DISCOURS SOMMAIRE
De ce qui est arrivé en Moscovie depuis le règne de Ivan fVassiliwich y empereur^ jusques a J^assili Ivanovitz Soushjr;
Par Pierre de Laville, sieur de Dombasle (*). 161dL
Ivaa Vassilly vich a régné quarante ans, et tn son règne a augmenté son estât des conquestes du royaume de Casan et Astrigan, et de quelques places en Livonîe. Mais quant a ses subjets, il a régné en tyran, tué son propre fils Lekneet Ivanowits, et voulant continuer ' ses tyrannies, a esté secrètement empoisonné par son médecin., nommé Jean Nilos, par le commandement de deux conseillers du royaume, à savoir Badan Blesky et Boris Gaudenou. (^)
Après sa mort, il a laissé deux enfans, l'un Féodor Ivanowits, Fautre Demetrius Ivanowits.
Kaîné, Féodor Ivanowits , après la mort de son père, a esté couronné empereur, et a régné quatorze ans en grande unité en son pays, augmenté son estât du royaume de Sibiria, et faist bâtir beaucoup de
forteresses en la campagne Blanche sur les frontières du Talare.
Il a aussi recouvert du roy Jean de Suède, quatre forteresses, Ivangrot, Cappory, Jam et Kekolme. (^)
Quant à ses subjets, il a régné, de sorte qu'ils ont en général confessé n'avoir esté si heureux durant aucun règne d'empereur qui ait estl^ devant luy. (4) Après il a esté empoisonné de l'ordre de Boris Gaudenou.
Knés DemetriuA, frère de Féodor, a esté tué après IsL mort de Féodor, en l'âge de dix-sept ans, par le fils d'un secrétaire, nommé Michel Thogorosky, avec un couteau, par le commandement de Boris Gaiidenou.
Après Boris Gaudenou, par ses pratiques, fut éleu empereur, mais avec peu d'heur, durant son règne, car trois ans après son couronnement, fut une grande famine, qui fit perdre deux ou trois cents mille personnes, et ceste famine dura aussy trois ans.
Après la famine, se souleva un moine, nommé Kriska Otreka, se disans Demelrius Ivanowitz, que Boris avoit faict tuer en sa jeunesse, et qui avoit esté sauvé en Pologne par un moyen merveilleux. Et s'estant rendu sur les frontières de Moscovie, avec une armée de vingt mille Polonais , les Russes et les Moscovites pensent que c'est le vray Demetrius qui fut tué par le commandement de Boris Gaudenou , . et certaines villes de Semira prennent son party.
Gaudenou se trouva aussi abandonné d'une partie de ses troupes, qui prinrent party aussi avec Deme-
4o6 CHaOltlQUE DE I4ESTOR.
tFius y lequel devint si fort qu'il battit ^ l'armée de Gaudenou^ où Gaudenou perdit cent mille hommes, et après s'empoisonna luy mesme, craignant d'estre livré entre les mains de ses subjects, ayant régné sept ans en ceste sorte.
Après la mort de Boris , fut esleu son fils Féodor Borisvich, empereur ou grand -duc, par ceux de Mosco seulement, sans le consentement de tout le pays, lequel désirant gaigner leur cœur, feit sortir tous. les prisonniers que son père détenait captifs, et faisoit de grandes libéralités a ses subjects , leur promettant de grandes libéralités et franchises s'il demeuroit empereur.
Mais tout cela ne ptit servir, Demetrius estant fort, et tous les jours se rendant villes, l'une après l'autre à luy, lequel escrivit après a ceux de Mosko, qu'ils eussent a recognoistre leur faute , et prendre Féodor Sorisvich prisonnier, sa mère, fille et tous ses parenls et vouloir prendre son party, qu'il leur pardonnoit tout ce qu'ils avoient commis contre luy.
A cela sont disposés les Russes, le prennent prison* nier et toute sa race, et se rendent a Demetrius, qui, çiprès cet heureux succès, envoya à Mosko un grand de Russie, nommé Knes Vazilly Vasilvich Goleson, avec quarante mille Russes, ayant plein pouvoir de faire estrangler le jeune empereur et sa mère et tenir sa sœur en prison, jusques à sa venue, et la race l'envoyer à la frontière d'Orasan et Siberia.
Cela accompli, Demetrius fut reçu et couronné à Mosko en grande magnificence. Le règne de Féadoi'
ne fut que de sept semaines : et après que Demetrius fut couronne, il coucha avec la fille de Boris : apr^ la feist mettre dans un cloistre , selon la manière du païs, aucuns disent qu'elle a eu un fils dans le cloistre. (^•)
Peu après qu'il fut couronné , il se maria avec la fille du duc de Saintemir , polotiois, sans consentement des Russes, ce qui les met en soupçon et leur fait penser qu'il veut rétablir la religion catholique en leur pays, et rendre enfin les Russes sous la domination des Polonois.
Dailleurs aussy, ils descouvrirent que c'estoit un Demetrius supposé, vray moine, fils d'un pauvre gentilhomme, et se rej>entant de s'être laissé ainsy tromper, dix jours après Idl nopces de Demetrius, le tuèrent.
