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la plus authentique. Mais comme l'étude de la langue slavonne a toujours été très-négligée, ces manuscrits restèrent ignorés, et chacun s'en tint à Herberstein et à Pélréjus.
L'ignorance des étrangers, pour ce qui touche la Russie, a long-lems été telle que beaucoup d'auteurs écrivirent que depuis le temps de Vladimir I®*" jusqu'au règne d'Ivan Vassiliévitch, on n'avait aucune notion de ce qui s'est passé en Russie : selon eux, à peine même connaissait-on de nom les grands princes qui occupèrent le. trône durant ces temps obscurs. Le silence de l'histoire à cet égard leur paraissait suffisamment expliqué par les ruines et les désastres de ce pays lors de l'inondation des Tatars. Quiconque a le désir d'acquérir la preuve de ce que nous avançons et de s'assurer de la profonde ignorance des écrivains du xviii© siècle touchant l'histoire de Russie, et de toutes les fausses idées accréditées au désavantage de ses habitans, peut consulter la vingt-neuvième partie de l'Histoire universelle, publiée en Angleterre, et traduite en allemand^ en hollandais et en français, comme aussi ce qu'en écrivirent Struyjs, Lebrun, l'abbé Chappe, Lacombe, Laporte et une multitude d'autres compilateurs. Après l'ouvrage d'Herberstein , les notions historiques les plus exactes qui nous aient été transmises nous vinrent du baron de Strahlemberg qui toutefois, comme ses devanciers et comme plus tard Voltaire lui-même, attribuait encore au patriarche Nikon l'honneur d'avoir le premier écrit l'histoire russe. Cependant,
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avant Strahlemberg (»), Herbinius etBergier s'étaient chargés de venger le moine de Kiew; le premier en publiant à léna^ en 1675, un petit livre, aujourd'hui fort rare, sur le monastère de Petcherski et les célèbres cavernes qui sont encore actuellement l'une des curiosités les plus remarqunbles du pays , et l'autre en faisant imprimer à Lubeck, en 1709, un livre touchant le culte et Içs églises de Russie. L'illustre Leibnîtz avait lu Nestor, il en conservait même une copie qu'il était parvenu à se procurer, et à laquelle il attachait le plus grand prix, ainsi qu'il le dit lui-même dans l'une de ses lettres, {f^oy. le Recueil imprimé.) Cependant, au xviii® siècle, se répandit en Allemagne, pays par excellence de la philologie et de l'érudition , l'erreur la plus grossière et la plus impertinente au sujet de cette Chronique : cette erreur, tous les écrivains étrangers la partagèrent. Ce n'était plus Nestor, ce n'était plu§ Nikon, l'auteur de la première. Chronique de Russie, c'était Théodose, non pas moine, mais abbé du monastère de Petcherski. Cette bévue venait de ce que le premier traducteur.allemand, dont l'ouvrage fautif parut en 173 a, n'avait pas compris ce titre, placé en tête du fameux manuscrit de Kœnigsberg : lÀi^re d^ histoire du moine du cloître Théodose , et
(1) Voici le titre de l'ourrage de Strahlemberg : Rerum moscovitarum oommentarii quitus Russiœ ac metropolis ejus Moscouiœ Dtscriptio, chorographicœ tahulœ^ religionis indicado, modus excipiendi et trac-, tandi oratores, Jtineraria in Moscoviam duo et alia quœdam continentur, (Baie, i556,in-fol.^ fig. en bois et cartes grossièrement dessinées. ) Il y a plusieurs éditions et traductions en allemand et en italien.
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qu'il avait pris, je ne sais comment, le nom de l'abbé du cloître pour celui du chroniqueur ; et dès-lors il fut dit en Allemagne que le premier chroniqueur de Russie se nommait ThéodoseJ Cette erreur en entraîna bien d'autres.... Un écrivain suédois, Arwid Moller, affirma tout uniment que le moine Nestor, dont avaient précédemment parlé Herbinius et Leibnitz, n'avait jamais existé et que ce nom était entièrement apocryphe. D'autres, moins exclusifs et après de longues et consciencieuses recherches, reconnurent l'existence du moine de Petcherski, et le savant Jochers écrivit dans son Lexique que Nestor vivait réellement au xvii® siècle!
