DANZAY
NOTES
(i) Od sait qu'à la mort de Sigismond Auguste, en 1 573, une diète s^ou> yrit à Yarsovie pour Télection d'un roi de Pologne : les principaux compétiteurs étaient Tarchiduc Ernest d'Autriche, fils de l'empereur MaxiraiUeo II, le roi de Suède et son fils Sigismond, le duc Albert de Prusse, l'électeur de Saxe, le marquis d'Anspach,le tzar de Moscorie, et le duc d'Anjou, frère de Charles IX, roi de France. Ce fut ce dernier, Henri de Valois, qui fut élu. La façon peu honorable dont, à la mort de Charles IX , Henri s'échappa de Pologne est assez connue. Le soir de son départ, dit un historien du temps, vers les neuf heures, il manda M. Danzay, qui possédait toute sa confiance, et le chargea de représenter, de sa part , au sénat les justes raisons qui l'engageaient à partir si précipitamment : « Vous leur assurerez, ajouta-t-il, que la nécessité » seule m'y oblige ,* qu'on me mande de France que le prince de Condé » est sur le point d'entrer dans le royaume, à la tête d'une armée d'Al- V lemands; qu'il est de mon devoir de prévenir ce danger, après quoi je » suis résolu de songer aux affaires de Pologne.... » Cependant les Polonais ne furent pas plutôt instruits de l'évasion de leur roi , qu'ils se mirent à le poursuivre avec grande diligence. Jean Zamoski l'atteignit à' dix-huit lieues de Cracovie , et le conjura , mais en vain , de revenir sur ses pas. Le refus de Henri faillit avoir de funestes suites pour les Français qu'il laissait en Pologne. Ils y furent exposés à d'injurieux traitemens. Gui du Faur de Pibrac , l'un de «ceux que le roi affectionnait le plus, poursuivi par le peuple, se réfugia dans un marais où il faillit mourir de froid. Danzay lui-même ne s'acquitta pas .«ans peine de la périlleuse mission dont son maître l'avait chargé. Devenu l'objet des haines et des soupçons des membres de la diète et du gouvernement, il se vit
réduit à retourner i Copenhague, où, sous le titre d'ambasMdcnry il continua à défendre les intérêts du roi de France. »Sa mission en ce pays éuit délicate, et non sans embarras. II s^agissait , tout en ménageant le roi deDauemarcky «lors en guerre aTec celui de Suède, d'*obtenir pour Henri la main de la princesse Isabelle de Suède, union dont Pexécutionne paraissait pas impossible, et qui , par Thabilcté de la diplomatie française , pouTait un jour faire ajouter aux titres qu^avait déjà Henri III «eux de roi de Suède, de Danemarck, et de prince de LÎTonie. Cette négociation y dont les historiens ont perdu la trace , et qui deyait être si avantageuse k la France, est tout entière dans les manuscrits originaux dont nous donnons ici un extrait. De Thou lui-même , ordinairement si judicieux, ne parle de l'intention où fut un instant Henri d'épouser cette princesse, que comme d'un projet qui lui arait été suggéré par Catherine de Médicis, a qui, dit-il, espérait rester plus aisément mattresse du gouvernemenr, sous une princesse étrangère, et qui n'entendrait point sa langue, n C^est ainsi du reste que furent dénaturées, par les éeriyains, la plupart des intentions de la reine-mère , dont le génie ne s'exerçait pas seulement à d'étroites intrigues de cabinet, ainsi qu'on s'est plu à le répéter, mais qui s'occupait réellement et autant que la fiarear des partis pouvait le lui permettre, à assurer la gloire et la puissance de la couronne de France.
(a} L'empereur avait écrit au tîar de Moacovie une lettre dans laquelle il attribuait au duc d'Anjou ( Henri III ) les horribles massacres de la Saint-Barthélémy. U s'indignait de la ligue des Français et du Sultan , par l'intercession duquel on donnait à Henri la couronne des Jagellons. Il engageait Ivan à défendre les chrétiens,, lui proposant d'ajouter la lithuanie aux iuts russes, de céder la Pologne à l'Autriche , et de conclure avec Tempire une alliance offensive contre les. Turcs. -» £n réponse à cette lettre , le tzar conseillait tout uniment à Maximilien d'arrêter Henri dans son voya^ à Varsovie. U témoignait le désir de voir au plus tôt à Moscou les ambassadeurs de l'empire, chargés de ratifier un traité d'amitié entre l'Autriche et la Russie. <c Nous réunirons y nos efforts, disait Ivan, pour que le royaume de Pologne et la a Lithuanie ne se détachent pas de nos étals. Il m'est indifférent que ce » soit mon fils ou le vôtre qui occupe ce trône. Vous déplorez, mou » frère , l'horrible massacre de tant d'innocens dans la journée de la j* Sainl-Barlhélemy ; tous les monarques chréitiens doivent s'affliger de » cet acte cruel, inhumain du roi de France, qui, sans aucune néoes- » site, a fait verser tant de sang! »
Il est curieux d'entendre le féroce Ivan s'appiioyer ainsi sur le sort
des protMtans en France, lui qui, sans raison ni motif, ordonnait les effrojahles égorgemens de NoTgorod , de Moscou , de Pleskow , de Twer et de tant d'autres cités russes!
