‹ La chronique de NestorChapitre 34 sur 43 · FAIT PAR JEHAN SAUVAGE DE DIEPPE · texte numérisé non relu

FAIT PAR JEHAN SAUVAGE DE DIEPPE

EN L'AN i586. (i)

La route et la saison qu'il faut prendre pour faire le voyage de Saint-Nicolas, pays de la Russie, par le nord est....

Premièrement :

Si vous volés entreprendre le voyage de la Moscovie par le nord, savoir,: a Saint-Nicolas, en la rivière de Saint-Michel- Archange, fault partir à la fin du mois de may ou a la mi-juin, pour le plus tard, et faire sa droicte route pour aller quérirle cap de Nord-S. qui est un cap qui boute bien hors, en tirant vers le pauole arctique, et demeure par les 71 '/a degrë.

Item, quand vous avez la cognoissance du cap de Nord-S., vous le verrez en ceste former mais premier que de le veoir, vous verrez nombre de grosses islès, force aultres toutes couvertes de neiges fort blanches >

386 CHRONIQUE DEf NESTOR.

et n'y a point d'ancreage ni d'hommes habitans; car on ne peult trouver le fonds, bord a bord d'elles et sont à douze lieues de terre ferme de Norovague et tous les navires du roy de Danemarck qui vont à Saint-Nicolas, à Col (^) et à Sourdaousse, passent de terre toii^tes ce» isles.

Item, quand vous serez au cap de Nord, fault . mettre le cap au soest et au suruest, jufqn'a ce que vous soies àVerdehouse( ), ety a entre deux vingt-huit lieues , et Verdehouse se monstre comme trois isles en celte forme et y a grande pescherie de mourues^ en saisons , comme au mois d'apvril et au mois de may ^ car le plus tost que les Anglais y peuvent aller, c'est leur profit; car on pesçhe dedans le navire,, et ne faujt poiut de bateaux poxir aller à la pescherie, quand on y va d'heure. Nous y trouvâmes six navires qui peS4^haient la mourue, et tel portoit centcinquante tonneaux qui estoient en bone chaîne, ci quasi prest a partir.

Item, quand vous screi à Verdeliouse,^ fouit mettre Fancre à huit brasses d'eau, qui est au costé de la terre ferme, scavoir : au costé de ouest surouest, et enti» Verdehouse et la terre ferme^ y a uae lieue de passagir^ et les marées sont nord et sur- Item, quand nous fumés à l'ancre, nostre mar^ chand alla en terre pour parler au capitaine du chas* teau, et lui demander congé de passer, pour aUer à Saint- Nicolas. Il respondit que jamais il n'avoyt veu François passer par là pour allei* à Saint-Nicolaa,et qu il n'avait nulle commission de nous domier congé poiir

Sièges importantes. 38-7

aller là. Et voîant cela, falut faire prësens a quelques Sieurs qui parlèrent pour nous : ce qui cousta environ *25o dafles, sans les présens et despens que nous y Teimes^ car lious y demeurasmes trois jours.

Item, quand nous furaes atoUis et que nous eûmes paie nostre coustumé, lés sei'vîteurs du Sieur aportèrent k monsiéut* Colas un grand pot de bois rougé qui tenoit plus dé douze pots, qui estoit tout plein de grosse bierre noire et forte plus que le vin, et falut boire tout. Et croiez que les sieurs Colas et du Nenel estoient plus fâchez de tant boire que de l'argent qu^ils venoîent dedesbourser; car il fallait vider ceste cruche ou bien faire de l'yvroigne pour en sortir; car telle est leur coustunié.

Le lundi, 18.'^ jour de juin, quand nous fûmes délivres du capitaine de Verdehouse,nous fûmes voir un marchand qui nous conta que, au temps que nous y estions, au mois de juin et juillet, ils ont tousiours la cognoissance du soleil , comme c'est une chose fort croiable j car nous-mesmes Favons veu par l'espace de deux mois, aussi bien à la minuit au nord, comme k midy au- sur, et faisait tout aussi clair au nord comme en plein midy au sur. Et vous pouvez pen^ ser qu'autant de jours qu'ils continuent de voir tousiours le soleil, aussy ils sont autant dé jours sans en avoir la cognoissance, et est tousiours nuit par Tespace de dix semaines.

