DISCOURS
Du sieur Danzajr, des affidres de Dannemarck et . de Suède ^ à Monseigneur Pinart ^ conseiller du Mo/y secrétaire-d'Étai et des finances. (^)
; Du laarrU 2575^ >
Monseigneur,
Puisque yotis expédiez Içs affiiires d'Âllemaigne et des roy^mes de Daunemarck et de Suède, et qu'il a pieu aux roys de France Henry , François
336 CfiLRONlQtJE DÉ NfeSTOR^
et Charfes (de sainte mémoire) et Henry a ptësent régnant, mes très honorés seigneurs, knefairecest honneur de Vouloir que j'aye longtemps demeuré par deçà, pour l'avancement et seureté de leur service, il m'a semblé (veu l'occasîon qui se présente) que je ne debvois faillir à vous faire fidèle récit de ce que je cognoissois y pouvoir servir et profiter, afin que le. proposiez à Sa Majesté, si c'est chose qui le mérite.
La principale cause qui indita Christian III.® et Gustavus roy de Dannemarck et de Suède de faire ligue «tvecque François le premier, roy de France, e^ toit la <;rainte qu'ils avoient que l'empereur Charles V ne leur fist guerre pouf délivrer Christieme II®, roy de Dannemarck, son beau frère et, le remettre en fci première liberté et dignité, et aussi conserver les droits que prétendent ses nièces, la comtesse Fallatin et duchesse de Lorraine, douairière aux royaumes de Dannemarck, Suède et Norvègue, les dicts confédérés firent guerre ensemble au dict empereur; mais k la fin les dicts roys de Dannemarck et de Suède s'accordèrent avecques luy. Néanmoins ils n'adjouxtèrent tant de foy à cette paix, que depuis ils n'aient tousjours diligentement retenu l'amytié des dicts roys Françoys le premier et Henry II®, qui fust cause que le dict roy Henry, monseigneur, m'envoya, au commencement de son règne, devers le dict roy de Dannemarck, pour y résider, et par mesme moyen pourvoir aux intelligences que, lors, Sa Majesté avoit avecque quelques princes et seigneurs de deçà. Après que j'eus satisfaict à ceste charge je retournay en France, où je ne fuz
longtemps que Marie ^ reyne douairière d'Escosse, mère de la reyne d'Escosse qui est à présent, envoya devers monseigneur le roy Henry, pour Fadvertir que le dict roy Cliristian de Dannemarck dressoit une grande armée de mer pour se joindre avecque celle de la reyne Marie d'Angleterre, pour l'espérance qu'il avoit de recouvrer par ce moyen les. isles orcades et aultres terres que les Escossais tiennent, que le dict roy de Dannemarck dict luy appartenir : à quoy elle prioit Sa Majesté de pourvoir; qui fut cause qu'elle m'envoyast, de rechef, devers le dict roy de Dannemarck , où je eus cest heur de découvrir les moyens et artifices desquels les ennemis de Sa Majesté avoient usé pour la rendre odieuse et suspecte au dict roy de Dannemarck : auquel je les fiz si clairement cognoistre, que ce luy fust occasion de retenir d'autant plus diligemment, Famytié de Sa dicte Majesté et de laisser l'intelligence qu'il avoit avécque la dicte i*eyne d'Angleterre : aussi a la prière de nion dit seigneur le roy Henry, il se déporta de la poursuite qu'il faisoit envers les estats d'Escosse pour recouvrer les dictes isles Dorquenay, pour le temps que Sa dicte Majesté luy demandoit: et puis véritablement affirmer que depuis le dict roy de Dannemarck s'est tousjours démonstre vray amy de mon dict seigneur le roy Henry. Aussy, en mesme temps, j'empeschays plusieurs pracdcques et entreprises que les Anglois faisoient en la Basse Saxe et mesmement les deux derniers embarquements de gens de guerre, qu'ils voulurent faire sur la rivière de TElve, par la faveur de ceux de Ham*
33B CHROlflQUE DE NESTOR.
Jîourgj comme ils avoient faict auparavant. Quant k Frederick, nostre roy de Dannemarck, a présent rêvant, je ne doubte point qu'il ne sousvienne très bien à la reyne, mère du roy, de quelle affection il estoit envers le royaume de France au commencement de son règne.
Peu de temps après, il fut incité par le feu roy de Polongne, Sigîsmundus Augustus, de faire guerre a Erich roy de Suède; et parce qu'il ne fust assisté du dict roy de Polongne, comme il espéroit^ et que le dict roy Erich avoit de grandes forces sur mer ^ il me pria de aller en France pour faire ligne avecque le feu roy Charles et luy contre la reine d'Angleterre Elisabeth, à présent régnant, avecque telle condition que la guerre finie entre luy et dict roy Erich de Suède, il donneroit au roy semblable secours qu'il recepvroit deSa Majesté, durant ceste guerre de Suède, qui estoit «ix ou sept navires de guerre, pour luy aider à chasser les dicts Suédois de la mer, et s'en rendre seigneurs. Aussi qu'il feroit que le duc Adolphe de Holstein, son oncle, quitteroit les pensions qu'il a du roy de Hes^ paigne et de la dicte reyne d'Angleterre, luydoa^ n^ffiit seulanent autant qu'il avoit de l'une des deux sus dictes Majestés, qui estoit trois mille escus par an* Quant aux aultres ducs de Holstein et le duc de Ulrick de Mechlebourg, il s'en tenoit tellement asseuré qu'il promettoit que le dict roy, mon seigneur, auroit tousjoursles royaumes de Dannemarcket de Norvège, et les dicts princes ses voisins et leurs pays à sa dévotion: kquoy la dicte reyne, mère de Sa Majesté, feû
i^iÈCËs hAportaKtes. 339
mohi$eigneur le connestable, et plusieurs seigneurSxdu conseil délibérèrent^ au commencement, d'entendre^ et pour ceste cause m'envoyèrent à Dieppe , pour en advertir monseigneur de La Millerayé et faire équiper les dicts navires. Mais lé tout, puis après, plus diligen» tement considéré, la reyne, mère de Sa Majesté^ et lès seigneuri du conseil changèrent d'opinion fet pritidrent ceste résolution , que je ferois entendre au roy dô Dannemarck la bonne affection de Leurs Majesté et que voluntiers elles luy eussent ptomptement en- . voyé le secours qu'il leur demandoit, s'ils n'eussent préveu qu'il luy eut plus apporté de dontnage que de pirofît : les raisons estoient telles que le roy d'Espaigne> à cause des Pays Bas, et la dicte reyne d* Angleterre, Elisabeth, qui lors estoit en guerre avecque le dict roy mon seigneur^ ne fauldroit fevoriser le roy de Suède ^ incontinent qu'ils saUroient que le roy secourroit le roy de Dannemarck, et que le dict roy d'Hespaigne et reyne d'Angleterre estoient plus forts par mer que le roy. Pour ceste cause que la dicte reyne, mère du roy, et les seigneurs du conseil avoient ceste opinion que leur secours serait la ruyne des deux roys.
Ce que feu messieurs de l'Aubespine le père et Bourdin, conseillers du roy et secrétaires d'estat,pour me faire cognoistre l'importance de ma charge, ce qui estoit de mon debvoir, me déclarèrent plus particulièrement, c'est que je ne debvois chercher les moyens d'entretenir les rois de Dannemarck et de Suède en guerre, mais plustôt soigneusement m'employer a les reconcilier et mestre tin à leur^ contro-^
340 CHRONXQUE DE KESTOR.
verses.-pourcesle cause que le roy, comme amy commuli> vouloîtttioyennierune bomie-et seure paix entre eulx, et que pour y mettre plus facilement heiireuse fin et les rendre amy!s> je leur remonstrerays le grand pouvoir des PaysBasquî envoyoient tous les ans quatre •et cinq et six cents navires d'une flotle par le destroit de Helseigneur et que de ce trafic provertoient leurs principales richesses : ce considère qu'il estoità crain? dre que, s'ofFrant telle occasion , ils n'occupassent le dîc^ destroit, pour asseurer leur estât et se mettre hors de la servitude où ils en estoient : ce qui ne leur seroit difficile, pour les grandes forces et moyens qu'ils a voient, s'il ny e^toit diligentement pourveu : et par tels et semblables arguments, je rendisse les forces du roy d'Hespaigne et du dictPays Bas suspectes au dîct roy de Dannemarck, afin quil nous demeurast d'huittant plus certain et asseurë amy.