(3) « Quelques jours après être arrivé à Vienne , le roi écrivit de nouveau au sénat de Pologne des lettres datées du 39 juin, pair lesquelles il Tinitruisoit de ses desseings, et demandoit qu'on lui envoyât des députés, suivant les ordres qu'il avoit donnés à Danxay. Au bout de neuf jours, il récent la réponse des seigneurs polonais , assemblés à Gracovie: ils s'excusoient de n'avoir point encore exécuté ses ordres, sur leur petit nombre; ils marquoient qu'ils alloient envoyer sa lettre à tous les ordres du royaume, afin que , dans une diète, on pût rendre à Sa Majesté une réponse plus positive, etc. » (De TTiou, 1. 58, an i574-)
(4) Nicolo Alamarù}, gentilhomme italien , depuis le règne de Henri II, dévoué aux intérêts de la cour de France , qui le payait , avait suivi le duc d'Anjou en Pologne. Là, croyant son avenir assuré, le courtisan s'était fait naturaliser Polonais , conune un nouveau moyen de fortune. Mais, en gagnant dans l'esprit des seigneurs du pays, il perdit peu à peu la confiance de Henri , que tourmenuit le désir de revoinla France. A la mort de Charles IX , Henri , déterminé à quitter furtivement le trône qu'il occupait , se garda bien de mettre l'astucieux Italien dans sa confidence, a Le jour de la fuite arrivé , dit Daniel , durant le souper ]> du roi , Alamani et le grand-chambellan vinrent lui dire que le bruit » estoit dans la. ville qu'il s^en alloit. Le roi se mit à rire et à les railler » de leur crédulité pour des imaginations populaires.... Cependant Ala- » mani, qui se défioit toujours de quelque chose , avoit fermé la porte » dans le temps qu'on alloit dire au roy qu'elle estoit ouverte. Sonvrai » l'ayant trouvé au bas de l'escalier, cet lulien lui demanda assez brus- > quement où il alloit. Sonvrai, sans se perdre, lui dit en confidence » qu'il avoit un rendcz<-vous chez une maîtresse dans le fanxbourg , et y> qu'il le conjuroit de luy donner la clef de la porte pour rentrer avant » le jour. Il la lui donna , et, s'estant retiré dans son appartement, le » roy passa. » (Daniel, Hiat. de France, t. yi, p. 54^, édit. in-4<* de » 173a.)
(5] Claude Pinart, l'un des quatre secréuires -d'état, avait été spécialement chargé de conclure l'afiaire projetée entre la France et la Suède, dont Charles Danzay n'avait fait que préparer les voies. Il semble même résulter de ce discours qu'on ne lui avait pas d'abord dit pour lequel des princes français on désirait la main d'ÉOzabeth.
(6) Peter Oxe ou Pierre Ossy ( d'autres ont écrit Faxus et Fassi ) était un des hommes les plus remarquables du Danemarck : il ayait passé
prêt de dix ans auprès de Ghristine de Lg^raine (douairière de Danemarck) qu^il avait, dit-on, éloignée du roi. La guerre survcoue enire ce prince et Ja Suède fit oublier les tortt de P. Oxe : il revint près du roi en qualité de grand-mattre et de conseiller intime , et mourut d^hydropisie ^ àFridérichbourg, le ^4 noyerabre iSyS.
(7) Pinart , quoique porteur de lettres pleines de protestations d'amitié et de dévoûment pour le roi de Danemarck, fut fort mal accueilli par ce prince , instruit , sous main , que le diplomate français allait de Copenhague à Stockolm pour j traiter du mariage du roi de France et d'Elizabeth.
(8) jyUeuêe, ou plutôt Nyland, province du gouvernement de Fin» lande (partie russe) située au nord du golfe, riche eu forêts, en mines de cuivre, en gros et menu bétail, etc.
(9) Jacqttei deFafey sieur éPEspesses, homme de tête, habile, éloquent , fameux d'ailleurs par les grands emplois qu'il exerça en France dans la suite, avait été chargé des affaires du roi en Pologne, concurremment avec Danzay.