Item , vous pouvez croire que les gens de la terre qui se tiennent par-delà, durant l'y ver, m'ont conté que c'est tout le plus fort dé leur travail, quand iî

388 CHROIÏIQUE DE? NESTOR.

n'y a point de jour j car le poisson y est en si grande abondance qu'ils en prennent tant qu'ils en peuvent porter : et croîez que le fort de la pescherie estoit desia faict quand nous y fûmes arrivés. Et tout le poisson qu'ils peschent^ ils ont, tout a l'entour du vilage , forces perches et des grand boisses, là où ils mettent sécher leurs morues. Et la lune leur baille cette sécheresse qu'ils viennent aussi secs come boys» Et les Anglois l'appellent loquefix , mais c'est morue propre.

Item, vous avez à entendre que tous les hommes qui viennent pescher à Verdehouse , ne s'y tiennent pas en temps d'y ver quand leur pescherie est faitecar aïant prys leur poisson , ils s'en revout a la terre ferme qui est proche d'eux , qui est la coste de Nor-' vagne : et ceux qui sy tiennent^ sont ceulx qui ont puissance de wivre de froment^ car il n'y croist nulle chose pour vivre , ils ont du pain et à boire, puis du piement avec force poisson qu'ils ont, et force boys pour chauffer leur estuves; car toutes les maisons ont des estuves fort chaudes et bien propres. Et puis, leurs maisons sont dans la terre bien avant, tellement, que le bestail va manger ce peu d'herbe qui croist^ sur leurs maisons : et crois qu'ils ont du bestail , come moulons, chèvres qui, en temps d'y ver, ne vivent que des vieilles tripes du poisson qu'ils ont pris.

Item, quand l'y ver est venu, chacun se boute dans sa maison à faire ses affaires : et ne vient clarté que par une fenestre de verre, voire de pierre, qui est mis là au parmi de la maison. Et quand la neige vient, toutes

PIÈCES IMl>ORT ANTES. 3Sq

lieurs maisons sont couvertes de neige, qu'il n'y a i^ulle apparence de maison, et faut qu'ils fassent des scentes corne des ruetes pour aller à leurs affaires j au service , a la pescherie çt autres affaires qu'ils peuvent avoir à faire.

Item, vous pouvez croire qu'ils m'ont conté que la lune et les estoiles leur donnent autant de clarté la Huict^ corne le soleil faict de jour, come je le crois; car voiant que la rondeur de la teixe est entre le soleil et la lune, le soleil ne peut offusquer la clarté de la lune ni des estoiles, de ces parties là, en ce temps qu'il est au sur de Féquinoctial ; car tant plus le soleil est proche de la lune, tant moins la lune a de force, et les estoiles aussy. Et disent qu'ils font aussi bien leur mesnage quand la lune lève, come quand le soleil lève, et font de la nuit le jour et du jour la nuit.

Item, quand nous fumes hors de Verdehouse, nous mismes le cap au suest pour aller quérir la rivière de Col où il y a une bone isle au travers de la rivière qui se nomme Gilledin, et entre Verdehouse et Gilledin il y a 5o lieues.

Item , vous pouvez savoir que l'isle de Gilledin est une fort bone isle non habituée : et le roi de Danemarck a mandé à Tempereur de Russie qu'il veut avoir l'isle de Gilledin par amour ou par force, tellement^ que nous avons veu les ambassadeurs de l'empereur de Russie partir de Saint-Michel-Arch^nge pour acorder de cèste dite isle; car sy le roy de Danemarck ne l'a, il ne peut aller naviguer à Saint-Nicolas que par force, et se mettre en grand danger; car

3gO CHRONIQUE DB NESTOR.

les navires du roy de Danemarck yiendroal garder tout ce passage là^ jusques au pied de la baire, e% ont moien de venir tout hault^ jusques devant Samt<* Michel-Ârchange^ et brusler la tour de Saintrffieolas^ sans contredit, mais je croy qu'ils feront acord ensemble pour Isijbsse.

Item 9 depuis Gilledin jusqu'au cap Quellen, y a ^limieSy et la route est suest et norrouest, et y a force isles du long de la terre, entr'autres, et vers sept, qui se nomment les Sept-Isles, et la terre est fort belle. Il n'y a pas de gens habitues en toutes ces terres là, depuys Col jusques à Sainte-Nicolas; car la terre estoit encore toute couverte de neige, et neigeait encore quand nous y fumefs, et faisoyt froid.

Item, depuis ledit cap Quellen jusqu'au cap Aliban, y a i5 lieues^ par norrouest et sursue^. Item^ depuys le cap Aliban jusques au cap Ca^itys, y a 12 lieues.