L'auteur de sa mort fut le kncs Basily Ivanpwitz; Sousky, lequel après fut éleli empereur eomme un des principaux princes de Testât r et Demetrius tué fut bruslé et mis en cendres^ fut tué aussy avec luy son général d'armée, Pètre Féodor-Vich Zornanova, Russe de nation. (^)
Bassili Ivanowitz Sousky , trois jours après la mort de Demetrius, fut esleu empereur de Mosko seulement, et de quelques nobles qui estoient dans la ville de Mosko dé Nogord et de Smolensko, sans le sceu de tout le pays, lequel se formalise et se soulève contre la ville de Mosko, cottmie s'altribuant pouvoir de mettre et oster leur empereur : et s'étant joincts ensemble la province de Severia, de Rajane,
4o8 CHRONIQUE DE NESTOR*
et Cosivie^ et après le royaume (TAstrican qiii suivit^ mirent en campagne plus de cent mille hommes contre ledit Sousky^ lequel aussi assambla quelques quarante mille hpmmes du pays qui luy avoient jur^; mais^ ne se sentant assez fort pour tenir la campagne^ il s'en retii^ a Mosko.
Les Russes ligués contre luy le poursuivent et Fas^ siègent^ le voulant à force démettre de sa régence, et encommettreunaultrequifutduconsentementdetous. Leur général estoit Bolotvicp, Russe de nation et de basse condition, mais expérimenté soldat, il avoit la commune avec luy : son lieutenant estoit Histboma Pasko.
Pendant le siège de Mosko, le général Bolotviko et son lieutenant furent *en dispute et désunis ; ce qu'apprenant l'empereur Sousky, prend ce temps, il pratique secrètement Histhoma Pasko, lequel il gaigna de son costé et tout son régiment, et après sortit de Mosko avec son armée, présenta la bataille à Bolotviko, et les ordres faicts d'un castré et d'autre j comme l'on estoit sur le poinct de pombattre, Histhoma Pasko, lieutenant de Bolatviko, prit le party de Sousky etayda à battre son général, qui se fioit du tout à luy.
Sousky eut le champ de bataille et fut quitte du siège : il y eut des Russes tués, d'une part et d'autre^ quarante mille hommes^ Sousky eut quinze milprison-^ niers qu'il feict tous noyer dans la rivière de Mosko,; après cette perte, Bolotvico se retira a Calouge où il fut assiégé'par Sousky. (7)
PIÈCES IMPORTANTES. 4o9
En ce temps là les Cosaques des campagnes d'Astrîcan- avoîent esleu un grand duc pour eux, qui se nommoit Jacques Worosy, de basse condition, se faisant appeler Petrus Feodor-Vich Ivanowita^ donnant à entendre qu'il s'estoît' tenu cache durant /la tyrannie de Boris Godenou, et estoit vers Astrican avec 4,006 Kosacques. (^)
Et, comme les provinces liguées contre Tempereur voyent la bataille perdue , devant Mosko, leur général assiégé dans Calouge, ils perdent espérance de se pouvoir maintenir par leurs forces seules, ce qui fait qu'ils jurent à Petrus Féodor-Vich^d'Astrican, et.le prennent pour leur protecteur au nom de Demetrius. Et quant a Demetrius, qui fut tué à Mosko, mirent-ils en avant que ce n'estoit pas lui , et que le vray Demetrius s'estoit sauvé en Pologne, iqu'iLs Tattendoient de jour à autre avec une forte armée de Polonois et Lithuaniens, et cela fut proposé afin de conserver toujours le peuple à vouloir continuer à démettre l'empereur Sousky de la régence, et lui faire lever le siège de Calouge. Et ainsy ont eu le» Russes une cruelle guerre deux ans durant entr'eux y. et perdu en divers combats plus de 200,000 combattans.
Mais à la fin le grand duc Sousky est demeuré maistre de la campagne, et assiégea Petrus Féodor- Vich dans la forteresse de Tula, et, un an après le siège, ses propres gens le livrèrent entre les mains, de l'empereur Sousky, lequel il feist pendre à Mosko et jetter dans l'eau; Ivan Vololnisko et i4>oooRusseS(
4lÔ CHRONIQUE DE.NESTOl.
[furent en un jour jetés dans Feau et noyés par le dît Sousky en la rivière de Dacha^ sous le chasteau de Suspukova. Or en ce temps que Demetrius fut tué à Mosko, il fut aussi tué 4oo Polonois, qui estoient venus avec la fille du duc de Saintemir, mais le duc mesme avec sa fille et lambassadeur de Pologne, avec 200 personnes qui estoient restées du meurtre, furent dispersés ça et là prisonniers.
Les Polonois , entendant le mauvais traitement de leurs compatriotes, dans Mosko, que les Russes estoient désunis^ et par leurs guerres civiles avoiait perdu les meilleurs de leurs soldats, se résolurent à venger leur mort et racheter leurs prisonniers, et vinrent, avec le nouveau Demetrius, en canipagne que les Russes avoient auparavant mis en avant, di^ns qu'il n'avoît f as été tué. (^)
Les Russes, entendant sa venue, quittent Sousky, prennent le parti des Polonois avec leur Demetrius , aydent à combattre leur patrie pour exécuter leur premier dessein, qui estoit de démettre Sousky de l'empire, lequel apprenant les pratiques des Polonois et des Russes ligués contre luy, assemble' tout ce qu'il peut de gens de guerre, et faict bien 100,000 hommes , et en donne la charge a son frère le knès Demetrius Ivanovf itz Sousky, pour aller au-devant des Polonois et Russes ligués ensemble, en la province de Séveria, et les deux armées s'estant jointes en la ville de Boscora, comme il fut question de combattre, les Russes abandonnèrent le champ de bataille et toutes leurs munitions et richesses qui es-
toient d'une valeur incroyable, et ainsi furent défaits les Russes sans résistanee.