Davantaige, les dicts deux seigneurs me dirent qu'il estoit nécessaire que le roy conservast le dict roy de Dannemarck : car par ce moyen il empeschoit la grandeur du^roy d'Espaigne et asseuroit son estât. Aussi il est tout certain, Monseigneur, si les dicts Pays Bas estoient en paix et repos et quils occupassent les dicts destrois de Helseigneur, {comme il leur seroit très aisé, s'ils n'en estoient retenus par secours ou crainte du roy), qu'ils seroiént seigneurs de tout le septentrion, en trois moys, et augmenteroient leur revenu de deux millions d'or par an.
Davantaige, veu le grand nombre de navires qu'ils ont, il ne seroit au pouvoir de tout le reste de la cbrë-
tiènté de les chasser de Dannemarck, dé Suède et de Norvège. Outre ce le dict roy d'Espaîgne tient la bouche de toutes les rivières d'AUemaigne qui descendent dans la mer Ocëanne ou d'occident, ce que f on doit bien consydërer.
Semblablement les dicts deux seigneurs me dirent que la grandeur du roy estoit telle qu'il se pouvoit facilement passer de l'aide et faveur du dict roy de Dannemarck, sinon en une extrême nécessite ; pour ceste cause, qu'il suffisoit que je fisse si bien, que le dict roy de Dannemarck cogneust que sa conservation dependoit de celle du roy : et quand Sa Majesté auroit cette asseurance du dict roy de Dannemarck, qu'il nestoit besoing qu'il doimast pension au dict duc Adolphe, ni aulcun aultre prince voisin du dict roy -de Dannemarck.
Je vous ai faict ce récit, Monseigneur, pour vous faire cognoistre le principal de ma négociation et charge, aussi je puis véritablement affirmer que les dicts* roys messeigneurs n'ont fàict frais quelconque, tant que je ay esté en Dannemarck, envers princes ni seigneurs de deçà, ni baillé pension à personne quelconque pardculière^ que j'aye seu : je les ay tousjours &icts certains de tout ce qui s'y est traité et négocié à leur contentement et satisfaction, et sy ay jusques à présent empesché que les ennemys du royaume de France n'en ay ent été aulcunement adsistés ni secourus.
Mais si quelcun me veult objecter que les offices que j'ay faicts envers le roy de Dannemarck, à présent régnant n'ont pas esté de grands fruicts, je lui ré-
ponds quele dîct roy s'est tousJQurs dâncNistré tel par effects et par lettres, envers le roy que Sa Majesté désiroit, sinon depuis trois ans ou environ, dont Tëleo teur de Saxe en donna le commencement. Depuis, cela s'augmenta par les propos que les minisires du roy tindrent du dict roy de Dannemarck, durant l'élection du roy de Polongne, dont il s'est aperlor ment complaint, comme vous savez. Aussi vous ne esi^ tes ignorant que, lors, il fust dtligentement recherché de l'empereur, de sorte qu'il sembloit que toute l'Ailemaigne se décloroit contre la France, ce qui n a esté depuis intermis, et se continue encore k présent très ^igneusement. Vous sçavëz les offres que la dicte reyne d'Angleterreii, depuis peu, faicts au dict roy d& Dannemarck, et aussi les urg^ites raisons desquelles les ennemis du roy usent pour rendre Sa Majesté suspecte au roy de Dannemarck, tant pour le respect du duc deLorraipe, que pour plusieures aultres considé^^ rations que j'ay souvent déclarées par me& lettre»* Kéantmoins j'avois tant peur enversledict roy deDaa« xœmaFck, dernièrement, que je parlay avecque luy a Skanderhourg (comme je vous monsiray par la lestre que j^avois preste pour envoyer au roy, quand vous ar^ ri vastes à Horsensj que,.encores que de plusieurs enr^ droicts il fust adverty de se garder du roy comme de son très grand ennemy et que par telles et semblables raisons ils le voulussent persui^der de quitter l'amytié de Sa Majesté pour se allier aiirecque eux, qu'il me^ promictde ne le faire.
Pat^yantaige il iprie dict quil seroit bieu.aise que |'é«
PIÈCES IMPORTAUTES. 343
cnvisse de>sd part à Sa dicte Majesté , que si elle ne faisoît parz en son royaume^ délaissant à un chacun la liberté de leur conscience^ qu'il craignoit qu'en trief il ne luy en advînt quelque grand mal : aussi vous avez V6U par ses lettres que luy mesnae escrivoit lor^ à Sa dicte Majesté^ l'asseurance quil luy donne d'une snicère et constante âmytié et ce qu'il luy mande des aultres particularités : aussi il vous souviendra de ce que ses principaulx ministres vous en donnèrent par escrit à Horsens.
Incontinent que fen parle avec voua , je vous déclarefray fidellement ce que je sçavois des desseings et délibérations du dict roy de Dannemarck. Vous seavez le peu d'amytié qu'il y a entre luy et le roy de Snède^ et vous souviendra que le sieur Peter Oxe(^) floe distque les roys de France n'envoyoientles secrétaires d'estat hors de leur royaume^ que pour affaire de grande importance^
Je ne scay si le roy de Dannemarck délaissa a vous ouyr pou» crainte ou doubte^ qu'il eust que allassiez ^n Suède pour foire chose qui luy préjudiciast, (7) ou «'il ne vous voulust promettre de se obliger d'aulcune amytié envers le roy, que premier il n eust sceu au vray ce que vous traiteriez ou aviés traité ep Suède,: ce qu'il espéroit . facileopent sçavoir par les secrètes intelligences quil y a aussi qu'il y envoya expressément^ soubdain que fustes party du Dannemarck, qui est, Monseigneur, ce que je vous* puis dire, ep général, du roy et royaume de. Dannemarck.
Quant aux villes mdritinjtes confi^éréesd'Allemai-
344 CHRONIQUE DE HESTOR.
gne, TOUS savez qu'elles ont promis d'envoier en France^ quant il plaira au roy^ et croy qu'elles ne changeront de volonté^ si elles en sont requises.
Si mon labeur n'a apporté beaucoup de profit à leurs Majestés aussi je m'asseure que je ne leur ay en rien préjudiciel et loue Dieu de n'avoir jamais esté blasmé de faulte que jaye faicte.
De Suède.
J'ay si souvent et si amplement, escrit des affaire» de Suède et mesmement par le Mémoire que j'ai donné à M. de l'Aubépine^ qu'il ne me semble besbing d'en faire aultre récit : seulement je vous asseureray que ceuls qui vous ont dict que à Nileuse (^) on pourroit faire ung grand trafic de marchandises bonnes pour la France^ sont très mal informés : car, en ung an, on n'y sauroit trouver des marchandises bonnes pour la France pour trois mille escus y si ce n'estoit du beurre: vray est que si quelques marchands françoys s'y pou voient habituer qu'ils en retireroient du profict : car il y a, en Suède, grande quantité de fer qui est excellentement bon, aussi quantité de cuyvre, quelques cuirs de bœuf, et de vache; des peaux de bouck etchièvres; quelques cires, miel et suif, mais ce n'est pour en faire grand trafic : ces marchandises se pourroient amasser, par le menu,rhyTer, pour les envoyer l'esté en France, et apporter, de France^ de gros draps pour les laboureurs, du sel, du vin et de toutes espèces de merceries , dont il y a grande quau-
]»IÈCES IMPORTANTES. 345
titë en France, et à bon marche, et d'autres petites dro^ gumes, qui se distribueroient Fhiver en Suède où ils pourroient faire profit.