Item, depuys le cap Gratys ( c'est le commen-» cernent de la mer Blanche ) jusques au cap de Peilmoy, y a jo lieues, et juge surrouest, cap de sur et noxest, cap de nord, et y a 5 isles entre deux.

Item, depuys le cap dé Peimoy jusques au cap de , PoUegey, a g lieues, et y a une isle où il y a bon an-» crage, et depuys ladite isle PoUege jusques au cap de Polrenne, y a 1 1 lieues, et sont ouest sourouest, et est nordest, et sont toutes belles terres assaisonnées, et force bois de haute futaie, la où il y a force bestes^ corne ours et loups, et autres sortes d'animaux, corne flous o^t conté les Rousses du pais.

PI^CE£ IMPORTANTES, 3^t

Item y depuysle cap dePolï'enne jiisquos au cap de Boetinere, qui e$t a l'autre bord, et feîctle bord de la terre des Cappe^, y a i3 liçue^, et ver» le sur caj[> du sud, y a aacrage.

Item , depuis ledit cap jusquës à Saint-^Nicolàm^ y a i8 lieues, et sont establys nord cap du nord est, et sur eard et sorrouêst : et quand tu auras single environ 8 lieues, verras là tour de Sainct-^Nicolas, tu laisseras à tien bord de toy et les isles k bâbord de toy , et quand seras aiissy avant que les isles, tu seras au pied de la barre de la rivière Divine, qui est la ri* vière <Jui, départ de Moscovic, et vient à Volgueda, puyft à Coliiiagrot, puys à Archange : puys vient k Poudes-Jàmes, qui est la rade du pied de la l^arre, Oi^&Ulft mouiller Tancre à huit brasses d'eau, pourat^ tendre le temps, et ti'y a sur la bârrè que deux, brasses 4'eau, la longueur de plus de deux lieues hors à la mer«

' Item, depuis le pied de la barre, qui esta l'entrée de ïa rivière Divine, jusqu'à Saint-Michel-^àrchange, y a t a lieues, et sont toutes isles coupées , la où c'est que les borquçs passent tout à l'enlour d'elles, et faut qu'ils viennent paier tribut et leurs coustumes a Ar* cbange, qui est un chasteau fait dé mas entrelassez t% croisez : et sont les ouvrages sy proprement avéé cet mas, et sans clou ni cheville, cpie c'est une euvre sy bien practiquce qu'il n'y a qiie redire, et n'ont que une setde acbe pour faire tout leur ouvrage. Et n'y a maistre maçon qui puisse faire un ouvre qui est plus admirable qu'ils font.

Sga 1 CHRONIQUE DE NESTOR.

Item^ nous somes arrivez le aS.* jour de juin , devant la vîUe de Saînt-Michel-Archange, où nos marchands allèrent à terre, pour parler au gouverneur et faire leur raport, comme est la coustumé en tout païs: et l'ayant salue, il leur demanda d'où ils estoient, et quand il sceut que nous estions François, il fut bien réjoui et dit à l'interprète qui les présentoyl, qu'ils estoient les très bien venus, et prit une grande coupe d'argent et la feit emplir, et falut la vuîder, et puys une aultre, et encore la revuider, puis encore la troisième, qu'il fallut paracher.Et aiant fait ces trois beaux coups on pense estre quitte, mais le pire est le dernier, car fault boire une tasse d'eau de vie qui est si forte qu'on a le ventre et le gosier en feu, quand on abeu une tasse : encore n'est-ce pas tout , et ayant parlé un mot avec vous, fauldra encore boire a la santé de vostre roy; car vous ne l'auseriez refuser. Et c'est la coustumé du pays que de bien boire.

Item, quand nous fûmes à Fancre et que nos marchands eurent faict leur raport, nous deschargeames notre marchandise à terre dedans le chasteau, qui est un grand enclos, faict de mas en forme de muraille, et y a bien quatre- vingt ou cent maisons dedans, où c'est que les marchands forains mettent leurs marchandises dedans leurs maisons, et cela ferme à la clef avec l'autre chasteau, pour les marchands du païs, qui est a part, ensemble avec l'autre.

Item, quand nous eûmes mis^notre marchandise à terre , les marchands veinrent de Moscovie ; car il y a fort long chemin , et amenèrent de grandes gabares

PIÈCES IMPORTANTES. SqS

qui portoient leurs marchandises^ come suifs, cuirs, lins et chanvres, cire et grands cuirs d'Esland, et les mettoient dans le chasteau, puis les veiidoient a ceulx qui en bailloient de l'argent.