Les Polonojs, après cette victoire, poursuivirent leur fortune- : ils prennent une ville après Tautre au nom de Demetrius jiisques a Mosko; après assiègent Mosco et font leur quartier à deux lieues de la ville, au cloistre de la Tassiva-Rusma [Troïtsa) , et s'y retranchent, y faisant leur plus grand camp de six parties qu'ils en feirent et avec une partie composée de Russes et Polonois , assiègent TroyeSy à douze lieues de Mosko, avec la seconde partie; assiègent Calouge {Calouga)y à dix-huit lieues de Mosko, avec la troisième partie 5 assiègent Tompusto y a vingt-huit lieues de Mosko, avec la quatriesme; assiègent Suiidal, k soixante lieues de Mosko, avec la cinquième partie; pillent le pays ça et la : avec la sixième partie, faisant le plus grand camp, se tiennent a Tusma (Touchino), tâchans à affamer Mosko, s'estans saisis de tous les passages pour empescher les .vivres qui entroient dedans: et les tinrent assiégés deux ans, dix sepmaines moins, et réduitte à telle extréniité de famine que la tonne de seigle y valloit sept doubles, et beaucoup de Russes, a cause de la famine, se rendoient tous les jours aux cnnemys avec leurs femmes et enfans.
. L'empereur Sousky , a telle extrémité , par le moyen du knès Mikhael, obtint secours du roy Charles de Suède, qui prinst le temps de faire ses affaires, et après que les Russes lui eurent promis de luy donner par contrat quelques places et pays pour
4ia CHRONIQUE DE NESTOR.
lesecours qu'ils espëroieiit de Iny , il y envoya M. de la Gardie avec 4,000 hommes, (^^J lesquels avec beaucoup d'heur chassent et battent les Polonôis, et ces armées ainsi séparées les font toutes réduire en une , gaignans pied à pied le pays jusques à Mosko, dont après les Polonois furent contraints de lever le siège, fut par crainte du secours* ou pour désunion qui ar^ riva entr'eux.
Mosko, ainsi délivré, le knès Mikhael Sousky et Mons.r de la Gardie entrèrent dedans, où peu après le knès Mikhael Sonsky mourut. On tient qu'il fut empoisonné par le frère de l'empereur, parce que le peuple l'aimoit beaucoup , et luy donnolt tout l'honneur d'avoir secouru Mosko et ceux du pays.
Les Russes ligués avec Demetrius voyans le secours du roy de Suède et Mosko délivré, changent de party et se rendent a Sousky qui leur pardonne, tellement que Sousky se promist, ( se voyant fort de sa propre nation, sans le secours du roy de Suède) de chasser encore les Polonois. Il faict ime armée de Russes , en donne la charge a son frère le knès Demetrius Sousky, qu'il envoyé au-devant des ennemis du côté de Magasque ( Massalski ) , sans en faire rien sçavoir à M. de La Gardie, général des estrangers.
Les estrangers qui estoient à Mosko , du commencement, furent bien aimés, tant de l'empereur que du peuple y mais ils vescurent avec tant d'insolence et de méchanceté , que cela donna occasion a l'empereur , de ne les plus payer et de se servir de sa propre nation. Toutefois, voyant que les ennemis estoient
PIÈCES IMPORTANTES. ^l3
forts et qu'il avoit tous les jours nouvelles de son frère qu'il luy envoyast les estrangers, cela fut cause qu'ils furent contentés et partirent de Mosko; et quant d mon régiment qui estoit venu des derniers, et qui avoit tenu la campagne six mois sans payement, pris quatre ou cinq places, nostre argent nous fust envoyé a l'armée : et syr le commandement que nous eusmes de Monsieur le général , nos trouppes s'acheminèrent vers la grande armée , excepté deux compagnies que je garday avec moi dans Polongovisch, place quç avions prise, et où j'estois demeuré malade. (^ï)
Les estrangers donc joincts ensemble avec les Russes, ayant advertissement que Sevlosky, général des Polonais, avoit assiégé Grégorius Valogne dans un fort, s'advancent pour lui donner secours, et estant campés a trois lieues de l'armée des ennemis, le général des Polonais les attaque environ à la poincte du jour, et ce fut par les intelligences que le général avoit dans l'armée estrangère; car, im jour auparavant, il s'alla rendre des soldats qui asseurèrent les Polonais que les estrangers estoient mal contens , et que, lorsqu'ils viendroient aux mains, ils prendroient leur party , prenant pour prétexte qu'ils estoient las de servir les Russes.
Les Polonais donc surprennent le camp, et le général n a nulles nouvelles, par ses gardes, de ses ennemis qui abordent le quartier sans alarmes : et, sans un Russe qui advertit que les ennemis estoient prêts d'entrer dans le quartier, il pouvoit surprendre le général dans ses tentes.
4l4 CHRONIQUE DE NESTOR.
En cette presse, Monsieur de La Gardie disposé son armëe au meilleur ordre qu'il put, non toutefois qu'il n'y eût de la confusion comme il y en a ordinairement en toutes surprises, et la cavalerie et Finfanterie se trouvent séparées sans que Ton pût secourir Faultre, tellement que les ennemis chargent furieusement sur la cavalerie et mettent en route une partie qui fetst résistance, l'aultre prend leur parti volontairement.
