TRADUCTION
Annexée a la Pièce précédente.
Nous sëi^ënissime et invhvcible monafque, Dente-' trkis^ par la grâce de Dieu, empereur et grand-dHcr de toute la Russie et de tous les royaumes de Tartarîe, et de plusieurs autres seigneurs et subjets de Moscovie,
roi et seigneur i
. Nous faisons savoir, selon ranciemie coutume, à presque tous les roys nos voysins, liostre généreux couronnement et la grande clémence de Dieu toutpuissant, devers nous, et sa sévérité envers nostre ei>-' nemy; car«oiis scavions que tds jugemens de Dieu apportoient un grand contentement aux vrays princes^ Or, à toy, qui t'es monstre ennemi des princes et des^ magistrats^ nous avons estimé te debvoir plustost advertir d'intercedder notre intime amitié avec le roy de Pologne et de Suède, nostre très- cher frère et ton seigneur, tant par ceste loy qui est entre les légitimes roy, que par sa fraternelle amitié envers nouSy. laquelle nous avons naguères expérimenté en même cause : lequel, parce que ayant vioUé les loîx divines et humaines) le droit des gens contre la foy et ton serment
par lequel tu estois obligé a sa puissance, nonrseulement tu Tas despouillë méchaminent de son royaume héréditaire, mais aussy tu as levé les armes contre
. luy : et persistant en ceste rébellion, sans aucun droit, tu retiens le royaulme de Suède et tu Tusurpes; nous t'admonestons tant par le droit de nostre société, que tu retournes en santé y et a ton office, et que tu demandes pardon à ton roy et à ton seigneur, et que tu luy restitues son royaulme que tu luy as osté. Ce que si tu ne fais, nous ne pourrons plus long- temps porter une telle injure estre faicte à un prince, nostre frère amy et voysin^ mais avons délibéré de luy ayder de toutes nos forces à f^couyrer son royaume de Suède , et ne dpubtons point que Dieu n'assiste nos desseings et ne combatte pour nous en une si juste cause. S'il y a donc quelque piété et religion en toy,
. considère ces choses et aprens de ceste récente et misérable guerre, que Dieu veille assiduement pour ses roys et princes et qu'il punist si grièvement leurs ennemis et parricides, qu'il ne veult laisser impunie aucune perfidie commise contre euï.
Donné, etc.
DeHETRIUS CiESAR. {^)
PIÈCES IHPORT.ARTES. 4oi
irÔTES.
(i)Ivaa-le-Terrible, qui ttia de sa propre maiii son fils aine, laissa lè trône ^ comme nous l'avons dit dans une précédente note, à Phéodor , }>rihcé faible, auquel succéda l'usurpateur Boris Goudonnoff.Il était resté dMn second mariage d'Ivan un enfant en bai âge, nommé Dmitri^ Boris le fit disparaître, égorger, dit-on : le crime f\it toutefois enveloppé d'un
- tel mystère, qu'il fut facile de se prévaloir de cette circonstance , pour faire reparaître l'infortuné Dmitri. Un jeuife Homme ambitieux, Grégoire OiitrépiefiT, profitait de sa resscfmblance avec le fils d'Ivan, se fit
^passer pour ce printe et rjecdnnaltre en cette qualité. Le nouveau Dmitri promit tout, et, soutenu des Polonais, vit bientôt lés -irilles russses lui ouvrir tour-a-tour leurs portes. La mort inopinée de Gôudounoff acbeva dé lui aplanir les difficultés, et peu de jours suffirent pour le porter sur le trône des tzars. Il fit son entrée triomphante à Moscou , le iXo juin i6o5 , et fut immédiatement proclamé grand prince de Russie. Dmitri se crut obligé à quelque reconnaissance envers le prince dont l'appui lui avait été si utile , Sigismond III , roi de Pologne. Ce dernier fils de Jean Ut, roi de Suède, devait au sang des Jagellons, dont il était issu, son élévation au trône de Pologne. Par la mort de son père, 0 eût dû réunir les deux couronnes^ mais son attachement à la religion catholi- 'que l'ayant rendu odieux aux Suédois, son oncle Charles, duc de Sudernâanie, le fit exclure du trône en i6o4) et se fit. couronner à sa plac», sd^s le nom de Charles IX. Sigismond crut trouver dans Outrépieff un instrument pour reconquérir son royaume; il lui ofirit son appui, à la charge par lui , aussitôt qu'il serait à Moscou , dé Taider à remonter sur le^ trône de Suède. C'est pour s'acquitter envers ce prince que Dmitri écrivit au roi de Suède la lettre que nous donnons ici.,
Cette pièce, qui se trouve aux manuscrits de la Bibliothèque royale, I. 26
402 CHRORIQUE DE NESTOR.
fat sans doute rapportée de Russie en France par le capitaine BiargereC,
dont nous parlerons tout à Theure. Nous la donnons telle que nous
Tavons trouvée , latine et française , avec les incorrections de style do
manuscrit.
