que Lietbert de Cambrai fut sacré évéque, » en io5i. Le roi étant mort en 1060, la reine Anne fdnda, pour le » repos de son ame, l'abbaye de Saint- Vincent de Senlis, avec les » biens que le roi Henri lui avoit donnés à l'occasion de son mariage ; et » peu apvèt , en 1061 , eUe épousa Raoul, comte de Crespj et de Yalois, » qoi renvoya sa £emme Alienor, de qui il avoit eu des «nfans. Le roi » s'en plaignit, le royaume fut troublé, et l'épouse renvoyée porta ses » plaintes au souverain pontife. Aime accéda aux lettres patetites du roi % Philippe- en faveur des moines de Fleury, en 1067. Elle obtint, en » 1069, du même Philippe les immunités de Tabbayede Saint-Tincent. » Enfin, le comte Raoul' étant mort en 1074^ elle revint ^ l'anmée suî* » vante, dans sa patrie. »

(6) Lévesque se trompe. Le gouvernement français eut des relations avec celui de la Russie , dès le règne de François 1^^, et vraisemblable» ment k une époque plus reculée encore. Les recherches que nous avons faites à ce sujet ne sont pas assez complètes pour que. nous çntrepre*

ton

gnatnr* ne la reine .agnei , Jtgntf ngma. ai cudcidi ae la qae u aecouverte an f. ue« nestrier peut être ejActe , et qne l'épouse du roi Henri a réellement porté le nom d'Agnès. Je me bornerai à dire ici que l« mot Agnig ne me sMsble nnllement être le même mot tpfA^mur, qui fait an génitif Agnetù, «t qn'il paraît étra bien plutôt une conraption dn mot ^mier. Quant au diplôme de Philippe X*, dn A7 mai 1060, portant le mot entier jfpief ngina , commue il n'en iadiqne pas l'origine , il est inutile d'établir aucune présomption sur son autorité.

FIIÈCE3 IMPORT j)lH TES, 3^7

itJODS d'en fiiire aujourd'hui oonnaltre le rétulut^ Noua dous bornenoni. aax relatiooi qui suivirent la déçQaverte d'Arkhangel par leaAogbitf.

Souple régule de Henri II, vers i553,. André Judes^» ^eorgea Barue9 et Antoine Huiey,. riches: négooians de Londres , qui cherchaient un. chemin par la mer glaciale^ pour aller en CIvne, entreprir^it cette péuhle navigation sous la coqduite d'Qugues, baron de Willoughbey.. Durant la traversée, le capitaine mourut de froid ^ Bichard Chancelier,, 80B Ueutenauty continua la route, et arriva à l'embouchure de la Dvnua , ao 63» de latitude septentrionale. XI trouva dans ces parages et sur les. eôtes de la mer Blanche le monastère de Saiot-JVieolas, que la dévotion et lé concours dea peuples-a rendu si célèbre. De là , suivant Oléarius et l'exact de Thou^ il se rendit, par le moyen des traîneaux, à Moscou,, capitale de Fempire russien, où régnait alors Iwan-le-Terrible. Ce prince le reçut très-gracieusement, et lui promit d'accorder aux Anglais, de grands privilèges, s'ils parvenaient à faire transporter par mer, dans^ •es états, les n^arcfaandises qu'il avait tant de peine à- faire venir par la Pologne, avec laquelle- il était en guerre. Chancell)sr^ de retour en Anr gleterre, sous le règne de Marie, rendit compte à celte princesse et à> son conseil du succès de son voyage , et leur fit connaître que les draps^ Anglais étaient très-recherchis des Moscovites,, qui les achetaient forfc cher, et qu'au contraire le Un , le chanvre, la ciré et les pelleteries lès. 'plus précieuses étaient, en ce pays-là,, à très-vil prix. Le conseil jugea, 'qu'il éutt de Pintérét de l'état d'établir à Londres une compagnie 'qui fut appelée Compagnie de Moscoi^ie, Elle fit des profits immenses. Plus tard, sous le règne d'Élîzabeth^ les Anglais eurent seuls la pel-miission de faire passer dans, la Moscovie toutes les marchandises des. pays étrangers. Ce privilège les eXcita à visiter avec plus de soin toutes les pro.vince&de ce vaste empire. Ainsi, ils ne tardèrent pas à voir qu'en remontant la Dwina sur des canots, on pouvait tran^orter les mar* chandises jusqu'au Wologda, et de 14 par terre, en sept purs, jusqu'à, laroslaw, d'où-, eu moins d'un mois, l'on, pouvait descendre, par le Volga , jusqu'à la ville d'Astrakan.

Les avantages, que retirait le commerce anglais d^ ses rapports avec la Russie excitèrent l'émulation des négocians français, et, dès i 586, noua voyons des relations, du même genre établies entre notre pays et celui des Moscovites..

(7} Ce médecin n'iâtatt.pas pïtéfàs^ent français, mais bien milanais. 11 ne seuonusait pas Paul Ciudiâ, mais tout simpiene^it Paul, et était citadin de la lôUe de Blilàn. CW du moins ce qui résulte de la lettre de Henry IV que Toici 1

3si8 CHRONIQUE DE NESTOR.

« Très-illiutre et très-excelleat prince, notre cher et bon amy, il y a un nommé Paul, citadin de la ville de Milan, qui tous sert en qualité de médecin, il y a long-tempi, lequel esUnt fort igé, désire , passer dans ce royaume pour y revoir ses parens et amys qui sont en notre cour, et nous ont supplié très- humblement d'intercéder pour lui vers vous. Au moyen de quoi nous vous prions aussi de le lui vouloir permettre. Et si en son lieu vous désirez un autre de cette profes» sion, nous tiendrons la main de vous en envoyer un , de la doctrine et fidélité duquel vous aurez toute satisfaction. Comme en toutes autres occasions, nous serons très-aises d'avoir moyen d'user de revanche et faire ^cfaose qui vous soit agréable et tournée k votre contentement. Priant Dieu, très-iUustre et très-excellent prince, nostre trèfr^er et bon amy , qu'il vous ait en sa très-sainte et digne garde.

£scrit À Paris, le septième jour d'avril 16^5.

Votre bon amy ,

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