Le général se trouva si pressé en cette route de cavalerie, qu'il n'eut moyen de joindre l'infanterie , et fut contrainct d'abandonner le champ de bataille où il revint après , ayant nouvelles que l'infanterie tenoit encpre ferme ; mais comme il y arriva, l'infan*' terie avoit commence à traicter de quartier avec les ennemis, lequel il ne put empescher, et luy-mesme fut contrainct de se retirer avec trois cents chevaux, ayant donné sa foy de ne servir plus l'empereur Sousky, et l'obligea aussy le général des Polonais a me persuader de rendre la place que je tenois, sous telle condition que je demanderois, ce que le général me proposa. Mais voulant préférer mon honneur et la foy promise à l'empereur Sousky, aux promesses des Polonais , je remis la place entre les mains de ce général, n'ayant ni munitions de guerre, ni vivres pour soustenir le siège, et ay mieux aimé me retirei* avec mon général que de traicter en nulle façon avec les ennemys..Et après ce désastre, M. de La Gardie venant me trouver a Polongovik, nos soldats, après ce malheur sçu de la perte des estrangers , aymèrent
mieux suivre l'exemple de leurs compagnons qui s'es-^ tôîent mutinés , et Fespérance vaine du pillage que les Polonais leur promettoicnt de Mosko, que do gouster du péril que nous avions de nostre retraicte^ et ainsi rendirent la place aux Polonais.
Monsieur le général après se retira vers Nogord, avec deux ou trois cents chevaux qui nous restoient : et là, ayant joint trois compagnies françaises, qui me vinrent trouver, et, sceu la révolte du pays contre ferapereur Sousky, lequel ses subjects avoient mis dans un cloistre, s^en va joindre quelques troupes qui estoient vers la frontière de Fineland, et assiégea la ville de Kekolme , place vers la frontière : et moy je m'en allai avec les trois compagnyes de mon régiment à la Déga {^Ladoga) , place aussi sur la frontière; Kekolme fut prise après un siège de sept mois; la Déga fut prise avec des cloches, par faute de pétard.
Les Rqsses donc ainsi abandonnés des estrangers, et les Polonais forts dans leurs pays , perdent tout courage, et traictent d'accord avec les Polonais, demandent au roy de Polongne son fils Vladislas (X)ur empereur, a telle condition qu'il n'entrera fort, dan» Mosko, que de trois cents hommes, que l'on quittera le siège de Smolen^ko, qu'il se fera baptiser à leur religion, et maintiendra leurs privilèges : ce qui fut accordé des deux parties , et après Vlscosky, général des Polonais, par finesse, entre dans Mosko avec sept mille hommes; les Russes jurent tous fidélité à Viadislaus Sigismondvich et envoyent au roy de Pologne, qui estoit devant Smolensko, leur grand patriarche
4l6 CHEONIQUE DE NESTOR.
FilaretRomanovich etGoliski(Ga&'<z//2), avec mille nobles des principaux du pays, pour recevoir son fils, empereur.
Estant arrives a Smolensko où estoit le roy , oyant l>attre la place ^ supplient le roy de bailler son fils pour empereur, qu'il ne veuille plus oppresser ceux de Smolensko, ny rendre désert le pays de son fils, mais qu'il lui plaise se retirer en Pologne selon ce qui a esté contracté.
A quoi le roy de Pologne répond : qu'auparavant Smolensko a esté à la couronne de Pologne , et que , puisque le siège lui avoit tant coûté, il ne s'en vouloit démettre qu'il ne l'eût rendue à sa domination , et quant à son fils qu'ils demandoient pour leur enipeur, il voulait encore y penser.
Cette ambassade ainsi déchue de ses espérances^ escrit à tout le peuple , qu'ils estoient gens trompés et trahis, que le roy ne vouloit donner son fils : partant qu'ils eussent à massacrer tous les Polonais qui estoient dedans Mosko , excepté les principaux , afin que par ce moyen ils peusseut être racheptés.
Il tombe de ces lettres entre les mains des Russes, mais aussi quelques-unes entre les mains du roi de Pologne qui faict advertir en diligence son général Wevlsky du dessein des Russes, lequel prend garde a soy, et comme les Russes sont ^n armes, pensant surprendre les Polonais , ils les trouvent disposés k les recevoir, et chargent ses pauvres Russes, en font un carnage de trente à quarante mille, et bruslentla
PIÈCES IMPORTANTES^ 4l7
ville de Mosko^ conservant le chasteati et l'^^iceinte de jnerre plus proche du chasteau.
Quant aux Russes envoyas en ambassade pour recevoir le fils du roy dé Poulongne, ils sont tous envoyés prisonniers en Poulongne.
Quant à Smolensko^ le roy dePouïongne le print par assàult^ n'y estant detneurë dans la place environ cent cinquante hommes vivans, tout le reste s'estant perdu de peste pendant le siëge, le gouverneur se trouva du nombre des vivans.
Du depuis les Russes, après tant de inalheurs, n'espérant leur ruyne totale que de Poulongne , appellent lès Tartares a leur ayde, et s'assemblent environ soixante miUe hommes pour leur dernier effort, et s'en viennent droit à Mosko où ils defFont environ quatre mille Poulonnois : et les trois restans furent assiégés dans le chasteau de Mosko. C'est l'état auquel les Russes estoientau mois d'octobre passé 1611.
Pendant que les Russes estoient joincts avec les Poulonnois, le roi de Poulongne envoya en la province de Nogord, IvanMichaelvich Soltokova ( SolitJcow) , Russe de nation, pour gouverneur, et pour faire teste au mouvement du roi de Suède, s'asseurant qu'il ne perdroit pas temps de s'emparer de ce qu'il pourroit du pays.