(10] Dans Fardent désir qu'on avait à la cour de France de voir réussir le mariage projeté avec Elizabeth de Suède ^ on avait fait accompagner Claude Pinart d'un des plus habiles peintres de l'époque, Nicolas Belon, qui devait rapporter au roi le portrait de la princesse, qu'on disait d^une grande beauté. Pinart avait en outre été chargé , comme cela se pratique assez habituellement dans ces sortes de négociations, de demander le portrait des princes des cours de Suède et de Danemarck.
(11) Jean III, roi de Suède, fils de Gustaxe Wasa , naquit le ai décembre 1537. Les égaremens de son frère Eric lui firent concevoir d'ambitieux projets : il parvint à le détrôner, etnaonta sur le trône en i568. U avait, en 1470, terminé la guerre avec le Danemarck,- commencée sous le règne de son frère. Cependant il n'en existait pas moins entre le& deux états une rivalité soupçonneuse qui menaçait à chaque instant de rallumer des discordes mal éteintes. C'est là précisément ce qui rendait la position de l'ambassadeur de France extrêmement difficile.
(la) Les historiens n'ont certes pas assez relevé la haute influencequ'eut à cette époque la politique française dans les affaires du nord. Le fils de l'empereur ne fut point élu roi de Pologne, et ce fut encore le résultat de notre diplomatie. Pibrac, après Tarrivée de Henri III à Paris,, fut bientôt renvoyé en Pologne avec la mission d'appuyer le sieur d'£s' peise , afin d'engager le sénat et la noldesse à ne point déclarer le trône
vacant. Toatefois, voyant leurs efforts inutiles, et ne ponvant empêcher que la résolatton, déjà prise, ne reçut son effet, Pibrac et d'Ëspesse oru*> rent, de deux maux, devoir choisir le moindre. Ils engagèrent ceux qui tenaient pour la France à se joindre à la faction des Piastes, et à^ se réunir pour s^opposer de concert à la nomination de Tempereur ou de quelqu'un de ses fils.... Ce fut en effet Etienne Bathory^ prince de Transylvanie, qui l'emporta. Ce prince fut solennellement couronné le i.«^ mai 1676.
Maxîmilien ne pouvait manquer d'être infiniment sensible à cet ou-trage. Le tzar ne fut pas moins indigné^ et députa vers l'empereur des ambassadeurs, afin de prendre en commun des mesures contre la Pologne, a Celte ambasisade était magnifique , ditDeThou, et ressentait bien la vanité de cette nation. Les Moscovites présentèrent à S. M. I. la lettre de Jean leur grand -duc , enveloppée dans un morceau de drap d*or ; et ils lui offrirent de réunir leurs forces contre un usurpateur appuyé des secours d'Amurath, l'ennemi commun des chrétiens.... Le des ' sein des Moscovites était d'allumer la guerre entre les deux prétendant et de se servir de cette conjoncture pour se rendre mailres de la Livonie sur laquelle ils avaient depuis long-temps des prétentions... a
(iS] Henri III, dont le règne fut si falal à la France, entouré de mauvais conseillers , parut , dès qu'il fut sur le trône , non tel qu'on pouvait espérer d'un prince dont la jeunesse avait été si brillante, mais tel qu'il ne cessa de se montrer jusqu'à sa mort. Le mariage qu'avait imaginé pour lui la reine-mère assurait à la couronne de France la plus - haute influence en Europe. Cependant , Henri peu soucieux de la gloire de son trône , ne songea point à seconder les vues de Catherine de Médicû. Sous le règne de Charles IX, il avait vu à la cour, Louise-de- Lorraine^ fille de Nicolas de Lorraine, comte de Vaudemont, et dèslors il avait été sensible à ses charmes. Il la revit en Lorraine lorsqu'il partit pour la Pologne ^ mais l'éloignement de la reine-mère pour cette alliance, qui lui rappelait trop celle de son fils François II avec une princesse de la maison de Lorraine , avait été pour Henri un motif de dissimulation. Les circonstances étant venues à changer, et le cardinal de Lorraine, dont la reine-mère craignait .tant l'esprit , étant mort en 1674 y Henri III, persuadé que cette mort aurait effacé de l'esprit de Catherine les frayeurs que lui causait le souvenir du règne de François II, déclara sa passion en même temps que son éloignement pour tout autre mariage. C'est alors qu'on dépêcha en Suède un gentil* homme nommé Bourriq pour arrêter la négociation de Pinart.... Conformément à ces ordres, Claude Pinart se vit obligé de rompre en
38o CHROIfK^UB DE NESTOR.
▼ifière aree la Suède; il supposa quelques prétextes pour prendre congé du roi dont il fut fort mal venu et qui pensa lui faire un man-^ Tait parti.... Pour la princesse Elisabeth qu'on destinait au roi, sept ans après, eHe épousa le prince Christophe , fils d'Alhert, duc de Me-> kelbourg^
tiÈTÏAE BtJ TZAR ^HEODOR 1.''%