Il y eust des marchands de Normandie qui espérant trouver grand nombre dé marchandises à Stokolm, la guerre finie, y envoyèrent deux ou trois navires ; des quels et d'aultres vous pourrez plus particulièrement estre instruit de telles choses.
De Livonie et Prusse.
La Livonie est à présait divisée en plusieurs pays; mais le roy de Suède en tient la plus grande et meilleure part. Je diviseray cette sienne part en deux : Tune il la tient librement, comme son propre héritage, où est la ville de.Revel et plusieurs places d'importance : Faustre luy a esté baillée en gage par le roy Sigismundus^ pour une grande somme d'argent.
Le roy de Polongne en tient quelque part aveorque le duc de Curland : ce pays de Curland a este érigé en dusché et donné au duc qui est à présent, par le dict roy Sigismundus Âugustus. Auparavant ce duc estoit grand maitre ou fferr-maister (qa^ih appellent) de Livonie.
Le roy de Dannemarck en tient aussi une partie et proposa au traité de paix, à Stetein, que ses prédécesseurs en avoient donné la possession (ou dominium) aux chevaliers de Livonie, mais qu'ils s'en estoient retenu la souveraineté et que ce droict leur avoit esté confirmé par l'empereur Charles V. Le droit que le
dict roy de Dannemarck prdtend au pays de Livome est amplement déclaré par le traité et ligne qu'il fit avec le dîct roy Sigismundus Augustus, contre le roy Erick de Suède.
Le roy Jehan de Suède a souvent offert de mettre entre les mains du roy ce qu'il tient au dict pays de Lyvonîe, avecque conditions tolérables.
J'ai souvent desclaré par escrit et dict à Sa Majesté^ quand j'estois en Polongne (comme MM. de Bellièvre et de Pîbra^ savent), de quelle importance estoit le dict pays de Ly vonie pour le royaume de France. Aussi je luy remonstray que Testât du roy de Suède et de son royaume estoit tel qu'il ne lui seroit posst<<- Me de pouvoir longtemps deflfendre le dict pays de Livonie contre le Moscovite, ni mesmé le conserver ; pour^ceste cause qu'il seroit contrainct d'en convenir avecque l'empereur ou le roy de Dannemarck (comme il en estoit grandement sollicité), et leur laisser poilir ce qui leur plairoit , ou de s'en accorder avecque le roy, s'il ne le vôuloit perdre.
Ung chacun sait quand et pour quelle cause le pays de Prusse se retira de l'obéyssance des chevalliers ou ordre de Prusse et se mist soubs la protection des roys de Polongne.
Aussi , comme le marquis Albert de Brandebourg estant grand maistre de Prusse en fut premier duc, ce qu'il recognut tenir du roy, de Polongne auquel son fils, qui en est à présent duc, a succédé, et y a si bien esté pourveu que le dict dusché est aujourdhuî héréditaire en sa maison de Brandebourg.
PIÈCES IMPOftT.ANT£S« 34?
Il faut noter que les dicls ducs de Prusse et pays de Prusse ont seulement faict serment aux roys de Po-* longue et non' aux estais de Polongne : pour cette cause^ les dits estais font ce qu'ils peuvent pour mettre ©n leur obéissance le dict pays de Prusse dont les uns sont en perpétuelle craînte et doubte des autres.
Dernièrement que j'estois en Polongne, je fis en-^ tendre au roy, comme aussi firent les dicts sieurs de Bellièvre et Pibrac, le droict et innocence des estats de Prusse et la fin où pretendoient les Polonnois, au grand pre'judice et déshonneur de Sa Majesté : tellement que sa dicte Majesté se résolut de les conserver en leurs anciennes libertés et franchises, et les def-^ fendre contre la violence des Polonnois et me commanda de déclarer cette sienne volonté aux députés du dict pays et mesmementdes trois principales villes, à sçauoir, Thorn, Ëlbing, et Dai^ig, dont ils eurent telle consolation, et mesmement une si grande opinion de la justice et clémence de sa dicte Majesté, qu'ils ne le mettront jamais en ôubly, comme vous pourez voir par le Mémoire que j'ay donné à M, de TAubepine et Fay envoyé à M. Despesse, il y a plus de trois . mois. (9)
Je loue grandement la prudence de la quelle vous avez usé en la charge que Leurs Majestés vous ont donnée par deçà, parce que vous ne vous y estes aulcunement obligé : mais je loue encore plus votre^ industrie y qui as/ez recouvert les peintures oueffigies^ par eschange ('® ), si est-ce (veu les propos qui erk avoient auparavant esté tenus ) qu'il ne se peult foires
que ceulx qiiî se sont persuadés ou espèrent avoir une chose de grande importance, ne soient fort ennuyés et ne reçoivent grand deuîl quand ils s'en sentent fruistrés : dont est à craindre que ceux la, ne nous soient cy après si affectionnés amys comme ils festoient auparavant, et croyez qu'ils n'auront point faute de bons solliciteurs pour les induire à ce faire.
Vous avez veu la princesse de Suède qui est de tous autant louée et recommandée, tant pour sa beauté et bonne grâce, que pour ses singulières vertus, que princesse de l'Europe : si quelque grand prince de France la vouloit espouser, j'espèrerois qu'il s'en ensuivroit autant de bien et avantaige pour le royaume de France que de alliance que l'on pourroit ailleurs prendre; le douaiî^ de la dicte princesse n'est pas grand, car il est seulement de cent mille thaï. d'Âllemaigne, et trente mille pour ses joyeaux, et vingt mille pour la conduire hors de Suède; qui sont cent cinquante mïUe en tout. '
Puisque le roy Jehan de Suède ( ") s'est volontairement offert de convenir avecque le roy de ce qu'il tient au dict pays de Livonie, il est à présumer qu'il le fera beaucoup plus volontiers, si du consentement du roy, ung grand prince de France espouse la dicte princesse , car par ce moyen il aura ce que il a souvent demandé^ qui est de faire une estroite ligue et confédération avecque le roy, pour la seureté et conservation de son estât.
Je déclareray à présent les commodités et avantages que le royaume de France aura pour jamais de
cesle nëgociation si elle est heureusement accomplie. Premièrement il aura le roy de Suède asseuréamy : itemy tout le pays de Livonie où la plus grande part demeurera héréditaire en la maison de . France , que l'on pourra aussi facilement ériger en duché, que le duché de Prusse, ou peuteàtre en grand duché ou archiduché : car si le dict pays de Livonie estoit réuni et joint ensemble, ce seroit un très bon royaume, car il n'y a long-temps que les grands maistres . dudict pays mettoient ensemble cinq et six çiille chevaux et grand nombre de gens de pied contre le Moscovite, du quel ils ont souvent emporté de très belles et mémorables victoires. Oultre ce, le pays est merveilleusement fertile de toutes sortes de bledz et y a grande quantité de cires, cuirs, lins, chanvre, suif, tran, goutran et aultres marcJiandîses bonnes et nécessaires pour la France, et une infinité de bois de chesne, et toutes aultres. sortes pour faire des navires, et, qui plus est, tout le commerce de Russie dépendroit de la seule volonté du dict seigneur de Livonie, ayant le roy de Suède amy, qui l'assistera volontiers en telle entreprise, veu qu'il entreprend seul d'empesclier le dict commerce contre tous les princes chrestiens: aussi que le dict pays de Prusse, et toute l'AUemaigne désirent grandement qu'il soit empesché ou modéré, coaime il a souvent esté proposé en plusieures assemblées qui ont esté faictespour ceste cause. Je sais bien que ce fust le plus diflûcile article qui fust traité a Stettin et pour lequel il y eut plus de contestations : si est ce que tous, unanimemeïit, consentoient que le
35o CHRONIQUE DB iNElSTOR.
commerce de Russie se feîst en la dicte ville de Ré-» vel et non ai]leui*s comme il avoît esté de toute ancienneté, qui est cause que plusieurs en veulent estre seigneurs. Si ceste entreprise estôitcoiiduicte à bonne fin et le dict commerce asseuré pour la dicte ville de Revel, le profit qui en reviendroit au seigneur seroît merveilleusement gfand, comme ung chacun peult facilement inférer.