Et après que j'eus pris la Déga et faist entendre à ceulx de Nogord comme c'estoit pour le service de leur prince, ayant sceu la révolte du dict pays, que j'avoys pris cette place pour la deffendre contre leurs ennemys comme, fidèle serviteur de l'empereur
4l8 CHRONIQUE DE AESTOA.
et de leur patrie^ ils me font response qu'ils avoienC un empereur éleu de tous* leurs pays, Vladislaus Si-* gismondvich, et desmis Sousky par consentement général : que jVusse a leur rendre la place, ou autre* ment qu'ils m'envoierroient assiéger avec canons russes et poulonnois : et nous estant plusieurs fois escript, comme foi encore les lettres y eux pour tascher par paroles ou par argent me faire sortir de la place, et moy pour leur remonstrer qu'ils voulussent maintenir leur franchise et la deffendre contre les Poulonnois, leur promettant de combattre toujours pour la conservation de leurs biens , comme favais faictpar le passé, nous en venons, après ces escrits, aux mains.
Ds font tous les eflTorts qu'ils peuvent pour m'oster de la, et en sept mois que j'ai défendu la place , ils n'ont sceu assembler en tout le pays qu'une fois sept ou huit cents hommes, qui vinrent prendre quartier à demy lieue de la place, une rivière entre deux, voulant m'empécher le fourrage et m'inconunodant beaucoup, je feis sortie avec cinquante chevaux, trente bonmies de pied , dans deux bateaux , et une pièce de canon pour battre leur quartier, que je leur Sa quitter et brusler.
Ce dessein rompu de m'empescher le fourrage, ils {S'assemblèrent environ quinze cents hommes comman- •dés par leknès IvanMageasque (Massalski), lequel vint prendre quartier à la portée du canon de la place, où le lendemain après je Tatlaquay avec cent chevaux ou environ et du canon , et je deffeis toute l'infan-
PIÈCES IBIPORTAIf TES. ^IQ
terie et la cavallerie aussy^ qui ne peust passer a nage^ et ainsy je fus quitte du siège. Pendant que je deffends la place ^ je n'ai nulle nouvelles de Monsieur de La Gardie^ contre ses promesses^ et des deux par^» ties que je luy envoyai , il ne nous est renvoyé pas une; qui Ëiict penser à nos soldats que les Suédois nous veulent laisser, et les langueurs font qu'encore que Ivan Michael Soltocova eust le temps d'envoyer a Mosko chercher du secours pour m'assiéger : et ayant encore assemblé trois ou quatre mille honunes, m'envoya premièrement le knès Grégori Constantinoiritz avec deux mille honunes, qui se logea a trois lîeues de la place, ou ayant envoyé mon frère, pour prendre langue, n'estant asseuré qu'ils estoientla, sans qu'ils sceut le nombre des ennemis, voyant qu'ils avoient leur quartier à cet ombage , donne dedans.
A cette allarme^ la plus grande part des Russes s'enfuyrent , mais mon frère se trouvant embarrassé dans le quartier des ennemis, ayant; donné dedans avec soixante chevaux, et voulant entreprendre sa retraite, il vint une compagnie de lances a la charge qui sortit par une porte de derrière , avant que mon frère eust pris son ordre, qui fust cause qu'il fust battu , luy pris et tous ses compagnons morts ou pris ; car les ennemis estoieiit bien deux mille honunes.
A cette perte, il me resta trente maistres dans la la ville et trente valets, la plupart sans armes.
Les ennemis advertis de cet estât me viennent assiéger de près; mais plutôt s'enviennent m'amener
4aO CHRONIQUE DE "NESTOR.
mon frère et tous les prisonniers à la veue de la place^ laquelle ils me demandent, et si je ne la veux rendre pour mon frerè, qu'ils me le feroîent mourir en ma présence.
Je leur offre de rachepter mon frère par argent ou par change de prisonniers, à quoi ils ne veulent entendre, et voyant que je leur respondois que mon honneur estoit attaché à conserver la place, et que f étois résolu à ne leur point rendre par leurs menaces, font semblant de tuer mon frère, mais en son lieu tuèrent deux des prisonniers, croyant que, lorsque je verrais cela, pensant que ce fut mon frère, je rendrais la place. Mais lorsqu'ib virent que ce stratagème n'avait sceu servir , Ivan fait ses approches , me bat avec des balles a feu, met le feu dans la place, que par la grâce de Dieu nous esteignimes^ mais nos soldats en eurent teUe espouvante, que quatre sautèrent les murailles et se rendirent aux ennemis.
A ces extrémités, deux ou trois assauts endurés^ sans espérance de secours, je rends la place à Ivan Micbaélvich, lequel m'accorde de me retirer avec mes armes et bagages, drapeau desployé, trompettes sonnant avec toutes nos richesses : me rendant mon frère, tous prisonniers françois qui estoient dans son gouvernement, me permet de me retirer par où je veux, me donne le grand palatin du pays, le knès IvanMagasse(Massalski) pour conducteur, jusque sur la frontière de Suède, comme la capitulation que i'ay, porte- Les Russes tiennent leur parole, me remercient àa
service que j ay faict à leur pays^ encore bien que, sur la fin, je leur aie faict la guerre, me foqt sentir que c'est par contraincte qu'ils m'ont assiégé, et le grand chanceËer du pays Êiict ce qu'il peut pour m'oUiger à mener pour leur service trois ou quatre raille hommes.