(a) Au sujet de ce titre de César que prit Dmitri, Karamsiù raconte ce qui suit :
<c Bientôt le principal bienfaiteur du faux Dmitri , le rusé Sigismond, s'aperçut que la fortune et Téclat du trône avaient changé celui qui naguère baisait sa main avec transport.... Ce prince, premier auteur des succès de rayenturier.... devait naturellement s'attendre à sa reconnaissance, et lorsqu'il 6t complimenter le nouveau tzar, il eut l'indiscrétioi» d'exiger que le faux Dmitri lui livrât les ambassadeurs suédois s'il en venait de la part du rebelle Charles.... Dmitri fit répondre qu'il éuit prêt à devenir l'ennemi des Suédois rebelles ; mais qu'U voulait se convaincre de la sincère amitié de Sigismond, qui, malgré ses paroles flatteuses, ne lui accordait pas les titres dûs à sa dignité, qui lui venait de Dieu. Eu effet, Sigismond dans sa lettre lui donnait celui de hospodar et de grand duc , mais non celui de tzar , et l'imposteur voulait avoir non-seulement ce titre, mais encore un plus pompeux. Il imagina de s'appeler César, et même Invincible, par anticipation de ses victoires futures.... Ce<fut vainement que les gens sensés cherchèrent à lui démontrer que le roi lui donnait le titre que les souverains de Pologne avaient toujours accordé à ceux de Moscou , et que Sigismond ne pouvait pas changer cet usage sans le consentement des étau généraux.... En effet, les grands du royaume ne voulureot pas entendre parler du nouveau titre, et le Yoîévode de Posen dit en colère à un officier russe : Dieu naime pas les orgueilleux, et votre invincible César ne se maintiendra pas sur le trône, »
Les relations de la France avec la Russie , vers cette époque, ne forent point interrompues ainsi que le prétend Lévesque. Elles existèrent surtout par les fréquentes communications qu'avait ouvertes la navigar tion d'Arkhangel. Déjà même à cette époque des professeurs, des méde7 cins , des officiers français, allaient offrir leurs services au tzar et à la noblesse de Moscovie. Le tzar Boris Goudounoff avait refusé d'établir en Russie des universités à l'instar de celles de France, sous prétexte qu'il serait nécessaire d'employer des catholiques auxquels il était trop dangereux de confier l'éducation de la jeunesse. Toutefois, il envoyait en France des jeunes gens pour y étudier et s'y foi*mer , suivant en eelà, dit Karamsin, l'exemple de quelques jeunes Anglais et Français qui vinrent alors à Moscou s'instruire dans la langue russe. Le capitaine Margeret, sous le règne de Henri lY , après la pacification du royaume, voyant
dit-il, son service inutile au roi et à sa patrie, alla servir le prince de Transylvanie, Tempereur d^ Autriche, le roi de Pologne, et finalement Boris, l'empereur de Russie qui Thonora d'une compagnie de cavalerie.» Après la mort de ce prince , le faux Dmitri lui donna le commandement de la première compagnie de sa garde. Il fut donc témoin des ëvénemens bizarres et multipliés de cette curieuse époque de l'histoire de Russie. Il étudia la langue du pays, ses lois, ses mœurs et son histoire, et à son retour en France, après la mort de son bienfaiteur Dmitri , il publia 4 par Tordre de Henri lY ( auquel il dédia son livre ) VEtat -de Russie et grand duché de Moscovie. Son ouvrage eut un grand succès ^ on le lit encore avec fruit , et les historiens de Russie l'ont souvent consulté. Margeret croyait à la légitimité de Dmitri. On trouve dans son ouvrage de précieuses particularités sur ce prince, r Pour conclure, » dit-il en finissant l'historien de son règne, « le défunt » empereur Demetrius Johannes, fils de l'empereur Johannes Basi- » lius, surnommé le Tyran , estoit âgé d'environ vingt-cinq ans, n'ayant » nulle barbe , d'une stature médiocre , les membres forts et nerveux , » brun de complexion, et avait une verrue près du nez^ sous l'œil droit^ » il estoit agile, avoit un grand esprit, estoit clément, fort ofiensé, » mais aussitôt appaisé, libéral, enfin un prince qui aimoit l'houDeur, » et l'avoit en reconmnandation. Il estoit ambitieux : ses desseins esloient » de se faire connoitre à la postérité, et estoit délibéré, ayant donné » commandement à son secrétaire de se préparer au mois d^aoust dernier, « i<6o6, pour partir avec les navires anglois, pour venir en France conu gratuler le roi très chrétien , et avoir correspôndanee avec lui, duquel » il m'a parlé plusieurs fois avec grande révérance. Enfin la chrestienté i> a perdu beaucoup en sa mort, si ainsi est quelle le soit, comme il est A> fort vraisemblable. Mais je parle en cette façon, d'autant que je ne l'ay » veu mort de mes yeux, à cause que j'estois pour lors malade, v