CXXVIII PROLÉGOMÈNES
Magnus Maximus eut un caractère collectif et émana du corps épiscopal tout entier. Là est mon excuse d'avoir tant insisté sur ces considérations. Sans doute, elles ne sont pas absolument neuves. Leur à-propos c'est de ressortir du moment historique d'une façon nécessaire, directe, quoique non tout à fait visible à l'œil nu; et ainsi de mettre en clair relief un des maillons de la chaîne continue qui rattache l'Antiquité au Moyen Age. Leur inconvénient, c'a été de me faire trop oublier Martin, à qui ces prolégomènes devaient être exclusivement consacrés. Mais peut-être lorsque nous allons, à l'instant, le retrouver, sa puissanté originalité se dessinera-t-elle plus nettement sur ce fond, comme en repoussoir, de vulgaires épiscopes, politiciens médiocres ou pires et de nobles évêques, hautement doués de vertu, poussés pourtant, eux aussi, par l'opportunisme politique, à de fâcheux abaissements. Je n'entends point les blâmer, on le verra; j'ai démontré à mainte reprise que leur plan de conduite fut « aussi inévitable qu'indispensable ». Mais c'est tout de même une gloire pour Martin de ne leur pas ressembler. Inférieur par la conception, par la méditation, par les facultés d'expression, même, malgré son courage, par les qualités pratiques; il les domine de cent coudées par l'incomparable énergie de ses facultés affectives. Son cœur ressemble à ce vase profond du poète : toute la mer aurait pu y passer sans en affaiblir les élans. C'est ce qui importait le plus : car jamais ne fut aussi vraie qu'en ce temps -là l'admirable parole de Comte : qu'aucune amélioration matérielle, physi-