Le sujet pour lecpiel le général »e me secourut , fat qu'après l'assassinat du sieur de Raigia et de ses troupes, il fut arresté par le conseil du roy de Suède de me laisser là-dedans, ne se pouvant plus fier à nostre nation après nous avoir traité ainsi, ou bien d'attendre qu'ils feussent forts de leur nation pour m'oster de là par finesse, sachant bien qu'avec les estrangers qu'ils avoient, ils ne le pouvoient faire, parce que les estrangers m^aimoient; et ainsy me laissent sept mois, les chemins estant libres, sans m'envoyer seulement une lettre.
Je ne fus jamais sur la frontière de Finlande que tout aussytost, cette armée qui m'avoit assiégé ne se dissipast^ car la nouvelle vînt de la défaicte des Russes dedans Mosko par les Poulonnois, qui faictque tout le pays se révolte de rechef, comme j'ay ci-devant dict, et Ivan Michael Soltokova fut empalé pr ses propres gens , comme estant gouverneur envoyé du. roy de Poulongne.
A cette révolte, le roy de Suède ne perd pas de temps , envoyé son général. Monsieur de La Gardie avec trois mille hommes qui prend la ville de Novgort jdt après toute la province se rendit à luy, et les Russes qui sont sur la frontière de Suède envoyent un am-
bàssadeur au roy de Suède ^ le priant d'envoyer son secohd fils dans leur pays^ que tout aussitost qu'il y sera ils le recevront pour empereur.
Comme cette ambassade arriva en Suède , le roy de Suède mourut, et on remit a luy faire response à l'assemblée des Estats qui se devoit faire , et ce sera la première affaire qui se mettra en délibération. (*î»)
PÏÈCES IMPORTANTES. 423
jrOTES.
(i) Cette pièce nous a paru d'une grande importance; elle rectifie en lieaucoup de points Thistoire connue des différends de la Suède et.de la Jtussie, au commencement du XVIIe siècle. Elle nous montre quelquesuns de nos compatriotes, que la fin de nos guerres religieuses avait rendus au repos , allant chercher sous le ciel froidureux de la Suède et de la Russie des périls et des hasards que leur patrie semblait ne pouvoir plus ofiTrir. Nous avons déjà vu le capitaine Margeret, au bruit des troubles qui divisent le pays de Rurik , venir offrir au tzar son expérience militaire et ses services dévoués : nous avons parlé du récit intéressant qu'à ■son retour en France il publia des événemens dont il avait été témoin.
Voici maintenant Pierre Delaville, sieur de Domballe, personnage resté ignoré des biographes, qui vient nous raconter à son tour les troubles de la Russie , après le retour de Margeret en France. Ces deux officiers, d'une fortune si semblable, n'eurent pourtant entre eux aucune relation , aucun rapport. L'un servait dans l'armée Russe , et l'autre dans l'armée Suédoise.
La Livonie était depuis long-temps, pour les quatre puissances du Nord, le Danemarck, la Suède, la Pologne et la Russie, une véritable pomme de discorde. Ce sont les prétentions diverses de ces puissances , qui, à cette époque, rapprochèrent si souvent leurs armées sur le même point. L'armée suédoise conduite et commandée par un gentilhomme français^ Pontus, baron de La Gardie, s'était emparée d'une partie du territoire eu litige.
De longs démêlés entre la Suède et la Russie avaient été la suite des victoires de La Gardie. De Thou raconte la mort de ce héros : elle mc-
4a4 CHEOlfIQVE DE NESTOR,
rite 46 prendre ici place : « La trêve de trois ans, dit-il (Lit* 83 » — an i585), entre la Suide et la Moseovie, était prête d^expirer : » les deux nations envoyèrent, chacune de leur c6té, des députés sur la
» frontière , pour traiter d'une paix générale Les ambassadeurs de
» Suède furent : Pons de -La Gardie, gentilhonmie Français du Lan- » guedoc, qui, après avoir scFVi long-temps le roi de Suède avec beaucoup » de valeur et de succès, et avoir réuni plusieurs conquêtes à sa couronne, » avait, pour récompense, obtenu en mariage la fille naturelle de ce » prince...
3> Au retour de cette négociation, qui ne produisit qu'une trêve, les ji ambassadeurs suédois, étant arrivai sur les bords de la rivière de » Horne, choisirent pour la passer, un vaiseau usé où ils s^embarqnèrent » avec une grande suite de gentilshommes et d'autres personnes, et quel- » ques pièces de campagne. Ils étaient au milieu de la rivière lorsque » cette artillerie ayant tiré , soit que cette décharge eât ébranlé le corps » du vaisieau, soit pour quelqu'autre raison, il s'ouvrit et coula à fond, » Dix-huit personnes qui étaient dedans furent noyées, entre autres, « Pons de La Gardie, ce vaillant capitaine qui s'éuit vu si souvent à » la tète des armées, et qui trouva dans les eaux une mort peu digne éb 9 la réputation que ses belles actions lui avaient acquise.... Barthélémy » Robert^ consul de Revel , qui avait beaucoup de crédit dans cette p ville et un grand nombre de gentilshommes périrent en cette occa» 9 siott. »
Lors des tronbles causés en Russie par l'apparition des fiiux Dmitiw , troubles suscités par la Pologne , et qui menaçaient d'asservir à cette puissance Fantique domination des tzars, la Suède, autant peut-être pour tirer sa part des débris de cet empire que pour refréner l'orgueil et l'ambition des Polonais, fit un traité d'alliance avec Schoniski, et chargea le fils de Pons, Jacques de La Gardie, jeune d'années, man vieux déjà de services et d'habileté, d'aller soutenir la cause du tzar contre les Polonais et les factieux, sans oublier les intérêts de la Suède. La Gardie ayant sous ses ordres une armée bien disciplinée, composée d'étrangers et de ^ Suédois, soumit une partie des provinces révoltées, et pressa sa marche victorieuse jusqu'à Moscou. C'est sous ses ordres que Pierre DelaviUe, auteur du discours sommaire que nous donnona ici, commandait trois compagnies françaises. Les services que rendirent les troupes de Suède à la cause des Russes sont restés pour cenx-KÛ un objet de contestation. Cette question , nous ne sommes point appelés à la juger, nous laissons parler Domballe, dont le jugement, en ce cas, peilt valoir l'appréciation de quelques autres historiens qui né furent paA., comme lui , témoins et acteurs dans ces évènemens.