Davantaige, la fertilité du dict pays est si grande et y a tant de moyens de s'y enrichir par le trafic des m.ipchandises qui en "Viennent y que s* il estait en paix quatre ans ai^ecque le Moscovite et fust tenu par ung de France j il s y retirerait six mille Françojs et jr feraient plus de profit en deux ans queii France en douze. Car avecque l'industrie qu'ils ont, ils recouvreroîent facilement de bons ouvriers et trouveroient assez de matière sus le lieu pour les employer: et ils savent oii ils peuvent vendre et distribuer les marchandises avecque grand profit.
Aussi après que cette ligue ou confédération entre le roy de Suède et le duc ou seigneur de Livonie sera bien asseurée, il est à espérer qu'ils retiendroient aisément le roy de Dannemarck en leur amytié : aussi que s'il la vouloît rejeter , qu'ils auroient le moyen de facilement le mettre à la raison.
Semblablement^ s'il advenoit que le roy eust guerre avecque les Pays Bas, le dict seigneur roy de Suède et seigneur de Livonie pourraient du tout empescher le commerce qu'ils font ordinairement à Danzick et sur la mer d'Orient, ou pour le moins leur donner in-
1>IÈCK5 lMl>OJlTAIIf ES* 35l
finis empeschements^ encore que le roy de Dannemarck s'y voulust opposer»
Le royaume de Suède est tel^ que nul n'y peult entrer, pour l'offenser apertement^ que du consentement du dict roy de Dannemarck, qui n'y peut consentir qu'il ne perde premièrement son pays, ou ne se mette à la discrétion de celuy qui y passera pour faire guen^e au royaume de Suède, qui est de nature si fort et difficile que ung petit nombre de gens de bien le peu* vent conserver contre tout le monde.
Aussi toutes les fois que le roy voudra avoir des navires bien équipés d'artillerie de bronze et de toutes munitions de guerre, il en pourra recouvrer de Suède et du pays de Livonie grand nombre et a telle raison qu'il luy playra, ou comme il en sera convenu àvecque le dict roy de Suède et seigneur de Livonie , par leur confédération j par ce moyen le roy retiendra tout le pays de septentrion en soqi aipytié et en repos, sans y faire fraiz quelconques.
Maintenant je déclareray librement ce que je puis prévoir qui soit pour retarder Taccomplissement de cette entreprise.
Premièrement on dict que le roy de Suède a faittresvesavecque le Moscovite; si ainsi est, je nedoubte point que ce desseing ne succède heureusement : mais si la guerre se. continue entre le dict roy de Suède et Moscovite, ce sera au roy de considérer les moyens comme le pays de Livonie se pourra conserver et aussi le roy de Suède et les pays circonvoisins contre le dict Moscovite : en quoy consiste toute la difficulté.
352 CHRONIQUE DE NESXOR«
Il me souvient bien que le roy^ me dict;, eslaotea Polongne, qu'il avoît donne charge expresse a ceak qu il avoît envoyés devers le dict Moscovite, de ne continuer les tresves avecque luy, que le roy de Suède n'y fust comprins. Sa Majesté sait ce qui s^en est depuis ensuivy^ qui m'en gardera d'en parler davantaige: seulement je dirai que si les estats * de Polongne ei de Lithuanie ont comprins le dict roy de Suède en leurs tresves avecque le Moscovite, que cesle difficiJte, 'qui est la principale, aura prins fin j car s'ils ont t guerre avecques le Moscovite il leur sera. Dieu aydanl, aysé de lui résister d'un commun consentement.
Si le roy avoit donné charge à ceulx qu'il envoya enMoscovie de ne continuer les trêves avecque le Moscovite , que le roy de Suède n'y fust comprins, il ne fault obmettre de le faire entendre au dict roy de Suède, car c'est ung point de grande importance ef qui pourra beaucoup advancer le service de Sa Majesté : ce qui est bien à noter si les Polonnaîs estoieni contrevenus a la volonté de Sa dicte Majesté. • Secondement il faut considérer que le roy de Suède n'a, pour le présent, grand moyen de payer la solde de plusieurs mois qu'il doibt aux. gens de guerre quï ^ en Livonie, qui ont en leur pouvoir la pluspart àes places que le dict roy de Suède y tient, excepté la ville de Revel : a quoy il est nécessaire de prompte ment pourvoir : dont je diray ce qu'il m'en semble. Mais pour le donner entendre plus clairement, jeloucheray sonunairemènt quelques points des quels j 3/ ci-dessus faict mention ; c'est que par la division q"^
f ay faicle du pays de Livonie , j'ai demonstré que le roy de Suède en tenoit une partie, et le roy de Poulongne l'autre ; fault maintenant sçavoir si le i^oy se vouldra contenter de recouvrer la part du roy de Suède^ ou s'il vouldra aussi donner au dict prince ce qu'il tient comme roy de Poulongne, au dict pays de Livonie, aux conditions que le duc de Prusse tient le duché de Prusse, ou aultres plus avantageuses pour le dict prince, afin que tout le pays de Livonie soit tenu par le dict prince, comme en fief du roy de Poulongne et non du royaume dePoulongne : ce qui me semble estre pour le mieulx, pour les raisons que je diray ci-après. En ceci je suis incertain si le roy de Poulongne peult conférer ce qu'il tient en Livonie à quelque prince ou seigneur, sans le consentement des estats de Poulongne et de Lithuanie; mais quelque pouvoir que Sa Majesté aye, il est vraysemblable qu'il ne donnera le dict pays à personne quelconque, sans le consentement des Poulonnois, qu'ils n'en soyent grandement offensés.
Pour leur persuader d'y consentir plus facilement, les remonstrances du roy de Suède et la déclaration que le roy leur fera de sa volonté, y pourront grandement servir, car le roy de Suède leur remonstrera les grands frais qu'il a faits durant la guerre de Dannemarck, aussi pour la conservation du pays de Livonie qu'il a longtemps seul deffendu contre la puissance du Moscovite, sans avoir esté secouru ni d'eulz ni d'aulcun prince chrestien : et que n'ayant le moyen d'y résister plus longuement, il a mis entre les main$
354 CHRONIQTJE DE NESTOR..
du roy ou de celui qu'il a pieu à Sa Majesté, ce qu'il avoit en Livonîe, afin qu'il peust plus facilement deffendre le pays de Finland contre le dict Moscovite et leroy, comme roy dePoulongne^lepays de Livonie : mais pour avoir plus de pouvoir et de moyens d'empéscher les progrès du dict Moscovite, qu'il désireroit graridement^pour le bien et grandeur du royaume de Poulongrie et profit de toute la chrestientë, que le pays de Livonie fust réduict en son entier, comme il estoit du temps que l'ordre en jouyssoit: pour ceste cause qu'il lesprie de moyenner que le dict prince, son beau-frère, soit confirmé par leroydePoulongne, duc OU grand duc ou archiduc de Livonie, avec honnestes ettoUérables conditions, sans préjudice ni diminution de Ce qui a esté accordé par le feu roy de Poûlôngne, Sigîsmundus Atigustus, au duc de Curiand et iaultres seigneurs du dict pays de Livonie î aussi, s'ils ne veulent entendre et le délaisser seul, en danger comme il» ont faict trop inconsidérément jusques à présent, qu'il leur déclare apertement qu'il est entièrenrient résolu démettre ce qu'il tient, au dict pays de Livonie, entre' les mains du dict Moscovite, et luy quitter le droict qui justement appartient à la reyne de Suède, sa femme et à leurs enfants, au duché de Lithuanie, Masovie et aultres lieux de Poulongne où ils ont évident droict.