Item, vous pouvez croire que les grandes gabares qui venoient là charger jK)ur les Angloîs , ne dévoient que la coustume au chasteau d'Archange, qui est un fort chasteau, où il y a. plus de 20 pièces de canon de cuyvre rouge, qui ont beaux bastions et ont bonne chasse, car nous les avons veu tirer. Et quand les Ânglois ont fait à la doane, ils portent leur marchandises bas au pied de la barre pour aller à Saint-Nicolas 5 car les grands navires ne sauraient entrer dans^la barre d'Archange , et fâult qu'ils se tiennent là, à l'isle de Saint-Nicolas, qui est une isle assez petite ou ceste tour de Saint-Nicolas est plantée dessus, qui est fort haulte à voir de la mer : et n'y a que deux ou trois maisons avec la tour que les soldats gardent.

Item, faut entendre que les marchands soient tous arrivés à Archange, au commencement du mois d'aoust ou bien huit jours plustost, car ils ne sont avec leurs marchandises que i5 jouïs ou ^o jours pour le plus tard; car il faut qu'ils fassent raccommoder leui's grandes gabares et les faire remailler, de gros maïs fort pesans pour amarer leurs cordes et les haler hault.

Item, quand leurs bateaux sont accomodés, ils embarquent leurs marchandises dedans et s'en vont hault contre l'eau et la marée , j'usqu'à une ville qui 8'appelleColmogrot(^),oùily a 12 lieues, où les marchands vont acquitter et faire là leurs affaires et em-

394 CHRONK^ITË DE NE$tOR.

bardent leur^ chevaux^ s'ils le v^ulenc embctft^cr^oH fi'ili veulent aller par terre, a leur vokniié.

Item^ qpoQ^ les baleflUK poitaat de Coknogrot^ fault avoir lousiours loo homes pour les tirer et aller cootrel'eau^ eCauQtme foisbien 5M>o^qnaDd il y a temps de ravine^ et fàult aller cimtre la marée jusque a Vol^ gueda, qui est uoe bonne ville^ où il y â 200 lieues 4e .Cc^ogrôt à Volgueda, et fault descharger les miircliididises là^ cal* les gabores oe peuvent iBonter plus bault.

Item, quand les marchands sont venus a Volgueda, ne font descharger leurs marchaadiâes jusques à ce que le païs 3oit tout engelé et entrepris de glace. Akff$, ils les font porter a Moscou, là où il y à encore iSo Ywueô, et les font porter par des petits cbatiote qui n'ont point de rOues par de^ouls^À celle fia qu'ik glissent mieux sur la glace: et aont tire^^ cha^cuti chariot, avec deux grandes bestes qui se noxnn^^t Zelen, (élans) qui vont fort le Irot^ et sont de petite vie.

Item, quand les marchands^ sont à Moscou^ ils re^ font charger leurs marchandises ^ quand le païs e^ «ngelé , comme entour le mois de décembre , et w mois de janvier, et la font porter par chariot à Vo-gueda, là où sont les gabares qui sont frétées pour eulx, attendant que la rivière soit desgelée pour les apporter à SaintrJNicolaà, ou à Archange, ou à Co-lona^ dans les lieus où ils vont trafiquer 5 car, croi^t que j'ai veu sortir de la rivière, ca deux mois que nous y avons esté, nous avons veu sortir plus de aSo

grandes gabares toutes chargées, corne du seigle, de sel , suif, cires , lins et autres marchandises.

Item , faut que les gabares qui vont en voïage par la mer, se retirant à la fin du mois d'aoust ou a la myseptembre^ pour le plus tard; car la mer se prend et engèle toute en une nuict j car, depuys que le soleil est i)rès de son équinoctial , le païs est fort glacial et aquatique, come les honmies m'ont conté.

Qui sera la fin de la présente, par moi , Jean Sauvage de Dieppe, le sjo octobre i586.

Au dos est écrit :

Mémoire du volage qu'a faîct Jehan Sauvage de Dieppe en Russie, à Saint-Nicolas et Michel-Archange, l'an i586, au moi$ de juin.

CQROÏtlQUS .DE KESTOR.