Au surplus, une bévue non moins impardonnable et iju'on peut encore reprocher a un Allemand , c'est celle que commit, il n'y a pas long-temps, en 1828, à Leipzig, l'auteur ou le correcteur d'une biographie d'Auguste-Louis Schlœzer, savant commentateur de Nestor. L'ouvrage du professeur de Gœttingue avait pour titre ces mots : Hectqb, ou Annales russes, dans l'original slavon traduites et commentées", etc. L'éditeur ne sachant pas lire les lettres russes pensa voir une faute dans ce mot Hectoi», qu'il prit pour du grec , et notre homme crut ainsi devoir écrire dans la liste des ouvrages de Schlœzer : HKTOP,^ ou Annales russes y etc. Ces bévues littéraires rappellent involontairement les vers du bon La Fontaine :
Notre magot prit pour ce coup Le nom d'un port pour un nom d'homme j .De telles gens il est beaucoup, Qui prendront Vaugirard pour Rome.
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De telle sorte, dit quelque part le savant M. Klaproth, qu'après avoir trouvé des gens qui lui refusaient jusqu'à son titre modeste et le mince avantage d'avoir figure parmi les humains, le moine de Kiew rencontra dans la capitale de la littérature allemande un intrépide admirateur qui le confondit avec le héros et l'espoir de Troie!
Il ne nous reste plus que deux mots a dire sur les diverses éditions faites de Nestor et sur la traduction (jue nous offrons en ce moment au public. Nous avons parlé dans lé courant de cette Notice de la célèbre copie de Kœnigsberg. On raconte à son sujet «qu'un » prince Radzivil, qui s'en trouvait possesseur, on ne » sait comment, en. avait enrichi la bibliothèque de » cette ville ^ que Pierre-le-Grand ayant visité , en » 1716, cette bibliothèque, ce manuscrit lui futmon-- » tré, et qu'il en demanda une copie....; que les » Russes ayant pris Kœnigsberg, pendant la guerre » de Sept-Ans , envoyèrent le manuscrit original à )) Saint-Pétersbourg... » C'est seulement a compter de celte époque, que cette première Chronique, restée depuis si long-temps ignorée, devint l'objet des études et des recherches d'un grand nombre de savans nationaux. Bientôt on en- découvrit dans les diverses bibliothèques des monastères et même des particuliers une infinité de copies dont les leçons différaient jJus ou moins entre elles. Par une grande singularité, celle du manuscrit de Kœnigsberg, loin de perdre à la comparaison^ continua à être considérée comme la meilleure et là plus authentique. C'est
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donc sur son texte que fut publiée Fédîtion impériale de Pëtersbourg qu'adopta Benoît Schërer pour la traduction allemande qu'il donna de Nestor, en I774-
Mais le plus précieux travail fait sur Pouvrage du moine de Kiew est sans contredit celui d'Auguste Schlœzer, qui consacra toute sa vie à de consciencieuses recherches sur l'histoire ancienne de la Russie. A côté du texte slavon, Schlœzer, dans son édition allemande, cite toutes les leçons données parles divers éditeurs ou traducteurs dé Nestor. Il commente chacun d'eux, fait voir leur accord ou leur dissidence, et donne après cet examen le texte qui lui paraît lé plus raisonnable. On voit, d'après ce peu de mots, combien il faut regretter que ce savant philologue n'ait pu compléter son ouvrage, qu'il n'a conduit que jusqu'au règne de "Vladimir exclusivement.
En songeant à publier en français la Chronique de Nestor, aujourd'hui traduite dans presque toutes les langues lettrées de l'Europe, je n'ai pu m'appuyer sur de meilleurs guides que Schérer et Schlœzer, TatischefT, Lomonossoff etKaramsin, qui tous, dans leur histoire , suivant pas à pas le moine de Kiew, en ont éclairci, annoté, illustré le texte. La reconnaissance m'oblige donc à déclarer que si les notes qui accompagnent chacune des vies.de Nestor offrent quelqu'intérêt, il faut en reporter le mérite au travail et à l'érudition de mes devanciers, que je ne me suis fait aucun scrupule de mettre à contributicm.