Seniblablement le roy fera déclarer aux dits éstats de Poulongne et Lithuanie le singulier désir qu'il a de leur seureté et profit : pour ceste cause, ayant dès longtemps esté recherché du roy de Suède lors qu'il
esloit en Poulongne et depuis qu'il en est party et <XMignti en quel péril estoit le pays de Livonie^ qu'il n'a peu trouver plus expédient moyen pour le conserver que de s'allier avecque le dict roy de Suède et recepvoir de luy ce qu'il tenoit du dict pays de Livonie^ ne doublant point que les estats du royaume de Poulongne et dusché de Lithuanie n'ayent ceste sienne délibération très agréable, veu que de Livonie dépend^ en partie, leur sallut et conservation et que tous ensemble conviendront des moyens nécessaires pour conserver le dict pays. En quoy il s'offre de ne faire seulement son debvoir, comme roy dé France, pour l'affection qu'il porte au royaume de Poulongne et au bien de toute la chrétienté*
Ceci se pourra proposer par les députés du roy et du roy de Suède, en Poulongne, plus modérément et plus vifvement, comme les affaires le requerront. Si ce desseing plaît a Sa Majesté, premièrement il sera nécessaire d'asseurer le mariage du prince et de la princesse de Suède, et par mesme moyen, convenir du pays de Livonie; cela accomply, je prévoysbien qu'il fauldra assister le roy ^ de Suède de quelque spihme d'argent pour payer les soldats qui sont en Livonie. Pour promptemait pourvoir a ceste difficulté il sera besoing que soubdain l'on passe de Suède à Danzick avecque lettres de faveur du roy de Suède , tant au duc que aux estats du pays de Prusse, pour les exhorter a constantement persévérer dans l'obéissance au roy de Poulongne. Semblablement que, celui qui ira de Suède au dict pays.de Prusse, y trouve ou aye
•auparavant des lettres du roy avecque suffisant mâl^^ dément de pouvoir négocier avec lesdits ducs et es^ tats de Prusse de ce qui sera pour le service de sa •dicte Alajesté et mesmement pour leur déclarer qu il est prest à confirmer leurs privilèges comme ils ont esté desaultres roys dePoulongne^ toutes les fois qu il leur plait^.
Et parce que sa dicte Majesté ne lesdits estats de Prusse ne veulent légèrement offenser les estats de Poulongne, celuyqui s^a envoyé devers eulx communiquera dextrement et considérément avec les principaulx et plus sages ^ des moyens c(Hnme le roy pourra satisfaire à leur demande^ sans trop irriter les Poulonois.Pour cesle cause, il me semble qu'il seroit plus que nécessaire <]ue le roy entretienne, jusques a l'accomplissement de <5este entreprise, deux négociar 4ions, l'une en Poulongne^ pour proposer aux estats de Poulongne, avecques celuy qui sera pour le xoy de Suède, ce que leur sera commandé par leurs Majestés: l'autre en Prusse, pour mieulx retenir le duc et pays de Prusse en la syncère volonté qu'ils démonstrent porter au roy : et que Tun avertisse l'aultre de ce qu'ils jugeront estre pour le service de leurs Majestés, pour y pourvoir le mieulx qu'il sera possible.
Après que le dict duc et estats de Prusse auront «sté asseurés que le roy veult confirmer leurs privilèges, on leur remonstrera qu'ils seroient hors de la crainte et danger où ils^ont continuellement desPoulonnois, si le pays de Livonie avoit un seigneur qui tînt le dict pays du roy, comme roy de Poulongne^
I^IÈCES IMPORTANTES. ^7
mesmes franchises et libertës que le dict pays de Prusse ; et pour plus de seureté, leur promettre que le dîet duc ou seigneur de Livonîe fera, dii consente^ ment du roy^une ligue particulière avecqueeulx pour la conservation de leurs dicts privilèges contre tous ceuï qui leur vouldront oster ni diminuer-
Les choses sus dictes bien déclarées, il est à espérer qu'elles seront fort agréables aux dicts ducs et estats du pays de Prusse; et lors on leur pourra aussi remonstrer les nécessités où est a présent le roy de Suède et qu'il est besoing qu'il soH promptement secouru d'une certaine somme d'argent pour délivrerle pays de Livonie (qui est tant affligé et désolé)' de l'oppression des gens de guerre qui y sont, ce que le roy ne le dict seigneur de Livonie ne peuvent a présent faire ^ pour les troubles de France^ et que pour ceste cause, il les prient de leur prester la dicte somme (telle quelle sera) a intérêt raisonnsible, et qu'ils leur en donneront telle asseurance qu'il leur plaira; ou s'ik veulent quelques places de Livonie engage, on les leur pourra donner : quaift à moy, je ne seray marry qu'ils en voulussait prendre, car par ce moyen ils seroieot d'autant plus incités à la deffense du dict pays.
Aussi il peut estre que le dict roy de Suède ne re* fusera de respondre de la dicte somme, où besoing sera, veu qu'il la touchera et reviendra à son profit et avantage. Les choses susdites considérément pro^ posées , il est a espérer que les dits ducs et pays de ^JVusse qui voiront de quelle importance leur est le pays de Livonie et combien la laveur et bénévolence
du roy leur est nécessaire , ne refuseront Sa Majesté et le roy de Suède ^ de les secourir de la somme dW^ gent qu'il fauldra prômptement bailler au dict roy de Suède : après que cest argent sera déKvré, et le pays de Livonie mis entre les mains du roy^ on pourra^ peu a peu, pourvoir au surplus qui restera,^ bien aisément et commodément.
Je prendray maintenant les choses au pis, c'est que quelcun trouvera mauvais', que nng grand prinee de France espouse ime princesse pour ses vertus seulement; aussi qu'il alléguera plusieurs difficultés pour la conservation du pays de Livonie, qui est ce qu'on peut craindre de ceste négociation. Mais «i ce que vous m'avez dict, et ung chacun unanimement tesmoigne de la dicte princesse, est vray, celuy quii'espousera ne s'en repentira jamais. Quant à la scmiine qui sera donnée au roy de Suède pour le pays de Livonie, elle ne sauroit estre si grande qu'elle ne se recouvre tousjours, toutes les fois que le dict ptmee le vouldra vendre ou quitter à d'aultre prince de k chrestienté. Quant à la* conservation du pays de Lîvonie,il n'y fauldra iaire aulcuns frais, setion durant la guerre contre le Moscovite, car le roy de Suède et tout le pays de Prusse seront tousjottrs amys du dict seigneur de Livonie : et si, fault espérer que les estats de Poulongne et de Lithuanie ne vouldrontrien entreprendre à son désavantage: et quand ils le feront^ si le dict prince et le roy de Suède et pays de Prusse sont d'accord, ils leur résisteront facilement: de sorte que pour le pays de Livonie, il ne fauldra faire frais
PIÈCES IMPORTANTES. 35j)
^dconques que le pays (quelque pauvreté qu'il aye) ne puisse porter: et s'il est quelque temps en repos, le dict seigneur .en retirera tous les ans un très grand et certain profit. Mî^s pour mieulx asseurer le dict pays et l'avoir plus ijdèle et affectionné, il me sem]>le que le dict seigneur ou prince fera fort bien de spu^ lager les faabitans le plus qu'il pourra,, pour deux ou trois ans , et qu'il se contente de prendre seulement autant qu'il sera nécessaire pour rentretenement des soldats qui seront mis aux places d'importance, pour la seureté du pays; à quoy deux ou trois cents hons soldats françois suffiront : il sera aussi trop expédient que le dict seignei^r y piette /cependant un gouverneur qui ne soit de grande dépense, qui cognoisse les seigneuries et terres qui justement appartiennent au jdict seigneur et qu'il enc(mvienne avecque ceulx du pays doulcement et selon l'équité : qu'il fasse exécuter justice sévèrement, selon droict et raison : qu'il nç souffre qu'on fasse tort aux pauvres habitans, et leur fasse cognoistre.que le dict seigneur est de telle affection «nvers eulx^ que pour leur soulagement il leur permet l'entière jouissance de. ses terres pour cinq ans, ou deulx,s'asseurant que peu après ils luy payeront d'aultant plus volontiers ce qu'ils luy debvront, sielon la coustumedu paysj par ce moyen non seulement ceux de Livonie, mais tous les circonvoisins qui ont longtemps esté oppressés par la violence et avarice de ceulx qui les ont gouvernés, se viendront d'eulx mesmes mettre sous l'obéissance du dict prince et luy demeureront perpétuellement fidèles et obéissans subjects.