NOTES

(i) Nousn'ayODs donné ce voyage écrit par un homme entièrement îHétré, qœe parce qu^il est le premier qu'on Français ait fait^en Russie^ ou du moins le premier dont on ait le récit. Noua ne nous chargeona nullement d'éclaircir les obscurités du texte ni de rectifier les erreurs géographiques du navigateur dieppois. Nous ayons quelcpie lieu d« croire ce Sauvage parent d'un Charles Sauvage, secrétaire de Sébastien de l'Aubespine, évèque de Limoges, ambassadeur à Madrid en i56a, et mort surintendant des finances en 1 574*

(a) Cola, ville et port du gouvernement d'Ârkhangel, située sur la rive gauche du Cola, est la ville la plus septentrionale.de Bussie; elle est située au 68." degré de latitude. La terre y produit à peine des navets ; les habitans y vivent de poissons , et font pourtant un commerce considérable de fourrures , de la graisse de baleine et une quantité prodigieuse de morues salées et séchées.

(3) Verdehousey ou plutôt Fardelousa, est une des lies de l'Océan glacial qui dépendent du gouvernement d'Arkhangel.

(4) Kholmogory , ville du gouvernement d'Arkhangel , bâtie sur une des Iles de la Dvina, à vingt lieues de cette ville. Son origine se perd dans la nuit des temps. On prétend que c'était l'antique capitale du royaume de Biarroie habitée par les Tchoudes. Les Danois, suivant les chroniques du nord , y faisaient un grand commerce de pelleterie ^ bien avant l'éqoque de Rurick. Ce pays fut depuis soumis à la républi* que de Novgorod, qui y envoya des colonies. Cette ville, avant la fondation d'Arkhangel, était la capitale du pays ; elle était entourée de hautes murailles de bois, flanquée de douze tours. De fréquens iocendies, et surtout le voisinage d'Arkhangel, lui devinrent funestes. Ce n'est plus aujourd'hui qu'un misérable village. *

LETTRE

DE DEMETRIUS AU DUC CHARLES, (i)

Nos serenissimus et mvictissâmii» monarcha, Demetrius Joannis^ Dei gratiâ imperator et magnus dux totius Russiœ atque universorum Tartariae regnorum aliorumque plurimorum dominiorum Moscoviae sul>jectorum dominus et rex :

Signifîcamus^ ex more veteri, ferè omnibus vicinîs regîbus, de felici coronatione nostrâ, et summà Dei omnipotentîs tum erga nos clementia, tum contra hostem nostrumseveritate^sciebamus enîm verisprincîpibus^ tolia Dei judicia^ magnam voluptatem allaturam fuisse. Tibi vero quite hostem esse magistratatum principumque jampridem ostendisti , hoc potius sîgnificandum putavimus, serenissimo Poloniœ et Suetiaerege fratre nostro, domino autem tuo, cùm ob eam necessitatem quœ omnibus legitimis regibus inter'ipsos est tùm vero ob fratemum Maj ^ suae erga nos amorem quem in causa nostrâ . nuper experti sumus^ intimam conjunctionem et amicitiam inter-

SgS CHROKïQtJE DÉ NEStÔft.

cedere : <juem quia tu, vîolatîs omnium gènlîum^ naturœ et divinis legihus, contra fidetn etîam jusjuirandî quo te ser^'îpsîusoblîgayerîs, non modo regno heredîtario nefariè exuîsti, verum etîam impia arma contra Ser: ipsius sumpsisti; atque adhuc In hac rebelione permanetis^ nullo jureSuetiae regnum i*etines et tibi usurpas. IVIonemus te, pro jure socLe^tis liostrae^ ut ad ôfficium et sanitatem redeas, venîam a Ser"^<» rege et domino tuo suplex petas , atque avitum regnum ipsius Ser^ quod omnia divina et humana jura exigunt restituas. Quod tiisi feceris^ ilostam infamem injuriam fratri, atnico, et vicino principi a te illatam dîutius ferre non poterimus^^ed citnctis viribus nostris ad répetendum et recupeRaudum Saetîa& regBum Sert princîpis juvare decrevimus : neque dubiumaus Deunt ipsum conatibus nostria adfuturuxa et m tam justa causa pro nobîs esse pugnaturum. Hac igituv si quid esse in te ptetatis et religionis y diligentei* considéra ^ et rec^enti atque môerabili pei*duelis nostri excidîo^ disce, Demii pro regibus suis et pri^cipibus assidtiÀ vigilare ac in suos hostes et paricidas eorum tam «everè animadvertere^ ut miUam cnjusquara contra eos perfidiam iiMaitam esse yelit.

D«t.... etc.

Sign. DfiMETRius Gjesaa«

PIÈCES IMF01LTAVTS8. %9

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