‹ La chronique de NestorChapitre 6 sur 43 · X NOTICE · texte numérisé non relu

X NOTICE

» Induisirent encore en cendre l'hospice^ sllors appelë \} Maison-'Rouge ou Maison-^Bèlle , que le pieux » Vsevolod avait fait bâtir sur la montagne de Vudo- )) bitsch. Voilà comment ces maudits enfans d'Ismaël^ » ce» impies Polovtzî jetèrent partout Fincendiei et » massacrèrent beaucoup de nos frères. »

Il est certain que ce passage n'a pu être écrit que par Nestor j car, ainsi que je Tai remarqué, et comme rindiquc Sylvestre l«i-même, son premier conti*nuateur, lui Sylvestre n'écrivit qu'en 1 1 16. Je n'admets pas, ainsi que l'a fait M. Karamsin, qu'entre Nestor et Sylvestre il y eut un chroniqueur du nom de Bazile. Quel serait-il, ce Bazîle? Où aurait-t-il commencé a écrire, où Cirait-il j qui Tacite, qui ett a fait mention ? M* Karamsin seul s'est imaginé de jeter ce nom dans ses conjectures ^ encore sa supposition est-elle si peu fondée , si peu raisonnée qu'il la détruit lui-même quelques pages plus loin.

Au' sujet de la touchante infortune de Vassilko, dans laquelle, avons-nous dit plus haut, Nestor luimême joua un rôle, M. Karamsin n'hésite pas a dire que ce fut Bazile et non point Nestor qui se rendit près de ce prince de la part du traître David Igorévitch : « C'est ici, dit l'auteur de l'Histoire déRussie, » que Bazile, l'un des continuateurs de Nestor, moine )) ou prêtre, joue lui-même un rôle important, etc. »

Mais ce qu'il y a d'étrange et d'incompréhensible, c'est qu'après cette allégation, M. Karamsin écrive, page i85 : « Ce fut également sous le règne de Svia- » topolk que Nestortermina ses Annales, après avoir

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)y fait mention en ilo6'(c'est'^dire neuf ans après rt Fépisode de Vassilko), de la mort du bon vieil- » lard JaUy célèbre voiévode^ âge de quatre-vingt- » âk% ans . et dont il avait reçu des renseignemens » précieux pour son ouvrage historique. »

Or^ je le demande, comment le recit.de l'histoire deYassilko et de la mission dont l'annaliste fut charge pourrait-il être attribue a Bazile ( que nul n'a cité) que persoxme ne connaît), et la mention de la mort du vieillard Jan, arrivée huit ans après, se trouver encore de la main de Nestor ? Il y a évidenunent de ]a part de Earamsin contradiction ,. erreur et préoc*^ cupation.

Le personnage de Bazile est donc purement fictif; et, bien loin de lui attribuer la continuation de Nestor dès Tannée 1097, je pense que ce dernier écrivait encore en 11 07, 'et suis persuadé que lui seul pou* vait dire ce que nous lisons a cette date dans la Chronique :

(f Sviatopolk, à son retour a Kiew, vint au mo- » nastère de Petcherski , à Matines , le jour de >», l'Assomption de la *Sainte -Vierge, et mes frères w l'embrassèrent avec joie, car, par l'intercession de » la sainte Mère de Dieu et de notre père le grand » Théodose, il avait encore une fois triomphé de )) nos ennemis. »

Si même on veut me permettre d'exprimer toute ma pensée, je dirai que Nestor ne cessa d'écrire qu'en l'année iili> après avoir fait la notion suivante :

Xlj NOTICE

« Dans la même amiée (iiio), un signe céleste » parut sur le monastère de Petcherski. Ce signe » ressemblait a une colonne de feu qui s'abaissait du » ciel sur la terre. La foudre éclairait toute la contrée, » et le tonnerre grondait dans les airs. Tout le monde )) a pu remarquer ce jJrodige. La colonne parut d'a- » bord placée sur la salle du réfectoire, de sorte » qu'on ne pouvait plus distinguer la croix qui en » surmonte le dôme;^ ensuite elle se plaça sur l'église, » au*dessus du tombeau de «aint Théodçse, et, après » être ainsi restée quelque temps dans la direction » du nord, elle disparut tout-à-coup. »

Mais entre cet endroit de la Chronique et celui bien connu où Sylvestre prit la plume, il existe une lacune de six année$. Selon Benoît Schérer, à l'avis duquel je me range , cette lacune a été remplie par les éditeurs, k l'aide du recueil de TatischefF, a qui l'on doit la réunion des difFérenteà chronique^ de Russie.

On voit, par tout ce qui précède, que Nestor composait son livre en slavon, à peu près dans le même temps que Jehan Scilitzès, Xiphilin et Zonaras en Grèce, Adam de Brème, et Lambert de Aschafembourg, en Allemagne, Sigebert et Raymond d'Agiles eu France, travaillaient, en langue grecque ou latine, a la composition de leur histoire.

Quoique le premier des annalistes européens qui ait écrit en langue vulgaire, Nestor se rapproche plus des historiens bysantlns, qu'il semble avoir pris pour modèles, que de nosVillehardoin ou Joinville, dont

SUR NESTOR. Xlij

il n'a peut-être pas Tentraînement ; il est loin cependant de manquer de. couleur et d'intérêt. S'il peut être comparé a quelqu'un* de nos auteurs^ c'est à Flodoard, moine d'Epemay, mort en 966, dont la Chronique latine , aussi curieuse qu'instructive , est restée un de nos plus précieux monumens historiques* Il n'a pas seulement lavec cet annaliste quelque ressemblance de stylé ^ il a aussi quelque parité de vie et de fortune. Comme le moine d'Epemay, celui de Kiew obtint la confiance et l'amitié de ses chefs ecclésiastiques, et, -comme lui, il fut revêtu de missions politiques qui montrent l'estime que faisaient <le son caractère les princes eux-mêmes. Flodoard écrivit la Chronique de «on temps, de 919 à 966, el c'est à lui que nous devons à peu près tout ce Tque nous savons sur les règnes de Charles-le-Simple, Louis-d 'Outre-Mer et Lothaire. Nestor, venu plus tard, mil par écrit les faits qui se passèrent sous ses yeux , et son ouvragç est resté la seule source authentique de l'histoire -russe. Outr/e sa Chronique, Flodoard entièrement retiré du monde et livré aux exercices religieux du monastère, employa ses mo^ mens de loisir aja composition de l'Histoire de l'église de Reims, qui n'est rien autre chose que la vie des saints évêques et des personnages remarquables attachés à cette métropole. Nestor, comme Flodoard, mit à profit ses derniers jours, en écrivant la Vie des hommes illustres et pieux qui avaient vécu avant lui ^ans. le monastère de Kiew. Son ouvrage , il est vrai, n'est pas. aussi complet que celui du moine d'Eper-

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