36o CHHONIQUE DE NESTOK.
Et ne craindray de dire encore une fois y vue lafer^ tiUté et commodité dudictpajrSy que dix mille Frann çois $y viendront habiter^ devant cinq ans.
Quant au roy de Dannemarck on traitera avecque luy de ce que justement luy appartient au dict pays de Livonie^ selon droict et raison^ tellement qu'il aura occasion de se contenter, et s'il veult plus entreprendre qu'il ne doict, la Lithuanie et la Suède luy donneront tant d'affaires que facilement il sera retenu en son debvoir: aussi qu'il ne sauroit mieulx asseurer son estât que d'avoir les roys de France et de Suède et ung seigneur de Livonie^ pour amys«
Quanta l'empereur et l'empire, s'ils veulent rendre les fraiz que les rois de Suède Ezick et Jehan et les roys de Poulongne ont faits pour la dëfense de Lîvonie et les suffisantement récompenser, on sçitisfera à ce que suffisantement ils demanderont.
Mais il n'y a grande crainte de ce côté, si les Poulonnois n'élisent pour leur roy le fils de l'empereur, qui est ce que plus je crains : et pour y obvier le roy advisera s'il sera expédient qu'il fasse entendre au grand seigneur qu'il a recouvert le pays deLivonie, afin de ' pouvoir plus facilement offenser le Moscovite, qu'il sait luy estre ennemy; et que par mcsme moyen il le prie (suivant ce qu'il a proposé aux estats de Poulongne en leur dernière diète à Varsau), qu'il veuille apertement et expressément dissuader aux dits estats de Poulongne et de Lithuanie, de ne recepvoir pour leur roy le fils de l'empereur ni du Moscovite, s'ils veuUent l'avoir pour confédéré et amy : car si le dict
grand seigneur démonstre avoir cette volonté, Fempereur et les Poulonnois ne l'offenseront facilement r aussi que ses estats de Poulongne n'ont juste ni suffisante , ne apparente occasion de élire ung austre roy.(»)
Pour conclusion, il est très évident que par ce mariage de Suède, vous conserverez le roy de Suède et son royaume, et qu il vous demeurera vray et asseuré amy : aussi il ne feult doubler, veu les offres qu'il a ci-devant faictes, qu'il ne convienne avecque le roy, de ce qu'il tient au pays de Livonie.
Le pays de Prusse est très affectionné envers le roy, et le doibt estre : mais ceste bonne volonté s'asseurera et augmentera grandement, s'ils voyent que le roy aye le roy de Suède pour amy et tienne la pluspart du pays de Livonie en héritage perpctueL
Il est aussi à espérer que le roy de Dannemarck ne fera chose qui puisse déplaire au roy ni au roy de Suède, et s'il l'entreprend il y a grande apparencequ'on le pourra aisément contenir en son debvoir.
Davantage, le roy de Suède avancera fidèlement les affaires du roy, tant en Poulongne qu'en Prusse, où il y a plusieurs amys et où sera comme solliciteur ( s'il m'est permis de user de tel mot) et par luy plusieurs particularités concernant le service du roy se proposeront aux Poulonnois avecque plus d'autorité et plus commodément que par les ministres de Sa Majesté.
Davantage, quand les estats de Poulongne et Lithuanie entendront ceste conjonction de France, Suède, Livonie et Prusse, ils craindront d'aultant
36a CHRONIQUE DE NESTOR,
p]us de les offenser et rechercheront plus soigneuse^ ment leur amytié, ainsi que le dict seigneur de Livonie aura lousjours un pied dans le royaume de Pou<longne.
Le roy de Suède n'a que ung fils et ung frère, (aux quds Dieu donne bonne et heureuse vie), mais vous n'êtes ignorant des factions de Suède, s'il y advenoit par fortune quelque changement il est à présunler que les estats du royaume de Suède éliroient plustôl pour leur roy ung seigneur de Livonie et prince de France qui aurait espousë une princesse de Suède, que ung estranger, tant pour la seureté deleur estât que pour la crainte qu'ils en auroient ; et autant en pourroït-on espérer du royaume de Danneinarck et^n-r core plus facilement, veu Testât du dict royaume; semblablement les estats de Foulongne et de Xiithuonie recepvroîent d'au]tant plus volontiers le seigneur dé Livonie, estant en la sorte, leur ccmfedéré et alliéi ou pour roy, si le roy vouloit, ou pour viçe^roy, on pour gouverneur, ou pour chef de leur conSjQil« ('^j
Le roy recouvrera tousjours de Suède et de Livonie le nombre de navires qu'il luy plaira, bien équipes d'artillerie et de toutes munitions de guerre et aussi vivres, et par tels moyens retiendra, par bienfaicts>.tout le Septentrion à sa dévotion et le conservera contre tous ceux qui y vouldront entreprendre, etijiesmer ment contre les Pays-Bas et les Anglois. Brief , c'est h vray et seur moyen pai- lequel SalVIajesté pouira, sans grands fraiz faire plaisir a tous les princes chrélÎM^ se&amySy et déplaisir à tous ses ennemys.
Le Moscovite a plus de moyens de faire guerre au duchë de Finland, qui est au roy de Suède , que en livonie : pourtant il est nécessaire que le roy dé Suède et le seigneur de Livonie, pour leur seureté et ccMiservation, soient tousjoiirs ensemble amys ou en* nemys du dict Moscovite : et pour ceste cause tout le commerce de Russie qui est aujourd'hui de très grand -profit et importance et mesmement aux François^ dépendra de la volonté des dits roys de Suède et de Livonie : et parce que les Suédois ne soM grands négociateurs^ le principal profit vien-^ drâ aux dits François : qui sera cause que une in-finité de marchands français j' trqfîqtieront ^ pour l'évident profit qu'ils jrjeront.
Si le Moscovite veult faire guerre au dict roy de Suède et seigneur de Livonie , il est à espérer que les estats de Poulohgne et de Lithuanie, et aussi de Prusse, ne les délaisseront ainsi^ plustôt approùveroiit le bon conseil que les roys de France et de Suède, et le dict seigneur de Livonie, leur donneront, afin que tous unanimement se conservent, plustôt que de se laisser évidemment ruyner les ungs après les aultres. •
Je me hasarderay de dire, que si nous avions paix en France et que les soldats inutiles dussent être eihployés, il riy a lieu ou ils ne peussent miêulx ïestfè au contentement -de toute la chrétienté que con^ tre le Moscovite : aussi les dicts soldats seront Contents de demeurer au jmys qu'ils auront conquis, quand ils côngnoistroiient les biens qui leur^n pith*
