FILS D'IVAN-LE-TERRIBLE
43tt moif d'odobre rS86. (i)
Nôlis louons ung seul Dîèu qui à créé toutiés choses, nous le bénissons avecq cpiantiques et grand honneur et le révérons en trois minières : au nom du père, du fils et du Saint-Esprit, nostreseul Dieu, qui nous a commis pour maintenir le sceptre de la Cirestienté et deffendre son peuple par luy esleu, auquel nous attribuons honneur et gloire perpétuelle.
Nous seigneur, empereur et grand-prince Fcdor, à très illustre et très louable frère bien aimé, Henry, roy de France, etc., salut et tout autre fraternelle amitié»
* Nous vous avons envoie nos lettres par notre truchement Pierre Ragon, pour vous advertir de Testât de nos affaires, affin d'entendre vostre bonne dispositions, sur lesquelles vous nous avez rendu responce par nostre dit truchement, et nous avez envoie avecq lui ung gentilhomme, vostre serviteur, nommé François de Carie {^)y pour savoir Testât de nostre santé :
38a CHROlflQtTË DE NESTOR»
lequel nous a délivré vos lettres que nous avez despe^ chées, pour la mort de feu notre sîeur et père de très heureuse mémoire, le grand empereur et puissant prince Juuanos(Ivan), empereur de tous les Russiens, duquel en portez grand deuil (ce de quoi avons este très aise de veoir) ; et pour nous congratuler de ce qu'il avoit pieu à Dieu nous eslever au siège de feu nostre dit sieur et père, et après la mort d'iceluy nous rendre dominateur de tous ces pais : en quoy faisant^ vous avez fait démonstration de toute affection et amitié fraternelle. Et au surplus, par vos dites lettres nous avez mandé que désiriez par ci-après confirmer avecq toute amitié et fraternelle correspondance affin d'accroistre, icelle et a cest effect, etiés délibéré nous envoier, en tempsopportun,vostre ambassadeur, avec charge et plein pouvoir pour establir et arrester toute amitié et fraternelle correspondance, pour rendre le commerce des marchanda libre , pour aller et venir seurement d'une part et d'autre, sans aucun empeschement, de sorte que les nostres puissent acheter toutes sortes de marchandises par vos terres et pais, et réciproquement, vos marchans aux nostres. Nous sommes de même volonté de confirmer semblable amitié et frajtemelle correspondance, aux fins d'accroistre entre , nous plus d'amitié et fraternité.
A ceste cause, envoies nous vostre ambassadeur sans aucun dangier, par mer ou par terre, et luy donnés pouvoir de traicter de toutes affaires, affin d'arrester entre nous amitié et intelligence , en la meilleure forme que faire se pourra.
Et estant arrivé, vostre ambassadeur, auprès nous,, nous ordonnerons a nostre conseil de conférer de tout ce que dessus avec luy pour ce faict, et selon ce qu'il sera advisé, commander qu'il soitaccomply, aux fins que les députés concluent, avec vostre dîct ambassadeur , tous affaires.
Au demeurant, permettons a vos ambassadeurs et courriers venir en nos païs, par mer et par terre, et retourner librement avec toutes leurs gens et biens et sans aucun empeschement ou retardement. Nous avons aussy permis que les marchands puissent venir et fréquenter de vos païs, avec toute espèce de marchandise, en vos terres; c'est assavoir, par mer, au havre de Colmagret, et p.ir terre, par toute nostre obéissance, et retourner et passer franchement et librement, et sans aulcune perte n'y empeschement, le tout * en vertu des présentes*
Nous avons bénignement receu ledict François de Carie, vostre serviteur, lequel nous. avons fait venir pardevers nous, et le vous renvoions avec ces présentes.
Donné en nostre cours de Moscou, l'an de la Créalion du monde 7094 (i586), au mois d'octobre.
HOTES
(i) ^héodor, a la mort du terrible Ivan-Yassiliévictii , son père, ttodU sur le trône, en 1584» à Tàge de trente-sept ans. Il joignait a une grande faiblesse de corps une plus grande faiblesse d'esprit : formé plutôt pour le cloître que pour le trône , Phéodor se reposa du soin de gourerner sur son beau-frère, Fambitieux Goudounoff. C'est k cet babUe ministre que le commerce de Russie dut Tiqipneiise développement qu'il prit tout à coup. Les bistorient ont parlé des négociations qui s'établirent entre le tzar et diverses cours d'Europe. Tout le monde sait cpi'ËUzabetb d'Angleterre entra en cbif espondance avec Pbéodor et son ministre^ et qUe ce dernier fit obtenir aak négocians anglais des privilèges qui furent refusés à d'autres nations. Mais ce que peu de personnes savent, c'est que Henri III, au milieu des guerres civiles qui divisaient la France , et durant les ti'onbles les pins sérieux de la Ligue, revenu vraisemblement de ses prétentions de gouverner les états du nord , ménagea au commerce français, d'utiles et importans déboucbés, en contractant avec le tzar Fbéodor un traité de commerce qui reçut immédiatement son exécution. La lettre que nous publions ici en est une preuve irrécusable.
(a) Nous n'avons pu, malgré nos recherches, nous procurer les lettres présentées par Pierre Ragon dont parle le tzat , non plus que la réponse faite par Henri III. Quanta ce François de Carie, gentilhomme français envoyé vers Phéodor, il y a lieu de supposer qu'il était le neveu de Lancelot de Carie, célèbre négociatetir, natif de Bordeaux, qui, en i55o, à son retour de Rome où Henri II l'avait envoyé, fut nommé évéque de Riez en Provence. Lancelot, l'ami de Lhospital, de Ronsard et de Dubellay, mourut vers 1570. On a de lui plusieurs ouvrages cités dans les biographies , et notamment une Histoire tragicfue d'Anne de Boleyn que M. Grapelet a réimprimée dans son beau recueil des Lettres de Henri VIII, sans en avoir nommé Fauteur.
RELATIOir DU VOYAGE EN RUSSIE