P^lèÇES IBiPORTÂNTES. ^^S
(a) Jean lY^fils ds Bazile, mtnommé le Tei*ribie, n'avait que quatre aat en i534» lorsqae la mort de son père lui ouvrit Taccès du trône. Il mourut ie 19 man i584, après un règne de cinquante ani. L'auteur de ce discours ioniiiiaire, en ne lui donnant que quarante ans de règne, ne compte probablement pas le% dix années qu'il passa en tutelle. Ce ne fut en «Set qu'en i545 qu'Iran prit le titre de tzar, et saisit le sceptre de cette main redoutable qiii> si longtemps fit trembler la Russie. —Rien n?a prouvé qu'Ivan mourût empoisonné-, et les bistoriens n'en ont point admis l'allégation. <c U courut^ ait Karamsin , des bruits sourds sur un grand danger qui; menaçoit le^ jeune monarque (le fils d'Ivan) , et bientôt l'on .nomma l'bomme k qui des crimes à commettre, et le profet de troubler la Russie devaient le moins coûter. On prétendit que Bleski, après avoir empoisonné Ivan, songeait à faîj^e périr Féodor et tons les Boyards, et à £ûre. monter sur le trâae €rovdbnnoffj son ami et son cooseiller. Les auteurs secrets de ses< calomnies étaient, d'après l'opinion générale, les princes Sdiottiskk... Us parvinrent ii soulever un peiqple crédnle, qui, ajoutant foi à leur» «ggestions, vouluâ, dans son aveugle dévouement, sauver le souverain et l'état des* entrepriaes d'un monstre, a
(3) Itfongorod, Kaporié, Jama, Kexholm, villes ruêéeg, oonquises fier les Suédois, et qui forent rendues^ aa taar Féodos, lèrs du ftaitéde pas de 1695. ^
(4) ft Prince fort simple, dit le capitaine Margeret en pariant de Féodor, lequel s'amusait plcutcurs fois à sonner des ctoebes, oiklà plupart diLten^s eUîPéj^e. »
(5) « On arrêta la veuve , te fils et la fitte de Boris , et on leur ddnna des gardes .Cette mère se Toyant en prison avec ses enfans> et craignant ou- le resaentiinent du peufrfe , à cause de la haine que l'on avait pour Boris^ ou l'arrivée de-Démétrins, le désespoir la prit, et elle s'empoisonna; £Qe fit aussi prendre du poison à ses enfan», pour les soustraire k la hcmte de servir au trion^be du vainqueur : son fils en- mourut, mais sa fille ayant aussitôt pris du contrepoison, en réchappa... Ceux qui favo-^ risent le parti de Démétrius, racontent la chose ainsi: mais d'autres diaent que ce fut par son ordre qu'èUe fut empoisonnée avec son filt , et que sa fitte iat réservée k ses iniftmes plaisirs. » (Ds Tbou, Uv. i^«, an^ i6o5v }
(6) Nous renvoyons le lecteur qui voudra connsfttre l'histoire du moine Griscfaiui Outrépieff, k ce qu'en ont écrit Karamsin, Lévesqueét surtout le ci^itaine Margeret, contemporain, et comme nous FaTons dit précédemment , Pun des prineipou officiers du tzar Draitri.
(7) « En IQuraine, dit Lévesque, des marchands, des strélitz, des
cosaques^ des paysans te souIeTèreot et reconnurent pour leur chef un - Ivan Bolotnikof, esclave fugitif d'un prince Teliatreski... Les paysan» crurent que le temps Àait venu de rétablir Tégalité et d'exterminer la noblesse. Le sang des nobles coulait à longs flots, et leurs membres déchirés et exposés à la vue du peuple, éuient autant de signaux qui rappelaient à la liberté. » Déjà Bolotnikof s'approche de Moscou, il ravage tout sur son passage, il bat les troupes qu'on lui oppose et parvient à la vue de la capitale. Dans la terreur où elle était plongée, elle eût été prise sans résistance si elle n'eût reçu de Smolensk des secours augmentés bientôt par ceux de plusieurs autres villes... Bolotnikof perdit un grand nombre des siens... La plupart allant implorer la clémence du tzar et obtinrent leur pardon. Ceux qu'on prit les armes à la main furent noyés impitoyablement.