364 CHIlONtQUE DE NESTOR.
viennent, desquels^ puis après le roy retirera ung bon nombre pour mettre sur les navires, toutes les fois qu'il en aura besoing. Le surplus est des frais qu'il faudra faire pour contenter le roy de Suède, dont j'ay ci-dessus dcclard quelques moyens; mais quand tous ceulx que j'ay proposes dëfaiJdroîent, je ne doute point si le roy faisoit entendre aux mar^ chands de Normandie et de Bretagne, et aux vHles de Paris, d'Orléans, de La Rochelle, et plusieurs aultres villes qui ont trafique en Russie , qu'il est seigneur de la ville de Revel et du pays de Livonie, et que pour se l'asseurer et conserver, il a besoing de cent mille escuz ( qui sera selon mon advis le plus qu'il fauldra donner au roy de Suède et qui peut- -être se contentera de la moitié), pour cette cause (pi'il prie ceulx qui vouldront négocier en Russie les vouloir délivrer ou respondre de la dicte somme jusques au parfaict payement, qu'ils n'y satisfassent très volontiers, moyennant qu'il n'y aye que ceulx qui feront ceste contribution qui négocient cy-après en Russie : et croys qu'il n'y aura personne qui ne confesse que l'on trouvera tonsjonrs cent mille escus de la ville de Revel quand on la vouldra quitter : aussi que la ville de Rouen pourra respondre a ceulx de Dantzick de l'ai'gent qu'ils presteront, pour accomplir celle enlve^ïtisep qui me semble estre auUant importante et utile auroyaume de France que mille autres qui ayent esté faictes^ il y a cent ans y car le pays de Livonie est plus profitable au royawne de France auec la moitié de Suède et VinteUigettc&
du pajs de Prusse^ que de dix royaumes de Powlongue y parce que vous pouvez jouyp du dict pays de Livonîe librement et seurejnent et sans offenser prince chrétien quelconque^ et recouvrez aisément Oe que pouvez desyrer de Poulongne : oultre ce vous acquerrez plusieurs ainys et une infinité de moyens qui vous sont très nécessaires et très avantageux et très préjudiciables à vos ennerays.
L'on ne peult seurement négocier en Prusse que 1 on ne soit convenu des choses sus dictes avec le roy de Suède. Je saysque c'est de négocier avec les Suédois et ceulx de Prusse^ et ay aux deux lieux de bons amys. Je ne désire rien plus que d'employer le reste de ma vie pour faire très humble service au roy, s'il luy plaist me faire cest honneur de me donner la charge de faire celte entreprise. J'espère,Dieu aydant, de la conduire à son contentement*
Le tout est, si le roy veult entendre a cette entreprise, qu'il peut espérer d'avoir le pays de Livonîe, ou la pluspart héréditairement, pour le royaume de France : fault savoir de combien Sa Majesté vouldra assister le roy de Suède pour contenter les soldats qu'il a en Livonie^ aussi, si Sa Majesté vouldra donner au dict prince ce quil tient en LivomCy comme roy de Poulongne ^ pourvoir à cest argent, ou par Dantzick et le pays de Prusse, ou par France ou par les deux costés, veu que c'est argent qui ne se peult perdre.
Que iceluy qui aura asseuré le dict mariage et convenu de la somme d'argent qu'il fauldra donner au
366 V CHRONKJUE DE NESTOR.
roy de Suède , passe soubdain de Suède à Dantsick, et que la princesse se prépare pour aller à Nileuse, et la s'embarquer pour estre, ceste esté eii France , cependant que les affaires de Prusse se expédieront.
' Envoyer d^heure des lettres pour le duc et estats de Prusse, et aux trois principales villes, Thom, Elbing et Danlzick, et des blancs pour quelques particuliers seigneurs : Aussi suffisant mandement pour faire cognoistre au dict duc et pays de Prusse que Sa Majesté leur veult confirmer leurs anciens privilèges et prééminences.
Mettre peyne de faire une estroite ligue entre Sa dicte Majesté le roy de Suède , et le dict duc et pays de Prusse.
Par cette entreprise, le seigneur de Livonîe poûira espérer de estre ung jour roy de Poulongne, de Suède, de Dannemarck, de leur bon gré et consentement, s'il est amateur d'éqpité et justice, et se rend reeommandableà ung chacun, par ses vertus, comme il est à espérer d'un prince françois. Dieu par sa bonté la veuille conduire et j>arfaire, le tout à la gloire dé son nœn, l'honneur du roy , profit de ses^subjfects et soulagement de toute la chrétienté. .
Àmen.
LETTRE
Du sieur Ch. Danzajr à Monseigneur Sébastien de r^ubespine y és^escfue de Limoges, conseiller du roy en son conseil privé et super intendant de ses finances.
Du la avrU x575.
Monseigneur ,
J'ai souvent déclaré te que je cognoissois des affaires de Dannemarck et Suède, et les commoditez que le royaulme de France en peult recevoir. Je le démonstrai bien amplement a M. Pinard, ^Mand il arriva en Dannemarck^ mais quelques particuliers propos qu'il me tint à son retour de Suède, ont été cause que j'en ay de rechef faict le discours que je lui envoie et que je vous ay adressé, parce qu'il me dist qu'il feroit séjour à sa maison plùstôt qu'il allast à la cour. Je says qu'il ne sera marry que le voyez, et je serois très aise que vous eussiez le loisir de le lire; car peult estre qu'il y aura chose qui vous plaira et qui requerra vostre sage conseil pour l'accomplir : c'est le seul moyen qui reste pour conserver le pays de septentrion en Fàmitié du roy. Aultrement, je ne puis rien espérer de certain. Il me suffit d'avoir faict mon deb voir. Si leurs Majestés y veullent entendre, j'en espérerai heureuse et bonne issue, si le fils de l'empereur n'est ce-
pendant élu roy de Poidongne ; mais si ainsi advenoit^ nous aurions travaillé en vain^ car l'on tient pourtant asseuré que le fils aîné de l'empereur sera élu roy des Romains à la première diète impériale qui se tiendra^ et que promesse de mariage est faite entre son second fils et l'une des filles de l'électeur de Saxe : qui sera cause que la plupart des princes d'Allemaigne solliciteront déligentement avecques l'empereur les estats de Poulongne de recepvoir ledit second fils Ernester, roy de Poulongne. Et vous n'avez mis en oubly les grandes promesses et offres que ledit empereur a cy-devant faictes au duc et estât de Prusse; mais si la maison d'Autriche est privée du*dict royaume, je ne me soucie de l'élection qui sera faicte d'un autre prince, tel qu'il puisse estre.
Vous avez cy-devant entendu pour quelles causes je fuz contraînc t de partir de Poulongne, et le tort qui me fut faict ( s'il m'est permis de le dire)^ et néanmoins il n'y a homme qui m'excuse. Il me fault porter toutes les faultes d'aultruy. Combien que si je fusse demeuré en Poulongne j'eusse plus nuy que profité au service du roy; et says que les lettres que j'escripviz au sénat a la dernière diète à Varsau (Varsovie), ont plus profité et servi que si cinquante tels que je suis eussent esté présents. Je persévère encore en Tadvis que je donnai au roy, lorsque j'étois en Poulongne, qui estoH contraire à l'opinion du plusieurs, c'est que Sa Majesté ne doibt envoyer personne quelconque à la diète que les estats de Poulongne tiennent, pour traiter ne négocier avecques eulx. Ains seule-
PIÈCES IMPORTANTES* 36g
ment leur faire entendre, qu'il est légitime roy : qu'il n'est en rien contrevenu k son debvoir envers eulï : que la tiîste cause de son partement, doit excuser le mode de son dit paitement : qu'il s'ofFre de faire tous offices d'un bon et vertueux roy^ envers eulx^ et pour ceste cause, les prye qu'ils envoient devers luy dignes et suffisans ambassadeurs pour traitter et convenir avecques Sa Majesté de toutes choses concernantes l'honneur, grandeur, profFeit et conservation du royaume de Poulongne, et qu'ils le trouveront très juste et très affectionné roy : et pour conclusion qu'il les prye se souvenir de la foi qu'ils luy doibvent, de ne commettre chose qui justement leur puisse, et aux leurs, perpétuellement estre reprochée. Autrement je vousprédicts. Monseigneur, que ce ne. seront que reprosches, plaintes, calomnies et fiiulses accusations. 11 est vrai que je dicts aussi qu'il estoit nécessaire que Sa Majesté eust quelcuns en Poulongne pour conserver les amys et obvier aux inventions des malings, ce que je ne pou vois faire sans commandement. Il y a grande diflFérence de débatre la cause du roy en public et de déclarer son intention en particulier, qui est ce qu'il fault considérer.
