‹ La chronique de NestorChapitre 5 sur 43 · VJ NOTICE · texte numérisé non relu

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époqvie et sous un ciel qui n'avaient rien de littéraire. Il est vrai qu'avant Nestor, les peuples slaves étaient déjà parvenus, par le bonheur de leurs armes et la conquête d'importantes contrées , à se faire connaître et k se rendre redoutables a leurs voisins. Sans lui cependant, leurs commencemens seraient entièrement ignorés. Tout ce que l'histoire bysantine et les écrivains étrangers ont dit des premiers princes de Russie est aussi court qu'incertain, et ne contient que le récit des événemehs auxquels leurs nations ont pris part; encore s'y méle-t-il bisancoup de mensonges et de contradictions. Les descendans de Rurik ne peuvent donc trop se féliciter d'avoir eu pour historien un témoin Oculaire etlcur compatriote.Quoique bien tard connu d'eux-mêmes et surtout des étrangère, Nestor est venu donner un éclatant démenti à la ridicule opinion qui voulait faire seulement commencer l'histoire russe avec le xv« siècle, c'est- a -dire peu avant l'avènement de l'illustre famille des RomanofF.

Le lieu de la naissance du moine de Kie^r n'est pas connu. Quelques biographes ont écrit qu'il était né à Bélozersk , l'une des plus anciennes villes de la Russie, située non loin de Novgorod, sur les bords du Bélo - Ozéro ( lac Blanc ). Le. seul fondement de cette opinion repose sur un passage de la Chronique, où, en parlant de Sinéous, frère de Rurik, il est dit : Ce prince s'établit chez nous, près du lac, Blanc. Mais ce passage lui-même est fort contesté, car ces deux mots, chez nous^ ne se

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tix>uvent dans aucun manitscrit^ si ce.n'eit dans cellii de Kœnisgsberg^ d'où il suit qu'ils pourraient fort bien n'être que Taddition d'un copiste. Je sais que le manuscrit de Kœnigsberg jouit d'une grande autorité^ qu'il est coilsidëré par les érudils conune le plus authentique^ et que c'est d'après squ texte que fut publiée l'édition impériale de Pétersbourc : toutefois j'ai cru devoir noter que, sur ce point important pour l'auteur, ce manuscrit célèbre n'est d'accord avec aucune des nombreuses copies qui ont été dé^couvertes. On voit par-là combien il est utile d^ pouvoir comparer au moins quelques manuscrits les uns avec les autres, puisqu'il arrive souvent que d'un mot dépend tout le crédit d'une opinion généralement admise.

J'ajouterai^ à propos des biographes , que tout ce qu on a dit de l'époque de la naissance et de la mort de Nestor est absolument conjectural et repose seulement sur la mention que fait l'auteur de son entrée au monastère de Petcherski. «Il était, dit- il, dans sa » dixi-septième année, quand l'abbé Théodose l'ad- » mit au rang des frères novices. » Le paterick de Kiew nous apprend en outre qu'il fut, après son noviciat, tonsuré et sacré diacre par Etienne, successeur de Théodose, mort au mois de mai 1074. Si donc Nestor est entré dans le monastère durant la vie de Théodosè, il faut reconnaître qu'ayant fait, suivant l'ancienne coutume, une année entière de noviciat, il a dû nsdtre enio56, puisqu'en 1078 il était dans sa dix^eptîème année.

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La vie de Nestor, écoulée dans un cloitre, au milieu de dévotes, pratiques, offre peu d'aliment a la curiosité. Si dans sa Chronique il fait quelquefois.mention de- sa personne, c'est toujours avec une ré$erve, un laconisme qui laissent beaucoup a désirer. Cependant , grâce à lui , on sait que ce fut par ses soins que les restes de Théodose furent tirés du tombeau où ils avaient jusque-là reposé, pour être en 1091 ramenés dans l'église du monastère de Petcherski. On sait en outre que vers 1097 il fut chargé par David Igorévitch d'une mission importante près de l'infortuné Vassilko , dont il raconte les malheurs avec une force de style qui devra plaire au lecteur. - Enfin ^ suivant encore le paterick de Petchereki et la légende de Mohileiv,qui contient aussi la vie de notre auteur, on voit que, tout-à-fait retiré du monde et cloîtré dans sa cellule, il acheva de mener une sainte vie, et mourut vieux et rassasié de l'existence, après avoir donné tous ses soins à la composition de l'histoire de son pays (^ ) .

Mais si l'on est fixé sur le lieu de la mort de Nestor, on ne l'est pas aussi bien sur l'époque où il cessa d'écrjre et où il confia à son successeur le soin de. continuer sa Chronique. Il est toutefois certain qu'il écrivait encore en 1096, car l'auteur du récit entre, au sujet de l'incendie du monastère de Petçherski par le chef des Polovtzi, dans des détails

(1) On montre encore, au monastère de Petcherski, le tombeau de saint Nestor, qtti estrobjet d'une vénération toute particulière.

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qui ne peuvent être du continuateur de Nestor ; ce dernier, en effet, était moine de Saint-Michel, et non pas de Petçherski.

« Le 20 de juillet, dit la Chronique, un vendredi, » vers une heure après midi, Fimpie Boniack, secrè- . » tement et à l'improviste , revint attaquer et sur- » prendre la ville de KSew, et il s'en fallut peu que » lesPolovtzi, ses soldats, ne s'en rendissent maîtres. » Ils mirent le feu aux maisons des faubourgs, et » ravagèrent le monastère Saint-Stéphane, qui pré- » cédemment portait le nom de Saint -Hermann. » Ensuite ils assaillirent le monastère de Petçherski » au moment où, nos J^igiles chantées^ nous allions » repeser dans nos cellules. Tout-à-coup nous en- » tendîmes d'horribles cris, et nous sûmes que. ces » païens avaient établi sous les murs du cloître » leurs machines de siège. Aussitôt nous nous réfu- M giâmes dans l'arrière-cour du monastère, quel- » ques-uns même cherchèrent à se sauver sur les » toits. Mais ces farouches enfans d'Ismaël, après » avoir battu en brèche les murs du cloître , enfon- » cèrent nos cellules, les détruisirent, et enlevé- » rent tout ce qu'ils purent trouver à leur conve- » nance. Après quoi ils mirent le feu à l'hospice » de la Sainte -Vierge , mère de Dieu, pénétrèrent » dans l'église, mirent le feu aux portes du sud et du » nord, profanèrent le portique où reposait le corps » de saint Théodore , en arrachèrent les images , » incendièrent les portes, se répandirent en impré- » cations contre Dieu et notr-e sainte religion. Ils

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