(8) Il se trouvait parmi les cosaques du Don , un jeune homme, nonuné Elle Vassiiief , esclave fugitif d'un certain Jélaguin : ils s'avisèrent d'en faire un prince du sang des tzars : ils le nommèrent Pierre et le dirent fils du tzar Féodor : supposant que c'était lui que la tsarjtse Irène avait mis au monde en iSgs, mais que Goodonof, qui agirait secrètement au trône, avait substitué à ce jeurfe prince une fille qui fut baptisée sous Je nom de Théodosie, et qui mourut l'année suivante.
(9) Schouiski n'avait pas encore vaincu le tzarévitch Pierre, qu'on nouvel imposteur osait déjà lui commander de descendre du trône. On croit que c'est encore la Pologne qui suscitait à la Russie ce nouvel embarras. Il arriva deStaraboub deux jeunes gens inconnus, André Hagui et Alexis ^oukin, qui annonçaient' que Dmitri, sauvé par la protection du Ciel des attentats de Boris, avait encore échappé à la sédition que des traîtres avaient élevée contre lui à Moskou, etc., etc.
(10) « Ce secours dont on espérait, dit Lévesque, de si grands avantages, ne fit dans la suite qu'aggraver les maux de l'état. » Lorsque le tzar s'élait vu abandonné de la plus grande partie des nobles, il avait cru devoir appeler des étrangers à la défense du pays que les citoyens livraient aux plus méprisables des ennemis. U avait chargé de l'exécution de ce dessein son neveu le prince Mikhail Skopin... Comme l'usage éuit que tous les traités avec la Suède fussent alors négociés et conclus par le niamestnik de Novgorod, il revêtit Skopin de ce titre, et le chargea de demander des secours k Charles IX, qui régnait alors en Suède. Ce monarque avait intérêt à ne pas souffrir que les Polonais, sous le nom de leur faux Tzarévitch, s'emparassent de la Russie : Mikael répondit à la confiance de son oncle. Il obtint du monarque suédois un secours de deux mille hommes de cavalerie et de trois mille h<|mmes d'infanterie, ntoyenaaat un subside convenu.... Les troupes suédoises arrivèrent, comman-
dées, ainsi que nous TaTons dit plus haut, par le comte Jacques Pontus de La Gardie.
> (il) Le ^récitée Domballe parait écrit arec sincérité et bonne foi : il prouve la fausseté des accusations des historiens contre notre compatriote, liévesque qui, dans l'histoire de cette époque, n'a pu suivre que les traditions russes^ semble partager , quoiqu'à regret, les bruite défarora> blés à La Gardie. « On assure, dit-il, que Schouiski avait remis à Pontus le subside convenu par le traité , et qu'il y avait encore ajouté une somme, que ce général fut chargé de distribuer aux troupes, par forme de gratification. Cependant, soit que La Gardie eût dépensé cet argent pour satisfaire son faste , soit qu'il voulût s'en emparer , ou qu'il saisit ce moyen pour indisposer les soldats , soit enfin qu'il n'eût rien reçu, il soutint qu'il n'y avait point d'argent dans la caisse. Les officiers , les soldats marquèrent un égal mécontentement. Un commandant suédois fit avertir Zelko* Tiski qu'il pouvait s'avancer sans crainte, et qu'il n'aurait afiidre qu'avec les Russes. L'hetman profita de cet avis, et le combat était à peine engagé, que La Gardie, avec ses troupes, passa du côté des Polonais. Les Busses, effrayés de cette défection, furent aisément vaincus ^ ils retournèrent en désordre à Moscou; les Suédois pillèrent la caisse et ie bagage ; les Polonais allèrent s'emparer de Majaisk , à vingt^deux lieues de la capitale, et La Gardie, après leur avoir laissé une partie de son monde, alla ravager le territoire de Novgorod, prit la petite ville de Ladoga, et repassa en Suède , content du mal qu'il avait fait aux Russes, et se reposant sur eux du soin d'achever leur ruine. »
(il) Lévesque qui continue a suivre le récit des historiens russes, s'exprime ainsi : « La Russie était trop malheureuse pour n'avoir pas autant d'ennemis que de voisins. Pontus de La Gardie qui, dans son expédition , avait connu toute la faiblesse de cet empijre , pressa Charles IX de tenter au moins la conquête de Novgorod. Il s'approcha de cette ville, à la distance d'une lieue et demie.... Un prisonnier promit de la lui li- Trer; ce traitre conduit les Suédois aux portes qu'il savait être le plus mal gardées. Les habitans ne s'aperçoivent de leur malheur qu'aux cris des sentinelles qu'on égorge.... Trois jours après la capitulation ils demandèrent pour souverain un fils du roi de Suède , espérant sans doute par cette demande être traités avec plus de ménagement... Ce monarque eût été flatté sans doute de procurer, à si peu de frais, un trône au plusjefune de ses fils ^ mais il mourut peu de temps après la conclusion du traité. Il eut pour successeur son fils aine, Gustave- Adolphe, qui voyant d'un œil jaloux la couronne de Russie sur la tête de son frère Philippe , écrivit que lui-même passerait bientôt à Novgorod. Un n'eut pas de peine à s'apercevoir qu'il voulait faire de cette contrée une pra •
4a8 CHRONIQUE D£ KRSTOIU
TiDce ittédoise. Ce deaieia ne pouvait plaire aux NoTgorodiens. Anssl^ ne firent-ils aucuoe démarche pour que le prince de Suéde fût compris parmi les candidats pour l'élection qu'on préparait. Bs prirent m^e la résolution de se joindre au reste de la Russie ^ si le nouveau tzar [Micliel - Bornanof) avait assez de forces po^ar çltji^er Iqs Suédois, et réublir \e%