Je fus adverty de la venue de M."" Pinart le xix.« de janvier bien tard: le xx.« je le vins trouver à Horsens :1e XXI.® je fis entendre aux principaux du conseil la cause de sa venue etpeus luy obtenir audience. Le xxii.« les trois principaulx de Dannemarck le vinrent visiter de la part du roy, avecques ung secrétaire, qui déclara l>i en amplement Tamy tié seure et fraternelle que le roy de I. 24
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Dannemarck portoit au roy, et l'excusa diligemment de ce que, lors, îl nepouvoîtouyrM^. Pinart comme il désiroit : mais que Sa Majesté a voit envoyé les principaux de son conseil, pour savoir de luy ( s'il luy plaisoit) la cause de sa venue et ce qu'il avoit à lui proposer de la part du roy très chi-étien et recepvoir led lettres qu'il en avoit. M.^ Rnart leur fit entendre sa charge et garda ses lettres. Le tout n'estoit que déclaration de l'affection au roy de Dannemarck. Ce mesme jour xxii.« février, ils envolèrent deux passeports aux sieurs, fun pour luy, l'autre pour ceulx qui le debvoient suyvre, et lui escrivirent une fort ample lettre de la boime volunté du roy de Dannemarck envers le roy^ comme il luy avait escrit peu de jours auparavant. Vous savez , Monseigneur, comme le roy de Dannemarck avoit esté auparavant diligentment soUicité de plusieurs ooidroits pour s'alier avecques eulx et quitter l'amytié de France. Néontmoins j'avois si bien faict que le roy de Dannemarck m'avoit asseuré quelque instance et poursuite que l'on fist envers luy qu'il demeureroit vray amy du roy, et pour cesie cause qu'il désiroit singulièrement qu'il mist paix en son royaulme, donnant liberté de conscience à ong chacun. Car^r. ce défault il aUénoit plusieurs princes de luy, qui hiy seroient aultrement très affisctimiiiés, comme luy mesmes, lors, luy estoient. Mais il advînt que sur tel instant, Mj PiimuI arriva pour passer en Suède qui ne tint propos an roy de Dannemarck que d'ime grande amytié. Si est ce que les principauh du conseil néantmoins promit que à son retour il auroît
audience. Combien qu'ils eussent opinion^ selon le bruyt qui en courut, puys après^ que le dict sieur fiist allé, en sourd, pour le mariage du roy avecques la princesse de Suède, encore que je les asseurasse qu'il n'en avôit aulcune charge. Sur ce double, il advint, de malheur, que au temps que le dict sieur retourna de Suède en Dannemarck, ils entendirent que le roy avoit espouse une princesse de Lorraine dont ils furent plus ofifensés que de Suède^ qui augmenta leur première douleur. (^^) Néantmoins le roy de Dannemarck envoia son chancellier pour parler à M.' Pinard pour excuser le roy de ce qu'il ne le pouvoit promtement ouyr, qui fat cause que M.*" Pinart passa oultre sans attendre plus long temps. Je m'asseure que le dict sieur vous en aura faict le mesme rëcit^ qui est véritable. Je ne veulx excuser le roy de Dannemarck de ce qu'il ne l'a ouy et remects le reste à la volonté du roy; mais les sages disent que entre princes amicitia non est rumpenda sed dissuenda. L'amytié en général de ses deux roys peult proffiter etnepeultnuire. Le dict sieur est grandement offensé, qui me faict craindre, encores qu'il me soit plus que très affectionné amy, et que à la fin il ne m'en advint quelque mal. Aussi je crains, si le roy en ceste offense escritau roy de Dan-r nemarck^ que ce ne sera sans luy faire congiioistre, pour le moins, qu'il s'est oublyé en son endroit. Pbur ceste cause, il estoit peult-estre pour le mieulx que d'icy a deux, trois ou quatre mois, que on aura ung peu reposé, ou quant il plaira a Sa Majesté, je prye le roy de Dannemarck de permettre que je face ung
37ik CttHONlQtE DE NEStOR.
voyage en France, pour mes affaires particulières et que par ce moyen le tout demeure eti son entier. Le roy aura toujours assez de temps et de moyens de se plaindre du pass<$ et le faire congnoisttê quant il luy plaira. Je vous escriz librement^ Monseigneur, afin que connoissiez la volonté que j'ay et aurai toute ma vie de fidèlement vous obéyr : car je suyvrai en tout vostre conseil.
Je suys si afHigë et tourmenté de corps et d'esprit, et ce seulement pour bien faire, que je vous promets. Monseigneur, que je ne sais quel conseil prendre. Leurs Majestés m'avoient expressément et sincèrement commandé par les lettres qu'elles m'envoyoient par le dict sieur, que je leur escrivisse librement et sans aulcuue dissimulation ce que je saurois de la personne dont il estoit question et de sa race : qui fut caiuse que je dicts du grand père ce que le vulgaire en disoit en Suède et Dannemarck qui est qu'il estoit un fort simple homme et esthné de peu d'espritet de jugement. Aussi ce que ung chacun sait de Tun des frères. Prévoyant bien que sfî je l'eusse dissimulé que j'eusse eisté griefvement accusé, et que cela eust aliéné plustôt Leurs Majestés qui se fieront en leur première délibération. Ce que M.'^ Pinart eut agréable, car je n'ay rien escrit que de son consentement et qu'il n*ayt premièrement ku et corrigé. Néantmoins, Monseigneur, du tout que je ne soys coiilpable et aye faict fidèlement mon debvoir^ si est ce que si par mon défault Leurs Majestés avaient changé ou diminué leurs premières délibérations, -je vous asseure que le reste de
PIÈCES IMPORTANTES. 3'j3
ma vie ne me sera que très grlefve douleur ei que ne servirai jamais prince, que à regret. Je vous supplie très humblement, Monseigneur, me délivrer de ceste affliction^ ce que vous ferez si me déclarez vostre volonté.
Au demeurant je ne vous puys parler de mon particulier sans larmes, craignant de tomber en deshonneur, et de estre arresté pour payer ce que j'ay empnmté, pour satisfaire aux exprès commandemens de Leurs Majestés. J'ai payé pour intérest des deux mille escus de la reyne mère, en six ans, et douze, pour mille quatre cents quatre vingts escus. Voilà ma récompense et encores je ne puys avoir le principal. Vous savez que c'est de F Allemagne et qu'on ne peult entretenir ceux de delà sans frais et mesmement que nous ne faisons pas beaucoup pour eulx. J'ay faict plusieurs voyages en Suisse, et ceste assemblée de Stetin me cosaen telle chère té infiniment, que je n'ai eu aulcuns soulagements. Nul ne me reprochera avecques vérité , ni ordes ni délices. J'ay toujours servi ayant une honneste médiocrité. Je n'ai encores receu de toute l'année passée que deux mille francs, et ceste m'est deu. Je fus contrainct de faire des frais infinis en Poulongne : Que voulez vous que je fasse (Monseigneur)? Je ne veus estre meschant ne faire chose de laquelle vous me puissiez faire reproche, et il ne tient que à moi que je n'aye du bien. Je ne demande que partie de ce qui m'est justement deu pour mettre fin à mon extrême langueur et obvier que mes amis ne me mauldient, comme trompeur sur ma promesse.
374 CHEONIQUE DE NESTOR.
Le cœur me fend : je vous supplie m'excuser votre bënigne grâce. Monseigneur^ je me recommande très humblement à voâtre bonne grâce , priant Dieu vous donner très heureuse et longuç vie.
Vostre très humble et très obéissant serviteur^